17 mai 2009

Of Time and the City (2008) de Terence Davies

55

Après l'excellent My Winnipeg du père Maddin, Davies livre sa propre version passéiste - pardon disons nostalgique pour po être dur - de sa bonne ville de Liverpool. C'est forcément beaucoup plus classique - cela vaut aussi pour la musique (un double cd des grands airs en vente chez votre buraliste, sûrement, cherchez bien) - beaucoup plus empesé, et malgré le grand soin apporté à cette sélection d'images d'archives et de longs plans majestueux, beaucoup plus ennuyeux. Davies tente d'insuffler un peu de vie en narrant d'un ton alerte son commentaire qui fourmille de citations (Joyce, Jung, Tchekhov... pas que du "J" donc, mais que du lourd) et en se permettant quelques sorties caustiques (la famille royale et l'église catho prennent quelques piques bien senties); le Liverpool de son enfance a forcément disparu, comme englouti par la construction de ces magnifiques tours glauques et ces ruines couvertes de graffitis et le Davies en semble fort marri. Il se focalise surtout sur la vie des petites gens, de la vie tristoune dans la rue à la vie mortelle au balcon, et à mesure que le film avance, les souvenirs envolés - ben oui, tous les vieux cinoches ont fermé - et les regrets de contempler cette ville nouvelle sans véritable charme - Liverpool, son équipe de foot, sa cathédrale, ses miss, son... fusil, on fait vite le tour quand même... - laissent peu à peu la place à un ton de plus en plus lyrique, comme un hymne vibrant à la ville... C'est justement dans les vingt dernières minutes que j'ai commencé à méchamment décrocher. C'est indéniablement du très bel ouvrage formel - montage au taquet et impressionnant travail de recherche d'archives, musique omniprésente portant les images, commentaire très littéraire... - mais c'est tout de même un peu ronflant et un peu trop sûr de son "art évocateur" - l'émotion m'a malheureusement point saisi... (certes, jamais mis les pieds à Liverpool, mais il aurait fait le même film sur Moulins (Allier) que je serais resté aussi froid - voire plus, mais chez moi, c'est presque du vice). Un peu trop lisse le Davies (british... ouais, aussi), quand on y songe...   

h_4_ill_1149842_oftimeandcity_ter

Posté par Shangols à 16:40 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]


09 avril 2009

The long Day closes (1992) de Terence Davies

19170

Si Distant Voices, Still Lives m'avait charmé aussi bien sur le fond que dans la forme, je dois bien avouer que The Long Day closes m'a un peu ennuyé comme la pluie, pour rester poli. Pourtant même rigueur formelle : images ultra léchées, éclairage "à la bougie" et rendu des ombres impeccable, même sens du cadre et parfaite mise en place de lents travellings, tristes chansons mélancoliques superbement sélectionnées,... Rien à dire, on retrouve quasiment le même dispositif dans la construction de ces courtes vignettes, comme des flashs teintés d'une tristoune mélancolie, comme la re-création cinématographique - le milieu des années 50 - d'un monde englouti. Certes, l'effet de surprise est déjà moindre, un sentiment sûrement de déjà vu - mais on va po reprocher à Davies d'avoir un style tout de même -; plus grave tout de même, j'ai eu beaucoup de mal cette fois-ci à m'accrocher à ces bribes d'évocation de son enfance. Peu de séquences déroulées dans la longueur auxquelles s'attacher véritablement : notre petit garçon s'ennuie ferme, paraît toujours complètement esseulé avec souvent les chansons de sa mère pour seule compagnie, passe son temps à se faire taper sur les doigts à l'école et ne trouve un peu de clarté, de lumière, que dans une salle de cinéma enfumée... Quelques dialogues tirés de films surgissent entre deux plans - Great Expectations, La Splendeur des AmbersonKind Hearts and Coronets... -, comme des voix fantômes qui résonnent dans le couloir des souvenirs, mais ces images entre l'ombre et la lumière sont tellement hypnotiques qu'elles finissent par faire méchamment battre de la paupière. Il y a bien des séquences absolument magnifiques visuellement (notamment ce long travelling aérien qui enchaîne la salle de cinéma, les travées de l'église, la salle de classe et les petites rues de la ville) mais j'avoue avoir eu un mal fou à vraiment me passionner pour ce joli livre d'images d'une enfance anglaise qui se feuillette mollement. La magie de l'univers cinématographique de Davies n'a point fonctionné, j'en suis le premier déçu...

Director_davies_08

Posté par Shangols à 10:37 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
31 mars 2009

Distant Voices, still Lives (1988) de Terence Davies

Davies_DistantVoices

On a presque l'impression de feuilleter un album photo en suivant ce film de Davis, comme si chaque image rappelait un souvenir qu'il parvenait à mettre en mouvement, à faire revivre. Bien que découpé en deux parties - la première évoquant surtout l'enfance des deux frères et soeur, la seconde faisant la part belle aux réunions de familles (mariages, enterrements...) - le film passe d'une vignette à l'autre comme si les photos étaient parfois dans le désordre, comme si la mémoire errait d'une période à l'autre. L'image est légèrement jaunie, fait ressortir les teintes grisâtres, et chaque lent mouvement de caméra permet de zoomer sur un détail ou de donner une vision d'ensemble du "tableau familial", chaque panoramique glissant sur l'image comme pour traduire le balayement d'un regard ou l'effort de reconstruction du souvenir dans le temps. C'est formellement assez bluffant - aussi bien le travail sur la photographie que sur le montage, sans même parler de la musique - et, au niveau du fond, cela permet d'éclairer parfaitement les différentes failles de chaque individu, lors de cette période allant du début des années 40 jusqu'aux années 50.   

1_distant_voices_still_lives_PDVD_000

Pete Postlethwaite incarne un père de famille qui fout résolument les boules. Colérique, violent, il campe un individu détestable - le repas de Noël lorsqu'il arrache tout d'un coup la nappe de table devant ses trois enfants avant de demander à sa femme de venir nettoyer, oups -  et toute la famille semble pâtir de ses excès d'humeur : les quelques scènes qui donnent à voir la façon dont il tombe à bras raccourcis sur sa femme ou sur sa fille, qui illustrent les rapports tendus avec son fils, vous laissent complètement abasourdi dans votre fauteuil. Bien qu'il y ait quelques instants plus sereins - bien rares, notamment, jolie séquence, celle où le père s'occupe de son cheval et sifflote alors que sa progéniture l'observe du toit de la grange -, on comprend à quel point il a marqué au fer rouge l'esprit de chacun; plus tard, devenus adultes, même si certains parfois regrettent son absence, on assiste parmi ces trois enfants fragilisés à de soudaines crises de larmes comme si ce traumatisme remontait tout d'un coup à la surface. La seconde partie est résolument plus enjouée - le film est un festival de chansons populaires que l'on entonne lors de fêtes -, néanmoins on ressent toujours une tension constante, notamment entre les femmes et leurs maris qui traitent celle-ci de façon dominatrice, en petits maîtres. Ce livre d'images est une véritable plongée dans le temps, comme une nostalgie amère, et on en ressort émotionnellement un peu abattu : malgré les nombreuses chansons qui émaillent le film, cette joie lors de ces assemblées ne semble être que de surface - il s'agit plus de petites échappées belles avant de se retrouver face à ses propres fêlures et à son tristoune quotidien. Je suis parti hier soir directement au lit les jambes coupées, sans demander mon reste.

bfi_distant_voices_still_lives_PDVD_011

Posté par Shangols à 06:14 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]


  1