Respiro d'Emanuele Crialese - 2002
Sincèrement, j'ai très envie de faire un copié-collé du texte de mon éminent collègue sur un autre film de ce funeste Crialese (Once we were Strangers). Allez, d'ailleurs, je le fais : "C'est pas forcément méchant, c'est juste gentiment gentillet, j'avais un peu insipide aussi mais c'est dur. Bref, bel effort sur le discours "ah là là la vie c'est pas tous les jours facile ma bonne dame mais avec un peu d'amour tout est possible".
Faudrait qu'ils arrêtent, les gars, de penser que la chronique familiale douce-amère pleine d'enfants chenapans et de mères aimantes puisse donner quelque chose ; on le sait depuis Mathusalem, depuis Giuseppe Tornatore, depuis Bille August, depuis Jean Becker : ça donne tout sauf du cinéma, c'est bêtement consensuel, frileux, idiot c
omme tout. Faudrait qu'ils arrêtent aussi de penser que leur petite histoire personnelle est assez universelle pour donner de l'émotion. Qu'ils se vautrent dans leurs souvenirs sans nous, que diable. C'est ce qu'on appelle "faire d'une généralité un cas". L'histoire de Crialese n'est jamais intéressante, on dirait un de ces romans écrits en une semaine par un membre de l'Académie Française, un de ceux pleins de poncifs genre "mon père, sévère mais juste", "ma mère, aimante et fantasque", "la mer infinie s'étendait devant mes yeux d'enfant", etc.
On a donc droit ici à la 18000ème chronique d'une enfance, simplement là c'est en Sardaigne, avec son lot de bagarres à La Guerre des Boutons, de voisines obtuses et de traditions sclérosantes. On dirait qu'il n'y a pas eu de films depuis 50 ans. Chaque motif, chaque ligne de scénario, chaque personnage se
mble sorti d'une compil de ce cinéma nostalgique et passéiste qui constitue la plaie des téléfilms actuels (la photo là-haut, sur le solex, vous avez pas l'impression de l'avoir déjà vue 230 fois ?). Les personnages sont de profonds crétins têtes-à-claques (machos, réacs, gamins) mais si-attachants-dans-le-fond, et on voudrait nous les faire passer pour de jolies figures dignes de notre projection de spectateurs béats. La mise en scène est proprement inexistante, sauf quand Crialese se souvient que, ah oui merde je fais du cinéma (dans ces cas-là il fait un ralenti) ; la direction d'acteurs est faite entre deux siestes ; l'ellipse est traitée comme une figure dangereusement contemporaine, et du coup on verbalise tout, on montre tout, on nous prend joyeusement pour des crétins... le reste à l'avenant. Un film écrit pour la radio ou pour les enfants de 10 ans. Toujours détesté les soirées-diapos, moi.
Once we were Strangers (1997) d'Emanuele Crialese
Tout petit film sur la fameuse "intégration" à New York. Un couple d'Indiens (sans plume ceux-là), un Italien qui s'éprend d'une rondelette animatrice de radio et pis avant c'était des étrangers l'un pour l'autre tu vois et pis aussi par rapport au pays, tu vois, double jeux de mots en fait, mais c'est marrant comme au bout de deux jours ce film ne laisse aucune trace. C'est pas forcément méchant, c'est juste gentiment gentillet, j'avais un peu insipide aussi mais c'est dur. Bref, bel effort sur le discours "ah là là la vie c'est pas tous les jours facile ma bonne dame mais avec un peu d'amour tout est possible": ça se regarde comme un téléfilm réussi et ça s'oublie comme c'est venu. Vague et flou, comme l'affiche.
