04 mai 2011

La Flamme sacrée (Keeper of the Flame) (1942) de George Cukor

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Toute petite pioche décidément aujourd'hui sur Shangols avec ce tout petit film de Cukor réalisé en 1942 ennuyant comme un rat mort. Malgré la présence au générique du couple glamour Spencer Tracy / Katharine Hepburn, on se demande bien pendant quatre-vingt-dix minutes où le George veut en venir. Je vous la fais très courte : le mari de l'Hepburn, grand héros américain, est mort d'un accident. On l'enterre dans l'intimité mais un journaliste, Spencer, aimerait bien en savoir un peu plus sur la vie admirable - et éventuellement la mort - de cet homme. Son enquête patine pendant des plombes (le nombre de scènes qui ne servent qu'à faire du remplissage est proprement hallucinant) jusqu'à ce que oh là là, ça y est la mèche est vendue, oh nom de Dieu de nom de Dieu, quel scandale, faut-il l'annoncer au monde entier ?, mais bien sûr, et nos deux valeureux héros, au nom de la vérité, oui Monsieur (on est aux Etats-Unis, le pays de la transparence... quoi, j'ai dit une connerie?... Va pas être facile à repêcher le corps de B.L. si vous voulez mon avis, vu le temps qu'on a mis pour remettre la main sur deux pauvres boîtes noires... Mais je m'écarte), vont être prêts à jouer leur vie pour révéler ce sombre secret... L'ironie du sort, c'est que le récit commence vraiment à s'emballer dans les trois dernières minutes (un incendie, des coups de feu, des cadavres, un accident de bagnole...) comme si Cukor se rendait compte, soudainement, qu'il faudrait peut-être faire  un petit effort... C'est trop tard, on est déjà vénère et ce n'est point le flegme absolu de Spencer ni le minois lumineux de la Kathe qui vont nous rendre de meilleure humeur. Plus efficace qu'un hypnotiseur et qu'une plaquette de somnifères...  

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14 février 2011

Othello (A double Life) (1947) de George Cukor

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Il est toujours dangereux voire destructeur, pour un acteur, de se faire vampiriser par un rôle, surtout quand celui-ci est Othello... C'est clair.  Belle idée de scénario en soi qu'exploite joliment Cukor dans ce film éminemment sombre (les scènes de jour peuvent se compter sur les doigts d'une main) qui bénéficie en prime d'une musique ample et inspirée de Miklos Rozsa. Bien que le rôle-titre interprété par Ronald Colman lui valut un Oscar (...), j'avoue que, lorsqu'il est sur scène, je l'ai trouvé un peu pathétique : affreusement grandiloquent, terriblement mal à l'aise dans sa diction des vers, le père Ronald a bien du mal à nous convaincre en Maure de Venise... Heureusement qu'il parvient à être plus convaincant lorsqu'il se met à perdre la boule et à errer dans ce quartier italien ou lorsqu'il pète de grosses colères avec sa femme. Dès qu'il endosse le costume du Maure - d'autant que face à lui Signe Hasso/Desdémone en fait également des tonnes -, Shakespeare doit faire un peu la grimace...

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Colman - Anthony John - et Hasso - Brita - sont donc deux acteurs de théâtre qui ont connu des hauts et des bas dans leur vie conjugale... Mariés puis divorcés, ils semblent à nouveau être au diapason : leur dernière comédie sur scène est un grand succès (genre vaudeville de base à première vue qui rend les gens curieusement hilares - nous, moins) et leur couple refonctionne aussi bien côté cour que côté jardin. Lorsque Colman évoque l'idée de monter Othello, Hasso ne peut s'empêcher de craindre le pire tant son ex-mari semble avoir une méchante tendance à laisser déteindre son rôle sur son propre caractère. La pièce se monte malgré tout mais dès le soir de la première, qui est un triomphe, on sent que Colman perd déjà un peu pied - une étrange petite musique et certains passages du dialogue continuant de le hanter. Totalement hagard il quitte la soirée en essayant de reprendre ses esprits... Il frôlera la catastrophe le soir de la 300ème en étant à deux doigts d'étrangler son ex-femme sur scène et craquera totalement le soir du deuxième anniversaire de la pièce. Après une terrible scène de jalousie qui poussera son ex à lui claquer la porte de sa chambre au nez, il quitte le domicile : totalement possédé (un petit côté "acteur Anthonyll et mister Othellyde"), il va rendre visite à une serveuse (Shelley Winters, du coffre comme on dit) dont il avait fait connaissance avant de monter la pièce... Totalement sous l'emprise de son rôle, il ne parviendra pas cette fois-ci à se contrôler.

