14 avril 2009

Danses espagnoles (1928) de Germaine Dulac

74x54_iLyROoaftUI__2La célèbre danseuse (ah si, c'est écrit) Carmencita Garcia se donne en spectacle rien que pour vous. La première partie s'intitule Cordoba d'Albeniz et notre amie, avec 28 peignes dans les cheveux (à Madagascar, en brousse, dans le Menabe tout du moins, cela signifie qu'on est célibataire... Aucun rapport? Je me disais bien aussi) danse sous les yeux de spectateurs avides; pour preuve l'un mange goulûment une pastèque et un autre finit par lancer sa casquette, c'est dire. Plan décadré légèrement en contre-plongée sur la figure grimaçante de Carmen alterné avec de gros plans sur ses castagnettes qui rigolent guère et sur ses jambes qui battent la mesure. Pour Sevillanas, la seconde portion donc, on sent bien qu'il s'agit alors d'une danse beaucoup plus agitée qui consiste notamment à lever la jambe beaucoup plus haut. Un dernier petit tour sur soi-même, histoire de faire remonter sa robe, et notre Carmencita finit toute essouflée. Je ne désespère point de vous parler bientôt de la reproduction chez les crabes, un coffret Jean Painlevé pointant à l'horizon...

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Celles qui s'en font (1928) de Germaine Dulac

retourdeflammesun36Deux petits clips musicaux - Germaine appelle cela des impressions cinégraphiques, elle a le droit - l'un ayant pour titre Toute Seule et l'autre A la Dérive : dans le premier Lilian Costantini, édentée, broie du noir à la terrasse d'un café. Le monde s'agite autour d'elle, des enfants traversent la rue, une jeune femme se pavane à la table à côté mais elle, elle a que dalle. Elle erre dans les rues, marmonne toute seule et le dernier plan nous la montre de dos disparaissant au loin. Alternant des plans légèrement décadrés et de gros plans sur les verres, on sent que notre gâte est un peu à la dérive... Ca tombe bien vu que c'est le sujet de la seconde partie : une michetonneuse - toujours Lilian -, qui se remémore la façon dont elle s'est fait lourder par son apache, s'approche dangereusement de la Seine; lorsqu'elle est descend les escaliers jusqu'au fleuve, on sent qu'elle ne va pas tarder à y disparaître... Bon, c'est court, certes, mais la musique, pleine du poids de la fatalité, les mines de la Lilian et le montage au taquet donnent à ces deux portraits de femmes une réelle nonchalance teintée de tristesse et de désespoir. Po facile d'être une femme sans le sou en 1928...

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19 mars 2009

La Coquille et le Clergyman (1927) de Germaine Dulac

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Vous prenez un scénario d'Antonin Artaud (voyez Lelouch, ben l'inverse), vous le découpez en morceaux, vous prenez un prêtre tout azimuté et un poil obsédé, un général bardé de médailles et une femme que convoite notre prêtre, vous mélangez le tout, vous saupoudrez d'avant-gardisme et de surréalisme (cela s'annule pas forcément), vous décidez de mettre tout cela en rythme au hasard de vos visions mais en soignant le montage, et vous obtenez ce bidule qui ferait passer Un Chien Andalou pour un devoir d'écolier de Lynch. Je vous aurais bien gentiment raconté le scénar  mais d'une part j'attends l'ami Julien qui doit me faire une master class sur 8 1/2. D'autre part, je peux analyser le premier plan - une porte ouverte, bon, un espace où l'imaginaire s'engouffre, po dur... mais ensuite cela part méchamment en quenouille... Notre prêtre marche dans la rue à quatre pattes - un futur pape puéril en diable? - poursuit la jeune femme en se prenant pour Benny Hill, fissure la tronche du général sans que l'on trouve rien à redire, fait des rêves aquatiques de château en Espagne sans qu'il ne s'agisse de l'Espagne vu que la maquette ressemble plutôt à une forteresse sur une île, arrache violemment le soutien-gorge de la donzelle - ah tiens là tout d'un coup, bizarrement, mes sens ont repris vie et pis... Ah oui il ouvre aussi tout une série de portes avec une clé et sa tête finit dans une boule mais ne m'en demandez pas plus. Les images sont en cadence (bien aimé le ballet des femmes qui passent le balai et qui s'arrêtent net, me demandez pas pourquoi) comme une sorte de symphonie en images - c'est bon ça, nan? -, le montage est au taquet (ça fait toujours cinq mots de plus qui sonnent bien) et on se dit qu'en 1927, on reculait décidément devant rien pour laisser libre cours à son imaginaire. Une expérience cinématographique où l'on sent bien un petit soupçon d'anticléricalisme et d'antimilitarisme (ouarf) qui mange pas de pain, pour le reste je vous dirai demain quelles images se sont retrouvées finalement dans mes rêves....   

