Scream 4 de Wes Craven - 2011
Je fais partie de ceux qui aiment beaucoup les trois premiers films ; j'imagine que je fais donc partie de ceux qui ont été très déçus par ce nouvel opus inutile et poussif. Craven était allé très loin dans le "méta-film" avec le n°3, complexe construction de film dans le film dans le film, qui jouait avec les codes du genre jusqu'à l'abstraction. Ce Scream 4 marque un grand pas en arrière, ce qui était prévisible puisque la piste du démontage de la recette de l'horreur au sein d'un film d'horreur semble être une genre à lui seul, et genre qui a fait son temps.
Que raconter après la première trilogie ? Comment user encore la thématique de la communication, de l’image, de l’assassin de l’ère numérique ? Comment surprendre encore l’ado rompu à toutes les recettes du slasher de base ? Idée : en entrant dans l’ère 2.0, c’est-à-dire en utilisant les réseaux sociaux comme des relais du danger, comme des multiplicateurs des possibilités du gore : le regardant, le regardé, la victime et le bourreau se confondent dans un même flux d’images, relayées par des webcams dans tous les coins, des caméras subjectives à gogo, et des petits écrans s’incrustant dans d’autres petits écrans, etc. Bon. Il y
a deux problèmes dans le traitement de Craven : 1/ la forme : cette utilisation de Facebook ou de Twitter pour créer un assassin super-contemporain fait long feu, et ne débouche pratiquement jamais sur une vraie idée concrète. On sent Craven tourner autour de la chose, cherchant les possibilités de son dispositif : une victime voyant sa propre mort sur son portable avant d’être tuée, une complexe installation de caméras filmant des caméras filmant des caméras, des allusions fines à Peeping Tom de Powell, ce genre de choses. Mais force lui est de reconnaître que tout ça est une fausse bonne idée, et que le filon est très vite épuisé. 2/ la morale : forcément, en se servant d’internet comme arme du crime, Craven est obligé de tomber dans un prêchi-prêcha ringard et dépassé vraiment pas à sa gloire. Apprends, adolescent boutonneux, que Facebook, c’est mal, qu’il vaut mieux avoir des amis que des fans (sic), et que c’est vachement dangereux de surfer sur la toile. Apprends par la même occasion que l’adolescent américain moyen, donc toi, est un crétin minaudant et sexuellement dépendant, et maintenant au lit.
Devant un tel fiasco, Craven se réfugie bien vite dans les bonnes vieilles recettes de papy : faire peur en faisant bondir dans son fauteuil sur un rythme calibré. Même là, c’est con à dire, mais c’est raté : la recette du genre est usée jusqu’à la corde, on arrive à tout prévoir deux secondes avant que ça fuse, on repère les victimes futures (voire les coupables) au premier coup d’œil et on regarde la chose se faire sur des bons vieux rails rouillés et tordus. Pas d’idées de mise en scène pour tous ces assassinats, des personnages qui ont fait leur temps (on ne croit plus, par exemple, à l’ambition de Gale Weathers, ni au moral d’acier de Sidney Prescott), des personnages secondaires qui ne sont là que pour servir de chair à coutelas, on s’ennuie ferme y compris dans les moments gore (qui ne le sont d’ailleurs pas, gore, le film étant vraiment très frileux de ce côté-là). Restent quelques pointes d’humour parfois un peu senties (le gay persuadé qu’il ne mourra pas, puisque la mode est de ne pas tuer les gays) et quelques beaux restes théoriques (la thèse comme quoi la mode est aux remakes et non aux suites, qui donne quelques moments sympas). Craven, à force de regarder le genre évoluer, risque de ne plus en être acteur. C’est dommage : il a été grand, à une époque.
Scream 3 de Wes Craven - 2000
On pensait que Craven était allé au bout du concept avec le 2ème volet, dans le genre mise en abîme. Eh bien non : Scream 3 s'enfonce un peu plus dans le labyrinthe complexe, et mélange avec virtuosité 3 couches de fictions : l'histoire du film, l'histoire de l'histoire du film... et le film. Scream 2 reposait sur l'idée que les nouveaux meurtres avaient lieu sur le tournage du premier opus, dans un dédale de va-et-vient temporels ; celui-ci se déroule "en direct", c'est-à-dire que notre cher assassin suit le scénario du film en train de se faire pour se débarrasser de ses victimes. Vous me suivez ? En gros, l'impression, c'est que le meurtrier regarde le film avec nous, avec juste ce tout petit temps d'avance qui fait qu'il sait qui il va tuer à la bobine suivante. Je résume donc : le 1 était un film, le 2 un film sur le film,... le 3, ben on sait plus trop, tant Craven excelle à brouiller les pistes du direct et de la fiction.