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Cukor se fait un devoir de jouer avec les miroirs et autre reflets dans la vitrine de magasin à mesure que Colman se fond dans son rôle. Il excelle également à filmer certaines séquences depuis les coulisses (exposant au passage l'enchevêtrement de l'arrière du décor comme une image du cerveau troublé de Colman - théâtre d'ombre plus que de lumière, oui), à mesure que la frontière entre la scène et la réalité se fait de plus en plus poreuse pour son personnage principal. Le climax est atteint lorsque Colman/Othello, sur scène, aperçoit dans les coulisses le patron du restaurant italien - sa vision se trouble, ses phrases s'emmêlent, son esprit part totalement "dans le décor"... Et de la Tragédie à la tragédie, il n'y a qu'un pas, minuscule. Grand film sombre sur les dangers du métier qui reste tout de même, sans doute, un ton en-dessous du noirissime Sunset Boulevard

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07 août 2008

My Fair Lady de George Cukor - 1964

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Tout simplement délicieux. My Fair Lady est à placer parmi les trois ou quatre plus belles comédies musicales américaines, alors même qu'il est assez hésitant dans les parties musicales. Les comédiens ne sont pas danseurs ni chanteurs, mais c'est justement leur maladresse qui touche, transcendée par une sincérité d'interprétation qui annule toute faiblesse technique. Cukor filme la vie, une vie rêvée et bigger than la vie, saturée de glamour et de couleurs explosives, mais une vie finalement assez finement vue, qui fait la part belle aux petites choses et aux personnages.

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La première moitié est un pur enchantement de film à l'ancienne : les quartiers de Londres recréés en studio, deux univers qui se rencontrent (les bas-fonds et l'aristocratie) dans un technicolor de rêve, mille petits personnages hauts en couleurs. Audrey Hepburn est une fleuriste-clocharde à la voix criarde, Rex Harrison un linguiste esthète et distingué : leur rencontre est improbable, et il n'en faut pas plus pour lancer un scénario au taquet, qui va voir se dérouler la métamorphose de la chenille en papillon. A côté de ces deux héros, Cukor s'amuse à créer un univers complètement artificiel mais diablement romantique : les charettes de fleurs, les jolis costumes de ces messieurs-dames de la haute, une façon de diriger le moindre figurant avec amour et considération. C'est dans cette partie qu'on a droit aux plus beaux morceaux de bravoure musicaux, et j'avoue ma préférence pour cette chanson anarchiste glorifiant la paresse et l'amoralité, braillée par un Stanley Holloway immense : "With a little bit o'luck", que je me suis passé cinq fois tant elle est réussie ("Avec un peu de chance, tu peux éviter de bosser" ou "Avec un peu de chance, tu peux te faire entretenir par tes gosses").

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Cukor crée une sorte de scène de théâtre "++", conservant quelques effets artificiels purement théâtraux (les acteurs qui se placent sur scène avant de commencer à bouger, les lumières "illogiques") et les décuplant dans l'espace grâce à l'ampleur du cinéma. C'est un festival de décor, de danse, de joie, de chants, d'humour et de féérie. Nickel.

