Le Pionnier de l'Espace (First Man into Space) (1959) de Robert Day
Faut reconnaître que chaque film de Robert Day marque des points pour tout bon amateur de série Z - mais de B à Z il n'y a souvent qu'un pas - dans l'espace. Le lieutenant Dan Prescott est aux commandes du premier avion supersonique qui quitte l'atmosphère terrestre - la preuve, on voit mieux les étoiles. Dès son premier essai, on comprend que c'est un peu une tête brûlée - il tarde à obéir aux ordres, la pression ionosphérique a bon dos - et cela ne va po lui porter chance. Son frère, le fameux Commandant Prescott dirige la manoeuvre d'en bas et l'atmosphère dans la base est tendue comme un slip en Teflon. Tout le monde fronce des sourcils devant son TO7 70 et comme les ordis ne sont pas vraiment super impressionnants, Day rajoute plein de petits squizzz et de chafouins boooups qui font leur effet. Il a piqué les images en avion à l'armée américaine et la tension est à son comble. Dan revient finalement sur terre et disparaît dans la nature pour se jeter aussitôt sur le divan d'une comédienne italienne de seconde zone à l'accent al dente. Son frère lui prend le chou dès qu'il le retrouve - "Bon Dieu, Dan, tu devais respecter le plan à la lettre! " mais Dan repart tout de même - c'est un super pilote - pour une nouvelle mission aux commandes du Y-13 (le Y-12 est mort, on a pu seulement sauver le feu arrière).
Une nouvelle fois, face aux étoiles, il n'en fait qu'à sa tête, pousse la machine à donf, traverse de la poussière de balai d'étoiles et on perd contact avec notre homme. On retrouve finalement sa machine toute craquelée, mais aucune trace de l'homme, mince. Des vaches ont été égorgées alentours, cette info lâchée au hasard aurait-elle un lien avec notre histoire? Personne n'ose y croire... Et pourtant si : après une première ombre qui nous laisse entendre que Dan est devenu un monstre qui marche maladroitement mais défonce super bien les portes, on ne tarde point à avoir un premier contact visuel : il a un aspect spongieux entre un gros champignon moussu et un pneu Michelin après un grand prix de Formule 1 à Indianapolis. Mais pourquoi notre homme est-il devenu assoiffé de sang, hein? Bon là, on entre dans la partie théorique du bazar avec un Professeur forcément allemand qui parle de rayons cosmiques, d'autoprotection et de combinaison fondue, on comprend rien mais on acquiesce malgré tout. Notre Dan continue de semer la panique et les cadavres sur son passage - il est devenu en plus tout bulletproof dans l'aventure, po facile à stopper - et il conduit des bagnoles comme un type qui sort de boîte après deux bouteilles de Chivas. Il tente en fait de se rendre tout clopin-clopant à la base : y va-t-il pour tout péter ou pour embrasser une ultime fois l'Italienne qui s'inquiète à outrance pour son pneu adoré ? Un final palpitant qui vous laisse à court d'oxygène (j'en rajoute sûrement un peu), une bonne vieille série B américaine des années 50 tellement vieillie que c'en est presque touchant. Ouais, mais c'était un pionnier, me direz-vous.
The Haunted Strangler / Grip of a Strangler (1958) de Robert Day
Boris Karloff n'est po mort et nous revient dans le rôle de ce journaliste qui aurait mieux fait de ne point faire d'investigation sur des meurtres remontant vingt ans en arrière. Robert Day ne nous épargne rien dans ce film de série "..." (vous pouvez choisir une lettre selon votre humeur): une pointe de Docteur Jekyll et Mr Hyde, un peu de cuisses avec de longs spectacle de French Cancan - Ah la culture française tout de même! -, un poil d'érotisme, même, avec un décolleté sur lequel on déverse une bouteille de champagne (cela m'a tout ému), un cimetière où l'on déterre les morts, une pendaison sous les vivats de la foule et un étrange couteau super maléfique... On regarde cela à la fois d'un oeil amusé et un peu morne, en se fendant tout de même la pipe
devant le jeu du Boris; comme Day devait être en peine de maquilleur (po de budget), le Boris se transforme en monstre en faisant une étrange grimace - genre, tiens je vais me mordre la lèvre inférieure - ou en tentant peut-être d'imiter Michel Simon... Le scénario est digne d'un bouquin de Modiano (hum, enfin...) puisque ce journaliste (amnésique en fait, mais ça, on le découvre plus tard) part à la recherche d'un mystérieux docteur lié à toute une série de meurtres : celui-ci a disparu vingt ans plus tôt et pourrait bien être... notre ami Boris, lui-même - diable. Alors que Boris est aussi chochotte qu'Henri Chapier en temps normal - il s'évanouit à la vue du sang -, lorsqu'il retombe sur cette terrible arme du crime enterrée vingt ans plus tôt, il devient tout berdin : et vas-y que je te strangule la première gonzesse qui tombe sous la main et que je lui donne 34 coups de couteau... Bon, il y a un peu de méchantes incohérences dans le scénar, puisque parfois, il devient fou sans le couteau, ou reste tout calme, le couteau à la main... Mais bon, ne cherchons point midi à 14 heures, on sait très bien d'avance ce que recèle ce genre de films : un soupçon d'enquête policière, des meurtres avec des grands arghhhh et des femmes qui meurent les yeux grand ouverts et un Boris Karloff qui s'amuse comme un petit fou dans un rôle d'halluciné - au final, on est honnêtement servi.
Corridors of Blood (1958) de Robert Day
Petite série B de dimanche aprèm qui se suit d'un oeil un peu condescendant. Certes il y a le plaisir de croiser Boris Karloff, en médecin - elle apprend vite, la créature...-, et Christopher Lee en assassin de bouge peu aimable (son truc c'est l'oreiller ou le poignard) mais la trame est tout de même aussi mince qu'une tranche de jambon cru. Nous voilà en 1840 à Londres et, à cette époque, mes bonnes dames, l'anesthésie n'avait point encore été inventée. Comme on amputait un peu pour un oui ou pour un non, croyez-moi on douillait sa mère. Le secret du Docteur Boris quand il ampute est simple : faire super vite... Oui bon la douleur est terrible et si tu en ressors vivant tu peux réellement tenter ensuite ta chance au loto. Il voit bien que cette méthode est po bien pratique donc il bosse dans son labo pour trouver la formule magique. La nuit donc, il teste son produit à base d'opium - se shoote grave en fait -, va faire un tour comme un dormeur éveillé dans les bas quartiers et se réveille au petit matin en se souvenant de rien. Ce qui n'est finalement pas trop grave, parce que, dans le genre Mr Hyde, il n'a pratiquement rien à cacher - certes, il signe quelques papelards pas très catholiques pour les types du bouge qui assassinent des gars qu'ils revendent à l'hôpital : mais bon, il faut bien vivre... Le problème surtout c'est que notre Boris prend des doses de plus en plus en fortes et néglige méchamment son travail... Les médecins le regardent de plus en plus de travers, et on lui file de moins en moins ses produits. Que faire ? Bon je m'arrête là d'autant que c'est guère plus passionnant ensuite. On a droit à deux-trois petits passages que la censure de l'époque n'avait guère appréciés - joli jetage d'acide dans la tronche de Lee, faut reconnaître - mais sinon le film manque cruellement de rythme et finit lui-même par chloroformer lentement mais sûrement; c'est un peu le thème certes, mais c'est pas vraiment la formule que Boris - ou Day - espérait trouver. Mouais, pour un dimanche aprèm, po mieux.