Le concept devient vertigineux, encore plus que dans New Nightmare qui explorait déjà cette direction. On assiste à des scènes incroyables, comme cette course-poursuite dans les décors du premier opus : les mêmes plans sont recréés, sauf que quand l'héroïne veut s'échapper par la même porte que jadis, elle tombe sur une impasse, un décor de cinéma. Ailleurs, une jeune fille traquée veut se défendre contre son agresseur, saisit un couteau... qui s'avère être un gadget de cinéma. Non content de multiplier ces "auto-références", Craven multiplie les clins d'oeil, à Carpenter, à Lucas, à Hitchcock, faisant du cinéma et de ses fantasmes la sève même du danger qui menacent ses personnages. Même si Scream 3 est moins virtuose que les autres dans les scènes de pure action, même si la résolution finale manque de surprise, le film dans son ensemble est impressionnant, sachant toujours surenchérir sur les partis pris déjà vastes de ses prédécesseurs. On s'approche de grands films conceptuels à la Mulholland Drive, dans lesquels le fantasme hollywoodien sert d'appui à une violence à mi-chemin entre le rêve et la réalité. Craven n'a pas cette ambition, et conserve son style "film du samedi soir" fun et enlevé, mais il y derrière cette façade un brillant essai sur la place du spectateur face au cinéma. Le tout sur fond de thriller pétaradant rigolo. Que demande le peuple, si ce n'est un numéro 4 ?
Scream 2 de Wes Craven - 1997
Retour en forme pour l'homme (ou les hommes ? ou la femme ? ou les femmes ? comptez pas sur moi) au masque munchien. Après s'être finement gaussé des codes des scary movies dans l'opus 1, Craven choisit tout naturellement de démonter ici ceux des "sequels", et plonge une nouvelle fois son héroïne dans un vertigineux jeu de mises en abîmes multiples. Et c'est encore une fois un plaisir délicieux, celui de sainement se faire peur en contemplant l'essentiel de la distribution se faire décimer dans un joyeux délire sanglant. Certes, cette suite est peut-être un poil moins intéressante que l'original, notamment dans les scènes dialoguées un peu poussives et moins profondes ; mais Craven répond brillamment présent dans les séquences de pur suspense, et ça suffit pour qu'on passe deux heures jouissives.
Craven ne cesse pas d'interroger avec humour son propre cinéma. La première séquence est impressionnante : elle se déroule lors de la projection au cinéma de l'opus 1 (renommé "Stab"), dans un multiplexe plein d'ados vociférants. Les premiers meurtres vont se dérouler devant l'écran, dans un labyrinthe
d'aller et retour entre "fiction" et "réalité" absolument bluffant. Magnifique idée qui rend ces scènes encore plus effrayantes : en voyant des ados se faire éventrer devant un film d'horreur, on est nous-mêmes soudain plongés dans une dimension parallèle, une "troisième couche de réalité" très troublante. C'est très drôle, d'autant que "Stab" est un remake très maladroit de Scream : ce sont les mêmes scènes, mais trop forcées, trop pleines de ficelles, comme si Craven voulait prouver qu'il avait réussi à éviter les pièges du genre, en montrant simplement ce qu'un mauvais film d'horreur peut être. Et c'est d'autant plus virtuose que, plus loin dans le film, dans une scène au théâtre pleine de bruits et de fureur, Craven va utiliser ces mêmes ficelles, affronter ces mêmes facilités, et que ça va fonctionner à merveille : orage tonitruant, musique hyper-expressive, montage haché et bruitages excessifs, ce sont des sine qua non du genre, et Craven ne se cache pas de son utilisation de ces codes éternels pour faire peur.