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Puis la chtite Eliza Doolittle est prise en main par le professeur et suit des cours de diction ardus : là, on est dans la pure comédie de couple mal assorti, et ça charcle dans tous les sens au niveau des répliques. Le gars s'avère être un phallocrate de la plus belle eau, et ses considérations sur le célibat et la supériorité des hommes valent leur pesant de goujaterie. Il y a d'ailleurs de troublantes réparties du sieur laissant à penser qu'il n'est pas totalement indifférent au charme tout masculin de son copain Hugh Pickering. Hepburn, de son côté, s'éclate à créer un personnage gentiment trash, qui hurle "Bouge ton gros cul" au cheval lors d'une course distinguée. La suite, un peu plus attendue au niveau du scénar, est pourtant non moins jolie, la petite frimousse de Hepburn opérant un charme indéniable (pour peu qu'on craque pour les femmes-enfants). C'est le fête de la grande couture, Audrey changeant de robe à chaque plan, dans un délire de couleurs et de classe tourbillonnant. C'est la grande grande école du savoir-faire à l'ancienne ; rien n'est laissé au hasard, tout est réglé au millimètre, et pourtant on ne se sent pas étouffé sous le professionnalisme de l'ensemble. Les longues chansons qui viennent ponctuer l'action amènent leur lot de larme à l'oeil et de petit pas de danse dans son salon. Comme en plus, il y a mille trouvailles de mise en scène (le fantasme sanguinaire d'Hepburn filmé dans tout son excès, la course de chevaux hyper-superficielle esthétiquement), et que le film reste d'une discrète impolitesse jusqu'au bout (le clodo qui est obligé de devenir un bourgeois et qui s'en mord les doigts), on finit à genoux par respect. Grand.

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26 juillet 2008

Madame porte la Culotte (Adam's Rib) de George Cukor - 1949

madame_porte_la_culotte_adam_s_rib_1949_reference2000ème texte de ce blog, sortez les pétards et les cornes de brume. Bon, ceci dit, je fais pas dans l'éclat, puisque Adam's Rib m'a semblé assez terne, un peu comme un samedi soir tranquille, si vous voulez. C'est une petite comédie charmante reposant sur les épaules du couple Hepburn/Tracy, donnant aux deux icônes une énième occasion de prouver leur glamour attitude toujours au taquet, mais ça ne va aussi guère plus loin que ce mignon duel domestique.

On prend donc deux stars, et histoire de faire croire qu'on leur donne en plus quelque chose à jouer, on invente une trame sans conséquence : Tracy et Hepburn sont avocats et vivent un ménage parfait, jusqu'au jour où il se voient confier une affaire judiciaire épineuse : une femme a tiré sur son mari infidèle. Hepburn défenadamsribd la femme (et la Femme avec majuscule, du même coup), Tracy l'homme, d'où disputes d'alcôve, noms d'oiseaux qui fusent et mines boudeuses. Bon. C'est très rarement drôle, mais c'est gentillet comme tout, très mignon, et suffisamment bien joué pour vivre sa vie jusqu'au bout. Les deux acteurs sont dans leurs pantoufles, lui en bougon gentil et amoureux, elle en femme libérée et forte. La complicité éclate dans chaque séquence, ces deux-là n'ayant plus rien à prouver en matière de bagoût et de raffinement. On est dans la pure comédie de caractères, avec des dialogues fins et enlevés, et un catalogue de personnages secondaires bien dessinés.

