White Material de Claire Denis - 2010
Il y a du lourd dans White Material : Claire Denis à la réalisation, Marie N'Diaye au scénar, les Tindersticks à la musique, et une sorte de compil de l'acteur denisien devant la caméra, de Christophe Lambert à Isaach de Bankolé, de Michel Subor à Nicolas Duvauchelle, plus la Huppert pour couronner le tout. Difficile de rater les choses avec un tel casting : et effectivement, c'est un très beau travail d'atmosphère et de personnages que nous offre Denis, avec ce film étrange, plein d'ellipses, qui nous emmène sur des petites voies inattendues.
Le rythme est à la fois lent et rock'n roll, épousant parfaitement la fabuleuse BO, et appuyé par une mise en scène caméra à l'épaule qui attrappe comme au vol les différents évènements de la trame. Huppert joue une femme blanche prise dans une guerre civile en Afrique ; tout le monde lui hurle de laisser sa plantation de café pour fuir les violences ; elle, tient ferme dans ses bottes, ne lâche rien, et se heurte à ses employés, sa famille et le pays tout entier : elle ne se laissera pas gagner par la peur. Autour d'elle, la mort se rapproche, silencieuse et sèche... Joli sujet que Denis choisit de filmer dans son versant intime, en s'accrochant aux basques de cette femme aux motivations opaques et en ne la lâchant jamais. White Material est une sorte de cauchemar éveillé, qui accumule des ambiances délétères et insaisissables, qui n'explique pas, qui ouvre de larges trous dans l'histoire, qui utilise une symbolique subtile et mystérieuse. Le film excelle dans ses cadres, qu'ils soient à la limite de l'hystérie quand Denis tient coûte que coûte à filmer la route cahotique depuis le bus qui l'emprunte tout en continuant à filmer Huppert, ou qu'ils soient beaucoup plus sobres, isolant les personnages dans l'aridité du paysage. La chaleur, le danger, les odeurs même de la mort sont palpables, le film mélant les longues séquences de pure atmosphère à celles hâchées où le danger arrive. On a l'impression d'assister à une tragédie, familiale, politique, intime, mais sans discours, sans message, sans bruit surtout : une inéluctabilité de la mort qui vient imprégner la pellicule très lentement.
Surtout, il y a ces magnifiques personnages, campés par des acteurs exemplaires : Bankolé en légende africaine, en charge à lui seul de toute la révolte d'un peuple, mutique et photogénique à mort ; Duvauchelle, en rebelle maladroit, encore plus dangereux que ceux qui l'attaquent ; et surtout Huppert, magistrale en anti-héroïne : est-elle une Résistante glorieuse ou une femme inconsciente et aveugle ? Denis ne tranche pas, nous la montre simplement dans son milieu (et déracinée, du coup), en tête de mule courageuse et agaçante à la fois. Parfois un peu long, peut-être, parfois un peu roublard dans ses poses contemporaines, White Material est pourtant un film qui reste en tête, et qui ne ressemble à personne d'autre. (Gols 28/03/10)
Bien difficile ma foi, pour ma part, de mettre des mots sur ce film, tant Claire Denis parvient à filmer à fleur de peau cette histoire, ce continent. Cela vient forcément faire écho à ma petite expérience malgache, petite en nombre d'années, petite, sans fausse humilité, par rapport à ce que j'ai pu y faire, petite donc mais qui a eu pour plusieurs raisons un impact considérable sur le reste de mon existence (et voilà, je sors les grands mots, planquez-vous). Du coup, comment ne pas être sensible à ce portrait de femme, Maria (Huppert, jamais aussi bonne quand son jeu se fait minimaliste), "enracinée" dans un pays où ses ancêtres n'ont point de racines, personnage à la fois pugnace et naïf, volontaire et inconscient, ouvrant grand les yeux sur cette terre qu'elle connaît par "coeur", totalement aveugle devant les dangers qui la menacent et - surtout - qui menacent ses proches. Elle se sent d'une certaine façon totalement hors d'atteinte, de danger - elle envoie paître les militaires français d'un bras d'honneur car elle n'a rien à voir, à faire avec eux - tant elle connaît chaque personne de son entourage, s'attache avec acharnement sur la récolte de ce café puisqu'il s'agit pour elle, dans tous les sens du terme, de "sa culture" - les aspects financiers restant secondaires, elle ne possède même pas personnellement cette terre - et refuse contre vents et marées de voir ce qui se passe réellement - lorsqu'elle arrive, la première fois, dans la pharmacie, elle considère qu'un seul garde armé constitue une protection suffisante : elle mettra du temps pour porter son regard au delà de son horizon, au delà du comptoir où, lors de sa seconde visite, gisent des cadavres.
