20 février 2012

Les Cousins de Claude Chabrol - 1959

225297161_0c2e771724_bC'est un scoop : il fut un temps où Chabrol faisait du cinéma. C'était le cas en 1959, période de ses débuts. Les Cousins est un brillant exercice de style sur la jeunesse branchée, qui est tout à fait dans la veine de ce qu'il fait aujourd'hui, mais le talent en plus. C'est qu'à cette époque, le père Chabrol se souciait de mise en scène, de discours, de subtilité : ses personnages sont ambigus et profonds, son sujet mystérieux et complexe, ses acteurs dirigés en maître.

Il est bien sûr ici question de critique de la bourgeoisie. Charles débarque de sa province pour vivre avec son cousin Paul, dandy parisien grand crin qui brûle sa vie par tous les bouts. Paul est un nihiliste, prônant la paresse, la destruction , la perversion amoureuse, et s'amuse comme un fou au milieu de sa bande de copains et de midinettes faciles. De fêtes en fêtes, il développe son goût pour la cruauté, manipulant les sentiments, surjouant sa vie, et développant une philosophie étrange à cheval sur un marivaudage sophistiqué et un quasi-nazisme. La pureté de Charles, son romantisme fiévreux, son innocence, résisteront-ils à la violence des charmes de son cousin ? Je vous le donne en mille. Chabrol excelle à décrire son milieu, enfermant ses acteurs dans de savantes scènes de beuverie assez vertigineuses : on coupe peu à cette époque dans son cinéma, laissant la caméra, à l'instar LES_COUSINS_5_2du Renoir de La Règle du Jeu, vagabonder de pièce en pièce, de visage en visage. Ces plans-séquences expriment parfaitement les rapports de force qui existent entre les personnages, et décuple l'impression de monde clos, celui de la bourgeoisie, de cette jeunesse désœuvrée et cruelle par défaut. Même dans les dialogues, la caméra ne cède que rarement aux champs/contre-champs : Chabrol préfère naviguer d'un personnage à l'autre, même si ça veut dire maladresse. Quand le gars cède enfin à la coupe, c'est pour enfermer un peu plus ses acteurs dans des cadres rigoureux, souvent assez "illogiques" (un personnage pris en bas du cadre, le reste étant vide). Le film est ainsi implacable, carré, froid, rigoureux.

Les gros plans, sublimes quand ils savent suspendre l'action le temps d'une minute (le fabuleux monologue aux chandelles de Brialy) voire d'une seconde (la réplique de Blain à Juliette Mayniel qui débarque à sa fête : "Je vous attendais... je veux dire je vous attendais depuis toujours"), se teintent peu à peu eux aussi d'une cruauté totale, quand ils enlaidissent les visages : un libraire, qui semblait être un des seuls personnages positifs du film, devient ainsi monstrueux par la seule force d'un surprenant gros plan. Sans ostentation, mis à part une ou deuLES_COUSINS_3_2x "grosses" idées marquantes (le petit monde en déréliction pris derrière une vitre comme dans un aquarium), Chabrol sait installer une ambiance délétère prenante, tout en restant dans un cadre de comédie enlevée : on sent la menace, mais le film reste dynamique, au pas par rapport à ces jeunes qui s'éclatent. Quand la cruauté sentimentale éclate vraiment (c'est une sorte de combat entre Balzac et Sade, entre un sentimentalisme passé et une posture contemporaine blasée), la violence est très forte. Brialy en joueur sublime et Blain en écorché vif naïf sont parfaits chacun de leur côté de la barrière : Les Cousins est fort, très fort, et vous laisse un goût amer et glauque dans la bouche. Toute une époque, insouciante peut-être, dérangeante sans aucun doute.  (Gols 03/02/10)


Dès son second film, le gars Chabrol a su démontrer tout ce qui faisait sa particularité au sein de la nouvelle vague : ce côté sarcastique, caustique, cynique, fatidique (...) dont il ne cessera de creuser le sillon. On ne donne en effet pas cher de ce cousin timide, Charles (Gérard Blain tout en retenu) qui débarque de sa province pour se rendre à "Neuilly sur Seine" ("Dites Neuilly" lui réplique d'entrée de jeu le chauffeur de taxi, comme pour lui faire comprendre qu'à la capitale, il faut aller directement à l'essentiel... Une leçon qu'il ne saura point retenir par rapport aux femmes...). Tout juste sorti des jupons de sa maman, il a reçu l'autorisation d'étudier son Droit à Paris sachant qu'il était reçu par un membre de sa famille - Paul, un Jean-Claude Brialy grandiloquent en diable et à l'aise "comme un poisson dans l'eau" dans son aquarium parisien dévoué à l'excès et la débauche. Paul lui dresse, lors de la première visite de l'appartement, le portrait de cet oncle qui, contrairement à leur père respectif, vit la grande vie en hésitant point, apparemment, à mouiller dans des affaires louches.

