22 décembre 2011

Disneyland, Mon vieux Pays natal d'Arnaud des Pallières - 2000

vlcsnap_2009_09_23_20h16m12s109Toujours le même choc à la redécouverte de ce documentaire fictionné de Des Pallières, qui a su changer une commande ardue (passer une journée à Euro Disney) en ballade poétique morbide, mélancolique et étrange. Dès le départ, on sent que le gars va nous emmener sur des pistes douloureuses : dans le RER qui le mène à Marne-la-Vallée, il susurre en voix off quelques réflexions qui déjà vous sidèrent : Disneyland serait une sorte de prolongation de la légende du Joueur de Flûte d'Hamelin, la question principale étant : suis-je un des rats que le Joueur a menés à la mort, ou un des enfants qu'il a extirpés du monde des adultes ? Le décor est planté : son escapade au pays des rêves va ressembler à un cauchemar, qu'il va filmer comme une incursion en apnée dans un monde parallèle, teintée de tristesse, de douleur, de paradis perdu.

vlcsnap_2009_09_23_19h58m47s161Des Pallières filme Euro Disney au plus près, cadrant à deux millimètres les peluches dérisoires de ce monde étrange, errant au milieu de la foule pour cadrer un cauchemar éveillé, plein d'enfants inatteignables (tout sourires, ou effrayés, ou en pleurs, ou sidérés par ce qu'ils voient). C'est le sujet principal : les enfants, leur univers inconnu, et le rêve qu'on se croit en droit de leur proposer sous la forme de Mickey et de Donald. Sur une musique magnifique de Martin Wheeler, le documentaire vire à l'essai dantesque, à l'expérimental pur, à la quête désespérée de la joie dans un univers qui pourtant lui est dévoué. Des Pallières vient réveiller douloureusement un sentiment enfoui, celui de la perte de l'innocence, et met en évidence l'étanchéité de l'enfance par rapport au monde adulte. Ces pantins qui s'agitent au ralenti ne sont qu'un ersatz de la magie désormais oubliée de l'enfance, et le film préfère remuer en nous le sentiment de la Mort, de l'amour perdu, du combat politique, plutôt que de nos montrer l'angélisme du lieu.

vlcsnap_2009_09_23_20h05m57s104Toutes les séquences sont magnifiques de tristesse, depuis cette errance d'un vieux veuf regardant les jolis motifs disneyens avec mélancolie jusqu'à ces énormes plans sur des créatures rêvées plantées au milieu du monde réel, depuis la narration d'une rencontre entre une petite aveugle et une danseuse de parade ("Disneyland est fait pour les aveugles") jusqu'à cette promenade finale dans les coins déserts du parc. En opposition aux images, le texte et la musique ouvrent des lectures incroyablement profondes, faisant se chevaucher Kipling, HG Wells et Steve Reich dans un ballet lentissime qui vous fend le coeur. Pour en arriver, lors d'un travelling arrière final d'une éclatante intelligence, à ce triste constat : "Disneyland existe, les enfants aussi sans doute. Les enfants ne sont pas difficiles : leur rêve c'est d'être n'importe qui, de vivre n'importe comment, d'aller n'importe où, et ils le font. C'est ça la vie des enfants : ils ne décident pas, ils ne décident rien. La vie n'est que ce qu'elle est, rien d'autre, et ils le savent. Les enfants aiment la vie, tout le monde sait ça, mais rien ne les oblige à aimer la vie qu'ils ont." Disneyland Mon vieux Pays natal, c'est la constatation nostalgique du suicide d'une civilisation, de la perte des mythologies, de l'horreur du monde. Génialement réalisé et monté, c'est un essai fatigué sur les gens, qui se soustrait de la société pour mieux lui déclarer un amour fou. Grandiose. (Gols 23/09/09)


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Vous hésitiez à visiter Disneyland ? Economisez le prix d'un billet et celui de vos cinq enfants et matez-vous ce documentaire signé du joyeux luron Des Pallières : à défaut de vous emmener au pays des rêves, il vous évitera une plongée in vivo dans ce grand paradis pour décérébrés - et puis, on peut toujours excuser un enfant et ses choix, po ceux d'un adulte. Rien que de voir la tronche au début du film que tire le narrateur sur les montagnes russes, on devine que le gars n'est pas parti, en cette bien belle journée ensoleillée, pour s'éclater. Disneyland, Mon vieux Pays natal, c'est quarante-cinq minutes d'effroi permanent, d'un monde en plastoc vu par une caméra chauffée à blanc qui semble faire tout fondre sur son passage (ces terribles flous sur ces personnages masqués, ce plan hypnotisant sur ce con de Dingo (le symbole même de notre/ce monde de fous) qui part seul, au loin, de sa démarche grotesque, ce gros plan sur le costume d'une Blanche-Neige de vitrine...), d'une musique glaçante qui ne vous lâche jamais, de mots puissants qui forment autant de contes... d'horreur. Plus ces masques souriants des Mickey, Donald et con-sorts sont pris en gros plans, plus ils apparaissent placides, débiles, vides...