C'est donc toujours le même principe : on vous explique comment on va vous faire peur, puis on vous fait peur, prouvant ainsi que le film d'horreur repose sur des bases éternelles justement jouissives par leur répétition. Mais le Wes est aussi un grand inventeur de formes nouvelles, et certaines scènes sont
passionnantes dans l'originalité de leur dispositif. La jeune fille terrorisée forcée d'enjamber le tueur pour pouvoir sortir de la voiture (se réveillera-t-il pour la poignarder ?), dans une suite de cadres qui utilisent le montage et le plan fixe en virtuose ; un assassinat vu à travers une vitre isolante, qui coupe les bruits et rend la mort encore plus étrange, tordue ; une brutalité glaçante dans la direction de l'acteur qui joue le tueur (3 ou 4 gestes secs, point) ; ou un subtil jeu de chat et souris par téléphone et caméra vidéo, qui donne au décor un aspect effrayant, comme un immense piège d'où les victimes ne pourront de toute façon pas s'échapper... Mêmes si les bonnes vieilles recettes de grand-mère sont là, Craven les dope aux nouvelles technologies, et surtout les explose par son imagination et par l'ampleur de ses dispositifs. Un régal.
Scream de Wes Craven - 1997
Voir et revoir Scream procure à chaque fois le même plaisir délicieux de plonger tout entier dans un genre, dirigé qui plus est avec un savoir-faire impeccable par ce vieux briscard de Wes Craven. Le film semble recenser en 1h50 toutes les recettes du thriller horrifique, comme une somme ultime entièrement dévouée au fun et à l'entertainment. Dire que ça fonctionne serait en-dessous de la vérité : après Scream, difficile de revoir un autre de ces bons vieux "scary movie" des années 70/80 (au hasard, Friday the 13th), celui-là les contient tous, et arrive à plus à nous livrer la pirouette audacieuse de contenir en lui sa propre critique.
Car dès ce premier opus, et même si ça ne va pas encore aussi loin que les volets suivants, Craven ose le démontage systématique de toutes ses séquences, livrant un "méta-film" impressionnant d'ambition. Le film apparaît comme un recueil des recettes pour faire peur. Chaque scène porte en elle le décryptage de sa construction : elle nous montre comment elle va nous faire peur... puis nous fait effectivement peur. Craven prouve ainsi, tout simplement, que le film d'horreur n'est
pas résumable à ses ficelles ; même quand on connait tous les secrets de fabrication, on tremble encore. Le bougre n'y va pourtant pas avec le dos de la cuillère : des chats intempestifs qui filent au pire moment, des plans "classqiues" qu'on voit venir trois secondes à l'avance (on sait presque toujours où est le meurtrier, et on a du début à la fin un bon train d'avance sur les personnages), des copier-coller d'autres films (Halloween est la référence principale, mais aussi, comble de la mise en abîme, Nightmare on Elm Street du même Craven, brandi comme une référence)... Le film joue avec son public de fans, allant même jusqu'à énoncer clairement les règles du jeu usées du genre pour les utiliser dans la seconde suivante et prouver qu'elles marchent encore. Belle idée de faire de ses héros des consommateurs effrénés de VHS de série B : ils connaissent toutes les recettes, mais retombent dans les mêmes pièges (le type qui hurle au personnage de la télé : "attention, derrière toi !", alors que le tueur s'approche derrière lui). Il y a ainsi deux niveaux au moins de regard : on contemple des gens qui se font tuer pendant qu'ils contemplent des gens qui se font tuer. Assez vertigineux, quand même.
Craven file la métaphore en surchargeant son film de personnages "médiatiques", ou fascinés par les médias, simples "geeks" américains moyens, qui ne sont plus les innocentes vierges servant de chair à canon dont on nous a habituées jusqu'à maintenant. Scream est un vrai film contemporain, c'est-à-dire un film néo-quelque chose, qui arrive dans un monde sur-informé, bercé par la série B, à qui on ne la fait plus. Qu'il arrive en plus, sur ce concept assez complexe, à servir un film spectaculaire et magnifiquement tenu, un pur divertissement de samedi soir, est épatant. Sous ses aspects un peu crétins, le film parvient à faire émerger quelques plans troublants, charnels, presque érotiques dans leur façon de montrer la mort : le masque munchien de l'assassin qui se reflète dans les yeux de sa victime terrorisée n'aurait pas déplu à Bergman, les petits cris de jouissance d'un jeune homme qui se fait poignarder sur la fin (j'en dis pas plus, il doit bien y avoir une poignée de gens qui ne l'ont pas vu) sont bien troublants, et tout cela semble bien plus une histoire de sexe que de meurtres. Il y a aussi des séquences d'une vaste ambition formelle, comme cette
idée de regarder une image qui a un léger différé avec la réalité, ou comme ce complexe écheveau de couches de lectures quand le meurtrier propose de jouer la vie de sa victime sur un quizz concernant les films d'horreur. Sur une idée basique (un tueur décime tout le monde, point final), Craven monte le concept le plus impressionnant qui soit, et ses premières tentatives sur l'intéressant New Nightmare sont poussées ici jusqu'à un point ultime. Du pur plaisir d'ado qui se double d'un discours très contemporain, totale satisfaction.
