23 avril 2011

Somewhere de Sofia Coppola - 2011

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Le voilà enfin, le grand film de Sofia Coppola, celui autour duquel elle tournait depuis le début sans jamais vraiment convaincre tout à fait. Débarrassé des tics de magazines chics qui l'encombrait jusqu'ici, le style de la donzelle n'a jamais été aussi pur, et c'est la première fois qu'on sent derrière son travail une sincérité et une justesse comme celles-là. Ce qui était éthéré est devenu allangui, ce qui était chic sert maintenant de critique, ce qui sentait la bourgeoisie et la fillette gâtée est devenu le motif même de la dépression : Somewhere s'appuie sur les films passés de Sofia (voire sur sa biographie, cette fillette fascinée par un père hollywoodien légèrement dépassé peut en rappeler une autre), en livre presque une critique, les utilise en tout cas pour dégager une nouvelle sensibilité.

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Coppola n'a rien perdu pour autant de sa virtuosité de metteur en scène. Dès le premier plan, on est happé par les rythmes si particuliers, les cadres si personnels, les atmosphères si uniques qu'elle a toujours su manier en esthète : une piste en rond, cadrée sans qu'on en voit la globalité, et dessus une Ferrari qui tourne indéfiniment, en plan fixe, jusqu'à l'arrêt après quelques tours, et ce personnage nonchalant qui en descend (Stephen Dorff, super travail sur le corps, l'affaissement, le glamour) ; tout le sujet du film tient dans ce plan intrigant, depuis la déprime latente du personnage jusqu'au clinquant de sa vie, depuis sa solitude jusqu'à son côté borderline, avec en plus cette légère tension qui fait attendre un danger imminent, et qui imprègnera le film jusqu'au bout. A la deuxième scène, hilarante (deux bimbos font un strip-tease miteux devant un Dorff avachi, une façon irrésistible de travailler sur le champ/contre-champ, les rythmes et la longueur des plans), on commence à sentir qu'on va être dans un grand film, qui saura aussi bien manier une certaine froideur de mise en scène et un humour "triste", de l'émotion premier degré et une sophistication de l'écriture. On a bien raison de le penser : ça va être ça.

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Le récit ne compte plus du tout là-dedans : ne comptent que les minuscules aventures de cet acteur usé dans un milieu qui ne l'est pas moins, accompagné de son adolescente qui le regarde avec des grands yeux bienveillants, amoureux, et interrogateurs. C'est tout petit, mais chaque mini-saynette est irrésistible et d'une terrible justesse : Coppola sait toujours comment se placer pour exprimer une pudeur qui n'a rien à voir avec de la timidité, comment extirper l'infime émotion contenue dans ces quelques gestes du quotidien, dans ces quelques personnages perdus dans le monde moderne. Le petit monde des stars hollywoodiennes en prend certes pour son grade, il est montré comme un trou de vacuité, de sexe morne, de fric inutile, de divertissement éculé, ce qu'il est sûrement ; il est montré aussi comme un nid de frustrations, de vexations, de colère (on pense souvent au dernier Easton Ellis, y compris dans ces sms injurieux que l'acteur reçoit régulièrement). Mais ce versant caustique, violent presque, a son pendant sentimental, que Coppola assume pleinement : elle frôle parfois le rose bonbon, mais elle sait toujours rester à la frontière, et manier l'émotion comme pas deux : musique splendide de Phoenix, présence féline et fascinante de la toute jeune Elle Fanning, personnages attachants, on se croirait revenu au temps du Wenders d'Alice dans les Villes, dans cette façon de nous montrer un duo père/fille libéré des modèles établis, simplement heureux d'être ensemble et aussi étonnés du monde l'un que l'autre. C'est souvent bouleversant, alors que ça ne raconte vraiment rien : du cinéma pur, entièrement dirigé vers l'émotion, nonchalant, mélancolique, très moderne. Coppola n'a rien perdu de son talent, elle le fait juste évoluer vers autre chose qui, pour ma part, me convainc bien plus. (Gols - 24/01/11)