seash

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12 mars 2009

La souriante Madame Beudet (1923) de Germaine Dulac

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Je sentais que le titre valait des points. Un titre tout de même bien trompeur vu que la pauvre Madame Beudet tire la tronche du matin au soir, mais quand on fait la connaissance de son mari on compatit. On est dans une petite ville anonyme et le moins qu'on puisse dire c'est que la critique de ces moeurs et de ces personnages provinciaux est digne d'un roman de Flaubert. Madame Beudet s'emmerde à mourir et ne parvient à esquisser un soupçon de sourire que lorsqu'elle joue du piano, feuillette un magazine (aaah!!! une bagnole pour s'évader, aaah! un joueur de tennis pour l'accoster...) et se laisse aller à ses rêves. Faut dire que son mari en tient une sacrée couche, sa meilleure blague étant, dès qu'il s'énerve - c'est à dire douze fois par jour -, de se mettre un pistolet sur la tempe pour faire le mariole pseudo suicidaire... Mieux, encore, quand il évoque sa femme qui lui tape sur les nerfs avec son collègue, il se saisit d'une poupée, fait mine de lui foutre une grosse baffe et se retrouve comme un gros lourd avec le corps dans une main et la tête dans l'autre, une tête qu'il fourre immédiatement dans sa poche (on voit bien le symbole, moi je dis). La Beudet, alors que son mari est parti au spectacle (elle ne l'a point accompagné pour aller voir Faust, elle doit avoir peur de reconnaître son mari dans le diable... - faut bien que je trouve une raison, nan?), fantasme sur un homme qui sortirait d'un miroir, mais cette image ne tarde point par être remplacée par image_illustrationle visage de son mari qu'elle met en scène (au ralenti, en accéléré, en gros plan, grimaçant, le visage déformé) sous des angles guère avantageux. Bref, on comprend bien qu'il lui pourrit la vie et elle finit par mettre une bastos dans le barillet du pistolet avant d'aller dormir... Prise de remord le lendemain, le destin semble l'empêcher de reprendre la balle. Lorsque son mari se saisit finalement du flingue lors de l'une de ses énièmes crises (sa femme est dépensière - c'est une femme quoi - oh je vous en prie, ne me jetez pas la pierre), le suspens est à son comble... Mais la vie est tellement mortelle dans ces petites villes de province que même la tragédie semble se désintéresser de ces personnages et le petit "théâtre de guignols", le train-train quotidien, reprend vite ses droits. Il s'agit d'un film qui fait date pour le féminisme (la Germaine, ardente porte-drapeau de la cause) mais il ne faudrait point oublier pour autant toutes les qualités esthétiques de cette oeuvre. Après une pluie d'intertitres au départ, place aux images : chaque plan semble être pensé - la mise en relief des personnage notamment (au centre, par des jeux de lumières ou sur un côté, l'autre moitié de l'image étant obturée) -, chaque gros plan est pesé (sur un objet, un geste, un visage, un regard) et, à l'aide d'un montage au taquet, toutes les pensées et les rêveries des personnages sont illustrées en un tour de main. Le film ne dure que 38 minutes mais il s'agit d'un concentré d'idées, à l'image de la Beudet tourmentée dans son lit en arrière plan, son mari avachi dans un fauteuil au premier et en surimpression le mouvement de balancier d'une pendule qui termine sa course à droite de l'écran sur la tronche du Beudet : on saisit à la fois la folie lancinante de cette femme dont chaque seconde auprès de cet homme est une torture et la volonté qu'un coup du sort s'abatte sur la tronche de son homme - certes, elle est prête à forcer, un poil, la main du destin. C'est farci de petites trouvailles visuelles et bien plus riche que ce billet. De quoi finalement vous filer le sourire... Définitivement impressionnant et impressionniste aussi.

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