La Dernière Maison sur la gauche (The Last House on the left) de Wes Craven - 1972
Il paraît que c'est un film culte, non seulement parce que c'est le premier du sympathique Wes Craven, mais aussi parce qu'il est "insoutenable, unique et sulfureux", comme dit le tempéré texte au dos du DVD. OK, je prends.
Ah diable, c'est une expérience... En deux mots, c'est de l'énorme n'importe quoi : les acteurs y croient comme je crois au retour de la gauche, sauf le méchant principal (un mélange de Richard Anconina, Dominique Rocheteau, Jean-Paul Belmondo et Sean Penn) qui a dû mater Pierrot le Fou comme un malade avant d'accepter le rôle (il est vraimant tordant quand il se fait découper en rondelles par la tronçonneuse. Enorme. A mon avis, ce type voulait être Al Pacino pour le moins. Le pauvre...). La musique, c'est Earth Wind and Fire en pire, et c'est genre : pendant un tatouage au couteau sur les seins de l'héroïne, on t'envoie Bridge over troubled water (n'est pas Kubrick qui veut, pépère). Le scénario, il tient sur une feuille de paye chinoise : c'est 2 filles, tu vois, elles se font tuer, eh puis eh ben alors les parents ils se vengent. L'humour, c'est bien simple, c'est Sheriff Fais-moi peur (des flics qui font du stop, ah ah ah, et qui sont pris par une vieille qui a plus de dents, ouh ouh, et qui transporte des cages pleines de poulets, hi hi hi hi). La mise en scène enfin, c'est un film d'entreprise des années 70 (mais si, les trucs de Michelin, là), ou au pire (et je vous jure que j'exagère pas du tout, je vous le jure), une démonstration de télé-achat. A côté, les films chinois des années 20, c'est le summum de la contemporaneité, le top du top de l'expérimental. Quant au côté insoutenable, unique et sulfureux, le film est tout sauf impressionnant, c'est une catastrophe atomique.
Alors oui, ça a parfois donné des choses, les jeunes cinéastes de 20 ans qui n'ont jamais vu un film de leur
vie, et qui tentent : ça a donné Citizen Kane, Evil Dead ou Shadows. Mais là, je reste bouche bée. Bien sûr on ne peut pas trop en vouloir au film : c'est fait avec 20 balles, c'est un essai, c'est jeune, c'est sincère. Ca a un cachet années 70 tout à fait réjouissant, toute une époque du cinéma gore underground qui est souvent jolie. Il y a même deux-trois idées sur les rapports sexe/violence qui font mouche, c'est subversif dans ce sens là (bien que très moralisateur, et de droite à fond pour l'époque Flower Power : anti-lesbienne et catho, Christine Boutin en a fait son film de chevet). Et puis c'est hilarant de connerie (et parfois ça fait du bien, une bonne grosse connerie, je dis pas). Mais on aurait bien aimé quand même que Craven revoit plus sérieusement Orange Mécanique (la référence évidente) avant de n'en rendre que cette surface ridicule. Allez, je me suis bien marré, va. (Gols 27/03/06)
Il est clair que s'il s'agit d'un des films de Craven qui a le moins vieilli, on peut réellement se faire du souci pour le reste de sa filmographie. C'est tout de même le genre de film d'horreur classé "salace" qui fait doucement rire. L'ami Gols fait d'ailleurs assez bien le tour de la question au niveau de la faiblesse de l'ensemble. Si le film est considéré aujourd'hui comme perturbant, je me dis qu'il y a tout de même des critiques un peu perturbés. Marrant, malgré tout, de voir que Craven a eu l'idée de ce film en voyant un... Bergman (La Source, cela se tient) comme quoi les aléas du cinéma restent parfois assez mystérieux. Il est évident, cela dit, que le personnage le plus poilant de l'histoire demeure celui du père, docteur de son état, qui tente de piéger la maison avec deux bouts de fil dentaire, une prise électrique, du scotch et de la mousse à raser. Mac Gyver a dû se fendre la gueule en voyant ça et on se dit que le père, au Vietnam, il aurait tenu deux secondes et demi face à Rambo ou moins face aux Viets. Ses pièges à la con foirent d'ailleurs grave, il gaspille bêtement sa seule cartouche de fusil - comme quoi la chasse, parfois cela peut être utile - et repart dans la remise pour aller chercher sa tronçonneuse! - c'est pratique aussi d'avoir un père bûcheron, alors que jardinier, faut avouer que c'est plus dur de se défendre avec une tondeuse - quoique bien lancée, une tondeuse, cela peut faire super mal. Le
