29 novembre 2011

Le Quarante et Unième (Sorok pervyy) (1956) de Grigori Chukhrai

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Premier film de Grigori Chukhrai à qui l'on doit le sublimissime Ballade du Soldat. Il nous emmène cette fois-ci dans le désert du Turkestan puis dans une navigation très agitée sur la mer d'Aral avant un final à la Robinson Crusoé... Pour nous raconter quoi, hein ? Eh ben, vous allez peut-être pas me croire mais il s'agit bel et bien d'une histoire d'amour en pleine guerre civile russe (1918 et des bananes) entre une communiste pure et dure (sniper au féminin, elle a déjà déglingué une quarantaine de gardes blancs) et un Lieutenant de cette fameuse Armée blanche. Fait prisonnier par une poignée de communistes en déroute, le lieutenant est surveillé de près par notre stoïque Maria Filatovna ; il n'y a po grand-chose qui semble pouvoir dérider celle-ci, mais au cours de leur périple, l'impensable va advenir...

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Des paysages éblouissants filmés forcément de façon magistrale (il a dû emporter une grue dans le désert, le fou furieux...) par un Grigori Chukhrai du sable plein les chaussette : les communistes se prennent pour des Fremens en traversant, sans même un seul chameau, au moins trois mille kilomètres de dunes. Les vaillants guerriers coco tombent comme des mouches mais la Maria et son Lieutenant donnent l'impression d'être aussi résistants que des huîtres - quoique sous cette chaleur, je doute que l'une d'entre elle fasse bien longtemps la maline. Mais le miracle a lieu est la mer d'Aral va finir par s'étendre devant eux... Après une petite collation chez des autochtones bien serviables ma foi, Maria, deux soldats et le prisonniers entreprennent la traversée ; le Lieutenant, porteur apparemment d'un important message pour ses propres troupes, doit être conduit au Q.G. coco pour être interrogé. Seulement, y'a grosseu tempête et comme nos deux soldats tombent à l'eau qu'est-ce qui reste ? Maria et cet homme aux yeux plus bleus que la mer... ils se retrouvent, les bougres, échouer sur une île : il va tomber malade - grosse fièvre =, elle va le soigner comme si elle était une bonne petite nurse d'aristo et voilà nos deux ennemis intimes qui, en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, se roulent des pelles loin des yeux du monde... On se dit que blanc plus rouge forcément cela fait du rose et on apprécie ces quelques images volées de romance sur cette terre du bout du monde - esthétiquement, cherchez même po, le Grigori utilise des filtres je sais même pas comment et crée des couleurs dont j'ignorais jusque là l'existence...

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Ce couple est jeune, il est beau, il est passionné et notre Lieutenant rêve que ce bonheur perdure à jamais. Seulement cette conne (excusez-moi, les mots dépassent ma pensée) commence à penser à ses frères coco qui donnent leur sang pour la bonne cause. Rahh, c'est la brouille, et forcément c'est vite la mort au niveau de l'ambiance vu le peu de truc à foutre sur l'île - pauvre lieutenant, po même foutu de vider un poisson, on comprend son malheur... Mais les sentiments vont bienheureusement reprendre le dessus sur cette querelle relativement bêta vu les circonstances. On a les yeux tout plein d'émotion lorsque notre homme prend dans ses bras sa sniprice préférée et on se dit qu'on assiste au récit d'une bien belle passion cinématographique (et je vous passe les séquences mirifiques dans la pénombre, n'évoque point cette façon de filmer les visages captant l'éclat d'un feu, le gris sublime de certaines images sur la plage...). Grigori garde (blanc) encore un tour dans son sac et risquerait bien nous flinguer littéralement dans le dos au dernier moment... Quoiqu'il en soit, cette première oeuvre demeure un véritable mirage esthétique, romantique et... politique et je me ferais forcément une joie de le conseiller plutôt quarante et une fois qu'une... 

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31 mars 2007

La Ballade du Soldat (Ballada o soldate) (1959) de Grigori Chukhrai

Encore un miracle du cinéma russe : une histoire simple comme bonjour - un jeune homme et une jeune femme qui se regardent plus qu'il ne parlent - sur fond de deuxième guerre mondiale. Aussi puissant et touchant que Quand passent les Cigognes, bref, un pur moment de bonheur.

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Le jeune Alyosha se retrouve seul sur le front, pourchassé par 4 tanks allemands - on a droit à ce plan de ouf, où la caméra pivotante termine sur un plan à l'envers, Alyosha perdant pied devant le danger. Mais, dans un geste de désespoir, il se ressaisit, trouve un genre de grosse mitraillette (po fait mon service, désolé) et stoppe deux tanks dans leur course. Accueilli comme un héros par le général, plutôt qu'une décoration, il demande d'avoir le droit de retourner dans son village natal pour voir sa mère - le toit de sa maison fuit, c'est tout ce qu'il a retenu de sa lettre. En route, dans un wagon chargé de foin, il rencontre Shura, jeune fille montée clandestinement dans ce même train; celle-ci est toute apeurée au début, mais peu à peu retrouve confiance en présence de ce bien gentil garçon. Que dire sinon que Shura, Zhanna Prokhorenko, belle comme l'aurore, illumine la pellicule. Leur flirt en toute innocence est limpide comme de l'eau de roche du début à la fin. Qu'ils se cachent ensemble et savourent pendant quelques secondes suspendues une certaine intimité physique, qu'elle lui mente en lui disant qu'elle va rejoindre un soldat blessé, qu'il la défende face à un soldat qui fait du zèle, qu'il la perde en allant chercher de l'eau, qu'il la retrouve sur le pont d'une gare, qu'ils partent ensemble apporter deux bouts de savon à la femme d'un soldat qui trompe son mari, la tristesse se lisant sur leurs deux visages, qu'il la dissimule dans son manteau pour qu'elle prenne le train militaire, qu'ils se retrouvent face à face entre deux wagons se parlant avec les yeux dans un bruit infernal, que ses cheveux - à elle - flottant au vent caressent son visage - à lui -, qu'ils se séparent sur un quai, genre Les Parapluies de Cherbourg en aussi vibrant,... toutes ces séquences s'imposent par leur évidence, par leur simplicité, comme un début d'histoire d'amour.

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Pas même un baiser, juste deux visages qui finissent par prononcer des mots d'amour alors que le train ne cesse d'augmenter la distance entre eux. Tout le reste est au final purement anecdotique. Ouais il sauvera des enfants lorsque le train est bombardé, ouais il retrouvera sa mère pour quelques minutes avant de repartir au front (la course de celle-ci dans les champs est limite pub de Chabat pour Pal, un peu too much certes), ouais on sait depuis le début de l'histoire qu'Alyosha ne reviendra jamais de cette guerre, mort dans une ville étrangère, mais la voix-off a beau conclure qu'il s'agit de l'histoire d'un simple soldat, on sait parfaitement que l'on vient d'assister à un pure moment de grâce entre deux individus.

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Il faut du génie pour parvenir à trouver un ton aussi juste, la caméra malgré quelques morceaux de bravoure "à la russe" finissant par se faire complétement oublier. Chukhrai, que je ne connaissais dois-je avouer ni d'Eve ni d'Adam, réalise le film parfait, d'une fraîcheur, d'une limpidité et d'une jeunesse rarissime. Bon, va encore falloir que je fouille les bacs pour tomber inopément sur d'autres réalisations du gars.

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Posté par Shangols à 12:14 - - Commentaires [4] - Rétroliens [0]
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