14 mai 2012

La Femme aux Chimères (Young Man with a Horn) (1950) de Michael Curtiz

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Si vous organisez un festival et cherchez des films avec des trompettes, cette œuvre de Curtiz aura indéniablement une petite place dans le cycle. Si vous êtes également un adepte des histoires d'amour soporifiques, peut-être que cette historiette entre Kirk Douglas et Lauren Bacall trouvera grâce à vos yeux... Sinon, ben euh, revoyez plutôt Casablanca. On est en terrain balisé avec cette "pseudo biopic" d'un joueur de trompette : l'enfance d'un ptit gars orphelin qui tombe amoureux d'un instrument avec, comme incontournable figure tutélaire un jazzman black, la percée du gars dans le milieu avec un Kirk qui ne vit que pour son instrument (ron pschhhh....) et puis la rencontre au beau milieu du film avec cette femme aussi jouasse qu'un trombone, une Lauren Bacall en psy chieuse comme la pluie : elle est prise de chou, il est instinctif, elle est universitaire, il a séché les cours à partir du CE2, tout l'emmerde et la fatigue, il a une passion. Ils n'ont absolument rien en commun et cette bourrique de Kirk va forcément s'éprendre de la Lauren. Trois quatre sorties ensemble, un mariage, et c'est déjà la chienlit... Séparation tendue, alcoolisme du Kirk (le musicien blessé est toujours alcoolique, regardez Renaud...), errance et retour en grâce sur le fil (merci les amis fidèles) pour un happy end bien mollasson. C'est po vraiment mauvais en soi, attention, c'est juste platement banal...

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Kirk se donne à fond avec sa trompinette et nous gratifie de quelques morceaux enlevés (mais bon, je suis plutôt contrebasse en ce moment, pour ceux qui suivent), Lauren Bacall, la trentaine épanouie, bon ben c'est toujours du bonus mais là ce rôle de fâmmmmme donneuse de leçon et mal dans sa peau agace franchement au bout de trente secondes, quant à l'intrigue, on a l'impression d'avoir lu le résumé juste avant tant il progresse sans qu'il y ait la moindre surprise (l'accident du black, ô mon Dieu, dans le genre "drame terrible"...). Bref, un joli titre en français, c'est à peu près tout, je crois, ce que j'en garderai comme souvenir...

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08 mai 2012

Les Comancheros (The Comancheros) de Michael Curtiz (et John Wayne, non crédité) - 1961

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Dernier film de Curtiz, tellement malade que plusieurs séquences ont été terminées par Wayne himself, et c'est clair qu'on sent un peu le manque d'entrain dans ce western. Non pas que ce ne soit pas agréable, mais disons que la grandeur hollywoodienne semble loin derrière. C'est même presque un peu gênant de constater combien ce racisme anti-Indien est toujours en vogue à cette époque, alors que nombre de films avaient déjà tenté de faire un chouille plus dans la nuance. La mission de Wayne, ici, est double : non seulement il doit ramener au tribunal un gars coupable d'avoir tué un rival dans un duel, mais en plus il doit infiltrer une bande de "comancheros", c'est-à-dire de blancs qui trafiquent avec les Comanches et abusent de leur crétinerie (car le Comanche est un sombre crétin chez Curtiz, ne sachant que pousser des cris et boire des hectolitres de whisky, quand il ne se contente pas d'un gros cigare donné avec condescendance par un Wayne hilare et plus réac que jamais). Deux trames parallèles qui sont traitées de manière relativement originale. Côté "ranger crade contre prisonnier raffiné", le couple Wayne/Whitman fonctionne très bien, ce dernier apportant une touche de modernité franchement anachronique au milieu du décorum westernien de base : le duel d'ouverture est très loin de l'habituel règlement de compte poussiéreux ; on se bat presque comme dans Barry Lindon, ici, et pour une fille qui plus est. Whitman est très bon, à la fois racaille de base et élégant dandy français, et le contraste avec Wayne, dans sa traditionnelle composition de Ranger patriote et viril, est sympathique à regarder. Bien aimé aussi ce jugement expéditif et douteux, qu'on croirait sorti d'un Ford dernière période, où la loi texanne est appliquée à la tête du client et en fonction de l'état éthylique du juge, c'est très bon enfant et rigolo.

