05 mars 2008

Bubba Ho-Tep (2003) de Don Coscarelli

bubba_1_Gros buzz aux Etats-Unis en 2003, ce film n'est sorti que récemment en France. Alors qu'il est disponible dans ma contrée depuis des lustres, j'avoue avoir fait l'impasse, les films estampillés "horreur" n'étant pas ma tasse de thé - contrairement à mon camarade de classe et de blog, vous l'aurez compris. Et ben, j'aurais mieux fait de mettre mes petits préjugés dans une boîte.

Film culte pour certains, je n'irais pas jusque-là mais en tout cas formidable réflexion déjantée sur les maisons de retraite. Ces pauvres gens "mis à l'écart en attendant de mourir" ont encore une âme, petit rappel pour nos sociétés sur-civilisées.

La première bonne nouvelle c'est qu'Elvis n'est pas mort (il avait pris la place d'un de ses imitateurs pour changer de vie... - ça me laisse pantois quand je pense à Saddam) et JFK, non plus, que la CIA a colorisé en noir pour tromper l'ennemi. Elvis (coup de chapeau à Bruce Campbell qui a tout compris à son métier d'acteur car il cherche surtout à imiter Eddy Mitchell (malin)) ne bande plus, est conscient d'avoir tourné que des films de merde (belle lucidité), regrette de ne pas avoir viré le Colonel Parker plus tôt ni de s'être mieux occupé de Priscilla. Nos deux pov' gars sont dans la dèche totale (on se plaît à imaginer De Villepin dans 30 ans ou dans 1 an - voire moins) et n'ont plus grand chose à attendre de la vie. Paradoxalement, les attaques d'une momie assassine et suceuse d'âme vont les ressuciter en provoquant leur rébellion.

Depuis peu, dans la maison de retraitre, les patients tombent comme des mouches, attaqbubba_1_ués par des cafards ça comme qui feraient passer ceux de Madagascar (et pourtant croyez moi, ce sont des brutes) pour des cloportes de CFA 2. Comme tout le monde s'en fout, personne ne prenant plus la peine d'écouter leurs histoires, Elvis et JFK vont sonner la charge. Des moments grandioses, comme le combat ultra technique entre le cafard géant et Elvis (je plaisante pas), la scène de graffiti égyptien dans les toilettes et la fameuse charge finale: Elvis avec son déambulateur et JFK sur sa chaise roulante dans un long travelling arrière sur une musique de la mort, franchement, c'est énorme. Après moults rebondissements -dont la mort de JFK- la momie prendra feu, et Elvis agonisant, pourra être fier d'avoir sauvé son âme et celles de tous les résidents de cette maison de repos (définitif)...

Si vous cherchez un film pour tourner dans les maisons de retraite, c'est du pain béni: respect et robustesse Don.   (Shang - 01/04/06)


bubbahotepimg4J'avais deux-trois doutes, vu le scénario (improbable, vous l'avouerez) résumé par mon camarade, mais force est de reconnaître que je suis d'accord avec sa bienveillance envers  Bubba Ho-Tep. Coscarelli arrive à éviter deux écueils classiques dans ce genre de production de série Z :

1) l'esthétique n'est jamais cheap ; le film est même très joliment photographié, notamment dans les denières scènes de parc, avec de belles lumières apaisantes, alors même que l'action est à son paroxysme (une momie qui marche à deux à l'heure, et deux petits vieux qui lui font face, ça dépotte). La musique également est nickel. Coscarelli ne tombe jamais dans l'amateurisme facile des petits faiseurs indépendants, il apporte un grand soin à sa mise en scène : profondeurs de champ, haber230acaméras subjectives, flash-backs pétaradants sont bien pensés, appliqués. Même si certains effets sont usés jusqu'à la corde (une infirmière voir une lumière inquiétante, gros plan sur son visage, la caméra se décadre légèrement, l'actrice prend tout son temps pour se retourner, et bouh le danger était derrière elle), le film est souvent inventif. La scène de lutte contre le cafard, par exemple, effectivement anthologique, joue avec taquinerie d'un effet mi-horreur mi-humour que n'aurait pas renié le jeune Sam Raimi (dont l'acteur fétiche, Bruce Campbell, est ici employé comme référence). Bon, tout n'est pas bien, notamment justement les acteurs, qui se contentent du minimum syndical en caricaturant leurs personnages. Pas très difficile, quand même, de jouer Elvis : deux-trois déhanchements, on avance le menton en faisant la gueule, et le tour est joué. Il y a aussi pas mal de tunnels dans le film, de longs passages qui semblent tourner à vide, aussi bien esthétiquement qu'au niveau de la trame. Mais on ne peut qu'apprécier ce travail formel très sérieux.