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Se faire prendre en photo quand on est enfant avec l'une de ces laides créatures, passe encore (le jugement a encore le temps de se former...), quand on est adultes, c'est déjà moins jojo (Alzheimer approche), demander un autographe à un anonyme "intermittent du spectacle" caché derrière ces faces hilares, c'est quand même le summum de l'absurde... Seuls certains visages d'enfant en bas-âge, pleurant devant ces visages difformes, parviendraient à vous convaincre qu'il reste encore dans certains bambins une vraie part d'innocence, de pureté. Des Pallières semble avoir un don pour trouver le mot juste, celui fait mouche (Évoquant notamment ces personnages disneyens qui se baladent connement au milieu de la foule : "Des êtres du renoncement et de l'abnégation... de pauvres êtres") : le constat est froid, tombe comme un couperet, on ose même pas imaginer la tête que l'on fera la prochaine fois qu'un oncle ou qu'un ami (... hum), nous parlera de sa visite dans ce parc d'attraction inattractif ("ah nan, je te jure, ça vaut la peine !")... C'est sûrement dans ces moments-là que certaines personnes se remettent à fumer. Disneyland débarque bientôt à Shanghai, je crois que c'est le signe ultime : voici venu le temps... de se barrer.   (Shang - 22/12/11)

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06 octobre 2010

Parc d'Arnaud des Pallières - 2009

parcD'Arnaud des Pallières je ne connaissais jusqu'à présent que Disneyland mon vieux pays natal, ce qui veut dire que ce cinéaste était à peu près dans mes 15 préférés. Eh bien le voilà qui dégringole en bas de classement avec ce soûlant Parc, archétype de la crânerie absconce qui semble frapper les cinéastes français de temps en temps. Convaincu de son statut d'intello, Des Pallières met tous ses efforts à brouiller les pistes et à produire un film incompréhensible : pari gagné, on ne pige rien à ce film, ni au niveau du scénario ni à celui des choix de mise en scène.

On est dans un "parc", entendez un quartier résidentiel grand bourgeois, coupé du monde et de ses vicissitudes, peuplé de gens riches et bien éduqués. On fait connaissance avec deux familles : d'un côté les Clou, couple de papier glacé adepte de golf, fils rebelle qui plonge dans une dépression profonde ; de l'autre les Marteau (notez la subtile symbolique des noms), passé trouble de couple mal marié, femme à moitié folle, mari obsédé par la couleur jaune et la crucifixion, matrone déjantée. D'un côté, Sergi Lopez, assez extraordinaire je l'avoue, de parc_darnaud_pallieres_L_1l'autre Jean-Marc Barr, too much dans ses serrements de machoires et sa voix d'outre-tombe. Jusqu'ici on suit en gros, on apprécie même cette sophistication des cadres, cette lenteur de narration, cette précision dans l'atmosphère glaciale. Le film s'entoure d'un mystère qu'on sent profondément enfoui, et on attend avec confiance la résolution du bazar.

Malheureusement, par crainte d'être trop lisible sûrement, Des Pallières n'ira pas plus loin, préférant sacrifier sa trame à des poses arty qui viennent tout gâcher. Déjà, quand arrive un sorcier (Laszlo Szabo, pas revenu des Godard), puis quand on assiste à une soirée qui vire au règlement de comptes sexuel, on se doute qu'il va y avoir un souci. Mais quand le film s'enfonce progressivement dans un mysticisme à la con, dans une symbolique hébétée directement issue de lectures visiblement pointues, quand le scénario se délite vers le sur-signifiant (qui n'enlève rien à l'incompréhensibilité de la chose), on a franchement maarnaud_des_pallieres_parc2l. Jusqu'à ce qu'une scène d'immolation par le feu sur un autel d'église finisse par nous achever complètement par sa prétention et son absence de sens du ridicule. Les personnages, figés dans leur rôle allégorique (mais allégorie de quoi, putain ?), ne sont plus que des ombres, les acteurs semblant eux-mêmes totalement perdus dans cette errance d'écriture. Des Pallières tente de combler en multipliant les jolis plans de vitrine, mais ne parvient qu'à pondre un film bling-bling, clinquant et creux, qui tourne le dos au public pour mieux contempler son savoir-faire. Bien sûr que le gars a des idées de plans, bien sûr que son regard est original ; mais ça ne suffit pas à sauver cet essai expérimental du naufrage. Artificiel, stérile, dénué totalement d'humour ou de regard sur soi, luxueux mais vide, complexe pour éviter d'être compris, le film se mord la queue et n'intéresse plus que son auteur.

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