Le Liseur (The Reader) (2008) de Stephen Daldry
Un cinéma qui n'y va pas avec le dos de la louche, c'est un peu la spécialité du Daldry qui s'adresse surtout en priorité à tout bon coeur d'artichaut qui se respecte - dans une catégorie trente fois inférieure à Douglas Sirk pour donner une référence. Mais c'est po tout... Cette fois-ci, il tente d'épicer un peu son récit en nous contant pendant une heure les rapports sexuels et littéraires entre un jeunôt et une Kate Winslet plus expérimentée : si cette dernière le déniaise, il lui fait "en échange" la lecture et tous deux semblent y trouver leur compte. On attend tout de même qu'un élément dramatique finisse enfin par arriver et il advient : la Kate a quitté précipitamment notre jeune homme qui recroise celle-ci plusieurs années plus tard lors d'un procès où elle est accusée : là attention, faut s'accrocher au rideau, la Kate était gardienne dans un camp de la mort. Plus dramatique, je vois po. Forcément le jeune homme est tiraillé entre ses sentiments pour la jeune femme et les horreurs qu'elle a commises, on se met à sa place. Là où cela se complique méchamment et qu'on grince des dents, c'est que la jeune femme est prête à admettre que lors d'un bombardement elle a laissé trois cents Juifs brûler dans le lieu où ils étaient enfermés (un comportement qui dépasse l'entendement) et quand on lui demande si c'est elle qui a rédigé le rapport à l'époque (elle endosserait alors l'entière responsabilité alors qu'il y avait cinq autres gardiennes) elle finit par admettre que c'est elle... Non point parce qu'elle assume entièrement son acte mais parce qu'elle a tout simplement honte d'avouer devant l'assemblée que c'est impossible, vu qu'elle ne sait ni lire ou écrire... Comme si cet aveu était finalement plus lourd à faire... Les autres gardiennes prennent 3-4 ans de prison et, elle, la prison à vie, comme si elle devenait en quelque sorte une victime... C'est tellement putassier en soi qu'on se demande comment une telle idée scénaristique a pu voir le jour. Veut-on nous faire éprouver de la compassion pour cette femme qui paye plus que les autres (il serait en tout cas difficile de s'y prendre autrement...)? De l'autre côté de la balance il y a quand même trois cents victimes totalement innocentes!!!! Les bras m'en sont alors tombés, ce qui a dû m'empêcher de prendre ma télécommande pour couper court à de telles ficelles scénaristiques guère avouables. Des violons sur la forme et totalement illisible sur le fond...
The Hours de Stephen Daldry - 2003
Voilà un film qui m'est littéralement sorti par les yeux, l'archétype de ce que je déteste dans la production américaine : le Film Concerné et Sensible. Passer deux heures à regarder Kidman contempler en rêvant le cadavre d'un petit oiseau ou Meryl Streep sourire gravement devant la dureté de la vie est à peu près ma description de l'enfer. The Hours est abominable, je le dis en étant sincèrement désolé pour l'équipe de ce film, apparemment désireuse de nous faire un portrait de l'âme féminine dans toutes ses nuances. Qu'est-ce que vous voulez, j'ai l'impression parfois d'être un infâme mâle insensible, mais je n'adhère pas à ces numéros d'actrices inspirées, à ces minuscules variations de sentiments et à ces tourments profonds.
Le film marche sur les traces de Virginia Woolf (tiens, une autre de mes hantises), mais prend bien vite des chemins plus cartlandesques, à travers ces portraits croisés de trois femmes face au désarroi du couple et de la vie. 1923 : Kidman/Woolf souffre, puisqu'elle est écrivain, et s'enfonce dans une douce folie que personne ne comprend ; 1951 : Julianne Moore, en lectrice de la précédente, souffre, puisqu'elle est mère et épouse, et songe au suicide et au meurtre de son gentil mari ; 2001 : Streep souffre, parce qu'elle est femme, et pique sa crise devant ses fourneaux en agitant les bras dans tous les sens. 2009 : Gols, en spectateur innocent, souffre de voir de bonnes actrices perdues dans ce mélodrame larmoyant, et souffre surtout de ne comprendre goutte à ces malheurs pourtant visiblement profonds. Si Kidman et Moore s'en sortent sans trop de dégat, Streep rivalise de grimace avec les plus grands clowns, et massacre les quelques qualités du film : un vrai attachement pour les acteurs, une façon de raconter intéressante, une jolie lumière (surtout dans la partie 50's). Elle n'est d'ailleurs pas la seule à pâtir de ces excès lacrymaux imposés par Daldry : le grand Ed Harris est hilarant lui aussi en poète maudit malade du sida, et je vous laisse imaginer ce que ça donne quand les deux se rencontrent, rangez les objets fragiles, ça s'agite méchamment. Il faudrait parfois couper les mains des acteurs américains, ça leur éviterait d'en faire un usage si hystérique.
Même Philip Glass, appelé à la
rescousse pour ajouter une couche de sensiblerie à cette meringue déjà bien grasse, tombe dans des pièges qu'il avait su jusqu'alors éviter : sa musique est mièvre, sur-explicative, une pâle copie de ce qu'il sait faire. Quant à la mise en scène, inexistante, elle ne se contente pas de filmer ces visages, ce qui aurait été un pis-aller : elle multiplie de mystérieux inserts très courts sur les objets usuels (une clé dans une serrure, un oeuf qu'on casse...), sans nécessité, et dope le montage par des plans systématiquement trop courts qui démentent complètement le propos. Renseignements pris, Daldry est aussi le réalisateur de Billy Elliott, est-il besoin de rajouter quoi que ce soit ?


