11 juin 2011

Panic sur Florida Beach (Matinee) de Joe Dante - 1993

vlcsnap-2011-06-10-20h06m51s167 vlcsnap-2011-06-10-20h34m23s39

Hommage intime au cinéma de série B qui a bercé son enfance, comédie de divertissement pop-corn, et aussi satire ricanante de la société ricaine, Matinee est une petite chose ma foi sympathique, mais qui se heurte à l'écueil habituel de Joe Dante : le schématisme, le premier degré, la lourdeur dans le discours. C'est très noble de sa part que de vouloir ainsi réhabiliter le cinéma bis de son jeune âge, celui des films d'épouvante à la con ; et ça fonctionne d'ailleurs plutôt bien. On sent la patte autobiographique qu'il met dans son personnage principal, jeune mec qui compense l'absence de son père militaire par la passion du cinéma d'horreur. Les plus belles scènes du film sont celles où on voit cet ado ouvrir de grands yeux fascinés devant les petits trucs techniques destinés à déclencher la peur, où on le voit compulser ses magazines méchamment pointus pour retrouver le nom d'un sombre acteur, et surtout où on le voit plein de questionnements face à l’ambiguïté des sentiments qu'il ressent au cinéma : pourquoi aimer se faire peur, alors qu'on refuse la réalité horrible de la vie ? Qu'est-ce qui fait qu'on croit ce qui se passe sur l'écran ? Où s'arrête le cinéma,où commence la réalité ? Cette passion pour le cinéma va de paire avec une découverte du sentiment amoureux, et c'est plutôt bien vu, ce cheminement vers la maturité qui passe par une fidélité inconditionnelle à ses passions.

vlcsnap-2011-06-10-19h02m03s190

Le modèle du jeune homme, ça va être une sorte de réalisateur-producteur à la Ed Wood ou à la William Castle, qu'on pense être, dans les premières minutes, un ringard fini doublé d'un vénal homme d'affaire véreux, et qui va se révéler être un fournisseur de rêves plein d'esprit et d'imagination. Son but : terroriser son public, par tous les moyens possibles. Là aussi, le film est attachant quand il décrit les efforts de ce grand garçon (c'est John Goodman qui joue le rôle, et s'il est peu convaincant, il faut reconnaître que son physique de vieux poupon joue en sa faveur) pour inventer des trucs terrifiants, sièges qui tremblent, effets de fumée, acteurs déguisés en monstres, écran qui se déchire... C'est le plus bel hommage que l'on puisse rendre au cinéma : Goodman occulte la réalité, ne veut même pas la voir, pourvu que ses ados bondissent dans leurs sièges, consomment du pop-corn et veuillent voir le film une deuxième fois. Du coup, il devient lui-même une sorte de monstre inconscient, puisque tout ça se déroule dans un contexte grave (la crise de Cuba, la hantise de la bombe nucléaire) que le producteur va utiliser pour augmenter la peur de son public. Très beau plan que celui où le film projeté ("L'Homme-Fourmi") s'enraye pour laisser apparaître le champignon atomique, comme si la réalité vampirisait la fiction... jusqu'à ce qu'on se rende compte que ça aussi était un effet cinématographique. Dante affiche une confiance sans nuance envers le cinéma, quitte à le préférer à la réalité.

matinee07

C'est malheureusement dans sa partie justement politique que le film s'emmêle les pinceaux, par trop de simplisme. La peur du nucléaire donne lieu à quelques séquences vraiment trop naïves, et à des personnages caricaturaux : la jeune fille coco, issue d'une famille d'intellos de gauche, qui se révolte contre le lavage de cerveau, ou le directeur de cinéma phobique sont bien trop cartoonesques pour être vraiment attachants. De même, le petit discours sur les ligues de vertu corrompues par le système s'avère bien léger. On sait que Dante est un pseudo-punk, et qu'il ne s'embarrasse jamais trop de finesse dans son abord de la chose publique (cf Gremlins ou le grand Homecoming) ; bien lui en prend, d'ailleurs ; mais ici ça ne marche pas, sûrement parce qu'un tel sujet appelait un peu moins de potacheries pour un peu plus de sensibilité et de subtilité. Il y a en plus de sévères baisses de rythme, un montage souvent à la truelle et une direction d'acteurs hasardeuse : ce n'est vraiment pas un grand film, quoi, même si, encore une fois, il a le charme de ces œuvres à la première personne, une vraie atmosphère nostalgique qui touche à plein d'endroits. A voir, indéniablement, comme un divertissement de bonne tenue, d'ailleurs très réussi dans sa reconstitution d'un certain âge d'or du cinéma (le film dans le film est parfaitement crédible) ; pour le fond, une petite œuvre de Dante.

vlcsnap-2011-06-10-19h52m07s20

Posté par Shangols à 00:04 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]


21 mars 2007

The Screwfly Solution de Joe Dante - 2007

Sans_titreEncore une fois, après le brillant Homecoming, Joe Dante fait sa caillera, et sert un film politique et très tenu dans son fond et dans sa forme. Même s'il n'atteint pas l'extrémisme jouissif du premier opus, The Screwfly Solution est à nouveau un film très engagé, qui va puiser son scénario dans les programmes politiques plus que dans les bêtes cahiers des charges des films fantastiques.