2) avec une trame pareille, avec ce souci évident de faire un "film-culte", on pouvait très facilement tomber dans l'humour régressif tellement en vogue en ce moment. Là aussi, (pratiquement) évité. Il y a bien ça et là bubba_hotep_02cquelques allusions pipi-caca pas franchement hilarantes (la momie avale les âmes de ses victimes par n'importe quel orifice, suivez mon regard), Coscarelli se complaît bien de temps en temps dans des répliques de collégien boutonneux ; mais l'ensemble, là aussi, étonne par son sérieux. On est dans le délire pur, mais calmement envisagé, sans hystérie de fan de vidéo-club à la gomme. Belle complicité, surtout, entre les deux acteurs principaux, légendes rattrappées par la vieillesse et la folie, et qui ouvre effectivement sur une singulière vision des laissés-pour-compte, des vieux oubliés de l'Amérique. En plus d'Elvis et de Kennedy, il y a un cow-boy masqué qui attaque la momie avec des pistolets en plastique : jeu de gamin qui rend attachant ce personnage. La plupart des freaks qui peuplent cet hospice sont des mourrants tout heureux de retrouver pour un moment la candeur de l'enfance, bien vu.

Bref, un film attachant, bourré de défauts mais relativement profond et bien ficelé. Je comprends pourquoi l'entrée "Coscarelli" est une des plus visitées de ce blog.   (Gols - 05/03/08) 

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29 mars 2006

Incident on and off a Mountain Road de Don Coscarelli - 2005

Tous les réalisateurs de films d'horreur, à l'exception notable de Carpenter et de Dante, sont-ils de droite (pas de mauvais esprit, les gars, on compte pas Lelouch dans les réalisateurs de films d'horreur, sérieux on a dit) ? C'est la question qu'on se pose en voyant ce film bas du front.

moonface_20mountain_20roadorigUne nana (qui ressemble à une fille de pub, et c'est normal car ce film est esthétiquement une longue pub) épouse un acteur qui joue comme un pied de Mathilde Seigner, enfin un ancien de je ne sais quel conflit, qui est devenu une machine de guerre. Il essaye bien de lui apprendre 3, 4 trucs (par exemple faire wouuhwouff avec un couteau, utile en temps de guerre), mais elle, quiche comme elle est, elle y arrive pas, elle fait tomber le couteau et elle commence à se dire qu'elle aurait préféré épouser George Clooney. N'empêche que tout ça va lui servir parce qu'il se trouve qu'elle a un accident dans la forêt, et qu'elle tombe sur le vilain : un type pas sympa du tout, pas très urbain (Jean Reno, mais en vert), qui a pour hobby d'enfoncer des outils contondants dans les yeux des gens en disant "grrruumff". Elle met en place ce que lui a appris son Rambo de mari, et comme le méchant a pas lu tout Derrida il est pas très malin et il tombe dans les pièges. Et vas-y que je me plante des ciseaux à ongles dans la joue, et vas-y que je tombe dans les torrents impétueux. Il faut dire qu'il y a un stroboscope qui fonctionne pendant tout le film et que ça le gène pour chopper la gorette. Elle finit par faire très bien wouuf avec le couteau (comme quoi, ça a l'air de rien, mais c'est utile), elle dit yaaa die old bastard et voilà le monstre vert qui pousse son dernier "grummf" (ça résume bien les dialogues). Et puis en fin de compte, on apprend que en fait non mais en fait tout ça c'est ses fantasmes de femme battue, qu'elle a inventé tout ça, que c'est une projection de la nana tout ça tout ça (un mélange du chapitre I de l'oeuvre de Freud, de The Brood de Cronenberg et de Femme Actuelle). Il faut ajouter un vieux qui perd la tête et un viol de la nana qui pourtant au plan suivant a toujours son pantalon, ce qui prouve la solidité de l'appendice phalique de son mec.

Alors je pose la question : ce film est-il signé d'un complice de Bush Jr, avb157854ec un discours comme : "on a beau dire, le monde est hostile et il faut apprendre à survivre et à être armé jusqu'aux dents des fois que Jean Reno vienne vous menacer" ? Ou bien, est-ce une critique des séquelles des guerres, une mise en scène des lavages de cerveaux idéologiques de la soldatesque ? J'avoue être partagé, mais vue l'intelligence de l'ensemble, je penche plutôt vers la première.

Il n'en reste pas moins que ce film est une daube au niveau visuel et au niveau de la pure terreur. On n'a pas peur une seconde, tant le méchant est raté et les acteurs mauvais. Ce Coscarelli, que je ne connais pas, se contente de recopier (mal) les (mauvais) films d'horreur, pense que foutre un orage derrière une femme qui crie suffit à déclencher la peur... Qu'on arrête de lui passer les clips de Marylin Manson en boucle, et qu'on lui fasse plutôt découvrir La Féline de Tourneur, histoire qu'il apprenne 2,3 subtilités pour déclencher le suspense.

Posté par Shangols à 23:29 - - Commentaires [2] - Rétroliens [0]
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