L'Assassin habite au 21 de Henri-Georges Clouzot - 1942
Ah le charme surranné des comédies policières des années 40, avec ces dialogues si fins, ces acteurs si drôles et ces... Non, je déconne. L'Assassin habite au 21 est LE film qualité française tel qu'on n'en fait plus, et franchement c'est pas dommage. Non pas qu'il y ait quoi que ce soit de honteux là-dedans : acteurs à tronche et à gouaille, scénario à tiroirs, tirades travaillées en usine, atmosphères de studio soignées. C'est juste que c'est d'un lisse abominable, que tout semble manufacturé dans cet univers jamais crédible, toujours trop quelque chose : trop poli, trop bon élève, trop malin, et surtout trop consensuel. Qu'en 1942 un cinéaste ne trouve rien de mieux à filmer qu'un polar de gare laisse quand même sans voix, et ceci dit même en prenant en compte le fait qu'il y a peut-être quelques allusions à la situation française de cette époque dans ce divertissement roublardement caustique. Pour être vraiment sympa en effet, on peut voir dans cette intrigue (qui est Mr Durand, serial killer insaisissable, parmi les quelques suspects de la respectable pension de famille du 21 rue des Mimosas ?) une allégorie du Tueur Suprême, comprenez l'envahisseur allemand qui infiltre la société ; d'autant que la résolution de l'énigme (que je ne dévoilerai pas, et pourtant le film ne mériterait que ça) renvoie à une sorte de responsabilité collective qui pourrait marquer des points. Mais Clouzot marche bien trop sur des oeufs pour arriver à quoi que ce soit de concluant à ce niveau-là, et le film finit par n'être que cela : une intrigue policière même pas très bien ficelée qui vous fait oublier vos soucis pendant 1h18.
Pierre Fresnay est médiocre en détective dandy qui se croit malin, et les seconds rôles bien trop schématiques pour être intéressants : le fakir louche, l'ancien combattant de pacotille, le brave vieux plus intrigant qu'il n'y paraît, la fan de romans policiers, tous les pensionnaires de la pension rivalisent de clichés et font plonger l'ambiance réaliste mise en place par Clouzot dans la BD premier degré. Seule Suzy Delair est bien, pleine de fantaisie et de vie, et pour une fois loin de ses compositions de cruche qui lui collent à la peau : certes, son personnage est agaçant, vénal et de toute évidence écrit par des hommes (...), mais elle parvient à lui donner une certaine vérité, en tout cas une drôlerie attachante. Sinon, c'est vraiment l'autoroute, plate et terne, qui ne sert qu'à mettre en valeur un savoir faire qui ne se remet jamais en question, ne prend surtout aucun risque et vous sert du prédigéré sans scrupule. Je veux pas parler à la place de mon camarade, mais à mon avis, c'est tout ce qu'on n'aime pas sur Shangols.
Quai des Orfèvres de Henri-Georges Clouzot - 1947
Gentil film de divertissement, ce Quai des Orfèvres, ce qui forcément déçoit un tantinet de la part d'un cinéaste souvent pas avare en expérimentations et en scénarios ambigüs. C'est la grande école du "cinéma français de qualité", celui avec des acteurs précis et drôles, quelques lignes de dialogues finaudes et un savoir-faire irréprochable à tous les postes techniques. Celui qui savait faire chavirer le coeur de Ginette quand Julot la sortait avant d'aller guincher le dimanche après-midi, quoi. Sorti de ça, c'est vrai qu'à part nous en donner pour notre argent et nous faire passer agréablement 1h41, le film ne dit pas grand-chose, est un peu sage à tous les niveaux, et tombe dans une forme d'académisme un peu moyenne.