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On comprend rapidement que seule cette vie de patachon intéresse Paul qui s'est acoquiné avec un certain Clovis (Claude Cerval) : ce personnage violent et opportuniste est toujours dans les parages quand il s'agit de le tirer d'un mauvais pas, qu'il s'agisse d'arranger l'avortement d'une ancienne amante de Paul ou de lui fournir le sujet des examens. Ces deux-là forment un duo terriblement amoral, nihiliste (le long passage sur Wagner avec Paul, déclamant son texte en allemand à la lueur des bougies, est en effet glaçant), xénophobe, auquel rien ne semble pouvoir résister...

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Le doux Charles, qui cherche quelque réconfort dans la littérature classique (Les Illusions perdues, cela ne s'invente pas) fait forcément figure d'agneau bien tendre à leurs côté ; dans le bruit et la fureur de cet appartement, il tente de se démarquer de cette faune par son romantisme exacerbé : il n'a d'yeux que pour Florence (Juliette Mayniel et son port de déesse) qui malgré son visage angélique est moins pure qu'elle n'y paraît ("Tu as couché avec tout le quartier, lui lance l'acerbe Clovis, ce n'est pas parce que tu t'éprends d'un puceau que tu vas devenir pucelle à ton tour" - de mémoire). Alors qu'elle tente de croire à sa relation avec Charles, le duo infernal va se faire un devoir de lui ouvrir les yeux - "Tu t'imagines vivre avec lui... Tu vas rapidement t'ennuyer, ma pauvre" : Clovis la jette littéralement dans les bras de Paul et Florence de succomber rapidement au désir - belle idée que ce lit de Paul en forme de cage où il va quasiment l'enfermer... Elle n'en sortira, la journée, que pour faire la cuisine... Paul se fait en effet particulièrement cruel envers son cousin lorsqu'il lui annonce que Florence va vivre avec eux. Charles n'a même pas la force de s'offusquer, de se plaindre et décide sur les "sages" conseils du libraire de se plonger dans ses études. Il pense un jour tenir sa revanche mais c'est oublié que dans cette jungle parisienne - à l'image de cet athlète qui débarque en pleine soirée avec ses chaînes pour faire son petit numéro -, seuls les plus malins survivent...

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Le constat est amer, l'humour acide et Claude Chabrol parvient à faire passer la pilule en livrant un film d'une étonnante fluidité. Les plans-séquences au sein de l'appartement où cette caméra ne cesse de panoter sont joliment maîtrisés et tranchent, comme le soulignait l'ami Gols, avec ces gros plans où les individus sont filmés au plus près de leur "bestialité". Soulignons également au passage l'efficacité du montage et le parfait sens du timing avec ces nappes musicales wagneriennes ou mozartiennes. Elles renforcent cette froide majesté de Paul qui dominent ses sujets - hommes et femmes - comme un empereur décadent. Après Le beau Serge, le trublion Chabrol réussit un nouvel opus d'une exquise amoralité... (Shang 20/02/12)

