08 mars 2011

True Grit (2011) de Joel & Ethan Coen

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Ce qu'il y a de bien avec les frères Coen, c'est qu'on est sûr que quelle que soit la balade, quel que soit le genre - ici le bon vieux western -, on en aura toujours pour notre argent. Même si les fans de la première heure - ou de la seconde - s'attendent toujours à ce que les deux frères nous livrent un film pouvant basculer en une seconde dans le pur délire, et risquent forcément d'être un poil "déçu" par ce magnifique travail d'artisan (au sens noble), True Gritrecèle en soi de telles qualités qu'il serait bêta de faire la fine bouche : qu'il s'agisse de l'interprétation (du rustique et picoleur Jeff Bridges qui articule un mot sur vingt-huit à la vraie découverte Hailee Steinfeld, ado tête de lard et revancharde qui assume parfaitement son rôle, la direction est aux petits oignons), des décors, intérieurs, somptueux de réalisme, ou, extérieurs, magnifiés par des petits flocons de neige, tous dessinés à la main, flottant dans la nuit noire, des dialogues parfaitement peaufinés qui donnent l'occasion à Bridges ou à Steinfeld, entre autres, de faire preuve de bien belles réparties, des scènes d'action et de fusillade joliment distillées..., on voit mal ce qu'on pourrait bien reprocher à cette oeuvre impeccablement ficelée. Ayant enchaîné le film des Coen avec la vision de la version signée par Henry Hathaway(with Mr John Wayne), force est de reconnaître que les Coen ont su livrer un film qui est loin de n'être qu'un pâle remake, bien au contraire...

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La chtite Mattie Ross n'a que quatorze printemps, mais elle est bien décidée vaille que vaille à venger la mort de son père lâchement assassiné par un certain Tom Chaney. Dure en affaire (finit presque par faire craquer l'homme de loi en charge de "l'héritage" du pater), elle parvient à convaincre un Marshal (Bridges) qui ne jouit pas de la meilleure réputation - un alcoolo solitaire qui fait rarement dans le détail - de l'accompagner sur la piste du fuyard. Ils sont rejoints dans l'aventure par un "Texas Ranger" (Matt Damon, la moustache en pagaille) qui traque le Tom depuis plusieurs semaines pour une autre affaire criminelle. Si les deux hommes considèrent de haut, au départ, ce chtit bout de femme, celle-ci va leur montrer qu'au niveau du "cran", elle n'est point la dernière...

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Mattie Ross tient la dragée haute au vieux Bridges qui n'a par pour habitude de se laisser charmer, ni d'ailleurs de faire dans la dentelle. Si Bridges est loin d'être la meilleure gâchette du comté - surtout quand il a deux grammes de whisky dans le sang : picole grave, la bête -, sa réputation de dur à cuire est, elle, loin d'être galvaudée. L'entente de ce curieux duo avec Damon ne part certes pas sur les meilleures bases mais le trio va tenter jusqu'au bout de tenir son rang pour effectuer cette mission... De bonnes vieilles discussions au coin du feu, quelques vifs éclats de violences savamment dosés et une sombre chevauchée jusqu'au bout de la nuit (magnifique séquence, sur la fin, avec ce cheval noir allant au bout de ses forces) qui donnera à chacun l'occasion de briller : Bridges, remonté comme une pendule sur son cheval, attaquant frontalement quatre cavaliers, Damon, devant réaliser le tir de sa vie, et la chtite Mattie Ross devant montrer sa capacité à prendre ses responsabilités... Les Coen prennent tout leur temps pour dessiner chaque caractère et nous emmènent dans cette course poursuite en dosant magnifiquement les instants paisibles et les "coups d'éclat". Sobre et efficace quand il le faut, parfaitement interprétée, l'ultime oeuvre des Coen constitue une pierre solide dans leur filmographie où ils montrent une fois de plus leur capacité à parfaitement jongler avec les genres. True pleasure.   (Shang - 28/01/11)