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Côté trame indienne, là aussi, il y a le lot de satisfactions : un Lee Marvin pourrissime, crâne à moitié scalpé et rictus maléfique de sortie ; une jeune première pleine de caractère ; un vilain principal sur un fauteuil roulant (et également paternel de la jeune première, d'où un dilemme cornélien sur la fin) ; quelques scènes de torture raffinées ; et une façon de regarder le paysage qui n'a rien perdu de son ampleur (surtout que Curtiz filme des décors peu visités par le western, pans de gazons rachitiques et villages plantés dans le désert). C'est plutôt côté scènes d'action que ça pèche un peu : elles sont non seulement trop rares, mais quand elles arrivent, elles sont aussi tellement calibrées qu'elles déçoivent forcément. Les figurants et leurs chevaux tombent avec trop de grâce et d'acrobaties inutiles (les vigiles qui tombent des rochers dans les buissons, c'est tout juste si on ne voit pas les matelas planqués dans les branchages), l'humour y est un peu lourdaud et on s'ennuie vaguement. Seule la toute fin, avec tous ces gusses qui attaquent dans tous les sens (les comancheros, les Comanche, les Rangers, et les héros tout petits au milieu), rappelle quel grand concepteur de spectacles fut le gars Michael. Bon, ne boudons pas trop tout de même : il y a là suffisamment d'humanité, de jolies couleurs et de classicisme pour contenter l’œil. Michael, mes respects éternels, yipeee-ya-ooo.

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13 mars 2012

Le Crime était presque parfait (The Unsuspected) (1947) de Michael Curtiz

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Un titre (français) à la Hitchcock, une scène d'ouverture avec un crime maquillé en suicide et des ombres languiennes, une intrigue à la Preminger qui commence avec le tableau d'une jeune femme morte qui soudainement réapparaît... Après cinq minutes de film, on se frotte déjà les mains et on se dit qu'il y a toujours une petite perle noire à découvrir. Les trente minutes suivantes nous confortent dans cette intuition lorsque les différents personnages principaux font leur entrée : un oncle (Claude Rains, so suave...), connu pour ses émissions policières à la radio, qui règne sur cette immense maisonnée, sa nièce miraculée (la délicate Joan Caulfield) tout de blanc vêtue qui affronte sa fielleuse parente (Audrey Totter) habillée de pied en cap en noir (elles ont eu un petit différend par le passé, vu que celle-ci a piqué à celle-là son fiancé (brumeux Hurd Hartfield qui noie depuis son chagrin dans l'alcool)), un jeune et mystérieux milliardaire (séduisant Ted North) qui fait croire à notre Lazarette qu'ils s'étaient mariés trois jours avant son "accident non mortel" - elle se souvient de tout sauf de cet événement... "le choc, ma chère, une chtite amnésie bien compréhensible" -, un tueur (inquiétant Jack Lambert) qui rôde dans les parages de la demeure... Le doute plane autour de ce premier crime et ce ne sont pas les coupables en puissance qui manquent : des histoires d'argent, de jalousie, de vengeance ?... On se dit que la liste des victimes ne devrait pas tarder à s'allonger. On se trompe po.

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Curtiz nous livre un véritable "best of" du film noir au niveau des moyens mis en place par le (ou les) meurtrier(s) pour procéder à ses crimes : enregistrement détourné, poison, arme à feu, coup de trique, kidnapping dans une malle, lettre manuscrite subtilement utilisée, voiture traficotée... N'en jetez plus la coupe est pleine. Comme il sait en plus nous servir sur un plateau quelques plans à se damner (plan en plongée sur une Joan déstabilisée, plan en contre-plongée sur l'inspecteur discutant le bout de gras avec le maître de maison, jeu sur les ombres et les miroirs (un peu trop systématique une fois que l'on connaît le tueur), maîtrise de la profondeur de champ - cette coupe de champagne au premier plan, hum, hum... -, cadre millimétré (cadre dans le cadre avec le couvercle du piano à queue, le découpage sur le nom clignotant de l'hôtel ("Kill"), notamment), paysage vu à travers la vitre d'un train dans lequel on entre à l'aide d'un bluffant travelling avant...), on pourrait aisément croire qu'on tient là un des chefs-d’œuvre du genre. Vous attendez le "mais", hein ? Ok il arrive...

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Mais voilà, The Unsuspected n'est pas le film noir parfait ; le problème vient sûrement en bonne partie du scénar qui livre à mes yeux trop vite certaines clés du film (le rôle tenu par Ted North dans cette histoire et, dans la foulée, la divulgation de l'assassin). Dès lors que les mystères s'éclaircissent - à la moitié du film grosso modo -, on a la fâcheuse impression d'avoir un temps d'avance sur chaque rebondissement du film et cela gâche forcément une bonne partie du plaisir initial. De plus, on a le sentiment que Curtiz veut justement un peu trop en faire (le côté "best of" devient un peu "too much", you see) et à force de jouer avec les petites ficelles du film de genre, on perd un peu contact avec les personnages (même si Claude Rains tient magnifiquement son rang) et toute véritable émotion - la naissance de l'historiette amoureuse entre Caulfield et North est, entre autres, un peu sacrifiée. Un film "presque parfait", lanceront peut-être les fans de Curtiz ? Certes, au niveau de la mise en scène et du montage, il y a du bois à fendre comme dirait Charles Ingels. Mais l'excitation au début était telle, qu'on ne peut s'empêcher de quitter l'ensemble avec tout de même une chtite pointe de déception. On ne se montre souvent les plus durs qu'avec les meilleurs ? Mea culpa moi, comme disait Obelix...

