The American (2010) d'Anton Corbijn
Difficile de ne pas cacher une réelle déception à la vision de ce second long-métrage de Corbijn après l'excellent Control. S'il est tout autant stylisé, ce film d'action sans action manque cruellement de sève. Corbijn a beau se placer en tant qu'héritier de Leone (de la musique du générique d'ouverture à l'extrait d'Il était une fois dans l'Ouest), il est bien difficile de se passionner pour un film où le round d'observation dure... toute la durée du film. Les paysages des Abruzes sont très joulies, les prostituées et la tueuse à gage sont belles à se damner - c'est beau l'Italie, si -, George Clooney soigne sont corps comme pour se préparer aux prochains Jeux Olympiques, bref tout cela est esthétiquement irréprochable mais devient rapidement aussi passionnant qu'un pique-nique en famille. Le personnage de Clooney est ultra mystérieux (tant mieux pour lui), on sait depuis la scène d'ouverture qu'il est sans pitié, bien, mais comme pendant une heure il ne se passe absolument rien, ben on commence à sérieusement cogiter... Du coup, on se creuse vraiment la tête (pas grand-chose à faire d'autre si ce n'est manger des mandarines, mais j'ai fini mon stock) à chaque micro-événement (Clooney doit monter un gun pour une donzelle, deux prostituées ont été assassinées récemment) et on finit forcément par deviner à l'avance tous les ressorts du bazar ; du coup, quand ils surviennent dans le dernier quart d'heure, ben ça fait pschiiit... et nous voilà bougrement frustrés. Clooney se retrouve dans une espèce de purgatoire rital - son pote prêtre, diable -, fait tout pour regagner notre sympathie après s'être montré bien méchant au départ - il couche avec une putasse, ouais, mais il est fidèle, George - et sorti de cette trame mince comme une tranche de jambon de Parme (the American, le rachat), il n'y a franchement rien de bien nourrissant à se mettre sous la dent. Esthétique, statique et guère atypique... Sinon, si vous cherchez un coin pour passer des vacances, cela met forcément l'eau à la bouche - pas sûr de trouver la maison close dans un guide, ceci dit...
Control (2007) d'Anton Corbijn
Caméra d'or en 2007, ce film de Corbijn sur Ian Curtis - le chanteur de Joy Division - est d'une très grande sobriété. Corbijn évite les pièges du biopic bien gras et graveleux en ne s'intéressant à aucun moment à la légende : il tente simplement de tracer un portrait à hauteur d'homme, bien que le Ian ait eu un succès et un destin des plus fulgurants. Il prend le parti de la vie intime, faisant de Curtis un personnage au naturel désarmant - ce n'est pas Van Gogh mais on est finalement dans la même veine.
Marié très jeune, ce chanteur à la voix caverneuse, introverti, ne va pas se brûler les ailes au contact de la drogue, de l'alcool ou d'une quelconque folie "rock'n'roll". Il va simplement tomber amoureux d'une jeune femme aux yeux de biche à la fin d'un concert et se sentir incapable de prendre une décision entre sa vie familiale et ce "second" amour. Corbijn traite avec une grande pudeur la première séparation entre Ian et sa femme Debbie, lorsque marchant dans la rue, il lui dit tout simplement qu'il ne trouverait rien à redire si elle désirait coucher avec un autre homme... La pauvre est déboussolée, prend les devant et l'enchaînement avec le fameux Love will tear us apart est de toute beauté. Tout le charme de ce film repose sur la distance parfaite que Corbijn trouve entre sa caméra et ses acteurs, servi avec un noir et blanc proprement bluffant. Il se cantonne à quelques chansons du groupe, plus les intros, souvent, que le reste, et filme les concerts sans en rajouter des tonnes. Curtis n'est pas un grand expansif, et ne se démène jamais que sur scène, semblant le plus souvent marcher vaillamment comme l'un des sept nains rentrant du boulot. Ce vent d'inspiration tranche avec sa petite vie, rythmée seulement par des crises d'épilepsie de plus en plus impressionnantes. A mesure que le film avance, on sent la dépression qui frôle de plus en plus les épaules de cet artiste incapable de calculer quoi que ce soit; son incapacité à mentir, à faire fi de ses sentiments, ou encore à se jouer des autres causera sa perte.
Un film qui mérite de faire date dans le genre par sa simplicité et qui évite surtout tout pathos et facilités après une foule de biopic plus lourdingues les uns que les autres. Non rien de rien, ne manquez ce film pour rien - que vous soyez fan ou non d'ailleurs de ce style de musique qui imprimera sa marque sur les années 80. (Shang - 04/03/08)
Un bien beau film, effectivement, qui renvoie tranquillement en touche tous les Ray, Walk the Line et autres Capote. Mon collègue l'a déjà dit, mais rappelons-le : Control, c'est seulement l'histoire d'un petit gars pas particulièrement déjanté, pas particulièrement drogué, pas particulièrement infidèle, et qui fait de la musique.
Même quand un présentateur de télé lui interdit de dire des gros mots à l'antenne, le gars obéit sans rechigner, et on n'ose imaginer la même scène tournée par un de ces paparazzis qui se piquent de faire des biopics (remember le pénible The Doors). Cette honnêté totale et ce refus du sensationel honorent Anton Corbijn, qui livre un portrait profondément émouvant, proche de son personnage, qui se laisse juste porter par deux ou trois mélodies (et la musique de Joy Division, avec ses accords simplissimes, se prête parfaitement au jeu) et regarde le temps détruire tout. La mélancolie surgit du film, sans violence, sans pics hystériques, sans charger le scénario. Le film en est d'autant plus vraissemblable : les scènes de loges, par exemple, sont criantes de vérité, simples et belles ; les scènes de concert, même si elles tombent un peu dans la "copie des vraies", sont vraiment crédibles. Bref, pas grand-chose à ajouter au texte de mon camarade, puisque ce film se passe aisément de commentaires et n'a certainement pas besoin qu'on le dissèque pour exister de belle façon. (Gols - 30/04/08)