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10 janvier 2011

Une Affaire de Femmes de Claude Chabrol - 1988

vlcsnap_2011_01_09_21h25m54s158Le film est dédié à "tous ses interprètes", et franchement, c'est bien la moindre des choses que Chabrol pouvait faire pour remercier ses acteurs : ce sont eux et seulement eux qui font la qualité d'Une Affaire de Femmes. Tout le reste est bien poussif. C'est Huppert qui mène le bateau, et encore une fois avec une subtilité totale : à la fois énervante et attachante, elle construit un personnage tout en profondeur. Elle joue une "avorteuse" qui l'est devenue un peu par hasard, sans aucune conviction morale ou désir d'émancipation féminine ; profiteuse, sans conscience politique, elle est une de ces "collaboratrices passives" (ça se passe pendant l'Occupation) qui profitent de la présence de l'envahisseur sans aucun scrupule. Ca pourrait faire d'elle un personnage odieux, mais Huppert lui confère une sincérité qui renverse complètement l'opinion du spectateur : c'est une femme en survie, pleine de rêves, et qui doit nourrir ses enfants et continuer à vivre malgré les temps difficiles. Les gros plans que lui offrent Chabrol où on la voit simplement être là, dans toute son "innocence", sont magiques, lui donnant l'occasion de fabriquer un de ces visages opaques et graves donte elle a le secret : on lui donnerait des baffes, et on l'embrasserait tout autant. A ses côtés, Cluzet est diablement émouvant en cocu triste, et notons aussi le très beau travail avec les deux enfants du couple, touchants et justes. Il est vrai que les petits rôles sont moins bons : Marie Trintignant est caricaturale en pute argoteuse, Nils Tavernier est clicheteux en collabo décadent.

vlcsnap_2011_01_09_19h18m25s215Mais à part pour ces acteurs, qui s'investissent pleinement dans le film, on soupire tristement devant la lourdeur démonstrative ici mise en place. Chabrol retombe dans ses travers de paresse, et sur-écrit chaque scène pour les rendre signifiantes : les dialogues semblent sortis d'une thèse sur l'histoire de l'émancipation féminine et l'avortement, la construction du récit accumule les gros sabots de la reconstitution historique (le discours de Pétain qui arrive comme un cheveu sur la soupe, la traction avant de rigueur, les costumes trop d'époque, les chansons qui restituent le contexte avec la subtilité d'un tracto-pelle), et on nous explique tout sans jamais laisser le trouble, l'ambiguité ou pour le moins une petite part de mystère envahir le film. Il importe qu'on comprenne bien que cette femme n'est pas responsable de ce qui lui arrive, qu'elle est victime d'un contexte, d'un manque d'éducation, d'une époque ; Chabrol semble mettre son point d'honneur à gommer la subtilité que confère Huppert à son rôle en empilant les séquences ORTF destinées à un public de lycéens qui pourrait passer à côté de la thèse. Le film est du coup pontifiant et simpliste. Quant à la mise en scène, agréable par intermittence (ces gros plans, donc, ou l'abstraction intéressante du dernier quart), elle est souvent transparente, et parfois même très lourde (faire rentrer systématiquement le petit détail historique dans le champ pour justifier la reconstitution). Un film démodé et appuyé.

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18 décembre 2010

Les Biches de Claude Chabrol - 1968

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Erotisme, domination, échange de personnalités sur fond de lutte des classes : Chabrol livre un de ses films les plus troublants, et de fait un de ses meilleurs. Il réussit à merveille à opacifier une trame qui, au premier abord, paraît simplissime, mais s'avère à la longue très riche et pleine de lectures possibles. Frédérique (Stéphane Audran géniale en bourgeoise malheureuse), aristocrate grand crin, capricieuse et superficielle, rencontre Why (Jacqueline Sassard, complètement troublante), jeune artiste de rue sans le sou. Passion amoureuse, voilà nos deux biches débarquant sur la Côte d'Azur en hiver, et y rencontrant Paul (Trintignant en cible fatale), architecte sexué qui séduit l'une puis l'autre. Dès lors s'instaure dans cette villa un trio aux motivations et aux sentiments complexes, à base de fascination érotique, de domination des pauvres par les riches, de rêves d'ascension sociale et d'humiliations consenties.

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Le plus réussi, c'est justement cette allégorie de la lutte révolutionnaire qui passe avant tout par les corps par la fascination amoureuse et physique. Loin des colères de son comparse Godard, Chabrol filme un fossé social doucement, dans la moiteur des jeux sexuels, dans le désert muet de la côte privée de ses touristes. Tout le clinquant de la bourgeoisie est là, dans les décors, dans le langage, dans les costumes, mais comme privé de sa sève, vidé de son strass. dans une telle atmosphère délétère, le "combat" sans violence de Why prend tout son sens : il s'agit pour elle non seulement de récupérer ses deux amours (Audran et Trintignant), mais surtout d'accéder à ce statut social et financier qu'elle fantasme complètement. Belle séquence où elle écoute à la porte les ébats des deux amants, à la fois partie prenante et exclue de la fête ; beau personnage aussi que celui incarné par Audran, qui sait merveilleusement faire succéder la frustration au possible, promettre puis punir. Il y a là-dedans autant une critique de l'oisiveté des aristocrates, qui se jouent des prolos bavant devant leurs fastes et ne peuvent s'empêcher de les asservir, qu'une critique de ces derniers, rêvant d'accéder à un monde lisse comme des enfants et acceptent la domination. Plutôt que d'attaquer la chose frontalement, Chabrol leur donne une patine sulfureuse très réussie, et on n'attendait certes pas le bougre ici : la scène de sexe entre Frédérique et Why n'est symbolisée que par un bouton de jean qui saute, et ça suffit amplement à déclencher le trouble. Le film est très sexuel sans scènes directes de sexe (mis à part un emballement dans le dernier tiers).