 


 

Il y a un charme certain, il y a l'évidence du soin particulier apporté à chaque cadre, d'une construction narrative maline qui se joue de la répétition des motifs (le retour des jumelles, les scènes dans la douche, les visites de la chtite à son père, l'apparition de 324 bombasses...), une patte Coppola, oui, mais qui me laisse, définitivement, terriblement froid. Eh oui, ma bonne dame, on a beau être pété de thune et pouvoir s'offrir des glaces en pleine nuit dans une suite milanaise aux allures de palais, on a beau être beau comme un camion et être une telle star que même Johnny Depp en serait malade de jalousie - et en profiter, au passage, pour se taper des brochettes de gonzesses tombées directement de leur podium (tu peux garder tes talons), on a beau avoir tout cela, plus le soleil, plus une grosse bagnole,etc... et avoir quand même le droit de se faire une bonne grosse dépression ! Parfaitement - les pauvres n'ont pas le monopole du malheur, qu'on se le dise. Pendant quatre-vingt-dix minutes, la chtite Sofia va donc se faire un devoir de nous démontrer qu'acteur hollywoodien, c'est une véritable vie de chien - il baise à tour de bras (bien que ce dernier soit cassé) mais personne ne l'aime, il a une chtite fille adorable mais il a trop de mal à lui montrer toute son affection, il a une Ferrari, mais putain, elle tombe en panne... On pourrait presque finir par le plaindre, le gars, mais on ne voit pas trop de quoi : il ne s'intéresse absolument pas aux autres (même sa fille, il met trois ans pour se rendre compte qu'elle prend des cours de patinage artistique), a l'air autant cultivé qu'un champ de navets à Fukushima (c'est po obligatoire, me direz-vous, il y a aussi les activités sportives ou manuelles, j'y viens), et n'a pour toute activité physique, pendant le film - hors galipettes, durant lesquelles, de toute façon, il s'endort généralement - que le transport de plateaux-repas de sa porte au couloir de l'hôtel (distance : deux mètres) ou la cuisson de spaghettis (bel effort, sur la fin, même si le gars n'a pas le sens des proportions...) : vu qu'il ne s'intéresse à personne et ne se passionne pour rien, je ne vois pas en quoi, on pourrait vraiment compatir ; c'est un con dont la vie est vide, super. Avait-on vraiment besoin des tous ces joulis petits plans très soignés pour en arriver là ? - je pose la question. Comme le film est sur la vacuité, le vide, l'absence de communication, Coppola surfe sur son sujet : elle enchaîne les passages obligés sans grand intérêt (la piscine dans l'hôtel de luxe, la remise de trophée à notre star entourée de danseuses berlusconiennes, la séance de jeu à Las Vegas - du divertissement, relire Pascal (Blaise, pas le grand frère)) et n'a point à se casser la nénette au niveau des dialogues (un bon clip de quatre minutes de Phoenix, c'est plus tranquille) : je dis ok, certes, alliance de la forme et du fond, mais n'y aurait-il point derrière tout cela une certaine complaisance de notre cinéaste qui peinerait à vraiment trouver un second souffle - Somewhere ? : un genre de vague cousin de Lost in Translation l'humour en moins (j'abuse un poil, la scène du masque posée sur la tronche de notre star-objet vaut le détour). Donc oui, très beau visuellement, léger, fluide dans sa mise en scène, très creux aussi (l'ami Gols, en désaccord, m'a déjà fait part de ses pffff d'incompréhension... il y a les philo-sofia et les sofia-phobe, indubitablement...) (Shang 23/04/11)

