Les Amours imaginaires (2010) de Xavier Dolan
Malgré toute la sympathie que j'ai pour le jeune canadien scénariste, réalisateur, acteur et... costumier, difficile de ne pas être déçu par ce second opus où Dolan tombe un peu dans la facilité en nous servant des séquences de ralenti à l'envi (soit toutes les dix minutes), balance de la zique trois scènes sur quatre et abuse outrageusement des gélatines - Wong Kar Wei est malheureusement déjà passé par là, en d'autres temps. Quand bien même il s'agit de raconter l'histoire de deux personnages qui fantasment leur vie amoureuse et qu'il ne soit, du même coup, pas si anodin de les mettre en scène dans un univers rose bonbon ultra stylisé, on se lasse très vite de ces subterfuges plastiques : on comprend bien que leurs pauvres émois amoureux devant cet éphèbe qui jouit d'une certaine... plastique ne reposent pas sur grand-chose - d'où le titre, ouais - mais une fois cela posé, le jeune cinéaste a bien du mal à sortir... de la posture. De la même façon d'ailleurs, les interventions des quidams qui entrecoupent sans cesse l'histoire en racontant leurs multiples déboires amoureux, outre qu'elles fusillent le fil narratif, ne sont pas toujours d'un intérêt fondamental : pour une jeune fille (celle avec les lunettes de Bernard Pivot) vraiment fendarde (je ne vais pas attendre que "les bananes murissent", j'en ris encore), nombreuses sont les interventions terriblement plates qui n'apportent po grand-chose au schmilblick. Dolan nous avait séduit dans J'ai tué ma Mère par ces dialogues à l'emporte-pièce joués avec un naturel confondant, on a droit cette fois-ci à ce niveau-là à la portion congrue. Rarement eu l'occasion de vibrer lors d'une séquence insérée entre deux morceaux de musique (c'est joli le Bang Bang italien de Dalida, mais trois fois in extenso c'est un peu lourd) si ce n'est peut-être lorsque Dolan fait sa déclaration d'amour et se prend un râteau en acier trempé ; dommage qu'il ne se donne pas plus de temps pour poser certaines scènes, d'autant que la direction d'acteurs et certaines répliques (pour peu qu'on soit fan de mimiques et d'expressions canadiennes - les zygomatiques du petit français que je suis furent souvent mis à l'épreuve) sont une nouvelle fois relativement réussies. On aimerait bien que le gars laisse un peu tomber les effets de styles ultra répétitifs et souvent guère originaux pour se consacrer un peu plus aux relations entre les personnages et leur psychologie. Qui trop embrasse les poses esthétiques, mal étreint son spectateur, et l'on aurait presque envie, au final, de feuler comme le Xavier (un grand moment qui plie en quatre) devant cet amalgame d'effets clipesques un poil frustrants - vu son indéniable talent. Mais le gars a tout l'avenir devant lui pour affiner - ou pour trouver véritablement, sans être méchant - son style, et c'est bien là tout le mal qu'on lui souhaite. (Shang - 07/11/10)
Je ne peux qu'abonder pleinement dans le sens de mon camarade, auquel j'ajouterais pour ma part une louche de colère. Je n'ai pas encore vu le précédent film de Dolan, mais dans celui-ci en tout cas, il fait montre d'une morgue, d'un manque de naturel, d'une in-sincérité qui m'ont franchement énervé. A en croire les critiques ravis de ce film, il suffirait d'afficher tous les oripeaux de la contemporaneité pour être contemporain ; dans ce cas, Dolan est plus que parfait : musique vintage à mort, et soûlante à force de lorgner vers le super-fashion "que même ma grand-mère adoooore" ("c'est pas parce que c'est vintage que c'est beau", dit pourtant un des personnages, à croire que Dolan n'a pas lu ses dialogues) ; costumes trop tendance avec le petit pull qui va bien t'vois et le chapeau troooop noisy mortel je meuuuurs ; effets de mise en scène clipesques empruntés au pop art parce que c'est tellement in de prendre comme référence Warhol... le lecteur moyen des Inrocks doit se toucher sévère. Pour ma part, et bien que lecteur des Inrocks, j'ai bondi toutes les deux minutes dans mon fauteuil en supliant Dolan d'arriver enfin à nous pondre un seul plan un peu senti, un peu sincère, qui ne semblerait pas arraché des pages d'un magazine de mode. A force de flirter avec la superficialité, Les