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02 février 2012

La Vie privée d’Élisabeth d’Angleterre (The Private Lives of Elizabeth and Essex) de Michael Curtiz - 1939

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On est dans la couleur qui pète, la trompette qui tonitrue et le costume qui sied avec cette fresque intime consacrée aux amours contrariées entre Elisabeth d'Angleterre et le comte d'Essex. Contrariées parce que placées sous le signe de l'ambition, de la lutte des classes et de la fierté des protagonistes : Essex aime Elisabeth, mais il aime aussi le pouvoir et la gloriole ; Elisabeth aime Essex, mais elle aime aussi elle-même et son trône douillet. Aïe aïe aïe, les amours finissent mal en général, surtout dans les immenses salles des palais royaux entourées d'antichambres pleines de félons qui félonnent ; je ne vous cache pas qu'Essex tâtera de la hache avant l'aube, et qu'Elisabeth s'en écroulera de remords, c'est ça, l'amour. Mais ces amours contrariées pourraient bien être contrariées aussi par l'étrange casting mitonné par Curtiz : d'un côté, Erroll Flynn, acteur habitué à l'action, peu intellectuel, pas forcément brillant dans les scènes dialoguées ; de l'autre, la cérébrale Bette Davis, physique à l'arrache, construction de personnage élaboré et finesse en bandoulière. Ces deux-là sont destinés à s'aimer, et on sent dès le départ que ça va être le gros souci du film : le couple est crédible comme le mien avec Claude Guéant (no way). Gros handicap qui gâche toutes les (nombreuses) scènes entre eux : Flynn qui embrasse Davis, on n'y croit pas, surtout quand dans l'antichambre citée plus haut rôde une Olivia de Haviland hyper-sexuée et qui se pâme devant l'Erroll. D'accord, l'amour est aveugle, d'accord, il aime autant le statut de la reine que la reine elle-même, mais tout de même...

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C'est bien dommage, car chacun d'eux, pris en lui-même, est très bon, et on admire pour une fois la direction d'acteurs impeccable de Curtiz. Flynn est très physique malgré l'absence totale de scènes d'action (choix étrange mais relativement payant au final, qui met en valeur par exemple, la belle séquence de guerre en Irlande, théâtrale, prise dans la brume artificielle, presque irréelle), et joue cette fois avec son visage encore plus qu'avec son corps ; notons aussi que le collant pourpre et la jupette lui vont, ce qui constitue une qualité indéniable. Davis est vraiment géniale, alors qu'ils lui ont fait une tronche, mon vieux, faut voir ça : on dirait une poupée de Tim Burton mâchouillée. C'est une autre école, mais elle est vraiment tout en présence elle aussi, jouant des rythmes avec génie, bougeant la moindre parcelle de son corps et de son visage avec une grande vérité ; elle est laide comme un pou, belle comme tout, et Curtiz lui confère un visage tragique (le dernier plan !) qui vaut vraiment des points. Citons aussi, dans le rôle du félon adipeux, l'immense Vincent Price, le plus immonde cafard que j'ai vu depuis Claude Rains ou Basil Rathbone (ou Claude Guéant) : il utilise son corps de vermisseau pour s'insinuer comme un serpent le long des marches du palais, toujours de profil comme s'il surveillait tout, arrrf, quelle horreur. Casting impressionnant, donc, complété par quelques saillies de mise en scène très bienvenues : le jeu d'ombres sur une reine solitaire s'écroulant sur son trône comme une marionnette, la scène d'ouverture pour nous présenter Bette Davis... et qui l'occulte derrière un paravent, ou la grande idée de cet escalier caché au beau milieu de la salle royale, et qui mène directement aux cachots : salle bleue, escalier orange, Flynn condamné à mort qui en surgit pour dire adieu à la femme qui l'a condamnée, ça c'est du romantisme mes p'tits gars, ça c'est de l'Eros qui s'acoquine avec du Thanatos, ça c'est du Eurydice comme on aime. Voilà, satisfait, au final, par ce film un peu à part dans l’œuvre de Curtiz (pas d'action, une fin tragique) qui donne l'occasion de voir ce qu'est une vraie erreur de casting.

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11 octobre 2011

Trafic en haute Mer (The Breaking Point) (1950) de Michael Curtiz

"I hate mornings, worst part of the day."