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La beauté des personnages principaux, joliment dessinés, profonds et complexes, est dopée en plus par des petits rôles savoureux, comme ces deux pitres qui amènent des respirations bouffones bienvenues : les deux complices de Frédérique, surnommés Robèque et Grillet (Chabrol et les patronymes...) apportent une touche de comédie et surtout de décadence au film, rappelant le Chabrol des débuts, celui qui filmait des fêtes échevelées dans les propriétés bourgeoises (Les Cousins, Les Godelureaux) ; là encore, ces fêtes sont devenues des hurlements sans sens (le concours de cris d'animaux, idiot et dérangeant), des actes qu'on reproduit encore mais comme des bouts de civilisation qui partent en lambeaux (la modernité envisagée comme une décadence du sens, genre à la Beckett). Les atmosphères ouatées, lisses, et du coup effrayantes de l'aristocratie en ressortent encore plus nettement comme des mélanges de confort enviable et de lieu de terreur, et les gens qui s'y ébattent sont entre le raffinement et la pure monstruosité. Un film d'acterus avant tout, mais qui se montre discrètement profond et très maîtrisé : un grand Chabrol, sûr.

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25 octobre 2010

Juste avant la Nuit de Claude Chabrol - 1971

vlcsnap_2010_10_24_20h40m32s119Chabrol semble avoir relu son petit Dostoïevski illustré avant de s'atteler à ce film, et nous propose une variation attachante sur la culpabilité et le besoin d'être puni pour ses actes. Dans le rôle de notre Raskolnikov national, Michel Bouquet, idéal pour endosser ce personnage obscur et "banal" de petit bourgeois torturé par le remords : lors d'un jeu érotique assez trouble, il a étranglé sa maîtresse, qui se trouve être également la femme de son meilleur ami (François Perrier). Alors même que l'enquête piétine, que rien ne rattache cette affaire à ce petit citoyen au-dessus de tout soupçon, et que même ceux qui sont au courant de son acte essayent de le convaincre de se taire, lui est irrémédiablement attiré vers la dénonciation, l'humiliation, et la punition. C'est sur les personnages que repose toute cette histoire : le bestiaire habituel de Chabrol, bourgeois dissimulant leurs turpitudes sous le clinquant des intérieurs dorés, nanti dont l'apparent bonheur sans histoire cache des tortures judéo-chrétiennes insupportables. Les acteurs sont irréprochables : Perrier en homme triste et vlcsnap_2010_10_23_23h02m21s49désabusé, assommé par la mort de sa femme, n'éprouvant plus aucun sentiment pour rien ; Audran, vraiment superbe en épouse aimante et normée qui cherche à tout prix à sauver les apparences et son mari ; Bouquet en petit mec sans envergure confronté à lui-même, et dont chaque scène est une surprise.

Pour cette fois, l'humour est mis de côté au profit d'un ton très grave, parfois à la limite du tragique dans les dialogues et la froideur de la chose : cadres hanekiens sur les décors et les ambiances de bonheur conjugal (la cérémonie de Noël filmée comme un cauchemar domestique), gros plans hystériques lors des moments plus tendus (la première scène, celle du meurtre, assez bluffante). La photo cradingue typique des années 70, la musique entêtante, la façon de filmer la nature comme une menace (splendide plan-séquence nocturne où les personnages sont quasiment effacés par l'envahissement de l'obscurité), tout participe d'une vision du monde terrifiée, où les intérieurs bourgeois sont tout aussi effrayants que la mer battue par les vlcsnap_2010_10_24_18h35m01s69vents. L'âme tourmentée de Bouquet ne peut que s'épanouir dans une telle atmosphère, et le scénario touche juste quand il s'agit de cerner un état d'esprit, un personnage, un caractère : psychologiquement correct, d'une profondeur intérieure inattendue de la part de Chabrol, Juste avant la Nuit est un beau film intelligent et parfaitement maîtrisé.