Amours Imaginaires tombe dans le vide absolu, et même son pan le plus sentimental paraît beaucoup trop fabriqué pour déclencher la moindre émotion chez le spectateur. Alors même que tout ça ne va pas plus loin qu'un film moyen de Diane Kurys (les amours adolescentes, leur côté éphémère, leurs douleurs qui durent deux jours, etc.), Dolan veut à tout prix nous prouver que sa petite vie de bourge gâté vaut toutes les tragédies du monde, et zoome comme un taré sur les visages de ses acteurs (bien dirigés, il est vrai) pour mimer "l'urgence de dire". Creux, vain, crâneur, superficiel, glacé, parvenu et fier de lui. (Gols - 15/11/10)
J'ai tué ma Mère (2009) de Xavier Dolan
Bon, faut reconnaître que le gars Xavier Dolan, du haut de ses dix-neuf ans, fait péter un petit coup de fraîcheur cinématographique qui fait toujours du bien là où ça passe. Même si on ne peut s'empêcher de penser dès le départ au coloré Tarnation de Caouette - jeune ado, homo, adepte de vidéo qui éructe sa colère -, rapidement on se rend bien compte qu'il s'agit du jour et la nuit, visuellement parlant - les cadres de Dolan sont bien sages et bien propres - mais aussi dans tout le côté véritable "écorché vif" : même si le Xavier passe son temps à pousser des petites gueulantes contre sa mère, on ne peut pas dire pour autant qu'au niveau psychologique on pénètre dans des profondeurs abyssales : il ne demeure ni plus ni moins qu'un ado en colère, qui peut d'ailleurs avoir ses petites "faiblesses" de douceur, face à une mère ayant plutôt tendance à mettre de l'huile sur le feu qu'à chercher à domestiquer sa progéniture très énervée... Au bout du compte, on aura d'ailleurs pas appris grand-chose sur ces deux personnages un peu butés qui foncent l'un sur l'autre comme dans un mur, prenant une sorte de plaisir malsain à se faire parfois bouler (le mur résiste, clair). Bon.
Et pourtant, malgré ces évidentes faiblesses, Dolan réussit son coup : le film est constamment drôle (bon, c'est vrai que j'ai un gros faible pour l'accent quèbékouâ et que cela provoque en moi un rire bêtement nerveux - ou nerveusement bête) notamment dans les joutes verbales entre nos deux pires ennemis : les mots fusent, les insultes volent, la violence des mots leur explose constamment à la gueule, et ils sembleraient presque s'en "pourlécher"... Malgré les petits instants de calme où notre Xavier sait faire preuve d'un poil de tendresse filiale (surtout quand il est complètement shooté, certes), l'affrontement entre nos deux clients est quand même du grand spectacle... Ils n'ont de cesse de se chercher, de préparer de petits coups vicieux l'un pour l'autre, et cette haine radicale en deviendrait presque touchante par ce côté systématique. Notre Xavier en fera les frais le premier puisqu'il se retrouvera exilé dans un pensionnat, avant de fuguer...
Le gamin Xavier séduit par sa verve, son petit air rebelle indécrottable, mais se caractérise également par sa grande difficulté à réellement communiquer avec son entourage (un peu coincé dans sa bulle, le type): incapable de vraiment capter les petites attentions de sa prof, se laissant séduire par le premier venu au pensionnat, il a bien du mal à vraiment savoir ce qu'il veut et contre quoi il se bat. D'ailleurs, après la scène de baston au pensionnat, on pourrait presque croire qu'il se complaît dans son petit rôle d'éternelle victime - son petit copain, Antonin, finira d'ailleurs par enfoncer le clou à ce sujet... Une petite crise d'adolescence en quelque sorte bien banale, exprimée dans un déluge verbal... Ce n'est pas forcément ultra fouillé au niveau du fond, mais ça décape malgré tout par sa constante énergie. Au niveau formel, connaissant le jeune âge du réalisateur, difficile de ne pas être bluffé par une telle maîtrise. Même si le film ne respire pas une totale originalité (le petit coup de violon inthemoodforlovesque sur une image au ralenti, les petites références picturo-poético-musicales qui ne vont jamais bien loin), le Xavier a su malgré tout aller jusqu'au bout de son projet et livre une oeuvre relativement décoiffante. Un personnage peut-être un peu tête-à-claque mais qui nous met une petite baffe par sa juvénile audace. A suivre donc.