C'est l'intrigue policière classique : un riche barbon est assassiné, et une foule de personnages est soupçonnée : Jenny, chanteuse de cabaret fatal aux dents longues et à l'accent gouailleur (Suzy Delair, dans ses pantoufles, mais qui sait faire bouillir les casseroles de lait à distance, dans un plan intrépide et torride); Martineau, son mari, éternel cocu, loser jaloux et petit pianiste introverti (Blier, impecablement touchant et juste); Dora, mélancolique témoin de ces amours mal assorties, et amoureuse frustrée de Jenny (Simone Renant, caution réaliste de la chose) ; et Paulo, truand du dimanche (Robert Dalban et sa tronche de Paulo, truand du dimanche). C'est Jouvet qui mène l'enquête, en personnage prequel de Columbo : hygiène discutable, glamour dans les chaussettes, amabilité au vestiaire, il chafouine dans tous les coins de ce music-hall pour tenter d'extraire la vérité, qui ne manquera pas d'éclater sous la forme de coups de théâtre (attendus, pour la plupart) dans les 5 dernières minutes. C'est vrai que c'est agréable de voir tout ce joli monde cabotiner sa mère, dans des jeux de contrastes sophistiqués et aidé par des dialogues finement ciselés (on n'est pas non plus chez Renoir, cela dit, certaines scènes auraient mérité d'être encore plus travaillées à ce niveau). Ce qui manque, c'est une réelle âme à l'ensemble : tout est beau, mais tout est lissé, tout sent le studio chicoss et le machino bien en place, la colle fraîche et le 20/20. Clouzot joue au bon élève, peut-être échaudé par ses démélés avec la justice et l'écornement de son image, dont il sort à peine à ce moment là. Comme s'il avait voulu faire le Film Français ++, irréprochable et purement divertissant.
A son honneur, notons quand même quelques traits modernes et courageux dans cet univers un peu trop tracé : un petit enfant noir, adopté par Jouvet, qui dénote une belle ouverture d'esprit de la part de Clouzot, pour l'époque (ceci dit, ce môme arrive comme un cheveu sur la soupe dans le scénario, et ne sert strictement à rien d'autre qu'à montrer la grandeur d'âme du personnage somme toute antipathique du flic) ; quelques fines allusions au saphisme du personnage de Dora, qui se conclut par cette fine réplique de Jouvet : "Vous m'êtes particulièrement sympathique, Melle Dora, et vous savez pourquoi ? Vous êtes un type dans mon genre. Avec les femmes, vous n'aurez jamais de chance." ; et enfin quelques saillies vengeresses, de la part de celui qu'on accusât de collaborationisme, contre les délateurs français (le "témoignage spontané" du notable au commissariat, ou le très joli rôle secondaire de l'anar contraint à balancer un suspect : "Je vous fais bien mes excuses, madame, mais on n'est pas les plus forts"). Heureusement que ces détails sont là pour donner un peu de caractère à ce film certes savoureux et vintage à mort, mais aussi un peu qualité française. Préfère Les Diaboliques, moi.
Les Diaboliques de Henri-Georges Clouzot - 1955
Un petit retour en arrière vers un de ces films qui ont marqué ma jeunesse. J'avais été terrifié à l'époque par ce thriller à la limite du fantastique, par ce final glaçant et par la sorte de nihilisme amoral instillé par cette histoire. Eh bien, le film n'a pas vieilli (ou peu), et fait toujours son effet aujourd'hui. On a beau connaître cette histoire par coeur, y compris certains plans désormais classiques, on continue à être admiratif de cette très prenante ambiance que Clouzot arrive à instaurer, de cette façon de faire monter la tension, de cette simplicité de narration.
Ce n'est pas au niveau de l'innovation que se situe Clouzot, certes : sa mise en scène, dans toutes les séquences purement narrative, est fonctionnelle et très modeste. On recadre sagement les acteurs qui ont tendance à s'écarter des scotchs, on alterne agréablement mais sans invention les gros plans et les plans larges, on se permet deux-trois travellings intéressants (le passage de la fenêtre de Simone Signoret/Vera Clouzot qui fomentent leur
crime à celle des jeunes garçons innocents) mais pas non plus sidérants : c'est du joli travail d'artisan, qui met en avant son histoire et ses acteurs, convaincu à juste titre que ça suffit à ce type de film. On ne lui demande effectivement rien d'autre que de nous raconter une histoire, ce qu'il fait très bien. D'autre part, les acteurs sont très bons et suffisent à dynamiser ces cadres un peu sages : le trio central (Signoret, Clouzot et Meurisse) exprime à merveille la violence de leurs rapports, les seconds rôles (impayables Serrault, Roquevert, Larquey, que du lourd) sont parfaits de veulerie, et on s'amuse bien.
Dans les scènes importantes (les scènes horrifiques, les scènes de crime), Clouzot sait doper son style à merveille. Il y a bien sûr ces plans finals parfaitement effrayants (il doit encore y avoir des gens qui n'ont pas vu le film, je me tairai donc), mais il y a aussi ces nombreuses séquences où, à l'instar d'un Hitchcok, le suspense monte à partir d'un simple détail minuscule : une baignoire qui se remplit, un ballon qui tombe dans un bassin, un militaire aviné qui risque de tout faire capoter, et on frémit. Très
beaux inserts de très gros plans sur des objets, d'ailleurs, ce robinet qui goutte sur une nappe recouvrant un cadavre, cette bouteille de whisky empoisonné, là aussi Hitch rôde dans les coins. Clouzot monte ces scènes avec un savoir-faire indéniable, et on est franchement happé par la force de la tension : on ne sait plus si on est dans le polar classique (personnage trop marqué de détective bon-enfant interprété par Charles Vanel) ou dans un fantastique gothique grande époque, ou dans le drame psychologique, ou dans la comédie, et c'est très intéressant.