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18 octobre 2010

Les Godelureaux de Claude Chabrol - 1961

godelureaux_1960_01_gDernier film chabrolien vraiment estampillé "Nouvelle Vague", Les Godelureaux, sous son titre délicieusement désuet, est une oeuvre franchement moderne, et qu'on pourrait même qualifier de pré-punk vue sa date de sortie (pondre ça en 1961, c'est une déclaration de guerre). Abandonnant toutes ses pincettes, Chabrol attaque le bourgeois frontalement, et fabrique une chose assez bluffante, maladroite ou bancale parfois, certes, mais en tout cas ravageuse et pétaradante.

Brialy est le chef d'orchestre de ce jeu de massacre : parce qu'un jeune Parisien crâneur lui a déplacé sa voiture pour pouvoir garer la sienne devant le Flore, il jure de se venger, flirtant même avec les pouvoirs occultes. Vengeance il y aura effectivement, sous la forme d'un envoûtement amoureux prenant pour appât la splendide Bernadette Lafont, et pour victime ce pauvre Parisien romantique (Charles Belmont en remplaçant moins beau de Gérard Blain). Il y a là une thématique à la Laclos qui marque des points, et qui montre le Chabrol tourmenté dans son rapport avec les femmes, qui considère l'amour comme une suite d'épreuves ardues et forcément perdantes. C'est une chose. Mais cette cruauté psychologique ne sert qu'à cacher une attaque beaucoup plus claire que dans ses films précédents contre les bien-pensants et la culture dominante. Ca commence avec une vlcsnap_2010_10_17_20h49m13s28agression à la boule puante au sein d'un vernissage d'expo ; puis une soirée en faveur des petits orphelins qui se termine en peep-show ; puis un saccage complet de villa bourgeoise par toute une bande de jeunes déguisés en empereurs romains ; pour finir par un mariage aristocrate qui laisse tout le monde sur la touche. Complètement du côté des casseurs, des voyous, des nihilistes, des anarchistes, Chabrol ne cache plus sa jubilation à casser du riche. Les Godelureaux est une grosse farce destructrice qui fait vraiment du bien. C'est fait souvent avec de gros sabots, comme lors de ce montage parallèle entre la villa saccagée et les deux bourgeois qui mangent au restaurant (le gars casse un verre et s'excuse poliment, pendant qu'un petit jeune aviné balance le mobilier par la baie vitrée) ; mais ça fonctionne.

Ca fonctionne, parce que c'est fait simplement, dans la jubilation, au premier degré. Ca fonctionne aussi parce que les acteurs sont dirigés vers de plus en plus de fantaisie, vers de moins en moins de réalisme. vlcsnap_2010_10_17_21h04m38s54Difficile de décrire ce qu'arrivent à faire Brialy et Lafont, mais leurs personnages sont magnifiques à force d'être "faux" : jamais la diction des deux acteurs n'est "logique", mais ça participe justement à l'aspect onirique du film, à cette abstraction précieuse qui en fait tout le sel. On a l'impression d'être dans une BD, ou dans une comédie italienne à la Risi où tout est poussé à l'extrême : voir Brialy s'amuser à jouer les Faust, ou Lafont en rajouter des tonnes dans son machiavélisme de fille fatale est un grand plaisir. On sent Chabrol, à travers eux, ricaner sainement de ses grosses blagues de potache, même si on voit bien qu'il ne laisse rien au hasard dans sa mise en scène. Encore une fois, Paris est parfaitement filmé, tout comme la petite province (Saint-Flour, cette fois-ci) ; encore une fois, il se laisse aller à quelques séquences déconnectées du reste mais magiques (la danse de Stéphane Audran est un hommage aux films noirs et comédies musicales hollywoodiennes, avec un petit côté décadent délicieux) ; encore une fois il n'hésite pas à renverser la vapeur dans les dernières minutes, et nous enfoncer notre rire dans la gorge : le final est amer, dur, et étonnant. Un très joli film révolutionnaire et personnel.