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Nouvelle adaptation après celle de Hawks de To have or to have not du gars Hemingway avec dans le rôle titre un John Garfield on ne peut plus pugnace, accompagné d'une brune sincère et dévouée dans le rôle de sa femme (Phyllis Thaxter) et d'une blonde fatale qui sait la jouer tout en tact et en patience (la charmante Patricia Neal). On est dans le bon vieux "fond social" avec cet homme marié, deux bambinettes, qui a bien du mal à joindre les deux bouts : son business patine - il amène de trop rares clients en mer pour la pêche avec escale au Mexique - et touche pratiquement le fond quand l'un des clients lui fait faux bond en terre mexicaine après une petite virée. Il va d'abord s'essayer au trafic de Chinois qui va mal tourner - va faire confiance à ces gars, toi, tous des fourbes ! - puis n'aura d'autres choix, pris à la gorge par ses crédits sur le bateau, que d'être complice d'un vol à main armée (le casse de The Killing en trente secondes chrono) en fournissant une échappatoire marine à quatre bandits.

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Garfield est donc un type combatif, attaché à sa femme mais qui n'est point sans faille, toujours capable de se laisser attirer par les sirènes de l'argent facile pour ne pas perdre son bateau et tentant également de résister tant bien que mal aux sirènes féminines - faut reconnaître cela dit que la Patricia Neal lui fait sacrément du rentre-dedans et qu'il faudrait être de bois pour ne pas craquer quand elle apparaît dans son peignoir et te souffle sur la nuque, la coquine... - mais le John, well done man, tient quand même bien son rang... Garfield sait qu'il joue un petit jeu dangereux où il a tout à perdre (sa liberté, son pote black, sa femme...) et semble le faire tout du long avec l'énergie du désespoir. Curtiz nous mitonne quelques bien jolies séquences, notamment celles où le trio se retrouve presque "par hasard" dans un bar : alors que John est en train de se pinter avec cette blonde par trop caressante, sa femme surgit dans la bagarre ; la bougresse sait garder la face mais ne se gène point pour balancer deux-trois petites réflexions dans les dents de cette blonde (l'échange à propos du sac et les métaphores qui s'en suivent est particulièrement fort de café) qui accepte ce combat avec le sourire. Garfield a beau se la péter, il a bien du mal à être au niveau de cette passe d'armes.

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Une autre scène tirerait des larmes à une chaise en osier, celle où la femme de John revient chez elle teinte en blonde : elle se prend d'abord dans la tronche les quolibets de ses deux gamines, puis lorsque son mari revient à la casa, il a du mal à remarquer le changement avant de se laisser aller à des compliments de pure forme ; la chtite tête de sa femme néo-blondinette est pathétique au possible et on perçoit toute la douleur qu'elle ressent dans sa chair (au moins...) - tout l'effort d'une femme pour plaire à son mari dans une assiette : scène terrible en soi vu le peu de réaction de ce mari terriblement soucieux (des problèmes de thunasse mais aussi dans un ptit coin du cerveau, cette autre blonde, forcément, beaucoup plus tentatrice... même si, bah... rah les hommes...).

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La dernière partie du film est trépidante avec notre John qui accueille à son bord ces quatre têtes brûlées accrochées à leur butin et à leur flingue. Il pense avoir tout préparé pour tenter de se jouer d'eux, mais là encore la partie s'annonce serrée - d'autant que d'entrée de jeu, il doit serrer des dents en assistant au sacrifice de son ami black, jusque là son véritable ange-gardien... Il se bat comme un beau lion sur ce navire transformé en passoire où fusent les balles et Curtiz de nous livrer une séquence finale à l'aurore dont il a définitivement le secret (la femme de Garfield et les bambins, la réflexion lapidaire de la blonde (ci-dessus en incipit), le plan sur le chtit black qu'on avait quasiment oublié dans la bagarre, ce plan d'ensemble sur ce quai qui se vide...) : c'est ptêtre po au niveau de Casablanca, nan, mais Curtiz de savoir toucher notre ptit point sensible pour que cette conclusion vienne s'insinuer durablement dans notre esprit. Malin le Michael qui réussit son adaptation.

