L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford (The Assassination of Jesse James by the Coward R. Ford) (2007) d'A.Dominik
Le réalisateur néo-zélandais prend tout son temps pour raconter son histoire, et on ne va pas s'en plaindre. Loin de la légende du super-héros de bandes dessinées pour ado américain de l'époque, il semble s'attacher à coller minutieusement aux faits, mais sans jamais tomber dans la reconstitution historique gavante; il choisit de faire la part belle aux longues séquences mettant en scène ses personnages, et si le rythme s'en trouve certes ralenti, Dominik parvient à leur donner une belle profondeur, une vraie dimension humaine.
On ouvre le film par le dernier braquage effectué par les deux frères James entourés d'accolytes plus ou moins dignes de confiance. L'image de la silhouette de Jesse James enveloppée par la fumée du train qui s'arrête paraît sur le coup un peu convenue, un peu trop "légendaire" pour être honnête; seulement, à l'image du maigre butin qu'ils emportent, on évoquera plus par la suite les petites faiblesses de l'homme que la figure du redoutable bandit de grands chemins. Le film s'attache notamment à remonter les derniers mois avant son assassinat, ponctués de règlements de compte au sein de cette équipe de braqueurs; jalousie, paranoïa, trahison,... la vie d'un hors-la-loi semble limitée à ces ornières, et s'en sort uniquement celui qui n'a confiance en personne. Robert Ford est présenté comme un homme plus bravache que brave, complètement fasciné dans sa jeunesse par Jesse James, s'identifiant volontiers à lui, mais se rendant aussi compte à mesure qu'il le côtoie - et qu'il se fait aussi copieusement chambrer par lui - qu'il n'est finalement qu'un "être humain" comme les autres. La scène (que l'on retrouve dans le film de Fuller) où il le surprend dans sa baignoire, dos nu, est peut-être celle où il réalise que tout le monde a des faiblesses. Constamment pris pour un petit jeunot qui se la raconte, il prend conscience qu'il ne pourra grandir qu'en se débarrassant de cette ombre. Let it be, le sort en est jeté. La peur, un Jesse James, totalement imprévisible, qui ne cesse de souffler le chaud et le froid, son acoquinement avec les forces de l'ordre, le pousseront à franchir le pas jusqu'au meurtre de son idole.
Le récit est d'une grande sobriété, Dominik se plaisant à soigner sa photographie qui passe d'un rouge-orangé plutôt rassurant à ces images presque délavées, froides et glaçantes comme la mort. On est presque dans un "maniérisme" à la Terrence Malick (joli ce champ de blé dans le vent) mais on ne va pas faire la fine bouche tant cela contribue à faire planer sur l'ensemble du film une ambiance tantôt sereine tantôt tragique parfaitement adaptée au sujet. Il faut saluer les performances de Brad Pitt - aucun tic, juste un visage fermé qui se fend parfois d'un éclat de rire qui fait froid dans le dos - et de Casey Affleck dont le sourire jaune constant colle parfaitement à ce caractère affable et faible. Belle musique enfin signée Nick Cave et Warren Ellis dont les mélodies s'insinuent parfaitement dans le récit. Bref, sans éclat ni grandeur mais un grand sens de la justesse sur 2h40. (Shang - 25/03/08)
Shang a tout dit, et je confirme : un bien beau moment que ce film sobre et fin, même si effectivement on se laisse un peu trop entraîner dans un rythme longuet qui nuit à certains passages. Dominik met son point d'honneur à nous faire accepter un rythme lentissime, gloire à lui, mais il se perd aussi parfois dans son propre cahier des charges, répétant à l'envi des scènes qui n'ajoutent rien au schmilblick : on a compris depuis longtemps la nature trouble des rapports entre Ford et James que le cinéaste continue à nous servir de l'ambiguité inutile. C'est la seule réserve qu'on peut faire à The Assassination of Jesse James by the Coward Robert Ford, par ailleurs brillant objet qui convainc à tous les postes : musique, photo, scénario, sujet, et surtout jeu d'acteurs (tous absolument parfaits), on est dans la grande classe. Ajoutons que montrer aujourd'hui un western qui cause de cow-boys dépressifs et homosexuels reste une audace, audace que Dominik assume avec un très bon sens de l'épaisseur psychologique et du non-dit (jeu très sophistiqué d'ellipses qui se résolvent au fur et à mesure de l'histoire). Satisfaction totale. (Gols - 25/01/09)