La grande force du film de Claire Denis, c'est qu'elle ne cherche pas à porter un jugement tranché sur quelconque de ses personnages, des acteurs de ce drame, s'attachant plus à cerner, à faire découvrir le parcours de chaque individu : un chef rebelle qui prend des allures de desesperado fantomatique, un fils désoeuvré (chien jaune ou chien fou, rebel without a cause) qui se rallie soudainement à un parti comme s'il avait trouvé sa/une voie et pouvait ainsi affirmer son identité, ces enfants armés jusqu'aux dents qui courent après une brouette chargée de victuailles avant de s'endormir en surconsommant les médocs des "blancs", un père blanc qui erre dans les ruines d'une plantation sur laquelle il a perdu tout contrôle... (attention gros spoiler, comme on dit, pour ceux qui n'ont point vu le film). C'est sur lui que se portera le bras vengeur de sa fille, pour ne pas avoir su protéger son petit-fils, pour s'être implanté en ces terres qui ne seront jamais les siennes, pour être responsable "quelque part" de ce massacre ?... Je laisse volontairement ces questions en suspend, tant, à l'image de Maria, l'on peut se sentir aussi parfois quelque peu dépassé par ces événements. Un territoire filmé à travers les yeux d'un personnage-phare plein d'affection pour "cette terre" où elle a ses attaches et où elle a toujours refusé de se considérer comme un simple white material... (je mettrais bien douze points de suspension mais ce serait sans doute abuser). Un film porté par la grâce, comme on dit un peu facilement, et surtout par la sublime musique des Tindersticks, qui tente d'explorer toujours avec subtilité des relations de sang (celui qui coule dans les veines et celui qui coule des blessures) entre ce continent blanc et ce continent noir. Smart Material.
35 Rhums (2008) de Claire Denis
Le cinéma de Claire Denis n'a jamais vraiment rimé avec tirlipimpon sur le chihuahua. Pour peu que vous soyez un poil dépressif et/ou alcoolique repenti, c'est un coup à replonger directos, des la sortie du film. Quatre personnages qui sourient quand il se brûlent, une joie de vivre qui rappelle un discours de Raymond Barre, on se regarde, on parle guère, c'est pas qu'on s'apprécie pas, nan, mais c'est tellement difficile de dire tous les petits sentiments qu'on a au fond de soi et de faire des choix en conséquence. Attention, je ne dis point que le travail de la cinéaste n'est pas ultra rigoureux, l'interprétation au taquet ni le film dénué d'émotion, c'est juste que le climat est tellement pesant et super grave - "dépression au dessus des transports parisiens" ferait un bon sous-titre - qu'on ronge parfois un peu son frein en espérant un poil de bonne humeur...
