Des Filles en noir (2010) de Jean-Paul Civeyrac
Si jamais vous avez envie de vous tirer une balle mais que vous n'en avez point sous la main, je vous conseille cette œuvre... comment on dit déjà ? ah oui : âpre. Je me faisais une joie de découvrir ce réalisateur et ce film sur lequel j'avais lu deux trois critiques, mais apparemment il ne se faisait pas une joie, lui, de me rencontrer... Voilà le film le plus dénué d'humour que j'ai jamais vu... Et attention, Jean-Paul, je ne dis pas cela méchamment. Et d'une, Jean-Paul, parce que tu as (on peut se tutoyer, nan ?) le même prénom que mon père, et là, respect ; de deux parce que le sujet ne prête pas vraiment à la déconne - le suicide d'adolescentes, avouez que... ; de trois parce que tu mènes ton projet comme un homme, sans aucune concession ou quelconque facilité dans le ton : âpre, le film l'est dès les premières images, âpre le film restera jusqu'au générique de fin (que je te jure j'ai lu jusqu'au bout, incapable de me relever pendant une poignée de minutes : je sais pas pourquoi, Jean-Paul, tu m'avais comme assommé...). Si la démarche est en cela courageuse, reconnaissons que le portrait de ces deux donzelles ultra tête-à-claques (la branleuse comme la culturée - lire Kleist et écouter Schumann (par Mort, soyons sérieux, mais Robert) à dix-sept ans, c'est dangereux dis donc...) est quand même vachement plombant... Ok, elles ont soif d'absolu, la vie c'est de la merde, les ados de leur âge comprennent trop pas rien, elles, elles veulent trop pas en savoir plus, donc le mieux c'est encore de disparaître - on en a tous croisé des comme ça, des filles tellement désespérée de la vie que si le noir n'existait pas, ben franchement, je ne vois pas bien comment elles pourraient s'habiller... Civeyrac nous fait parfaitement comprendre le message au bout de quinze minutes et j'ai commencé d'avoir une sorte d'effroi dans le regard en me disant que les cinquante qui allaient suivre seraient du même tonneau. Ah fusil, Jean-Paul, vieil enfoiré, t'as po l'âme d'une chanson de Patrick Sébastien dis donc ! On serre des dents en attendant le moment fatal où elles vont passer à l'acte (schlack, en voilà une... rah restent vingt-cinq minutes, yooo) et il y a tout du long une telle complaisance dans le malheur et la tristesse que j'aimerais franchement pas passer un réveillon du 31 avec toi, Jean-Paul... Du jusqu'au-boutisme au niveau de le conception du bazar, c'est forcément louable dans la forme, j'dis po. Dans le fond, trop âpre et "trop hyper sérieux dans le mal être", genre, pour réellement me toucher et me faire frissonner... Je pense que j'aurai en tout cas moins la banane la prochaine fois que je tomberai sur un film de toi, Jean-Paul...


