Blue Valentine (2011) de Derek Cianfrance
Petit film d'amour remarqué à Sundance qui, par le biais de son interprète féminine (Michelle Williams), a même eu droit à un accessit aux Oscars. Cianfrance, pour son premier long métrage, décide de nous compter l'histoire on ne peut plus classique d'un jeune couple, en montant, en parallèle, la période de la rencontre où la complicité est vraiment trop super (Tu me racontes une histoire drôle, ça me fait pas rire, mais on rit ensemble parce qu'on est sur la même longueur d'onde...) et une poignée d'années plus tard celle où franchement tout part à la dérive parce que ben souvent c'est comme ça, voilà (t'es po ambitieux, tu te contentes vraiment de rien, nan sans déconner ne m'approche pas, je te déteste, je serai capable de faire du mal - ah). Bon c'est vrai que dit comme ça, ça sonne un peu comme le film tarte à la crème pour ne pas dire simplement tarte, genre romantico trop triste. Certes on est pas chez John Cassavetes, tenons-nous le pour dit, mais il y a tout de même un côté "naturel", pris sur le vif qui n'est pas complètement déplaisant ; le caméraman, toujours au taquet, est sans cesse au coeur de l'action - à tel point que, parfois, les acteurs ont dû sûrement lui demander de dégager, notamment au cours des scènes intimes - et l'interprétation à la coule de nos deux jeunes héros, Michelle Williams et Ryan Gosling, fait preuve de suffisamment d'allant et de spontanéité pour que le film soit peut-être légèrement un cran au dessus des autres productions de ce genre.
Il est clair que tout est loin d'être réussi - le côté forcé et téléphoné de la première sortie ensemble : il faut absolument montrer qu'ils sont tellement amoureux et tout foufou qu'ils font des trucs, grisés par eux-mêmes, ultra fun et inhabituels (il chante avec son banjo, elle danse comme un pied, on se croirait presque dans Once) - mais l'évolution du personnage joué par Gosling (du jeune gars qui n'en veut au type, cinq ans plus tard, qui semble en avoir pris 15 dans la tronche), la musique signée Grizzly Bear ou les séquences désillusionnées voire tendues, pleines d'une étrange amertume (qu'ils picolent ensemble jusqu'à se mettre minables (et sur la gueule), qu'ils règlent leur compte comme deux enragés ou pleurent devant le désastre like a vache qui pisse) ne manquent pas totalement d'intérêt. On sent qu'un vrai petit truc passe entre les deux acteurs et cela donne au film un aspect "réaliste" assez bien capté qui ne mange pas de pain. Bon sorti de là, j'aurai oublié le titre dans quinze jours... Une "vraie perle" de Sundance (édition 2010) quoi, qui a été coiffé, pour la récompense suprême, par Winter's Bone qui, au passage, ne l'a point volé.