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30 septembre 2008

Virgin Suicides (The Virgin Suicides) (1999) de Sofia Coppola

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Oui, décidément j'ai un peu de mal à vraiment accrocher à ce film : c'est un peu comme la musique de Air, c'est agréable, ça glisse gentiment dans l'oreille, c'est loin d'être dénué de charme et de style mais je rentre difficilement dedans. Si Sofia Coppola se joue d'une certaine mièvrerie des ados - qui n'a pas été empoté...? -, teinte certains plans d'érotisme sans en faire trop, surfe avec une certaine ironie sur ces images d'Epinal de la licorne au prince charmant en passant par le journal intime d'une banalité souvent consternante, ne cherche pas, au contraire de la journaliste, du docteur, ou des voisines, tous ridicules, à trouver des réponses définitives et à lever complètement le voile sur ce "mystère",(...) elle a bien du mal lorsqu'il s'agit de nous faire ressentir la moiteur malsaine de cet été, la noirceur ou le désespoir intime de ces jeunes filles; la rigidité des parents et de cette éducation où rien n'est permis est claire comme de l'eau de roche mais il manque dans l'air ces mouches qui pullulent, ces images de parasites qui pourrissent les arbres... Elle reprend pourtant l'épisode de la fête des débutantes dans ce manoir sur le thême de l'asphyxie mais cette séquence à travers ce filtre vert est plus esthétique finalement que réellement signifiante... C'est un premier long-métrage et elle ne s'appelle pas David Lynch, on est bien d'accord, mais elle semble avoir un peu de mal à faire confiance à la force de ses images, nous assénant presque de bout en bout une bande originale qui bouffe tout; seule la discussion au téléphone sur la fin, entre les soeurs Lisbon et les voisins, qui se fait par l'intermédiaire de disques, sonne juste, mais ce n'est peut-être pas un hasard vu qu'ici la musique passe au premier plan, joue vraiment un rôle. On a sinon l'impression parfois d'assister à un long clip... Lost in Translation sera d'ailleurs un peu plus mordant dans le ton, alors qu'on retombera un peu dans ce travers dans Marie-Antoinette : esthétiquement et musicalement soigné mais souvent un peu vain, comme si elle ne pouvait s'empêcher de laisser transparaître un petit côté fleur bleue. Loin d'être un naufrage, entendons-nous bien - elle reste tout de même relativement fidèle à la trame et à l'originalité du roman - mais le film a définitivement beaucoup de mal à me toucher réellement. Pur sentiment personnel, on est bien d'accord.

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09 mars 2007

Marie-Antoinette (2006) de Sofia Coppola

m11Je ne sais pas, j'avoue que je ne sais pas... Marie-Antoinette est assez réussi par certains côtés, et raté par d'autres. On va alors dire que c'est un film très inégal.

Ce qui est raté, et quitte à passer pour un garçon qui s'enferme dans les genres, c'est que les tentatives de mêler reconstitution historique et musique pop ou electro ne fonctionnent pas. Il y a quelque chose de trop ostensible là-dedans, un effort trop apparent de faire moderne. Ca ne fonctionne pas, tout simplement. C'est d'autant plus dommage que Coppola arrive parfois à trouver une modernité dans sa façon de faire, mais presque par accident, dans des détails : Marie-Antoinette fait de la buée sur les vitres de son carrosse, ou prend une pose alanguie, et on sent ce qu'il y a de contemporain dans la vision de Sofia Coppola. Mais ces jolis détails sont perdus dans une attitude trop voyante de "faire moderne".

Autre déception : la caricature vraiment très grotesque de l'Histoire de France. Si le cliché fonctionnait trèsm2 bien dans Virgin Suicides, puisqu'il était le sujet même du film, ici ces stéréotypes passent pour du bâclage : le jeu de Kirsten Dunst est trop inspiré des figures de presse féminine, les différences entre attitudes à Versailles et attitudes à Vienne virent à la caricature, Louis XVI est trop surjoué et sur-ridiculisé... Et surtout l'arrivée de la Révolution là-dedans est ridicule : Sofia ne comprend rien à l'Histoire, définitivement. Pas si grave, me direz-vous... Ben si, quand son film se veut plus qu'un portrait de femme, quand il revendique une vérité historique. Elle aurait dû rester au simple personnage de Marie-Antoinette, ce sont les plus beaux passages du film. Là, on finit par éprouver un léger malaise quand on comprend que Coppola a voulu certainement montrer que : certes, les riches au XVIIIème sont coupés des réalités du monde, mais qu'eux aussi ont un petit coeur qui bat, des aspirations romantiques et des éblouissements devant un soleil qui se lève. En fait, je me demande si je n'en ai pas eu rien à foutre de ses personnages. Marie-Antoinette est définitivement un film américain, dans le mauvais sens du terme.