Un mystérieux virus contamine les hommes, qui transforment subitement leurs pulsions sexuelles en pulsions meurtrières. Du coup, les femmes deviennent les victimes des hommes, et sont pourchassées puis éradiquées sans scrupule. Tout ça sous le1 contrôle d'une mystérieuse religion qui rêve de destruction totale de la race humaine. Sur le papier, c'est vrai que c'est improbable ; mais ça fonctionne parfaitement bien, grâce comme toujours à la frontalité du traitement de Dante, à sa croyance totale en son sujet, et au fait qu'il est l'un des seuls réalisateurs d'horreur à savoir se débarrasser des ficelles inhérentes au genre pour se concentrer sur son seul discours. Direct, sans fioritures, son film va droit son chemin, renvoie dans les roses la virilité (les militaires qui ont peur de perdre leur caractère propre en se faisant castrer), l'intégrisme religieux (ces femmes humiliées, violées, niées rappellent bien quelque chose quand même), les rapports familiaux (le père de famille devient l'ennemi n°1) et la notion même d'humanité.

C'est vrai que le film m'a un peu perdu dans ses dernières minutes (une vague histoire d'anges que je n'ai pas vraiment comprise, et qui me semble en trop), et qu'il manque un peu de l'humour habituel du gars pour emporter complètement l'adhésion. Mais dans sa façon de raconter son histoire en toute sincérité, sans cacher ses intentions, dans son soin constant aux lumières et à la profondeur de ce qu'il raconte, et dans ses choix de sujets, Dante s'affirme encore et toujours comme un grand cinéaste ; et sûrement le cinéaste américain le plus politique du moment.

Posté par Shangols à 22:09 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
03 février 2007

Vote ou Crêve (Homecoming) (2005) de Joe Dante

Je ne sais pas si mon éminent collègue s'attendait à un film d'horreur pour le 500ème article de ce blog surpuissant, mais bon... En tout cas, on a droit à un chef-d'oeuvre, et je pèse mes mots. La série des Masters of Horror n'a pas donné grand-chose (à l'exception du Carpenter), mais là c'est du grand grand film.

158Le sujet est superbe : suite à une petite phrase balancée par un conseiller du Président ("si les soldats tombés au front ressucitaient, ils nous remercieraient"), les trouffions sortent effectivement de la tombe pour aller voter (ce qui s'est fait déjà sous Tibéri, mais passons). Rien ne les arrête, et ils meurent à nouveau une fois que le bulletin est dans l'urne. Sur cette trame passionnante et ravageuse, Dante tresse un scénario au petit poil, jubilatoire dans son engagement frontal et ravageur, magnifiquement monté dans toutes les répercussions qu'un tel sujet peut donner, drôle et féroce dans le traitement. Faut-il laisser voter les soldats ? Les utiliser ? Y a-t-il des soldats morts de droite ? A cette énorme farce politique, le scénariste ajoute en plus un subtil portrait intime du conseiller, dont les implications dans la guerre sont plus complexes qu'on ne croit, et un personnage très bien dessiné de présentatrice aux dents longues.

Côté mise en scène, c'est là aussi très grand : les lumières, le rythme et l'ampleur de la réalisation sont àhomecoming2 l'unisson. Dante convoque l'intégralité des films de zombies pour renouveler le mythe. Qu'est-ce que peut revendiquer un zombie dans le monde contemporain, sinon le droit d'être contre sa mort ? Question plus sérieuse qu'il n'y paraît, et que le bon Joe traite d'ailleurs avec beaucoup de sérieux. Même s'il n'oublie pas la farce qui a fait sa marque depuis Gremlins : on se marre pas mal dans Homecoming, notamment dans le quasi copié-collé d'une scène de Night of the Living Dead, ou dans les mille clins d'oeil adressés au cinéma de morts vivants (les soldats s'appellent Romero ou Jacques Tourneur). Le trait est énorme, et pourtant l'ensemble touche juste, et devient même assez profond au fur et à mesure du film. Dante a peut-être fait le film d'horreur le plus engagé, le plus rebelle et le plus frontal depuis They Live de Carpenter.   (Gols - 04/10/06)


aaf2bb6_1_C'était le 500 ème articles de ce blog (Allez encore un petit effort et on sera à 800 en 1 an) et je ne peux que me réjouir avec mon co-blogueur de ce véritable brûlot politique extrèmement jouissif. Des morts-vivants qui reviennent pour voter contre Bush, un ultime sursaut d'intellignece avant de s'éteindre définitivement (le vote comme mise à mort des zombies, fallait y penser, pétard), il s'agit carrément du film d'horreur le plus audacieux depuis longtemps (et l'hommage à Roméro est amplement mérité). Il y a du gore qui fait grincer les dents comme on aime (foutre 42 bastos dans un corps amputé pour montrer leur tenacité à aller jusqu'au bout de leur projet, c'est caustique tout de même) et l'on se dit que si ce film passait en boucle en période pré-électorale, celamastersofhorrorhomecoming pourrait pas faire de mal (oui bon, on aura droit à du Hillary Clinton, mais peut-on faire les malins avec notre Ségolène? Le XXIème siècle sera féminin ou pas... Je suis prêt à signer). A quand une version française sur le même topo (Les indigents morts-vivants, un film sur l'après-Algérie...), la version Corse existant déjà. Dante n'y va pas par quatre chemins et casse du conservateur avec une jouissance extrème - une certaine réalité contre des petites phrases assassines, avec Sarko en guest star, on fait péter la baraque. Qui pourrait bien encore avoir l'audace de faire ça en France? Costa-Gavras?... C'est dingue comme parfois on peut avoir l'impression du manque de courage du cinéma français.   (Shang - 03/02/07)

Posté par Shangols à 13:33 - - Commentaires [2] - Rétroliens [0]


  1