La Fièvre du Pétrole (Boom Town) (1940) de Jack Conway
Hymne à ces fabuleux pionniers américains prêts à toujours repartir à zéro (ground), non point ici pour découvrir de nouvelles terres mais pour découvrir l'or noir et devenir richissime en un coup de cuillère à pot... puis tout perdre et repartir... Oui, je sais, cela peut paraître, de prime abord, un peu gonflant, cette volonté de prouver que le rêve américain est encore et toujours possible et à portée de tous... C'est pourtant bien ce qu'il y a en filigrane derrière la destinée de ces deux aventuriers personnifiés par Clark Gable et Spencer Tracy. On a droit, qui plus est, à de bien jolis effets spéciaux - pétrole jaillissant en geyser, incendie de folaille... - pour rendre ce récit, visuellement, relativement attrayant. Mais ce n'est, heureusement, pas tout : l'on assiste en effet à un face-à-face Gable/Tracy où les deux font preuve d'un bel abattage pour rendre leur amitié, qui tourne peu à peu au vinaigre, parfaitement crédible. On sent que les deux hommes, aussi bien dans les répliques qu'ils se balancent nez à nez que dans les coups de poing qu'ils échangent sur le nez, s'éclatent dans cette confrontation qui prend des proportions titanesques (en tant que magnat du pétrole)...
Si leur première rencontre se finit de peu en pugilat, les deux hommes vont décider rapidement de s'associer pour trouver un gisement. La chance ne tardera guère à leur sourire et ils deviennent copains comme cochon jusqu'au jour où apparaît... une femme - ben tiens... Claudette Colbert, petite amie de Tracy à l'origine, tombe dans les bras d'un Gable tout déconfit. Heureusement, Tracy est un beau perdant qui a la classe et va respecter la décision de son ex-douce... On pourrait en rester là, tout irait même dans le meilleur des mondes, si Gable ne déconnait point par la suite. Il y a une première alerte lorsqu'il danse avec une poule de bar - pour Tracy, il manque grave de respect à Claudette et l'amitié entre les deux hommes en prend un gros coup sur la tête. Gable revient à la Claudette mais dorénavant chacun des deux hommes fait son "trou" de son côté, avec des hauts et des bas. Ils finissent tout de même par se retrouver; leur réussite en affaires n'a jamais été aussi éclatante et les deux hommes, rabibochés, sont à deux doigts de s'associer. Seulement l'incorrigible Gable déconne encore en tombant dans les bras ... d'Hedy Lamarr (po facile de résister, faut dire) qui a fait, enfin, son apparition à l'heure de jeu - beaucoup plus excitante qu'un pipeline, on est d'accord. Tracy va encore être prêt à tout sacrifier (sa thune, son amitié, sa vie quoi...) pour sauver le ménage Gable/Colbert. Grand seigneur jusqu'au bout, et pourtant bien d'autres auraient fini par être vénère de voir que Gable pique toutes les gonzesses de la distribution. Mais le Tracy est un homme droit et bon et va permettre à tout le monde de finir bras dessus bras dessous. Trop beau... L'amitié plus fort que le pétrole! Ce n'est pas le scénar du siècle, certes, mais l'énergie que les deux hommes mettent dans leur rôle est digne... de ressources pétrolières (jeu de mot, non?). Et puis il y a Hedy Lamarr quand même, un vrai geyser au niveau sex-appeal. Un film très honnête du Jack.
Une fine Mouche (Libeled Lady) (1936) de Jack Conway
Nouvelle association payante entre Harlow et Conway même si la Jean est un peu en retrait; en dehors de la scène finale où la bombe blonde explose, c'est plutôt le couple formé par l'excellent William Powell et la charmante Myrna Loy qui tient le haut du pavé.
