09 août 2009

Brüno de Larry Charles - 2009

vlcsnap_387164On aura beau dire tout ce qu'on voudra sur ce film, il faut savoir s'incliner : qui, à part le grand Sacha Baron Cohen, a le courage qu'il a pour attaquer frontalement toutes les sacro-saintes valeurs morales d'aujourd'hui ? D'accord, Brüno est parfois maladroit, d'un mauvais goût infâme, moins réussi que l'excellent Borat, totalement dénué de regard artistique. Mais franchement, on s'en tape, tant une fois encore Cohen ose tout, allant au bout du bout de la satire avec une vraie inconscience. Ce film est un grand coup de boule à l'Amérique puritaine, mais s'en prend également aux gens de gauche politiquement corrects et soi-disants ouverts, ainsi qu'à toutes les minorités, et pour finir à lui-même. Grosse farce, certes, mais il fallait cette charge-là pour remettre les choses au point.

Dans l'ordre, donc, on compte les cadavres : les religieux, les homos, les homophobes, la télé-réalité, les mannequins, l'armée, les Américains pure souche, les immigrés, les enfants, Bono, les talibans, les anti-talibans, le catch, les voyants, l'adoption, les acteurs porno, les acteurs pas porno, les gauchistes, Madonna,... A chaque revers, on se tape sur les cuisses. Cohen est non seulemet un acteur excellent, qui parvient à se glissevlcsnap_387024r dans toutes ces situations casse-gueule avec une aisance bluffante, mais il est en plus un auteur impayable, capable de "one-lines" à hurler de rire, souvent dans l'improvisation. Franchement, arriver à faire croire à un public afro-américain d'émission de télé qu'il a échangé son gamin black contre un i-pod, ou mener une interview assis sur un immigré mexicain, ou confondre "Hamas" et "homos" lors d'une entrevue avec des dirigeants palestiniens, ça marque des points. A chaque séquence, il choisit systématiquement la pire option, celle qui fait se dresser sur leurs sièges les témoins de ses scandales, et celles dont il sait qu'elle va faire bondir son public (il suffit de lire les blogs ici ou là pour se rendre compte qu'il a gagné). C'est de la provocation, c'est sûr, mais qui sert à quelque chose : à faire réagir les cons, c'est-à-dire tout le monde, et à renvoyer dos à dos toutes les opinions, les plus réacs comme les plus démocratiques. Voilà un film nécessaire, et surtout sain, qui montre des bites ou des hommes qui s'enculent avec de grosses machines bizarres, en gros plan, qui ose la démesure avec une innocence touchante et refuse de se faire aimer.

BrunoAlors bien sûr, il y a le gros handicap du film : celui d'être flou dans son projet. Autant Borat jonglait avec virtuosité entre images réelles et fiction, autant celui-ci est plus douteux. On ne sait plus ce qui est truqué et ce qui est vrai, et c'est dommage. C'est un peu la même limite que Michael Moore, et Cohen devrait se méfier de cette dérive. Et c'est vrai que ce défaut gâche pas mal l'effet bulldozer de la chose. Mais tant pis : on se marre comme rarement devant cette potacherie inconsciente et courageuse, et on attend le prochain personnage en se frottant les mains. Ch'adooore.

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02 mai 2008

Borat, leçons culturelles sur l'Amérique au profit glorieuse nation Kazakhstan (Borat...) de Larry Charles - 2006

18681701_w434_h_q80Excellente satire que ce Borat : Cultural Learnings of America for Make Benefit Glorious Nation of Kazakhstan, qui pratique l'impolitesse et l'insolence avec une belle santé, critiquant l'Amérique et son regard sur les minorités avec un courage incroyable.

Sacha Baron Cohen joue un journaliste du Kazakhstan envoyé aux States pour étudier leurs moeurs et en tirer bénéfice pour son propre pays. Il y a du boulot, le gars affichant avec une totale naïveté racisme, antisémitisme, obsession sexuelle, goût pour le scatologie et l'inceste, machisme primaire, cruauté envers les animaux, et j'en passe. Le regard "civilisé" sur les pays lointains en prend pour son grade, tout y passe des clichés possibles, et Cohen se vautre avec délice dans les a-prioris, endossant joyeusement le pire anti-héros qui soit. Mais, au contact des Américains, on se rend vite compte que le bon goût n'est pas forcément 18829580_w434_h_q80du côté qu'on attendait. Sectes religieuses, patriotisme bas du front, jeunesse alcoolisée et crétine, adeptes du self-defense : Borat va rencontrer le pire de l'Amérique et opposer à leur conviction sa naïveté primaire. Ca donne des scènes franchement hilarantes, d'autant que Cohen choisit souvent l'option "caméra cachée" pour montrer ces rencontres. Avec une inconscience totale, il va livrer un discours pro-Bush insoutenable en plein coeur d'un rodéo texan, critiquer les "Juifs responsables du 11 septembre" devant des gros racistes, présenter une pute obèse à une soirée chicoss, parler du cerveau des femmes ("gros comme celui d'un écureuil") à une rencontre féministe, amener son sac d'excréments à Mme la Baronne, perturber des émissions de télé coincées, rouler des pelles aux gars de la Gay Pride, et rejoindre Malibu pour "pénétrer le vagin de Pamela Anderson". La tronche des gens qu'il croise, à elle seule, vaut le détour : ils sont d'abord tout confits de connaissance de l'Autre, puis gênés, puis finalement révoltés (et parfois violents) devant ce monstre de sauvagerie. C'est ce qu'on appelle du grincement de dents.

18681708_w434_h_q80Les scènes "scénarisées" sont également impeccables, grâce à des dialogues énoooormes et au jeu subtil de Cohen : il est odieux et con, mais tellement gentil qu'on finit par lui pardonner tout. On aimerait tout raconter, chaque scène étant un petit bijou d'impolitesse poussée jusqu'à ses limites, pratiquant un mauvais goût salutaire au coeur de cette Amérique blanche, puritaine et effrayante. Précipitez-vous dès maintenant sur ce film de bouts de ficelle, qui va dix fois plus loin qu'un documentaire sur les dessous de l'Amérique, et laisse un goût résolument amer en bouche, malgré la grosse rigolade. Je n'avais pas rigolé comme ça depuis un bon moment.

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