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15 août 2011

Dive Bomber de Michael Curtiz - 1941

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Franchement très peu d'intérêt dans ce film de commande poussif et terne. C'est visiblement fabriqué pour donner du moral à nos vaillantes troupes de terrain américaines et démocratiques en ces temps troublés, ça remplit sans problème son rôle donc, puisque c'est vibrant de patriotisme et de gloire à nos glorieux héros pleins de gloire. Curtiz semble avoir de son côté pris beaucoup de plaisir à filmer sous tous ses angles l'aviation américaine, et c'est vrai que le film est plutôt spectaculaire si vous aimez le genre salon du Bourget. Ca vole en triangle impeccable, ça te fait du looping comme de rien, ça part en vrille et ça se rattrappe à 3 centimètres du sol comme si c'était la routine, c'est bien beau bien beau. On a visiblement laissé à Curtiz toute latitude pour filmer ça à son aise, et le compère ne se prive pas dans les séquences documentaires, qui font une grande parie du métrage, de nous expliquer par le menu ce que sont les activités de nos héros aviateurs, aussi bien en l'air qu'au sol. C'est l'aspect sympathique de Dive Bomber, sa volonté de faire de la pédagogie à tout prix, et de la faire en variant les angles et les regards histoire de ne pas trop nous ennuyer.

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Curieux dès lors d'avoir choisi comme personnage principal un médecin plutôt qu'un pilote. Errol Flynn (on a quelques doutes au départ sur sa capacité à incarner un toubib, mais finalement il est plutôt bien) joue un intellectuel, forcément en proie aux railleries des hommes-des-vrais qui eux risquent leur vie, préoccupé par un problème qui risque de compromettre la victoire : en piqué, les pilotes s'évanouissent et se crashent. Le film repose donc sur une improbable trame : c'est le portrait d'un médecin qui invente une ceinture de sécurité révolutionnaire empêchant des aviateurs de s'évanouir. On a connu Flynn en charge de plus de glamour que ça, d'autant que finalement, ça manque un peu de spectacle de voir un type regarder dans un microscope. Mais ma foi, ça se suit gentiment, grâce à quelques détails un peu plus hollywoodiens : la rivalité avec Fred MacMurray (mauvais comme un cochon), l'apparition fugace mais sexy de la femme frustrée que Flynn délaisse pour sa science (le film est un vrai coming-out pour l'acteur) ou les scènes de laboratoire où on découvre comment les médecins travaillent dans les rangs de l'Air Force (la machine à donner le tournis, inspirée du fameux jeu de l'hélicoptère que tout un chacun devrait essayer un jour s'il a envie de se marrer un grand coup après avoir bu quelques bières, règles du jeu fournies en commentaires sur simple demande). Mais tout ça est plus mignon que vraiment passionnant, et on s'ennuie souvent devant ce bazar trop pompeux, trop long, trop calibré. Très oubliable.

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12 février 2011

L'Arche de Noé (Noah's Ark) (1928) de Michael Curtiz

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Film hybride entre le muet et le sonore (quelques échanges dialogués au milieu du film qui surprennent, forcément), film épico-historique (on passe de la Guerre de 14 à l'épisode biblique de l'arche de Noé en un clin d'oeil tout en gardant les mêmes acteurs), mais surtout film absolument hallucinant au niveau des effets spéciaux et des moyens mis en oeuvre. Zanuck a écrit lui-même ce scénar démentiel que Curtiz a réalisé avec le savoir-faire qu'on lui connaît. La scène du déluge final ferait passer Titanic pour un film réalisé dans une pataugeoire et j'étais à deux doigts de faire dans le mauvais goût en disant que tous les figurants avaient dû finir noyés... en surfant trente secondes sur IMDB, j'ai appris que trois d'entre eux s'étaient réellement noyés lors du tournage, sans compter les très nombreux blessés (parmi les nageurs, il y avait d'ailleurs... John Wayne (!) qui, déjà héroïque, s'en est sorti nickel - si ça c'est po de l'anecdote !). Franchement, la dernière partie embarque tout sur son passage et il est bien difficile de ne pas sortir de ce film sans être un minimum bluffé... Cela ne fait pas tout, certes, mais comme le reste du film comporte son lot de moments de bravoure et de séquences dramatiques (jamais le dernier, le gars Curtiz, pour trousser une histoire d'amour et d'amitié), bien difficile de ne pas être satisfait à la découverte de ce film... quelque peu englouti dans l'histoire du cinéma. 

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On commence par quelques scènes bibliques, la Tour de Babel, le Veau d'Or, avant de faire une transition maline sur le culte moderne de l'argent et de la violence qui en découle. Après ses scènes d'exposition où au niveau des figurants et des toiles peintes dantesques on sent que la production en a sous le pied, on découvre l'une des petites maquettes joliment réalisées du film avec un train fonçant tout droit vers un pont victime de la colère de Dieu - un coup de tonnerre et notre pont de devenir gruyère. Avant d'assister au premier carnage du film, on fait la connaissance des principaux acteurs du film : deux Américains qui savent faire preuve de courtoisie (te virent un jeune type assis sur une banquette pour qu'il laisse la place à un homme de religion tout barbu) - Dieu saura reconnaître les siens et sauvera nos ricains et notre barbu -, un prisonnier, un Russe antipathique et une jeune danseuse allemande (la blonde et lumineuse Dolores Costello, the star du film)... C'est l'accident (des tonnes d'eau s'engouffrent dans les wagons, ce n'est qu'un avant-goût du final dans ce film le plus humide de l'histoire du cinoche) et après diverses aventures, on retrouvera nos deux Américains et l'Allemande à Paris, au début de la Guerre.