Enfin, dernier bon point : si Clouzot fait montre de peu d'audace dans le filmage, on ne peut pas en dire autant du scénario. Très ambigu, celui-ci parle en creux de rapports amoureux bien étranges pour l'époque : on part du triolisme pour arriver à un saphisme frontal, certaines lignes de dialogue ne cherchant même pas à dévier la censure sur ce point. Les Diaboliques est avant tout un drame sexuel, une étude de moeurs bien insolente pour l'époque. On savait Clouzot peu frileux dans sa façon de filmer le sexe (L'Enfer), mais il est ici étonnament frontal. Le fait que ces rapports troubles se déroulent sous les yeux des petits garçons innocents d'un pensionnat ajoute encore au soufre de la chose. Un classique qui n'a pas pris une ride.
Le Mystère Picasso (1956) d'Henri-Georges Clouzot
Montrer un artiste exerçant son art, c'est le projet ambitieux d'un Clouzot filmant Picasso en temps réel. Il faut bien dire que dans la première partie du film, on est relativement déçu : certes, Picasso a un trait de génie (comme je dessine comme ma grand-mère, pas difficile non plus de m'épater), certes, le sens de la composition apparaît en live mais on est un peu frustré de voir que c'est finalement presque aussi facile... Clouzot pousse même le vice à lui demander de faire un truc en 5 minutes et le Picasso de s'exécuter volontiers... On se dit même que si Rembrandt voyait le gars à l'oeuvre, il poufferait peut-être de rire (mais je ne connais point Rembrandt personnellement). Et puis tout d'un coup, lors du dessin de cette tête de taureau, on passe la démultipliée: cette tête change 45 fois... de tête, on voit l'artiste progresser, essayer, affirmer un trait, modifier constamment le pourtour, varier les effets, les couleurs, les lignes et là on se dit qu'il a enfin lâché les chevaux. Quand Clouzot dit que ce tableau qui s'est fait sous nos yeux en dix minutes a pris en vérité 5 heures, on est presque soulagé... Les toiles par la suite, beaucoup plus travaillées, sont du même carat - ainsi ces deux femmes nues allongées - jusqu'à l'apothéose de cette grande toile représentant une plage et des touristes: on passe de l'Art déco à l'Art abstrait en passant même par du Picasso (...), tout est changé, bouleversé, re-dessiné 42 fois, recomposé... Picasso dit qu'il fait "comme chez lui", qu'il ne s'est jamais soucié du public, qu'il cherche c'est tout... Il suffit qu'un détail soit particulièrement convaincant (à mon oeil faut dire...) pour qu'il soit effacé deux minutes plus tard. Work in progress qu'achève Picasso en disant, bah, je vais prendre une toile neuve, et de retenter certaines parties de l'ensemble qu'il abandonne au bout du compte. Tout ce travail de recherche, de test, d'exploration est enfin rassurant pour le spectateur... Mais si tout le mystère et le génie de Picasso n'étaient pas finalement autant dans ces premiers dessins plus bruts de décoffrage que dans ces derniers tableaux un peu pour la galerie ?... Le type s'amuse, c'est l'essentiel et Clouzot parvient à capter ces secondes d'inspiration véritablement uniques. Une belle leçon. Olé.