type qui le joue est aussi nerveux que mon père quand il a le petit second au tarot mais finira tout de même par se faire bourreau des bourreaux. Quand à la mère, elle prouve une fois de plus qu'il ne faut pas demander de petites gâteries à une femme quand on vient de trucider sa fille - on s'expose à une grosse douleur. Au final, on se dit que ce premier film de Craven est un peu collector, que s'il a fait scandale a son époque il fait marrer aujourd'hui, et qu'au niveau de l'horreur cela ne dépasse pas un repas familial du dimanche avec un gigot trop cuit et les cousins au dessert. (Shang 18/07/08)
Freddy sort de la Nuit (New Nightmare) de Wes Craven - 1994
Après Ponette de Doillon, je me tape Freddy 7, ne me dites pas que je n'aime qu'une sorte de cinéma. Cet opus a la particularité d'être réalisé par Craven lui-même, inventeur du personnage et réalisateur du premier film (une de mes grandes terreurs d'adolescent).
C'est vrai que New Nightmare a de réelles qualités, au niveau scénaristique en tout cas. Craven s'y amuse avec le mythe qu'il a créé, l'horrible Freddy venant cette fois-ci hanter les rêves des comédiens du film eux-mêmes. La mise en abyme est assez vertigineuse : l'héroïne ne peut s'en sortir qu'en lisant le scénario en train de se dérouler, Robert Englund est confronté avec son propre double maléfique, les personnages semblent prisonniers des images de la télé qui diffuse en boucle Les Griffes de la Nuit... Le principe de base est assez bon : Craven, dans son propre rôle, explique lui-même qu'il s'est fait dépasser par son invention ; Freddy est resté prisonnier de la fiction pendant les piètres séquelles (Freddy 2 à 6), et
tente maintenant de venir dans la réalité. Or il s'avère que le "vrai" Freddy est beaucoup plus effrayant que le personnage interprété par Englund (son costume est d'ailleurs beaucoup plus class : il est cette fois-ci tout de cuir vêtu). On retrouve dans ce principe de poupées russes les inspirations de Scream 3, et c'est assez astucieux. Ajoutons à cela un habile renversement des principes maternels (la maman, pour le coup, doit obliger son enfant à rester dans la réalité plutôt que dans le monde des rêves), et un travail amusant sur le monde onirique (serpents, caves, feu, escalier infernal, grottes inquiétantes...), et New Nightmare devient parfois assez intéressant.
Malheureusement, ces jolies idées de scénario sont horriblement gâchées par une réalisation kitchissime,
datée à mort et complètement ringarde. Craven manque très évidemment de moyens, et les effets spéciaux semblent dater des années 80 (transparences ridicules dans la scène sur l'autoroute, maquillages minables qui rendent Freddy poilant, abus du latex...). Et puis finalement, l'imaginaire du gars pour ce qui est des moyens pour déclencher la peur a fait son temps : qui est encore effrayé par cette musique onirique sur-exploitée, par ces petits enfants qui hurlent "maman" avec le regard fixe, par ces monstres ricanants, etc etc ? Toute la panoplie y passe, sans jamais faire autre chose que déclencher un rictus de gêne devant ces ficelles de pépé. New Nightmare est un film qui semble avoir 30 ans pour le moins. Du coup, on n'a jamais peur, d'autant que Craven ne démarre réellement ses scènes gores qu'au bout d'1h15, meublant toute sa première partie par des astuces de scénario, certes parfois rigolotes, mais qui ne suffisent pas à passionner. Les acteurs, quant à eux, sont
nuls, tout simplement, caricaturaux en diable, jamais sympathiques. Ce petit garçon est dans la grande tradition des mômes de film d'horreur dont on rêve qu'ils finissent par se faire écharper par le méchant (ce qui n'est jamais le cas).