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L'un des Ricains, Travis, en pince pour Mary qui dissimule ses origines pour ne pas être considérée comme espionne. Quand les Etats-Unis entrent en Guerre, l'autre Ricain, Al, s'engage mais ne parvient pas à entrainer son pote. Ce dernier finira par avoir un sursaut patriotique et quittera sa douce pour rejoindre l'Armée. Les deux amis se recroisent sur le front pour une charge héroïque à la vie, à la mort (émotion, dis-je). Mary et Travis vont également avoir l'occasion de se retrouver "face-à-face" dans des circonstances pour le moins inattendues - les paroles du religieux barbu (le retour), présent lors de la scène, se révèlent on ne peut plus prophétiques, et après un ultime bombardement allemand (il me semble reconnaître la grosse Bertha, mais je ne suis point un spécialiste en artillerie), véritable déluge de terre et de feu, on enchaînera tranquillou sur l'épisode de l'Arche...

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On sent que les producteurs ont voulu garder le meilleur pour la fin, ces allers-retours entre la Guerre et la Bible étant tout de même un peu surprenants au niveau narratif. Noé et ses trois fils face au Roi, tout puissant Nephiliu dans sa cité d'Akkad, une poignée d'hommes d'un côté (et des animaux en renfort) contre un fou furieux entouré d'un million de figurants, ca va donner. Fallait pas se foutre de Noé qui s'est pété plus d'un ongle lors de la construction de cette immense barcasse... On aura droit à la totale, un casting d'animaux digne de celui d'un zoo dont on aurait ouvert toutes les cages en même temps, une pluie torrentielle qui se déverse sur une maquette, mais également des hectolitres d'eau déversés sur la tronche de figurants qui font plus vraiment les malins... C'est résolument "épique", chaque plan allant dans la surenchère au niveau du spectacle avec, en prime, un baiser d'une grande sensualité. On termine le film tout mouillé, pas forcément sous le coup de l'émotion mais pas pure empathie pour ces nombreux figurants sacrifiés sur l'autel du cinéma. Les Aventuriers de l'Arche perdue, en tant que film d'aventures, à côté, c'est Oui-Oui chez les Nains.    

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07 octobre 2010

L'Aigle des Mers (The Sea Hawk) de Michael Curtiz - 1940

Annex_20__20Flynn__20Errol_20_Sea_20Hawk__20The__07Vous prenez The Adventures of Robin Hood, réalisé par Curtiz deux ans plus tôt, vous changez légèrement les costumes, vous modifiez les toiles de fond, et vous voilà à la tête d'une splendide superproduction à base de corsaires et d'héroïsme épée au poing. Ah c'est sûr que Curtiz ne fait pas beaucoup d'effort pour renouveler son répertoire, et qu'on est là dans les sentiers hyper-tracés du film d'aventures. Ce n'est pas 5 minutes à l'avance qu'on sait ce qui va se passer, c'est 2h02 (le film durant 2h02) : la jeune première qui déteste d'abord le héros avant de tomber raide dingue de lui, le félon ricanant dans un premier temps avant d'être défait par le gentil, l'Angleterre pliant sous le joug de l'armada espagnole avant de relever la tête et de bouter les espingos hors de : c'est du balisage tranquille, qui va jusqu'aux détails (on sait que Flynn, durant son duel, va sectionner d'un coup d'épée cette bougie disposée là négligemment, histoire d'être un peu class, ce qu'il fait consciencieusement 2 secondes plus tard). Nulle suRprise dans le scénario, qui voit d'ailleurs les mêmes acteurs interpréter les mêmes rôles : Claude Rains en salopard (cette fois, il n'y sont pas allés de main morte avec le maquillage noirâtre, pauvre bougre), Flynn en corsaire grande gueule-grand coeur, ses acolytes déjà vus dans tous les autres films d'aventures entre 1920 et 1940, la jeune vierge et son regard mouillant (ah tiens, Brenda Marshall, nettement plus fade qu'Olivia de Havilland).