Est-ce bien raisonnable de résumer l'histoire? En gros, Spencer Tracy, rédacteur en chef dans un journal, demande à sa future femme -la Jean- de se marier avec le William pour que ce dernier drague Myrna et provoque un scandale (Myrna, une gosse de riche, a décidé auparavant de poursuivre le journal après la
divulgation d'un article qui l'accuse, faussement, de draguer des hommes mariés; comme elle demande 5 millions de dommages et intérêts, tout est bon pour attraper la mouche). On se doute dès le début que rien ne se passera comme prévu, que l'arroseur pourrait se retrouver arrosé, qu'à trop jouer avec les hasards de l'amour, certains risquent d'y succomber et d'y laisser des plumes. Si on dit qu'il s'agit d'une comédie très réussie, il ne faut pas s'attendre non plus à se taper sur les genoux (qui s'est jamais tapé sur les genoux en se marrant cela dit?); disons simplement qu'il y a quelques morceaux de bravoure, presque même d'anthologie - la pêche à la mouche de Powell en Pierre Richard part pas mal en sucette, ainsi que les multiples rebondissements de l'ultime séquence (trop facile et rapide de divorcer et de se marier aux US...) - et que le rythme et les dialogues sont particulièrement enlevés; pratiquement aucun temps mort ce qui est bien rare dans ce genre de "divertissement d'époque" - ah si, n'essayez pas de me dire le contraire. Bref si on ne finit pas en se roulant par terre, on passe un dimanche aprèm tranquille après un week-end chargé en taff (juré je vais pas me plaindre non plus, po de quoi en plus). Conway parvient intelligemment à éviter certaines séquences de transition inutiles en nous plongeant directement dans l'action, faisant la part belle aux multiples confrontations mais aussi aux scènes plus romantiques et posées (moments feutrés entre Powell et Loy dans ce bungalow, la nuit, au milieu d'une rivière). Une très bonne comédie donc emmenée par des acteurs en pleine bourre ("excellente" sentirait trop l'euphorie de la réaction à chaud).
La Femme aux Cheveux rouges (Red-Headed Woman) (1932) de Jack Conway
On ne peut point dire que Jean Harlow ne soit pas la reine de la secrétaire rentre-dedans dans cette excellente comédie qui n'arrive pas à faire oublier malgré tout Harwyck, Lily, dans Baby Face.
Quand Lillian (Lil'... c'est le prénom qui veut ça ou quoi?) a décidé de coucher avec son patron, bien que déjà marié à une femme qu'il aime, elle n'y va pas pas quatre chemins : photo du boss sur la jarretière, entrée intempestive dans sa demeure pour lui apporter son courrier quand sa femme n'est pas là, croisement et décroisement de jambes d'école, et scène très hot dans une cabine de téléphone où elle accule celui-ci qui se retrouve... dos au mur. Elle provoquera le divorce et se mariera en profitant d'une soirée arrosée, suivra un plus gros ponte à New York (le roi du charbon, c'est quelque chose...) tout en vivotant avec le chauffeur, Albert, Charles Boyer, le charme français en marche, tout dans la moustache et l'accent frenchie... Malheureusement, le père de son boss enquêtera et photos à l'appui prouvera à son fils et au ponte que la coquette ne fait po de la fidélité son karma (excellent dialogue entre le père et le ponte: "- Lillian a une liaison / - Depuis quand? / - Elle est arrivée quand à New York? / - Le 16. / - Ben, depuis le 16.") Elle se retrouvera, comme Lily, à Paris, où la bougresse arrivera à rebondir avec un vieux barbu qui possède des chevaux de course... et avec toujours l'Albert en chauffeur. Jean Harlow se targue même d'une petite phrase en français où on comprend un mot sur deux, mais c'est bien tenté.
C'est bien enlevé dans l'ensemble, même si son mari Chester Morris semble venir un peu trop directement du muet, et si Jean Harlow a tendance a en faire un peu des tonnes en fille parvenue, un poil agaçante à la longue; mais on lui pardonne tant elle semble connaître la faiblesse des hommes et parvient toujours à ses fins... Il y a également une scène d'anthologie lorsqu'elle échange son pyjama avec son amie, tournée en plan séquence, avec une caméra qui fait un va-et-vient des pieds de l'une à la tête de l'autre, en frôlant à chaque fois les parties du corps mises à nu. Plein d'énergie donc et coquinou à souhait. Mais c'est po Harwyck...