Le Corbeau (1942) d'Henri-Georges Clouzot
Tourné pendant la seconde guerre mondiale, le film de Clouzot parvient non seulement à capter l’atmosphère d’une époque –celle de l’oppression et de la délation- tout en réalisant ce qui peut être considéré comme le premier « film noir » français. Le film fit scandale à sa sortie et fut critiqué à la fois par le régime de Vichy, la Résistance et l’Eglise Catholique (c'est de bonne guerre et bon signe, hein Louis Ferdinand, non je déconne). Interdit après la Libération, il faudra l’intervention active de Jean Cocteau et de Jean-Paul Sartre pour réhabiliter ce chef-d’œuvre (voilà au moins un truc qu'on peut pas lui enlever au Jean-Paul). Si le film de Clouzot a provoqué de telles réactions c’est qu’il n'a, d’une part, jamais cherché à donner vision manichéenne de l’humanité; d’autre part, on peut subtilement voir dans son film une critique de toute communauté dans laquelle on donne foi à toutes les rumeurs et aux attaques anonymes – Ah le bon temps de l'occupation allemande où le fait d’accuser son voisin permettait de se protéger, de se disculper soi-même, de se donner bonne conscience…
Le film est en effet remarquable par le tableau qu’il dresse des bassesses de l’humanité comme si tout le monde avait à la fois quelque chose à se reprocher mais sans que quelqu'un ne soit forcément coupable. Comme l’explique parfaitement, dans cette scène-clé du film, le responsable de l’hôpital, Michel Vorzet, en jouant avec une ampoule qui se balance du haut du plafond, où se trouve la zone d’ombre où se trouve la lumière, qui est à même de définir la frontière entre le bien et le mal… ? Excédé par sa démonstration, le professeur Germain tente d’immobiliser l’ampoule et se brûle… (En d'autres temps Claude François avait eu moins de bol). Clouzot ne cherche pas à montrer du doigt qui que ce soit, à accuser telle ou telle petitesse chez quiconque: oui celle-ci boit, oui cette personne a une liaison avec une autre, oui celle-là est un lâche… Qui n’a pas ces petits défauts, qui n’est pas responsable de petites traîtrises ? Et le corbeau d’ailleurs s’en amuse dans un premier temps… Le problème commence lorsque la communauté mise au pied du mur – chacun se voyant personnellement accusé aux yeux de tous - se met à chercher un coupable, un responsable : la vindicte populaire rime rarement avec le sens de la justice et lorsqu’un village (on repense au roman de Jean Giono Le Moulin de Pologne) a besoin d’un bouc émissaire, une violence longtemps enfouie en chacun des individus, peut déferler. La scène où l’infirmière Marie Corbin se retrouve poursuivie par les clameurs de la foule illustre parfaitement cette vengeance aveugle de la masse. Dès que la paranoïa en chacun de nous est exacerbée (on rappelle au passage que la Gestapo croulait littéralement sous les lettres anonymes, comme on le voit d'ailleurs dans Le dernier Métro), ce n'est pas forcément le meilleur de l'être humain qui en ressort (Sarko aurait un courrier énorme).
Un autre aspect intéressant dans le film de Clouzot est le rôle qu’il donne aux femmes, à l'image de leur rôle pendant la guerre: Clouzot semble leur rendre en effet un vibrant hommage ; tous les personnages féminins principaux se retrouvent accusés à tort –certaines étant des candidates toutes trouvées pour endosser la responsabilité du corbeau- alors qu’en chacune d’entre elles résident une blessure cachée, un amour déçu, une frustration causés par des hommes ; ces femmes sont contraintes de se battre (souvent seule contre tous…) pour avoir le droit d’être considérées à leur juste valeur. Et si c'était d'ailleurs là le véritable point de départ du film... ? (Le Corbeau le premier film féministe!)
Enfin, il s'agit bien d'un grand précurseur des films « noirs » bien qu’il n’y ait point de détective ou que la plupart des scènes du film se déroulent la nuit. Il y a en effet de véritables personnages de femmes fatales (la coquette Ginette Leclerc qui attire dans son lit les docteurs en feignant d’être malade… ou la plus effacée Laura Vorzet (Micheline Francey), vorace dans son appétit des hommes…) et surtout une atmosphère empesée, oppressante, étouffante qui tombe comme une chape de plomb sur le village alors que les lettres du corbeau affluent. Ce n’est pas pour rien que le Docteur Michel Vorzet affiche ironiquement dans son bureau une courbe de températures de la ville. Clouzot enfin soigne magnifiquement ses plans lorsqu’il s’agit de faire monter le suspens : superbes plans en plongée sur cette lettre qui descend en feuille morte de la galerie supérieure de l’église ou sur cette lettre qui tombe du corbillard et devant laquelle tout le monde s’écarte comme si c’était la peste (d'où le concept de "lettre morte" scriik, scriik). La séquence d’ouverture est également remarquable: après un long travelling sur le cimetière du village, la porte en fer forgé qui donne sur le toit de l’Eglise et sur la ville s’ouvre miraculeusement : une « bête » venue d’outre tombe - l’esprit du mal, les Allemands… ? - est lâchée, observons maintenant les dégâts qu’elle provoquera dans les consciences… Sublime incipit.