Manque sûrement là-dedans l'hystérie qui est la marque des grandes comédies ricaines. Cukor ne déborde jamais, se contentant d'un sourire bienveillant là où on aurait aimé de la folie furieuse. Les disputes de couples semblent être jouées "po300px_Spencer_Tracy_and_Katharine_Hepburn_in_Adams_Rib_trailerur de faux", insérées dans un processus bien trop balisé pour être vraiment tenues : on ne tremble pas pour la sérénité du couple, convaincus que la minute d'après les verra tomber dans les bras l'un de l'autre. La mise en scène de Cukor, que nous appelerons "modeste" pour ne pas remarquer son indigence, filme frontalement celui qui parle, panote quand un nouveau personnage entre dans la pièce, et accumule les champs/contre-champs pépères. Quelques bonnes idées, pourtant, notamment la séquence où Hepburn demande aux jurés d'imaginer les accusés en inversant leurs sexes : les femmes deviennent des hommes et inversement, avec beaucoup de simplicité dans l'exécution. Au rang des jolies inventions aussi, cette chanson répétée en boucle et qui rend fou furieux le bon Spencer, et puis le fond gentiment provocateur sur la lutte des sexes (même si Cukor finit par s'embrouiller complètement dans son discours). A part ces quelques éclats, un film qui reste seulement dans le domaine du charmant. Enfin, bon, toujours un plaisir de revoir ces acteurs à l'ancienne...

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25 juin 2008

Comment l'Esprit vient aux Femmes (Born Yesterday) de George Cukor - 1950

1lSous le titre tapage-sur-les-cuisses du titre français se cache une merveille de comédie subtile et raffinée, qui arrive à dire deux ou trois choses capitales tout en respectant un sens du timing sans faille. C'est Cukor, qu'est-ce que vous voulez, c'est donc inégalable. On n'est pas ici dans le gag à outrance, ça ne court jamais dans tous les sens, il y a relativement peu de grimaces de la part des acteurs ; c'est un comique verbal, un comique de situation aussi, mais si bien écrit que ça compense largement les délires d'un Capra par exemple.

L'histoire est celle d'une poupée maquée à un escroc de la métallurgie ; comme elle est très idiote et ne sait pas se tenir en société, le maffieux lui paye des cours d'instruction ; mais son nouveau savoir va lui faire prendre conscience des malversations de son mec, en même temps que de l'importance de la démocratie et de l'émancipation féminine. Rien de moins. Ca pourrait être un drame chez Bergman : c'est une bulle de légèreté chez Cukor. D'abord parce que la direction d'acteurs est d'une finesse incroyable : Judy Holliday, affiche_Et_la_vie_continue_1991_1dans le rôle de la blonde écervelée, est proprement hilarante, jouant avec son image de bécasse gentille avec une intelligence inversement proportionnelle ; elle fait un travail sur sa voix, sur ses postures, qui fait bondir de joie, et son personnage assez caricatural devient d'une troublante crédibilité. On croit à sa métamorphose, d'autant que Cukor sait ne pas trop charger celle-ci, la rendre vraie. William Holden (en contre-emploi d'intello au grand coeur) et Broderick Crawford l'accompagnent avec une admiration évidente, et c'est très beau de voir comme ils savent s'effacer à chaque coup de génie de l'actrice ; ils sont très présents, drôles à souhait, mais ils ont compris où se situe l'enjeu du film, dans cette petite poulette irrésistible, et ils lui laissent la place avec une modestie touchante.

Cukor leur écrit un dialogue au petit poil, je vous interdis de voir ce film autrement qu'en anglais, c'est une merveille d'écriture. La limite du film est peut-être justement d'être seulement un film de dialogues et de Sans_titrepersonnages, de frôler parfois le théâtre filmé, d'oublier un peu la mise en scène ; mais quand il s'agit d'un texte aussi précis, pourquoi le filmer autrement que frontalement ? Discrètement, le cinéaste insuffle quelques idées formelles simples mais efficaces, des conversations à travers les portes, une bonne gestion du hors-champ, mais c'est avant tout vers son actrice que va toute son attention. Il a bien raison. Tranquillement, Born Yesterday amène un discours politique bienvenu. L'apprentissage de la démocratie par cette Américaine inculte pur jus est une libération, et on enregistre le message : l'âme de l'Amérique, sa vraie grandeur, passe par l'éducation, et pas par le fric. C'est utopique, mais il fallait le dire.