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05 septembre 2010

Les Bonnes Femmes de Claude Chabrol - 1960

vlcsnap_2010_09_04_21h28m28s88Les débuts de Claude Chabrol sont tout de même autrement plus passionnants que ses films récents : preuve en est avec ce subtil et moderne film, portrait très caustique de la poule parisienne, comédie joyeuse qui se teinte très agréablement d'une critique acide de la société. On dirait que Chabrol n'a pas vraiment de scénario ici, qu'il ne souhaite qu'une chose : filmer ces quatre jeunes filles modernes (Lafont et Audran en tête) dans leur liberté, dans leurs petites agaceries et leurs grandeurs. C'est un festival de moues, de cris d'orfraie, de petites postures et de gouaille. Les comédiennes, en roue libre mais en même temps très bien dessinées par les situations que Chabrol leur impose, explosent de fraîcheur. A travers elles, on sent bien que c'est un portrait de la jeunesse dans son ensemble que tente de capter le cinéaste. Il y arrive pleinement, réussissant à saisir tout un air du temps, toute une ambiance. En plus des comédiennes, il utilise avec grâce les décors naturels de Paris, par quelques plans documentaires du plus bel effet (l'esprit Nouvelle Vague à 100%, avec ces plans qu'on croirait volés) ; grâce aussi à ces personnages secondaires masculins impeccables : le patron de la boutique, clownesque, guitryesque ; le soldat en permission (Claude Berri) ; le grand bourgeois, mollasson et creux ; ou l'inconnu à moto qui suit ces jeunes filles, et qui va se révéler être un mélange de douceur mélancolique, de vulgarité rentrée et de violence inassouvie.

vlcsnap_2010_09_04_23h14m26s177Car violence il y a dans Les Bonnes Femmes, et pas des moindres. Certes, l'ensemble est léger et pimpant comme tout. Mais peu à peu, on se rend bien compte que les errances et les enthousiasmes de nos donzelles cachent mal un profond ennui de la vie, une recherche désespérée d'un amour fou qui n'arrivera pas. Les rapports entre les personnages sont souvent de moquerie, de domination, avec en fond une violence concrète (qui apparaîtra d'ailleurs pleinement dans la dernière bobine). Au détour d'une scène, le sang apparaît (une vendeuse qui garde au fond de son sac un fétiche fait d'un foulard portant le sang d'un décapité), le viol apparaît (effrayant cadre sur deux gros visages d'hommes qui essayent d'embrasser Bernadette Lafont en même temps), la violence incontrôlée apparaît (la scène de noyade à la piscine). Le regard de Chabrol sur les gens de son âge est très loin d'être lisse, les nuits parisiennes, même hystériques, cachent des dangers et des frustrations bien nombreux. Quand le dernier plan apparaît, sous la forme d'un regard-caméra très bien amené, on revoit l'ensemble du film d'un autre oeil : des jeunes femmes, agaçantes, attachantes et jolies, oui, mais qui sont aussi la proie sacrificielle des hommes et de la société. Chabrolissime en diable, n'est-ce pas ?

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09 octobre 2009

Bellamy (2009) de Claude Chabrol

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50ème de Monsieur Claude salué par une bonne partie de la critique. Ben tant mieux parce que personnellement, je me suis bougrement ennuyé. Chabrol tente un parallèle "audacieux" entre les petits problèmes personnels d'un inspecteur en vacances, Bellamy (Gérard Depardieu, une tonne et demie) et ceux d'un homme accusé d'un meurtre (Emile Leulet alias Noël Gentil (!) (Jacques Gamblin, mouarf)): dans les deux cas on retrouve un problème d'adultère (Leulet a tenté de se faire la malle avec la chtite Vahina Giocante pédicure manucurée à donf et de laisser tomber sa femme fadasse (que Chabrol oublie de maquiller) / Depardieu soupçonne sa femme de fricoter avec son frère, l'excellent Clovis Cornillac (nan, je déconne, surtout qu'il est comme d'hab en roue libre) ce qui n'est pas super crédible vu le comportement de gros dégueulasse du frérot) et des envies de meurtre (Leulet, pour toucher la prime d'assurance aurait maquillé sa mort (en fait, c'est un SDF qui aurait pris sa place dans la bagnole, super original)) / Depardieu a eu/a encore parfois des titillements de meurtre envers son (demi) frère). Bien, c'est assez malin pour un scénar de Chabrol (je suis dur, je suis un peu en colère) mais le "suspense" ne fait pas long feu...