m3Ce qui est réussi, ce sont quelques flashs, quelques plans, quelques idées, instants fugitifs où on se dit que là, oui, elle a compris son sujet. Une certaine façon de placer son personnage au centre d'un dispositif qui lui échappe ; un portrait de femme déplacée ; des détails de poses de regard, de gestes inconscients ; une ambiance réussie sur des paysages de pluie, aidée par une photo assez étrange, entre le flou artistique des années 70 et la crudité d'un Rossellini ; un rythme assez doux, qui prend son temps pour amener les émotions ; une palette de couleurs très joliment pensée (avec mention pour les milliers de gâteaux qui sont comme des récurrences visuelles dans le film) ; et certains plans, voire scènes entières, qui sortent du pur scénario pour ne montrer qu'un état, un sentiment, et ce par la seule magie du mouvement. Magnifique plan notamment sur Kirsten qui court à minuscules pas dans les couloirs de Versailles, qui fait que l'image apparaît comme tremblante. Dans ces moments-là, dans ce portrait de femme assez émouvant, dans ces plans modernes sans vouloir l'être, on retrouve la Sofia Coppola de Lost in Translation. On voit que la réalisatrice ne devrait filmer qu'en gros plans, en faisant le point sur des personnages, et non sur un univers dans son entier. Coppola n'est pas une cinéaste de cinémascope... Et on se dit finalement que Marie-Antoinette, bien qu'un peu décevant quand on pense à l'intelligence formelle de ses deux brillants prédecesseurs, est un film très "logique" dans la carrière de la cinéaste. Un jalon déceptif mais nécessaire pour embrayer sur autre chose. On verra.   (Gols - 02/06/06)


18461957_1_On est bien d'accord que le film ne fonctionne pas vraiment, noyé qu'il est dans une débauche de moyens (rah, sacré Francis, il y a des gènes qui se perdent po) qui pour être relativement spectaculaires apportent que dalle au récit. La musique moderne ne m'a point tant gêné que ça, la grosse déception venant du côté de ce portrait de femme: elle est perdue puis frustrée, fait des mines puériles, puis s'organise des chtites parties destroy, s'ébat dans la campagne, bon c'est bien gentil tout ça mais psychologiquement (plus en tant qu'adolescente qu'en tant que Marie-Antoinette, l'aspect historique semblant vite passé aux oubliettes) on apprend absolument rien du tout sur elle, alors que c'était un peu, me semble-t-il, la volonté de Sofia Coppola au départ de ce projet. Il n'y a à la limite que dans le cauchemar, avec ce très joli travelling arrière lorsque ses dames de compagnie la quitte et qu'elle se retrouve dans l'obscurité la plus totale, qu'elle devient touchante, sinon on a plus l'impression d'un portrait d'une gamine ultra gâtée version année 200marie_1_0 (des réminiscences de ton enfance Sofia... voire le raté "My Life without Zoe", segment de New York Stories réalisé par le pater) que d'une ado sans repères dans un contexte historique qui a du poids, tout de même. De jolis plans certes volés au hasard qui se situent en dehors de toute progression narrative, un peu comme dans un clip quoi... C'est pas complétement soporifique, juste un peu vain. Mention particulière soit dit en passant pour Jason Schwartzman, en Louis XVI, qui fait une composition très sobre avec toujours une grande légèreté et une pointe d'ironie. Bon.   (Shang - 09/03/07)

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