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27 novembre 2007

Hantise (Gaslight) (1944) de George Cukor

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Cukor se met à faire un thriller à la Hitch et nous voilà happés de bout en bout. Des acteurs remarquables, des rues londoniennes dans le brouillard angoissantes, une grande demeure bourgeoise qui cache des secrets jusque dans le grenier, une intrigue tendue comme le sourire de la Reine mère. Quand le meurtre côtoie la folie, on se dit que l'ombre du grand maître du suspense n'est jamais loin.

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A la suite du meurtre mystérieux et irrésolu de sa tante, une jeune femme  (Ingrid Bergman, touchante et à fleur de peau) quitte Londres pour se rendre en Italie; la nièce suit les pas de la tante en apprenant le chant même si ses dons semblent limités. Elle tombe amoureuse de son prof de piano (Charles Boyer, aussi inquiétant que son accent anglais) et rentre avec lui 10 ans plus tard dans cette demeure. Rapidement elle se retrouve confinée chez elle, le Charles lui faisant croire petit à petit qu'elle tombe dans la folie. Heureusement le bon Joseph Cotten, policier ayant connu la tante, veille, sentant qu'il se trame quelque chose de bizarre dans cette étrange demeure. Une trame très simple, l'accent étant surtout mis sur les rapports dans le couple: le Charles ne cesse de souffler le froid et le chaud, déstabilisant complètement la mimi Ingrid qui finit par se croire réellement folle: objets qui disparaissent et dont son mari l'accuse, bruits et voix qu'elle écoute venant du grenier sacrifié, servantes qui la contredisent et la prennent de haut, mouvements d'humeur du Charles qui ne cesse de la caresser dans le sens du poil avant de faire soudain volte-face... on finit par ressentir une grande empathie pour la chtite Ingrid en se disant que ce fumier de Charles va bien finir par payer un jour... Toute la fragilité des gestes et des regards de la Bergman face à la tenacité jusqu'au boutiste et le machiavélisme du Boyer. Cette tension dans le couple tient en haleine pendant facilement une heure et demie avec une caméra de Cukor toujours aussi virevoltante (voir ce superbe mouvement allant du plafond jusqu'à la pauvre Ingrid sur son lit, complètement sous l'emprise de ces bruits qui s'emparent de son esprit). Cukor dirige ce drame de main de maître et l'ultime confrontation entre un Charles neutralisé et une Ingrid apparemment domestiquée mais vengeresse est véritablement jubilatoire. Cukor, enkor.

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19 octobre 2007

Vacances (Holiday) (1938) de George Cukor

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Il y a du Capra dans ce Cukor et c'est forcément un compliment: même si dès le départ on devine comment le scénario va évoluer (Cary Grant découvre, en allant pour la première fois chez elle, qu'il va se marier avec une richissime fille de famille - mais comme la soeur de cette dernière n'est autre que Katharine Hepburn, "la brebis galeuse" de la famille, pas besoin de vous faire un dessin... Le Cary Grant avec son charme débonnaire et ses sauts périlleux tente de gagner les bonnes grâces du père et du reste de la famille mais rapidement il apparaît que son pire ennemi risque d'être sa future femme, engoncée dans ses principes... Et ben oui, parce que si le Cary vient de nulle part, a fait son trou dans le monde de la finance, il aspire seulement à prendre 2-3 années sabbatiques, le temps de réfléchir à l'intérêt de travailler...  Ce n'est point l'argent qui le mène par le bout du nez, juste le rêve d'une vie à la cool. Forcément le père de sa promise et cette dernière vont se révéler être des murs face à ce qu'ils prennent pour une réaction de gamin de 17 ans. Ils ont pas forcément tort, mais comme 17 ans est encore l'âge des espoirs ils ont tort à mort (vous suivez?). Bref, comme la Katharine incarne justement la créativité, la spontanéité et tout le tintouin, le Cary finira bien par tomber dans les bras de la belle... Certes c'est pas une super idée de partir en vacances à Paris en 1938, mais cela risque de créer des liens entre eux.