Annex_20__20Flynn__20Errol_20_Sea_20Hawk__20The__08Et pourtant, ça fonctionne toujours aussi bien. C'est même sans défaut, qu'est-ce que vous voulez que je vous dise. C'est glamour, romantique, enlevé, trépidant, passionnant, et à tous les postes on sent qu'il y a le gusse qu'il faut, celui qui sait faire. Des décors prodigieux (comment font-ils pour rendre aussi crédible un abordage entre deux navires du XVème siècle, alors qu'on voit très bien la toile peinte et le maquillage des acteurs ? C'est de la magie), des dialogues vintage comme on aime ("Tudieu, compagnons, suivez-moi, hissez-moi la drisse et souquez ferme au perroquet du gaillard à tribord, allons botter les fesses à quelques Espagnols, palsambleu !"), des acteurs simplement au service du spectacle (avec une préférence pour l'actrice qui joue la Reine d'Angleterre, Flora Robson, super subtile et qui sait jouer de son physique ingrat avec une jubilation qui force le respect), une musique tonitruante comme ça s'impose, et quelques plans d'anthologie qui font définitivement rentrer The Sea Hawk dans l'histoire : le duel final avec ces ombres de 40 mètres qui se projettent sur le fond du décor, cette évasion silencieuse dans la cale d'une galère, cette scène romantique dans une roseraie mirifique, tout est splendide, rien n'est laissé au hasard.

seahawkQuant à Errol Flynn, le seul acteur (avec Gene Kelly, ok) qui serait capable de me faire virer gay, il est encore une fois énormissime : c'est l'acteur le plus physique qu'on puisse imaginer, et il utilise son corps avec un naturel confondant. Observez la façon dont il s'écroule aux pieds de la reine à la fin du film, après un duel titanesque : en une seule posture, il y a l'épuisement, la bravoure, le respect, et aussi cette façon de se placer tranquillement sur son bon profil pour capter la lumière et faire le joli plan qu'il faut. Pareil quand il s'échappe de la galère : on ne peut que le qualifier de bondissant, et en effet il bondit, du début à la fin, qu'il s'agisse de dévaler un escalier ou de faire une déclaration d'amour. L'énergie faite homme. Bon, brisons là : ce film est un plaisir de chaque instant, un enfant de 3 ans pourrait le comprendre mais c'est tellement délicieux. Curtiz est le plus modeste mais le plus brillant des cinéastes à grand spectacle.

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04 juillet 2010

Les Conquérants (Dodge City) de Michael Curtiz - 1939

Sans_titreUn joli western relativement classique, qui ne bouleversera peut-être pas le genre mais reste très agréable. Curtiz, dans son éternel amour des plans larges et des bains de foule, nous réserve quelques séquences très enlevées, et fabrique une petite chose bien dynamique et glamour comme il faut. Il y a Errol Flynn pour les dames, Olivia de Haviland pour les hommes, et une kyrielle de seconds rôles impeccables : grosse satisfaction, notamment, du côté des méchants, tronche torve et rictus menaçant, qu'on jubile de voir corrigés par le bel Errol.

Au niveau du pur spectacle, on en a pour son argent, puisque Curtiz n'est pas avare en scènes de bravoure. Rien que cet emploi du technicolor marque déjà des points, dès le départ, avec une course-poursuite entre une diligence et un train filmée dans toute la grandeur des paysages désertiques de l'ouest. Les rivières sont plus bleues que bleu, les ciels itou, le sable est d'un jaune aveuglant, on est bien content. Le reste du métrage est dans la mêdc8me veine, tout entier tourné vers un seul et simple objectif : vous en foutre plein les mirettes. Il y a une scène de bagarre collective dans un saloon que n'auraient pas reniée les frères Marx, un grand moment de délire où chaque figurant a son mot à dire, sa mandale à asséner, sa fenêtre à traverser bottes en avant. Curtiz semble adorer ces moments qui sortent de l'action principale, que ce soit pour livrer une de ces scènes spectaculaires (satisfecit également pour une charge de 8000 boeufs impressionnante) ou une séquence de gag pur (Alan Hale est très bon en faire-valoir bouffon de Flynn, et il a une scène chez les bigottes anti-alcooliques du coin vraiment hilarante). Il est vrai qu'entre ces scènes, le film peine à être vraiment passionnant, avec ces dialogues dépassés, cette historiette d'amour cousue de fil blanc et ces situations pas très crédibles.

Mais Dodge City finit par ressortir assez clairement du lot des westerns habituels grâce à ce héros étrange, Flynn donc, à 10000 lieues de la virilité d'un John Wayne, qui apporte une touche de raffinement étonnante à son justicier : il est presque efféminé, en tout cas d'une jolie dc5fragilité et d'un joli romantisme (malgré sa vision des femmes, atterrante, mais dont on se demande si elle n'est pas à prendre au second degré tant Flynn est fin dans l'ambiguité de ses petits sourires charmeurs). Il incarne une sorte de culture démocratique au sein de la sauvagerie de l'ouest en train de se construire : son arrivée coïncide avec celle du train dans la ville, incursion du progrès au sein des territoires vierges ; et tout son travail va être d'imposer l'intelligence (il cite Shakespeare, et va même jusqu'à réclamer un procès équitale pour le félon du film, alors que ses compatriotes veulent le pendre sur le champ) à cette horde de crasseux. Il y a même son pote qui menace de démissionner du poste d'adjoint au shériff parce que la ville est devenue "chochotte", terme qu'on entend assez peu dans les westerns de cette époque. Bref, un beau spectacle, des acteurs attachants, et un discours démocrate agréable, c'est bien.