Au niveau thérapeutique, New Nightmare est sûrement un film utile pour Wes Craven qui se débarasse ainsi de ce personnage trop lourd dans sa carrière, et lui permet de s'affirmer comme l'artisan non-commerçant qu'on avait oublié dans les innombrables suites des Griffes de la Nuit. Au niveau du cinéma, cette étape semble bien inutile pour redorer le blason d'un cinéaste finalement assez pauvre en imagination.
Cursed de Wes Craven - 2005
Je sais bien que Wes Craven a toujours adopté par rapport au cinéma une posture d'amateur, de dilettante, et qu'il ne s'est jamais réellement pris au sérieux. Je sais bien que sa filmographie va de sommets en crevasses. Mais là, on est pas loin du fond de la crevasse en question.
La série Z est un genre attachant à partir du moment où elle est revendiquée par son auteur, où l'on sent derrière le côté fauché des images une sincérité et un vrai amour du genre. Wes Craven, avec Cursed, fait une série Z en nous faisant croire qu'il fait une série A. Pourtant, sincérement, raconter une histoire de loup-garou en 2005, c'est difficile au premier degré, non ? Jamais l'humour décalé de Craven ne vient tempérer ce grossier scénario, et les mises en abîme constantes des beaux Scream sont ici totalement oubliées. Le gars filme tout ça frontalement, sans se poser aucune question sur ce qu'il a envie de raconter. Du coup, les quelques commencements de début d'idées (le décor de boîte de nuit, hommage aux grands films d'horreur ; la sexualité démultipliée de la femme mordue par la bête ; les rapports avec le SIDA ;
le contexte d'Hollywood qui pouvait donner lieu à un jouissif jeu de massacre...) sont totalement tuées dans l'oeuf au profit d'une mise en scène qui se voudrait effrayante et qui ne l'est jamais. Ca pourrait être un joli hommage au genre que d'utiliser les bonnes vieilles recettes pour faire peur ; mais le fait est que, utilisées avec un tel laisser-aller, elles n'effraient pas du tout. Et ce n'est pas le pauvre monstre en images de synthèse moches comme tout qui nous donnera un quelconque frisson. Je n'arrive pas à comprendre comment un vieux de la vieille comme le Wes peut finir dans cette production conne comme un panier.
La Colline a des Yeux (The Hills have eyes) (1977) de Wes Craven
C'était vraiment pas une bonne idée pour cette bonne vieille famille américaine qui rejoint la Californie de chercher les chemins de traverse près d'une zone militaire d'essais nucléaires. Il fallait forcément s'attendre à quelque accident et d'ici qu'une bande de poilus hirsutes vous tombent sur le râble, il n'y a qu'un pas.
Cela fleure bon la bonne vieille série B des années 70, genre horreur du samedi soir... Mais on se rend compte rapidement que cela est assez réducteur car, au final, personne n'est capable de nos jours avec deux bouts de bambou et 3 morceaux de fil de fer de créer une telle atmosphère. Craven travaille à donf tous les bruits et les petites notes d'atmosphère jusqu'à s'en moquer lui-même (alors que le pater est perdu dans la nuit avec un "ouh-ouh" sifflant, il se rend compte que le bruit vient d'une pauvre cafetière dont il s'amuse à boucher le trou). Craven prend également le parti de ne rien nous montrer de ces monstres de la nuit (la meilleure partie du film) pendant une bonne heure, avant de tout laisser partir en quenouille dans la caravane (les puppets mènent vite 3 à zéro, petit massacre en règle) avant de se faire rétamer de jour (le type sur l'affiche a cela d'affreux, c'est que contrairement aux autres maquillés à la truelle, il est au naturel). Les chiens (Beast and Beauty...) s'avèrent une fois encore les meilleurs amis de l'homme car si l'un finit vite en charpie, l'autre massacre la moitié de ces tueurs atomisés, se révélant ainsi beaucoup plus finaud que notre famille américaine moyenne (avec en prime un Beatle période Sergent Pepper en guest star... si, si vous verrez). On a droit bien sûr à notre lot de crucifixion, d'explosion, de chair carbonisée et de cadavres hagards, mais l'on ressent toujours (ou c'est moi...) comme un léger ton parodique comme si Craven en faisant un film de genre qui fera date prenait plaisir à nous montrer déjà toutes les ficelles (toujours une pointe d'hystérie en trop, des petits traquenards qui foirent, ou encore une blonde qui a une idée). L'image, le montage, les acteurs ne sont certes pas au top mais l'esprit est là et c'est bien le principal.