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Adapté d'une pièce de théâtre, rien n'est cependant jamais immobile et les dialogues fusent dans tous les sens. Grant et Hepburn font preuve d'une complicité de grands gamins joueurs assez jouissive par rapport à la morgue de cette maison démesurée et l'air amidonné du pater familias et de la blondasse de soeur. Même les serveurs ont l'air plus au fait que les amis du Cary concernant "les bonnes manières" et franchement, ce genre d'endroit ne donne pas envie d'aller aux toilettes pour ne pas déranger. Encore une belle réussite de comédie américaine au ton étrangement optimiste pour l'époque... On sortait des années de crise des années 30, la menace de la guerre devait encore sembler loin... Le capitalisme n'avait point triomphé, eh nan po encore.

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22 juin 2007

Les Invités de huit Heures (Dinner at eight) (1933) de George Cukor

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dinner_at_eight_coverGentille comédie que ce Dinner at eight qui vaut surtout pour la composition très enlevée de la blonde platine éternelle, Jean Harlow. En fait de dîner, on suit surtout les problèmes rencontrés par les multiples invités avant ce grand jour qui semble partir en quenouille. Le père de famille est à deux doigts de la crise cardiaque depuis que son entreprise maritime risque d'être rachetée, un ancien acteur du muet, alcoolique,  flirte avec la fille de la maison tout en prenant conscience qu'il est définitivement has-been, une vieille actrice très extravertie et dont les heures de gloire remontent à plus d'un siècle est dans la dèche financièrement, un magnat de la mine se la pète depuis qu'il a rendez-vous avec le Président et tente de racheter en sous-main l'entreprise maritime, et enfin la femme de ce dernier, passe ses journées au lit à manger du chocolat et accessoirement à voir le docteur, son amant - la pétulante Jean donc. On est en 33, sur fond de crise, et chacun tente de se faire un poil philosophe pour essayer de prendre la vie du bon côté. Si les passages avec l'ancien acteur du muet (John Barrymore) tirent un peu en longueur dans sa chambre d'hôtel, la virevoltante Harlow parvient à dynamiter l'ensemble avec sa verve coutumière. Bien qu'apparemment d'une morale assez légère (elle trompe son gros moustachu de mari, tout de même), elle est celle qui parviendra, avec un poil de chantage pour la bonne cause, à sauver l'entreprise maritime du rachat; si tout était parti pour que ce dîner tourne au vinaigre et aux réglements de compte (comme la situation économique catastrophique), une petite note d'espoir couronne l'ensemble comme pour dire aux bons citoyens américains qu'il faut continuer à y croire. Ah, Hollywood sera toujours là pour sauver la mise...

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22 avril 2007

Femmes (The Women) (1939) de George Cukor

Femmes au bord de la crise de nerfs, genre de Desperate Housewives vintage 1939 en 1000 fois plus explosif (avec une vraie mise en scène, et mieux joué...), The Women déchire, pour peu qu'on se laisse emporter par cette hystérie collective pendant 2h15.

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Le moins qu'on puisse dire à propos de Cukor c'est son sens inégalé du rythme: les 10 premières minutes (les 2h05 suivantes aussi mais on s'est habitué) sont un festival d'enchaînements, de dialogues à 3000 à l'heure, on ne sait pas vraiment qui est qui, qui raconte quoi sur qui, ça parlotte dans tous les sens, la caméra se fait plus mouvante que sur des montagnes russes, un véritable tourbillon cinématographique de folie... Finit tout de même par émerger de ce maëlstrom féminin l'info suivante: Mr Haines trompe sa femme. Comme ça gossipe à fond les grelots, toute la ville et, finalement, même l'intéressée, apprend la nouvelle. Si ce cancan rend on ne peut plus triste la pov Mrs Haines, qui pense en plus à sa chtite fille, on ne peut pas dire que le reste des gonzesses ne se délecte pas de cette nouvelle croustillante. Malgré les conseils avisés de sa mère, la Haines, encore amoureuse mais le coeur en larmes, se rendra à Reno pour divorcer dans les plus brefs délais. Ca veut po dire qu'il n'y aura point de deuxième manche et la revanche flotte à l'horizon. Cette partie à Reno vaut son poids en cacahuètes notamment dans le fight d'anthologie entre la délicieuse Paulette Goddard et la fougueuse Rosalind Russel - incapable de bout en bout de garder sa langue dans sa poche...