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Franchement, pas mieux. Mon camarade conseille de ne pas faire la fine bouche, et je ne la ferai pas, tant il est vrai que ce film ne sert à rien d'autre qu'à vous procurer deux heures de plaisir pépère. Tout est solide, techniquement, narrativement, formellement, et on serait en effet bien en peine de trouver quoi que ce soit à redire à la chose. On se marre bien, de cet humour si étrange que les Coen Brothers ont toujours su développer à merveille : rien de directement drôle, si ce ne sont de minuscules mimiques des acteurs, des punch-lines modestes, une légère torsion de la réalité qui rend le moindre geste absurde et la moindre réplique hilarante. Cette façon, aussi, d'étirer une scène jusqu'à ce qu'elle exprime une sève inattendue (la séquence où les deux cow-boys tentent de prouver leur valeur en tirant sur des biscuits jetés en l'air, tellement longue qu'elle devient impayable), ou de plonger les personnages les plus virils dans le ridicule de l'enfance : Matt Damon, qui pour ma part m'a paru au sommet de sa forme avec son jeu rentré, sa diction au millimètre, son look légèrement efféminé, et Bridges sont restés deux ados rigolards et puérils, presque moins mûrs que la jeune gamine qui les engage.

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Dans le scénario et la mise en scène, on repense souvent à Moonfleet de Lang, dans cette façon de plonger une adolescente dans un monde d'adultes qui la dépasse, tout en développant un roman d'éducation presque "à l'envers" : si Mattie Ross va apprendre beaucoup de la vie, le film semble ramener le monde entier à sa hauteur, et en faire un terrain de jeu enfantin, où les monstres ne sont jamais très sérieux (la construction drôlatique des vilains Josh Brolin et Barry Pepper), et où les gentils sont de gros nounours rigolos. La violence du monde est vue à travers ses yeux d'enfants, et se rapproche plus d'un Jules Verne que d'un Edgar Poe. A ce titre, la splendide séquence finale, où Bridges porte sur ses épaules l'héroïne blessée, est subtilement onirique, et prend une aura étrange de passage d'un monde à l'autre (enfant/adulte, mais aussi vie/mort) tout en étant féerique. L'utilisation des ambiances (la neige "fordienne" très joliment photographiée) sert toujours également à donner une patine d'enfance à ce film jamais sérieux.

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Dommage que le film n'aille pas plus loin que ça, cela dit, et reste au niveau du divertissement du samedi soir. Pas de honte à vouloir simplement distraire, non, mais venant des Coen, dont on connaît aussi parfois l'intelligence (un film sur deux, disons, est ambitieux, l'autre est léger), on voudrait un peu plus.Tant pis : on rigole, et c'est déjà ça ; et il y a suffisamment de personnalité dans l'écriture et dans la mise en scène (tiens, il faut mentionner aussi la très belle réalisation de la fusillade, avec ce son de la détonation qui se détache de l'image du coup de feu à cause de la distance, et ce complexe jeu de relations entre les personnages par-delà les centaines de mètres qui les séparent, ça m'a rappelé une précieuse scène de The Hurt Locker) pour satisfaire le spectateur exigent. Sympathoche, oui oui oui.   (Gols - 08/03/11)

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11 mars 2010

Sang pour Sang (Blood Simple) de Joel et Ethan Coen - 1984

vlcsnap_2010_03_11_19h13m50s254Sur les conseils pressants de JJ et de princecranoir, retour sur l'oeuvre primale des Coen Brothers. Merci, du coup, aux deux sus-cités, puisque Blood Simple est assez proche du génial, et vient nous rappeler quels grands formalistes furent les frères à une époque (encore aujourd'hui, allez d'accord, mais quand même...). Un peu comme certains fabriquent des épures de western, ce film revient à la base des règles du jeu du film noir. En 1984, il ne reste certainement plus grand-chose du genre, et c'est la grande force de ce film que de revenir au schéma le plus simple possible. Ne demeurent que les motifs "sine qua non" : le flingue, le privé verreux, la blonde, le sang. Blood Simple ne raconte rien, il serait inutile d'y chercher un quelconque fond ; mais il est d'une élégance plus que brillante dans cet exposé des recettes du genre, livrées à leur plus simple expression.