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11 juin 2010

Les Aventures de Robin des Bois (The Adventures of Robin Hood) de Michael Curtiz - 1938

1938_gallery_robin_hoodAh ben qu'est-ce que vous voulez, c'est un classique, hein. Difficile de faire la fine bouche devant ce festival de sucre en technicolor : on en connaît par coeur tous les épisodes (même si on ne l'a jamais vu : tout y est sur-attendu), on frissonne devant la kitcherie complète de l'entreprise, mais ça fonctionne depuis toujours, et ça fonctionnera encore dans 5 siècles. The Adventures of Robin Hood, c'est comme tous les grands films hollywodiens de cette époque : ça vous ramène sans ambage en enfance, ça vous replonge dans une sorte d'état bienheureux et béat où tout sens critique s'évanouit au profit du plaisir de la régression dorée.

Alors, certes, on pourrait relever tout ce qui ne va pas là-dedans : par exemple, une mise en scène somme toute très fonctionnelle, bien qu'irrépochable, qui s'efface complètement devant la trame, qui ne tente rien d'autre que de filmer ce qu'il y a à filmer pour qu'on puisse suivre l'histoire sans trop réfléchir. Les scènes de dialogue sont particulièrement ternes, avec ces champs/contre-champs fadasses et scolaires qui privilégient toujours la jolie photo de studio plutôt que la logique de l'espace : Curtiz, fasciné par la plastique d'Errol Flynn, a visiblement beaucoup travaillé la chouette lumière qui tombe en biais sur le visage de son idole, mais il oublie un peu de concevoir ses plans de façon crédible. Tant pis, il a raison : Flynn est beau comme un coeur, tout comme la petite Olivia de Haviland. Ces deux-là n'ont pas untitledgrand-chose à faire pour être bons, les maquilleurs, chefs-op, costumiers et autres coiffeurs se chargent de les rendre glamour quoi qu'il arrive. Placés dans des décors de forêt vert pomme ou des intérieurs d'une élégance totale, ils pourraient manger du munster par pelletées qu'ils ne perdraient rien de leur charme. Flynn ne se contente d'ailleurs pas de ça : il est littéralement bondissant, lors de ses duels à l'épée, à l'arc et au bâton, comme lors de ses discours à ses compagnons d'armes. Même quand il dort, il bondit. Physique du début à la fin, il ne tient pas en place, et insuffle au film une énergie communicative : c'est joyeux comme tout, échevelé, sans arrêt tonique.

Même si le personnage de Robin Hood pourrait être discutable (politiquement, s'entend : qu'est-ce qu'il fait, à part reproduire un modèle royaliste et inique ? Son "dépouillement des riches au profit des pauvres" s'arrête au petit groupe de ses compagnons de révolution, qui dévorent en deux minutes les trésors amassés ; son asservissement au roi Richard apparaît comme un renoncement bien gênant ; et sa conception de la virilité fait frémir), on s'attache à lui sans trop se poser de question. Face à lui, les méchants sont excellents. Comme toujours il s'agit de Claude Rains et Basil Rathbone, mais ici utilisés dans tous leurs clichés : capiteux, efféminé, Rains est excellent en négatif de Flynn, précieux quand l'autre est effronté, lent quand l'autre ne tient pas en place ; Rathbone est quant à lui THE vilain par définition, jaloux, vénal, brutal avec les filles, plein de adventuresofrobinhood4morgue, et a droit à un duel final parfaitement bluffant. Tout le reste est à cette hauteur, et on sent bien que la production a su s'entourer des meilleurs professionnels à tous les postes, jusqu'au dresseur de chevaux ou à l'accessoiriste (qui a déniché des cuissots de gibier incroyables). Curtiz n'est qu'un artisan au milieu de toute cette fine équipe, et n'en fait pas plus que ce qu'on lui demande : glorifier Flynn, plaire au public, lui éviter de penser, et raconter une histoire éternelle. Du coup, dès qu'il a une idée même petite (filmer un complot politique depuis une cheminée, en plaçant la caméra derrière les flammes), ça apparaît comme un coup de génie. Voilà : c'est du travail parfait, con comme un panier mais impeccable et irrépochable. Une grande hollywooderie démodée, et même hors-mode.

Posté par Shangols à 13:51 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]


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