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Sur un rythme trépidant (à peine ralenti par un défilé (en couleur!) au milieu du film vraiment pesant et pas vraiment d'un grand intérêt (ouais la mode en 1939, c'était po ça...)), le spectateur reste abasourdi par une telle maestria, chacune des femmes se donnant corps et âmes dans ce film 100% féminin (un monde sans homme, on peut pas dire que c'est vraiment reposant, mais cela comporte une vraie bouffée de fraicheur, eheh): on est presque parfois à la limite de l'excès dans le jeu (Marjorie Main, Lucy, ou Mary Boland, la comtesse sont un peu too much, mais passons), d'autres tenant parfaitement leur rang: Joan Fountain est délicieuse en midinette qui pardonne tout, Joan Crawford est vénéneuse en femme spécialisée dans les hommes mariés - Norman Shearer dans le rôle principal de la femme trompée qui finira par sortir ses griffes ne m'a convaicu qu'à moitié mais ne faisons point la fine bouche. Cukor est-il le roi de la comédie? Il mérite en tout cas une place sur le trône, dans ce monde de femmes.

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24 juin 2006

Indiscrétions (The Philadelphia Story) de George Cukor - 1940

C'est le plus grand casting du monde : Cary Grant, James Stewart et Katherine Hepburn réunis, ça ne peutphilad qu'être un pied faramineux. Et ça l'est, bougre. Il y a dans les "comédies du remariage" américaines des années 40 un charme qui agit toujours irrémédiablement sur mes glandes lacrymales. Non que The Philadelphia Story soit triste, bien au contraire : mais c'est cet aspect désuet, romantique, modeste, joyeux, qui me fait penser que ma précédente incarnation était une jeune fille cinéphile de ces années-là.

Le talent du film repose surtout sur les dialogues et sur les acteurs. Il n'y a pas ce rythme incroyable des grands films de Hawks (je partage avec mon collègue Shang une passion pour His Girl Friday), ce tourbillon insensé. Mais le rythme, ici aussi, est parfait, même si moins hystérique. Il y a phiun sens inné et merveilleux du tempo des dialogues, de chaque intonation, de chaque mimique. Stewart est tout simplement grandissime, dans les scènes drôles mais aussi dans LA scène casse-gueule du film : un long dialogue de déclaration d'amour avinée, plein de phrases très difficiles à "passer" sur le clair de lune, sur les radiances de Katherine, sur l'amour éternel... Il s'en sort plus que bien, ajoutant à ces fades considérations une naïveté d'enfant, un charme juvénile. Grant prouve une fois de plus qu'il est un grand acteur comique, mais cette fois en y ajoutant cette touche de très grande classe qui fera la gloire de ses rôles sérieux, une présence très virile et très mure. Hepburn est comme toujours l'actrice qui explose tous les clichés de la femme de l'époque, libre, indépendante, à "hauteur d'homme". Le scénario est ciselé avec toute la maestria coutumière de Cukor. Et même si la mise en scène, un chouille transparente, n'est pas toujours à la hauteur, force est de reconnaître qu'on en n'a strictement rien à foutre, puisque tel quel le film remplit amplement son but : nous donner confiance en la vie, et nous donner une pêche incroyable.

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