vlcsnap_2010_03_11_19h55m33s201Le jeu de piste hyper-sophistiqué et pourtant aussi pur qu'un haïku mis en place par les Coen constitue le seul plaisir de ce film. Et on se rend compte que c'est mille fois suffisant. Les plans, étirés au maximum comme il se doit, apparaissent comme de simples références mille fois vues dans les films des années 50 : jeux élégants d'ombres et de lumières, silence pesant, dialogues rares et ambigus, musique stressante, qui va tuer qui et comment ?, point barre. On s'émerveille devant l'absurdité totale de la trame (ces morts pas vraiment morts mais morts tués par des gens qui vont se faire tuer), surtout parce qu'on constate que ça tient : peu importe ce qui nous est conté, seule importe la mise en scène, le jeu, le puzzle retors, la jouissance d'être dans des codes ultra-conventionnels et d'y prendre plaisir comme au premier jour. Les Coen utilisent un écheveau de gros plans très variés, destinés à capter la goutte de sueur, le petit détail macabre qui soulèvera l'angoisse, les rapports entre les personnage, la contenance de la violence. Quand elle éclate, c'est dans des cadres sublimes, véritables hommages au Aldrich des grands jours, où la lumière strie les corps, où la tension accumulée explose en quelques dixièmes de seconde dynamiques à mort. Fun, c'est le mot, pour désigner ce plaidoyer pour un cinéma de genre disparu, traité ici vlcsnap_2010_03_11_20h37m07s45en mythe éternel se suffisant à lui-même ("It's the same old song" en thème principal). Fun, mais aussi délicatement stressant, maîtrisé à la perfection, d'un modernisme étrange (dû peut-être justement à cet aspect vintage des costumes, des personnages, des ambiances), et surtout, surtout, d'un humour noir merveilleux. On reconnaît bien là nos Coen préférés, ceux qui vous font marrer avec un poignard planté dans une main, une gerbe de sang, ou un visage hideux. Blood Simple n'est qu'un exercice de style, certes ; mais quel style, et au service de quelle mise en scène !

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04 février 2010

A serious Man (2009) de Joel & Ethan Coen

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Sans doute moins explosif que Burn after reading -dans la comédie- ou que, définitivement, No Country for old Men - au niveau de l'action -, A serious Man se rapprocherait plus du rythme coolos d'un Fargo, voire même de Barton Fink, bien que cela fasse un bail que je ne l'ai pas vu (une petite séance de rattrapage avec Miller's Crossing ne ferait pas de mal). Les Coen s'attaquent mine de rien à un sujet qui mérite un poil de réflexion : la vie a-t-elle un sens ? Connaissant la causticité des deux larrons, cela donne lieu à une foule de petites vignettes plus ou moins délirantes, même si le mot est un peu fort : des situations burlesques, des rêves marquants et absurdes, des incidents dramatiques voire tragiques, c'est le quotidien de notre héros Larry Gopnik, professeur de maths, qui se trouve véritablement victime de la loi de Murphy : quand tout va mal, cela ne peut être que pire... Mais le bout du tunnel n'est peut-être pas si loin, hein, peut-être un simple acte peut changer totalement le cours d'une vie... ou non... et puis de quel tunnel parle-t-on ? Je vous sens tout à coup un peu perplexe : ben c'est justement le but.