Alex Descas, conducteur de RER, éleve seul sa fille Joséphine, caissière chez Virgin après des études en anthropo (ceux qui achètent encore des CD devant constituer une tribu en voie de disparition). Dans le même immeuble - ambiance un tantinet étouffante quand on y pense - vivent Gabrielle, une taxi driver amoureuse d'Alex (mais ce dernier semble lui avoir fermé la porte) et Gregoire Colin (ça faisait un bail que je l'avais pas vu - physiquement, on se demande s'il va finir comme Jean-Hugues Anglade ou Jean-Pierre Léaud, les deux options restant ouvertes) amoureux, lui, de Joséphine, même si on sent que c'est po si simple... Deux histoires qui semblent vouées à l'impasse tant le pater et la fille semblent avoir du mal à pouvoir se séparer. Deux individus qui font corps (les mêmes attentions, les mêmes non-dit - belle parabole de l'autocuiseur) et qui comme dans un film ozuesque (la référence s'impose) cherchent avant tout à prendre soin l'un de l'autre sans vouloir évoquer un quelconque avenir en solo. C'est filmé avec une belle et étonnante sobriété (faut pas s'être tapé 35 shots de rhums la veille sinon on tient pas la distance), seule la sublime bande originale venant donner quelques bouffées d'oxygène bienvenues - très belle séquence dans un café parisien où les petits pas de danse trahissent les sentiments de chacun. Atmosphère sombre et cosy pour un film joliment distillé pour peu qu'on soit d'humeur zen. Pour les fans du Carlos des grands soirs, c'est clair qu'il vaut mieux se taper une fiole de rhum arrangé.
Vendredi Soir de Claire Denis - 2002
Je retire tout ce que j'ai pu dire de mal sur Claire Denis par le passé : quand on me propose un film comme Vendredi Soir, j'oublie tout le reste, et je me prosterne les larmes aux yeux devant ce trésor de sensibilité et de finesse. Pour une fois, c'est pas un mal, Denis laisse son intellectualité et sa psychologie aux vestiaires, pour se concentrer uniquement sur les corps et l'importance de leur rencontre dans une chambre d'hôtel. Le film tient à un minuscule fil, la mise en contact hasardeuse de deux êtres sans histoire, qui se reconnaissent le temps d'une nuit froide parisienne. On frémit à chaque instant de voir la magie s'écrouler, de voir Denis expliquer les choses ou monter une histoire ; il n'en sera rien, et Vendredi Soir reste sublime du début à la fin, alors même qu'il repose sur le minuscule de la vie.
Tout est parfait là-dedans, tout est dans un état de grâce suspendu. Visiblement sous influence wong-kar-waïenne, Denis reste au plus près des corps et des visages, faisant confiance à la magie des gros plans pour déployer l'émotion. Une main qui en frôle une autre, un oeil qui se ferme, la fumée qui sort d'une portière de voiture, et c'est tout un univers esthétique qui se met en place, fait de lenteur, de silence, de mélancolie. L'usage parcimonieux de quelques effets de cinéma (ralentis, effets spéciaux rigolos) ajoute à l'atmosphère onirique de la chose, et prolonge le côté fantasmatique de l'histoire. On est entre chien et loup, entre soir et aube, ces heures où tout est permis à l'imagination : coups de foudre, dangers (Lindon, inconnu débarqué dans la voiture de Lemercier, est-il un voleur ? un psychopate ?), éventail de possibles, tendresse et sexe. La première moitié, filmée depuis une voiture prise dans les embouteillages, est une merveille de filmage "retenu", entre envolées quasi-science-fictionnelles (les lents travellings le long des trottoirs de Paris, l'hallucination hébétée de Lemercier) et pointillisme (la somme de gros plans qui finissent par dessiner un personnage).
On tremble alors qu'avec la naissance de l'amour viennent les gros sabots de la narration ; mais non, la deuxième partie est tout aussi belle, montrant simplement des êtres sans histoire qui se rencontrent et vivent au présent. Rarement vu une scène de lit aussi sublime, la sensualité y éclatant tout autant que la pudeur, la timidité, la peur, la curiosité et l'érotisme. Le grain de la peau des acteurs est splendidement regardé, et tout ça tient de la magie pure. Dickon Hinchliffe à la musique est pour beaucoup aussi dans cette beauté : non seulement ses compositions sont ravageuses d'émotion, mais il parvient à les varier pour nous faire passer d'un univers à l'autre, sans jamais perdre en cohésion. Le film est d'ailleurs très musical, grâce également aux sons directs (le frottement d'une peau contre une autre, un briquet qui a du mal à s'allumer, une toute petite ambiance de restaurant, tout est entendu) et aux très rares paroles des acteurs.
