11 décembre 2010

1428 (2009) de Du Haibin

1428_photo_6

C'est le 12 Mai 2008, à 14h28, qu'eut lieu le grand tremblement de terre du Sichuan. Du Haibin construit son documentaire en deux parties avec des séquences tournées 10 jours après puis revenant sur place au bout de 7 mois. Il est clair, dès le départ, que le documentariste chinois n'est po là pour servir la soupe au gouvernement, essayant plutôt de capter les failles dans le système de reconstruction ou le mécontentement des victimes... Le seul problème, c'est qu'on a bien du mal à voir ce que le gouvernement a justement réalisé (il est question d'un village "témoin" : pour le reste des reconstructions, on reste dans le flou) et surtout quelle est la proportion exacte des gens, victimes du séisme, qui se sentent totalement oubliés par les aides (on voit bien certaines personnes vivant encore, sept mois après, dans des tentes, ou encore deux trois vieux qui poussent un coup de gueule face caméra parce que personne ne leur a filé de couvertures chauffantes, mais bien difficile de mesurer le nombre de gens qui se sentent totalement lésés dans image_20091216_luprglmhttlb2hcxcd0k_t_h480l'histoire)... On a souvent l'impression que Du Haibin balade sa caméra sans avoir de plan préétabli, captant un peu à la volée certaines réactions ; pourquoi pas, sauf que sur les deux heures du montage final, nombreux sont les temps morts qui n'apportent po grand chose. Qu'est-ce qu'il en reste ? La figure fantomatique d'un jeune gars, qui ne semble plus avoir toute sa tête, qui erre dans la ville dévastée, les "profiteurs" du tremblement de terre qui se ruent à l'assaut des décombres pour en extraire le fer et le revendre dans la foulée, deux séquences particulièrement émouvantes (l'une montrant une famille visitant l'école où leur fils est mort, l'autre une femme totalement en pleurs qui se met à genoux devant un temple dévasté), les réflexions quelque peu amères de personnes qui jugent insuffisante l'aide de l'Etat (bien aimé la banderole en blanc sur fond rouge un poil propagandiste : "J'ai reconstruit ma maison tout seul, ceux qui ne comptent que sur l'Etat sont des feignants"... pas facile de construire une baraque avec ses petits doigts, quand même), une ultime scène sur la fin, sur les lieux proches de l'épicentre du tremblement de terre, montrant que le tourisme peut définitivement profiter de tout (Du Haibin a la bonne idée de nous montrer uniquement ceux qui vendent - cyniquement - des photos et non le site lui-même), c'est un peu tout ce qu'on garde de ces images glanées au feeling... Si le réalisateur est toujours prêt à laisser les gens s'exprimer librement, difficile de savoir dans quelle mesure son montage final est vraiment objectif - une seule personne est montrée in extenso faisant des louanges sur le Parti, mais on se demanderait presque s'il ne fait pas ça, lui, par excès de zèle, sachant qu'il est filmé... Il y a des mécontents, ok, bon, c'est dit, mais on en saura guère plus sur le fond des problèmes, voire sur les éventuelles personnes qui ont profité du tremblement de terre ; on y fait de vagues allusions, et pis basta... Courageux dans son principe, un peu superficiel à l'arrivée.

14281

Posté par Shangols à 10:23 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]


02 janvier 2010

Umbrella (San) (2007) de Du HaiBin

umbrella_gong02

Film documentaire qui devrait conforter l'ami Bastien dans le fait que certains se cassent tout de même pas trop la binette pour réaliser leur long-métrage. Sans être méchant, Umbrella montre pas grand-chose et n'explique rien du tout. C'est certes reposant de ne pas avoir de voix off, encore faut-il que les images aient du poids ou que les interviews fassent sens. Hai-Bin DU semble bien paresseux, posant la caméra à "tout bout de champ" et semblant attendre que ça se passe. Le problème c'est qu'il ne se passe presque rien et que même au montage, certains plans n'ont absolument aucune utilité, comme si on avait droit à trois minutes d'insert uniquement pour faire plus long... Pour revenir au fond, DU filme les ouvriers qui fabriquent des parapluies à Zhongshan, dans la Province du Guangdong, puis s'intéresse à des vendeurs de parapluies à Yiwu, la ville des achats en gros à deux heures au sud de Shanghai; ensuite c'est au tour des étudiants qui font la queue à Shanghai pour s'inscrire dans une école (une partie du doc absolument sans aucun intérêt...) avant de filmer de jeunes soldats en devenir (ça fait toujours plaisir de voir que l'Armée, où qu'on aille, c'est toujours la même chienlit) et des paysans dans la province du Henan, l'une des plus démunies de Chine.

arton2830

On assiste donc patiemment à l'assemblage d'un parapluie mais on apprendra peu de choses des attentes de ces gars de la campagne qui sont venus gagner leurs 70 euros par mois à la ville. Que font-ils de leur salaire, quels sont leurs projets, de quoi rêvent-ils ?... Nan, cela restera lettre morte, on les voit juste discutailler entre ptits mecquetons sur le fait de boire, de fumer et de se faire des gonzesses - super passionnant. La partie à Yiwu est toute aussi lâche au niveau des infos : on balance deux trois sommes d'argent sans savoir à quoi cela correspond vraiment et, là aussi, que ce soit des vendeurs ou des acheteurs, on n'apprendra que dalle - pour se faire cirer les pompes c'est 0,1 euros, voilà, merci, cela méritait bien cinq minutes de notre temps sur une partie qui devait concerner a priori uniquement les commerçants. Le volet sur l'éducation est quant à lui du pipeau pur et dur. Petit tour ensuite en caserne à voir nos pauvres Chinois(es) de la cambrousse suer sang et eau, faire des "rapports personnels" sur leur semaine ("au plein hygiène, très moyen cette semaine..." ah ? A po tiré la chasse ?) et tenter de répéter tant bien que mal leur leçon; DU se révèle une nouvelle fois incapable de filmer une interview et on ressent juste la détresse de certains qui se contentent de serrer des fesses en attendant le déluge; malheureusement, c'est encore une fois très superficiel et c'est bien dommage car il y avait vraiment du potentiel à découvrir ce petit monde, rarement filmé, au naturel. Enfin les paysans triment comme des brutes, tout ça pour gagner que dalle, bah l'agriculture ça eut payé, mais ça paie "p'us"... Là encore quelques chiffres sont balancés mais rien qui ne soit jamais mis en perspective... Bref, cela reste le mimimum du miminum en intro à la Chine contemporaine : l'effort est louable mais reste énormément de taff en matière de contenu. 

Posté par Shangols à 07:02 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
  1