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Une histoire juive, serait-on presque tenté de dire, puisqu'à l'exception d'un voisin goy complètement starbé - ce qui me fait penser justement à un passage d'Opération Shylock de Roth dont je suis en pleine lecture (eh oui, il y a d'étranges coïncidence parfois... Pour Gols c'est la sodomie... mais je le rassure ce film pourrait aussi faire partie de son cycle vu que le terme est également employé ici une fois...) - et d'une anecdote concernant un patient goy chez le dentiste (qui ferait presque penser dans le grand n'importe quoi à l'histoire de la montre dans Pulp Fiction...), tout le reste de la distribution se situe dans ce milieu (on pourrait d'ailleurs, au passage, faire un lien avec Crimes and Misdemeanors du gars Woody, mais arrêtons-là nos digressions). Notre tranquille prof de math, Larry donc, va voir sa vie se désagréger peu à peu sans qu'il soit capable de comprendre réellement ce qu'il a fait pour mériter ça et surtout comment réagir. Ca commence avec un étudiant sud coréen, auquel il n'a pas donné son exam, qui laisse sur son bureau une petite enveloppe bien fournie en billets. Larry est comme interloqué mais il n'est qu'au début de ses surprises tant tout part en quéquette dans son entourage : sa femme demande le divorce, comme ça, de but en blanc - il n'a absolument rien vu venir -, son frère Arthur (l'excellent Richard Kind), vieux garçon renfermé qui squatte chez lui et dont on ne sait s'il s'agit d'un vrai génie ou d'un réel malade, s'attire quelques problèmes avec la police, et puis il y aussi les menaces de chantage, la tension au taff à cause de lettres anonymes, les problèmes de thune... et une foule de petits incidents divers qui vont venir bouleverser sa vie... Ne sachant plus à quel saint se vouer (et ce sans même évoquer les seins de sa voisine, terrible femme fatale), entouré de conseils d'hommes de loi et de rabbins (trois épisodes inénarrables que les Coen introduisent avec une musique glaçante et poilante), Larry, au bord de l'abîme (la séquence sur le toit...) assiste, impuissant, à son petit monde qui se délite grave. On est constamment entre le petit rire grinçant et l'attente d'un coup de théâtre, et les Coen ont vraiment un don pour nous laisser constamment sur la corde raide, le spectateur ne sachant jamais vraiment ce qui pourrait advenir dans la scène suivante...

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Le film n'est peut-être pas totalement jouissif de bout en bout, mais nous tient sous son charme avec ces multiples questionnements ontologiques qui restent en suspend, et surtout grâce à toute une galerie de personnages extravagants : ma préférence va au nouvel amant de sa femme à la voix doucereuse qui hypnotise carrément notre pauvre Larry, qui ne cesse de le prendre dans ses bras comme une peluche, l'enfonçant finalement toujours un peu plus dans sa détresse morale... On pourrait également, outre l'oncle Arthur, les trois rabbins et la voisine déjà cités, évoquer le directeur d'école tout plein d'une condescendance à double tranchant, son fils plus préoccupé par la marijuana que par sa bar-mitzvah (tiens, ça rime), sa fille qui passe sa vie à vouloir se laver les cheveux, le père de l'étudiant coréen... Comme dans Burn after Reading - sans avoir recours à de grandes stars du cinoche mais des seconds couteaux pêchus -, on sent que les Coen s'éclatent véritablement au niveau du casting. On quitte le film avec peut-être guère plus de réponses qu'au départ (...), mais avec encore moins l'envie de prendre la vie au sérieux. Et c'est déjà énorme.  (Shang - 14/01/10)

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Absolument. L'impression d'une longue ballade dans l'humour juif, avec ce que ça comporte de subtilités et décalages hilarants. Je me permettrais même de préférer cet opus coenien à Burn After Reading, qui était certes jouissif mais beaucoup moins fin que ce petit film inclassable. Ce n'est presque jamais directement drôle, les gags ne sont vraiment pas légion, et pourtant on reste dans un ton doucement humoristique de bout en bout, sans arriver à mettre réellement le doigt sur ce qui est drôle là-dedans. A l'image de la scène d'introduction, placée là juste pour le plaisir de la blague, l'humour de A Serious Man tourne beaucoup autour de la mort, de la maladie, de la dépression, de la difficulté de vivre : c'est super-noir, sans portes de sortie, et pourtant le film reste lumineux.