C'est du cinéma dans son plus simple appareil, dans son épure la plus totale : deux êtres, une rencontre, une ville. On ne peut s'empêcher, à la vue de ces plans sublimes le long des rues, de penser à la phrase de Truffaut comparant le cinéma avec un train fonçant dans la nuit. La magie simple de l'enregistrement des sentiments. Bouleversant.
Beau Travail de Claire Denis - 1999
Enfin un bon film de Claire Denis, je commençais à désespérer. C'est même plus que bon, puisque je ressors de ça carrément bluffé par la rigueur et l'esthétique magnifiques de Beau Travail. On n'attendait certes pas l'artiste intello-chiante dans cette veine-là, loués soit les changements de cap.
A Djibouti, un petit groupe de légionnaires s'occupe comme il peut : entraînements, exercices absurdes, errances, pêche, repassage, et sorties en boîte de nuit pour traquer la gorette facile. Un capitaine (Lavant) va tromper son ennui en prenant un p'tit bleu (Colin) comme tête de turc. Denis filme une guerre qui n'a pas lieu, s'attardant sur des paysages arides, une population muette, un groupe d'hommes désoeuvré. Ce qui l'intéresse, ce ne sont pas les moments de bravoure d'un conflit qui ne parvient jamais à pénétrer l'histoire (on pense au Désert des Tartares) : ce sont ces temps de vide absolu qui forgent le quotidien de ces garçons pleins de sève. Du coup, l'action se situe ailleurs, dans ces corps suants, dans ces chocs de bustes nus, dans ces regards troubles, dans cette camaraderie virile. Le film est infiniment physique, à la manière d'un Chéreau grande époque. Tout est souffles entrecoupés, courses et danses. Dans ce cadre, comment trouver meilleur acteur que Denis Lavant, le plus grand acteur physique d'aujourd'hui ? Qu'il travaille sur la tension immobile (énorme duel de regards lors d'une lutte silencieuse dans le désert) ou sur l'énergie corporelle (ses dernières séquences de danse sont dignes de Mauvais Sang, une présence charnelle qui éclate de photogénie), il utilise son corps avec une science énorme. On sent Denis totalement admirative (voire un poil concupiscente) devant cette force, et elle parvient à lui faire exprimer une certaine androgynie qui fait tout le spectacle du film.
Beau Travail devient d'une énergie folle, malgré l'extrême lenteur de l'ensemble. Pratiquement muet, entièrement dédié aux corps et à leur place dans l'espace (les uns par rapport aux autres, ou par rapport à la nature), il montre une Afrique contrastée et lumineuse, magnifiquement poétisée par des couleurs étranges : un lac vert fluo, un désert de sel immaculé, une mer d'un bleu surexposé... Denis pose un regard intense sur les paysages, et augmente de ce fait l'importance des corps, pratiquement déifiés au regard de l'espace qui les entoure. Le film a tout de la tragédie grecque, une puissance qui jaillit de la simple présence des hommes dans le cosmos. Voir ces légionnaires pratiquer des exercices de force au son de la musique dantesque de Britten devient alors une évidence esthétique, et les luttes intestines de ce commando apparaissent comme un choc de titans. Très beau travail.
J'ai pas sommeil de Claire Denis - 1994
J'ai la curieuse impression d'avoir passé 1h45 sans rien capter de ce qu'on veut me raconter. J'ai pas sommeil réunit à peu près tout ce qui me gave dans le fameux cinéma d'auteur à la mode : poses d'artiste maudit à deux balles, discours volontairement brouillé, dissimulation du vide par des tics auteuristes archi-usés, effets sur-écrits destinés uniquement à faire la couverture des Inrocks... Je veux pas faire mon journaliste de Première, mais c'est vrai que quand on voit ce genre de film, on a tendance à se réfugier un peu chez Bruce Willis.