Les Espions (1957) d'Henri-Georges Clouzot
Avant Rivette, Clouzot peuple une maison psychiatrique d'espions en tout genre, entre mélodrame et comédie. La guerre froide est bien partie et cette vision hallucinée d'espionnage et contre-espionnage, chacun des personnages finissant même parfois par se demander par qui il est réellement envoyé, est une mécanique diabolique du chef Clouzot.
Le Docteur Malic (Gérard Séty, impeccable) vivait bien pépère avec ses deux seuls clients, accumulant certes les dettes mais se remontant toujours avec un ptit coup de blanc. Et pis voilà-t-y pas qu'un mystérieux colonel Howard lui pro
pose 5 millions de francs pour héberger pendant quelques jours un quidam dans sa clinique, tout en fermant son bec. On sent bien que le type est aussi bavard que moi après 12 suntory (moins?) et aussi gaffeur que moi (sans suntory) et il aura beau faire de son mieux pour gérer la douzaine d'espions qui viennent investir sa clinique, son zèle risquera constamment de tout faire capoter. Clouzot réussit toujours à conserver une certaine tension dramatique (d'autant que le spectateur est aussi perdu que le docteur Malic parmi ce nid d'espions) tout en parvenant à flirter avec le burlesque, certains de ces hommes mystérieux en "mission" se faisant par exemple passer pour un groupe de joueurs d'ocarina en déplacement pour un congrès à Bagnolet (??!!). On ne croit pas une seconde à tous ces troublions qui ont la figure de l'emploi, du type à l'accent corse à la vieille peau de vache anglaise en passant par le gros barbu vicieux, le docteur se faisant trop facilement dépasser par tous les événements. Mais c'est justement dans ce flot d'incompréhension générale et de feintes à deux balles que se tisse le noeud du drame, comme si cette clinique reflétait en microcosme à quel point le monde était devenu fou. On s'identifie volontiers à ce bon docteur qui n'a rien d'un OSS ou d'un James Bond mais qui est prêt à faire de son mieux pour jouer à son niveau au héros.
Le récit trouve sa dynamique dans ces êtres qui ne cessent de rebondir les uns sur les autres et de se suspecter, comme des fous que l'on agiterait dans un bocal. L'histoire finit par s'éclaircir par le retour du colonel Howard et l'apparition du vrai savant Vogel, seuls personnages humanistes de ce drame (avec le docteur) dont Clouzot a su parfaitement tirer toutes les ficelles. A l'époque on avait de vrais réalisateurs de film de genre.
La Prisonnière (1968) d'Henri-Georges Clouzot
Pendant que d'autres critiquent mon manque de curiosité pour un genre qui m'intéresse guère plus que les étiquettes de bières, parlons 2 minutes de ce dernier film de Clouzot où l'on notera la présence incongrue dans l'un de ses premiers rôles de Pierre Richard (Quand ça part comme ça, c'est souvent que j'ai pas grand-chose à dire...)
Si les premières scènes du film nous baladent dans l'esthétique 68 (Rah la honte le mélange de couleur... la cravate verte de Fresson sur sa chemise mauve.... limite mauvais goût), la caméra se baladant dans les pièces d'une expo d'artistes modernes et d'oeuvres en trompe l'oeil (qui n'est pas sans rappeler l'un des premiers courts de De Palma (je ris), sûrement son meilleur film d'ailleurs (je me gausse)), c'est pour mieux nous amener aux relations très troubles entre Laurent Terzieff en voyeur (il me fout toujours les boules ce type) et Alexandra Wiener en femme soumise (mon Dieu qu'elle joue mal, la bougresse, bref)... Si la photo ci-contre rend bien compte de l'esthétisme du film et du dédoublement de personnalité des deux personnages principaux qui courent à la catastrophe en explorant leurs fantasmes, il faut bien le dire, rapidement, il est difficile de ne pas laisser échapper un bâillement poussif, tant on se lasse de leurs ébats et de leurs revirements ("Ah non je veux pas être soumise...", "Oh oui donne moi des ordres"... C'est les féministes qui ont dû faire la gueule...) C'est bien dommage car tout le début est magnifiquement filmé et Clouzot s'essaie à quelques jeux visuels qui pourraient là encore faire penser à De Palma: jeux de miroirs, changement de perspectives, déconstruction de l'image, montage hallucinogène, Tom Cruise à l'élastique (je déconne)
Mon avis final ? Cela a beaucoup moins bien vieilli que Le Corbeau, Les Diaboliques... Et j'en passe.