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C'est que les personnages, certes caricaturaux, sont vraiment bien dessinés. On sent la part de fiel autoiographique que les Coen Brothers ont insufflé là-dedans, et ça s'apprente peu à peu à un règlement de comptes assez frontal contre cette fameuse éducation juive sclérosante (bien que forte en couleurs) : rabbins, mères dominatrices, palabres à l'infini, cérémonies sans but, toute la panoplie du parfait petit Juif est disséquée au scalpel, sans appel. La solidarité entre "élus" apparaît comme une prison, et notre héros, qui voudrait bien être un "homme sérieux", un Juif respectueux des traditions, se heurte au mur de siècles de traditions qui enterrent toutes ses tentatives de comprendre sa vie. Bien sûr qu'on pense à Woody Allen dans ces longues scènes de dialogues minimalistes, constituées plus de silences et de postures que de mots, mais qui savent toujours placer des minuscules éléments hilarants à bon escient. Les acteurs font beaucoup pour ça : les dizaines de seconds rôles sont parfaits (ma préférence également pour ce collègue de bureau qui balance sur tout le monde tout en se défendant de le faire) ; mais la mise en scène sophistiquée et surprenante des Coen y est aussi pour quelque chose. Effectivement, chaque nouvelle séquence surprend, voire bouscule (le tout dernier plan, mystérieux et déclencheur d'imagination en plein), et le montage est très élégant : deux accidents de voiture filmés en parallèle et coupés juste avant leur terme, une façon d'alterner au début les aventures du héros et celles de son fils, des décrochages sutils lors des visites aux différents rabbins... sans parler de ces tout petits gags indicibles qui montrent un sérieux goût pour l'absurde (l'épouse qui exige un "Gett" sans que personne ne sache ce que c'est).

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Tout comme mon collègue Shang, je finirai en disant qu'il s'agit d'un petit film sans vraie ambition, mais j'en ressors bien content ma foi.   (Gols - 04/02/10)

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20 décembre 2008

Burn after Reading (2008) de Joel & Ethan Coen

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Les Coen reviennent avec cette "comédie policière" et ils sont en pleine bourre ! Un scénario aux petits oignons qui mélange avec un rare bonheur services secrets, adultère et imbroglio en tout genre, des acteurs qui ont tous apparemment un grand bonheur à jouer dans ce grand délire paranoïaque (John Malkovitch comme cela faisait longtemps qu'on ne l'avait pas vu, totalement hanté par son rôle ingrat, George Clooney truculent qui flirte avec la folie, Brad Pitt brushing au vent qui en fait des tonnes, grimace en tout sens et parvient à être drôle, Frances McDormand toujours aussi géniale dans un registre pince-sans-rire, Richard Jenkins impressionnant de charisme, Tilda Swinton très classe...) et un rythme qui monte crescendo dans les rebondissements et l'hilarité. Bref un vrai bonheur des Coen qui démontrent une fois de plus leur créativité et leur sens de l'humour.

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Comme je ne voudrais point non plus me coucher trop tard, autant être lapidaire sur la trame : un C.D. censé contenir des informations top secrètes tombe entre les mains de deux bras cassés qui bossent dans un centre de remise en forme (Brad et Frances); ils tentent de faire chanter John Malko qui vient de se faire virer par la C.I.A; si ce dernier a quelques ennuis conjugaux (sa femme Tilda le trompe avec George, marié, qui a par ailleurs et par hasard une aventure également avec... Frances... ça se complique), il est bien décidé à régler cette affaire rapidos. Nos deux bras cassés un peu échaudés au départ décident de vendre les infos à l'ambassade de Russie... A partir de là, tout part un peu en quéquette, les petits-maîtres chanteurs finissant par plus savoir vraiment par qui ils sont traqués et notre George Clooney se retrouvant, malgré lui, pris dans la nasse. L'art des Coen est de commencer assez pépère en prenant le soin de dessiner chacun des personnages avec leur petit souci quotidien : Malko avec la boisson, George avec le cul (je vous laisse le plaisir de découvrir l'incroyable machine qu'il invente... les Coen reculent devant rien...), Frances avec ses problèmes de chirurgie esthétiques, ou encore Brad... euh Brad qui est simplement complètement azimuté. Ils apportent toujours un soin extrême aux dialogues qui fusent au rythme d'une véritable screw-ball comedy (là où, à mes yeux, Intolerable Cruelty échouait). Ensuite c'est que du bonheur, les cadres et les angles sont toujours les bons, le rythme s'emballe méchamment et on se retrouve complètement happé dans une série de situations qui deviennent plus intordables les unes que les autres, rendant chaque personnage de plus en plus speed - en contrepoint, le flegme du chef de la CIA est d'ailleurs un pur régal. Bref, ce film de fou-furieux sort en France en décembre, po besoin, je sais, de cette chronique pour que certains s'y précipitent...   (Shang - 03/11/08) 