Je ne sais pas ce que dit J'ai pas sommeil, et je suis à deux doigts de penser que ça ne dit rien du tout. On croise un groupe de personnages opaques comme il se doit, qui tournent tous autour d'un jeune homo tueur de vieilles dames, et qu'on a déjà vus dans la production française fashion de ces dernières années : père concerné et triste qui veut changer de vie, jeune immigrée livrée à elle-même, flics bedonnants, femme préoccupée par ses problèmes de couple, et jusqu'à Line Renaud (!) dont on imagine bien le potentiel hyper hype que Claire Denis veut lui octroyer : c'est tellement tendance de prendre une actrice ringarde et d'en faire une icône. Ben oui, mais Line Renaud, elle est à chier, c'est pas une surprise et c'est pas faute d'avoir prévenu. La réalisatrice voudrait voir comme une audace énorme le fait de lui faire jouer une mamie adepte de l'auto-défense, c'est juste une idée à la con.
A part ça, on s'ennuie gravement devant ces lambeaux de scènes qu'on dirait extraites au hasard d'un flux morne et languide. Jamais ça ne fait sens, d'autant que Denis met son point d'honneur à pratiquer une ellipse inutile pour faire mine qu'elle cache des choses (elle appelle ça du "non-dit", sûrement). Ce fut aussi ma méthode de drague, fut un temps : jouer le mystère pour faire croire qu'on est profond. Et pour moi non plus, ça tenait pas sur 1h45. Ici, c'est par exemple des séquences entières dialoguées en russe, et non sous-titrée, des fois qu'on arrive à comprendre ce qui se dit ; c'est des bribes de textes inaudibles dans des coins de porte, des personnages fantômatiques dont on ne nous dit rien, des séquences semblant surgies d'un autre film. Un peu comme si on avait sorti tous les rushes des films français des années 90, et qu'on les avait montés ensemble. Avec, comble de l'effet usé jusqu'au trognon, LA scène de danse sur une musique tendance (Jean-Louis Murat, mouaif), pour montrer qu'on est contemporain et qu'on a des super disques. "J'ai pas sommeil" ? C'est pas le cas de tout le monde.
Chocolat (1988) de Claire Denis
Il faut tout d'abord saluer la superbe photo de Robert Alazraki (Le Père Noël est une Ordure... eh oui aussi) et surtout le sens du rythme lancinant mais jamais emmerdant de Claire Denis qui sait filmer l'Afrique comme rarement un Européen a su le faire.
Ceci dit, on assiste à une histoire d'amour faite de non-dit entre la sublime Aimée (Giula Boschi) et son boy, Protée, (quel bel homme cet Isaach de Bankolé...) ainsi qu'à la complicité entre une petite fille, France (il y a un symbole?), et ce même Protée. Claire Denis prend le temps de nous monter par petites touches l'évolution des rapports qui se tissent entre ses personnages tout en restant d'un extrême pudeur. Même si elle parvient à glisser toutes une palette de personnages assez typiques de ce genre de situation (De l'aventurier paludique au français raciste qui couche avec sa bonne en passant par la pseudo bonne âme qui veut vivre comme les Africains et qui est le premier à se faire virer par Protée), son histoire reste un portrait plein de nuances et de chaleurs à l'image du mari d'Aimée (François Cluzet avant l'Instit, toujours excellent) fasciné et perdu dans ce paysage écrasant.
Tout comme cet Américain qui ramène France plusieurs années plus tard sur les traces de son pas
sé et qui admet n'avoir jamais pu se faire accepter dans un pays qui n'est plus le sien, France hésite à revenir dans la maison de son enfance. La belle idée de Claire Denis étant finalement de faire l'impasse sur le retour sur les lieux-mêmes, comme si le passé était quelque chose sur lequel il était vain de revenir... Protée apparait alors comme un symbole de l'Afrique, une entité qui est restée à la fois inaccessible à l'amour de la mère (patrie?) et à la compréhension de France (La magnifique dernière séquence des souvenirs où la petite France faisant confiance à Protée pose sa main sur un tuyau et se brûle (lui-même étant brûlé) est éloquent sur les rapports complexes existant entre les deux continents). Enfin bon, ce n'est jamais que ce que j'ai voulu y voir...

