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Ben oui, effectivement, je m'y suis précipité, et je dois reconnaître ma tiédeur comparée aux petits sauts de joie de mon camarade. Allez, je tente même l'aveu : finalement, les Coen me laissent assez froid, à force de creux. C'est pas qu'on s'ennuie avec ce Burn after Reading (quoique, un peu, quand même par moments), BAR_05760_350mais c'est juste que c'est abyssalement vide, comme le signale d'ailleurs le chef de la CIA sur la fin ("Qu'est-ce qu'on a appris ?... Rien"). Bien sûr, la plupart des comédies américaines ne vont pas chercher bien loin, et je reconnais là l'hommage à la screwball évoquée par mon éminent confrère : mais au moins les Capra, Hawks et autres Cukor avaient un vrai talent pour l'écriture, pour la construction de scénario, et pour la direction d'acteurs, autant de choses qui font un peu défaut ici. Les acteurs sont honnêtes, certes, surtout Brad Pitt qui se déchaîne avec une joie communicative, mais il leur manque ce petit trait de génie qui compenserait les errements du scénario. Clooney, que j'aime beaucoup d'habitude, est un peu pénible ici, et son personnage est illogique, manque d'une vraie écriture psychologique. Finalement, on a un peu la sensation d'un théâtre de marionnettes : ça bouge dans tous les sens, ça bondit, mais ça brasse beaucoup de vent.

Je suis méchant : le tout se laisse gentiment regarder, comme un film du samedi soir qu'on suit la bouche pleine de pop-corns. Mais les Coen nous avaient habitués à un autre style dans les grandes comédies qu'étaient The Barber ou Fargo. Cette fois, ils réalisent une coquille vide un peu bâclée, un peu "petit malin", pas très personnelle et franchement superficielle. Burn after watching.   (Gols - 20/12/08)

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05 mars 2008

No Country for old Men (2007) de Joel et Ethan Coen

pc_nocountry533Les Coen Brothers sont nettement de retour avec ce film, après 2 ou 3 calamités populistes qui avaient laissé pantois. No Country for Old Men est de la belle ouvrage, sec comme un coup de trique, classique dans ses personnages et austère dans sa mise en scène très rigoureuse. Ca fait du bien de retrouver chez eux cette exigence de forme, et le film se regarde avec admiration : les gusses tiennent bien compte de leur culture hollywoodienne classique, jonglant entre western aride (école Hawks plus qu'école Ford, plusieurs plans se plaisant même à inverser les rapports de plans du grand John : ciels absents, plongées fréquentes) et thriller à la Terence Mallick, tout en n'oubliant pas l'humour potache dans les dialogues, finement écrits. La violence sert également de soupape après des scènes de confrontation tendues comme un slip : quand le coup de feu part, c'est presque un soulagement. Les Coen montrent également pour la première fois leur goût pour l'action pure, et leur talent pour filmer une scène de poursuite par exemple, magnifiquement lisible et "dangereuse".

no_county_old_menLe film est empreint d'une mélancolie qu'on pourrait prendre pour de la nostalgie un peu rance ; mais le piège est évité grâce à la tendresse du regard sur les personnages, y compris les plus ignobles (Bardem en composition grandiose, un de ces méchants sans circonstance atténuante que le cinéma yankee a toujours affectionné). La tristesse portée par le personnage de Tommy Lee Jones imprègne tout le film, avec subtilité et beauté. Certes, son personnage dépassé par le temps qui passe peut agacer, d'autant que ce n'est pas la première fois que l'acteur est dans ce genre d'emploi. Mais finalement, non : ses scènes de dialogues éclairent un personnage dépassé mais serin, dénué d'amertume ou de rancoeur. Il prend juste note du changement d'époque, grimpe sur son bon vieux cheval, et s'en va traquer sans passion un psychopathe qu'il ne croisera jamais. Il sort son flingue une seule fois, et ne s'en sert même pas, il arrive systématiquement après la bataille, et s'en fout. Ce pays n'est pas fait pour le vieil homme, c'est exact : le film se fait sans lui, l'action aura lieu loin de son regard.

no_country_for_old_men_4No Country for old Men est parfois un peu crâneur, et met son point d'honneur à nous égarer, à faire compliqué pour ne pas faire simple. Du coup, l'ennui rôde parfois, d'autant que les Coen s'amusent à gonfler leur film de scènes inutiles, comme des décrochages, des digressions absurdes. Franchement, sur l'ensemble, la moitié des scènes ne sont pas "utiles" à la trame. Mais ces cercles de plus en plus serrés qui n'arriveront jamais à leur centre finissent par dessiner une oeuvre intrigante, allanguie, vagabonde, dont la mélancolie est justement due à ce rythme lent et à ces envies d'école buissonnière. La plupart des enjeux du scénario ne sont pas élucidés (qui a le fric ? où est passée la drogue ? l'héroïne est-elle morte ?), et on s'en fout, même si on aurait eu parfois envie d'un peu plus de netteté dans le dessin. Le tout reste mystérieux et suspendu dans une sorte de no man's land triste, d'où un charme certain. On est loin du grand film, mais l'originalité des frères Coen est de retour, qui s'en plaindrait ?   (Gols - 14/02/08)


no_country_for_old_men_poster2Les Coen ont donc remporté la statuette avec ce polar d'excellente tenue. Extrêmement fidèle au roman de McCarthy (surtout sur le fond, sur la forme il manque peut-être encore un plus de noirceur et de désenchantement), les Coen semblent nager comme des poissons dans l'eau avec cette course poursuite, justement, "en queue de poisson". Un type un peu trop tendre qui se casse avec la thune, un tueur fou de rage, un policier fataliste, des Mexicains qui surgissent sans cesse d'on ne sait où, un nettoyeur qui se fait rapidement nettoyer... cela aurait pu donner lieu à des croisements et des rencontres en tout sens, alors que la plupart du temps chacun reste dans sa bulle - chaque personnage a ainsi sa propre autonomie, son propre rythme, son propre karma et une vraie densité. Lorsque rencontres il y a, elles sont forcément explosives  et sanglantes, mais là encore les Coen respectent les ellipses de McCarthy, comme si les règlements de compte n'étaient pas l'essentiel : on retrouve cet esprit des deux frères à jouer avec un genre qu'ils connaissent jusqu'à la corde, semblant tout autant prendre du plaisir dans les scènes "off" et "border line"; aussi bien au niveau des personnages (le personnage de Tommy Lee Jones, délicieusement largué et terre à terre, est un bel écho à celui que jouait Frances McDormand dans Fargo, la voix caverneuse (content de l'avoir vu en VO quand même) d'Antonio Banderas semble venir des profondeurs de l'Enfer) que des dialogues qui frôlent parfois l'absurde et la causticité ("Ils sont Mexicains... Enfin ils étaient Mexicains... à quel moment ont-ils vraiment arrêté de l'être ?"). Les frères Coen, maîtrisant parfaitement la construction de leur scénario qui demeure celui d'un véritable thriller, laissent, comme dans le roman, respirer à fond leur histoire, et ces digressions qui font leur style fonctionnent admirablement : on s'en fout finalement de savoir qui va s'en sortir avec quoi, puisqu'il n'y a au bout du compte plus aucune "loi" dans tous les sens du terme; ces destins qui se jouent à pile ou face sont un pied de nez à un quelconque déterminisme et même la vie de la femme de Moss est laissée en suspens (dans le roman, si je ne m'abuse, elle y passait, payant pour l'excès de confiance de son homme). Les Coen tracent leur route avec bonhomie et savoir-faire, prions pour qu'ils restent sur cette voie.   (Shang - 05/03/08)   

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