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La combine de Leulet est révélée à peine à la moitié du film, et ensuite c'est à Gégé de se battre avec ses vieux démons - outre l'alcool, son esprit habité par le doute et ce frère énervant (moi Cornillac, je lui aurais pété la tronche immédiatement, avant même le début du tournage, enfin...). Gégé s'appelle Bellamy parce que, je vous explique, il est plus apte à aider les autres (Leulet qu'il va réussir à faire innocenter parce qu'il a une bonne bouille (!?)) qu'à essayer de comprendre le problème de ses proches (Clovis peut crever mais il le cherche bien aussi...). Ouais, dans l'onomastique Chabrol a décidé de la jouer en finesse, Vahina Giocante s'appelle ainsi Mlle Sancho (nan! si...) histoire de bien enfoncer le clou dès le départ en indiquant qu'il s'agit d'une vraie salope... Je vous laisse vous amuser avec Leulet, Gentil, Lebas, Leprince (le SDF, rires) et Bonheur, c'est un festival. A la fin, une foule de pistes reste ouverte, tout de même, comme pour faire cogiter le spectateur qui voudrait trouver Chabrol absolument diabolique (j'ai rien dit): la femme de Leulet est-elle vraiment morte d'un accident ? Le SDF (joué aussi par Gamblin, cela limite les frais de prod) ne s'en serait-il pas tiré, hein, pourquoi po ? La femme de Depardieu (celui-ci passe le film à la tripoter que c'en est pénible - Gégé, calmos) a-t-elle fait crac-crac avec Cornillac...? Personnellement, je m'en bats un peu l'oeil, ayant en plus été totalement abattu par la mollesse de la mise en scène et surtout par la photographie aussi terne que celle d'un téléfilm (louez un chef op à Chabrol pour ses dix prochains films, svp) où les contre-jour sont laids et légions. Bellamy, booarf (pour reprendre l'un des mots favoris de Depardieu qui "borborygme" plus qu'il ne joue): pas mon pote. 

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11 février 2009

Que la Bête Meure (1969) de Claude Chabrol

Un bon Chabrol n'est pas forcément un bon film (alors qu'un excellent Tavernier restera un mauvais... je suis caustique ce matin) mais faut reconnaître, sans état d'âme, que Que la Bête Meure se situe malgré tout dans le haut du panier. C'est un polar ultra classique (un accident, un homme cherche le coupable pour l'éliminer), une histoire de vengeance qui est un plat, non seulement, qui se mange froid, mais qui est surtout - rien d'étonnant connaissant Chabrol -, affaire de gourmet :" Pendant d'interminables heures, je lui ferai mériter sa mort / Je n'ai pour arme que ma patience / Je savoure sa mise à mort...". Pas de doute, Michel Duchaussoy est vénère.

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A la suite de la mort accidentelle de son fils, un écrivain, apparemment veuf, n'a plus qu'un seul but : retrouver le coupable et lui faire payer sa race. Alors même qu'il désespère de trouver une piste, il pense que le hasard finira bien un jour par le mettre sur la voie... Et le hasard survint. Alors qu'il se trouve en pleine campagne, embourbé dans un petit chemin de terre, un gars du coin lui parle d'un couple à la voiture cabossée auquel il est arrivé la même mésaventure, la journée même où il a perdu son fils. Parmi les deux individus, il y avait une jeune actrice de la téloche que notre héros vénère parvient à rencontrer... Lorsque cette dernière évoque son beau-frère, garagiste, il sait qu'il tient le bon bout. Notre homme est déterminé, prêt à tout pour parvenir à ses fins et drague cette blonde en un tour de main : "Quand on poursuit un but comme le mien, écrit-il dans son petit carnet noir, l'émotion doit être bannie". Chabrol va se montrer relativement impitoyable pour nous présenter à la fois cette petite bourgeoisie de provinciaux parvenus et cet homme, ce monstre, cet être "abominable" incarné à la perfection par Jean Yanne. Lors d'un long plan séquence qui nous balance constamment d'un bout à l'autre du salon, alors que chaque petite craquelure du parquet trahit la gène des invités, a lieu une discussion d'anthologie entre la maîtresse de maison, ses hôtes et son invité de choix, l'écrivain : qu'on parle, de météo (forcément), de problèmes de circulation, de pollution ou de Nouveau Roman, c'est d'une platitude diabolique : tout l'art du remplissage du vide avec le bruit des mots dans une assiette. Et puis arrive enfin dans un bruit de jurons et de colère notre gueulard et tueur sans foi ni loi, un Jean Yanne dont le fils aura pour lui ces quelques mots tendres :"Le salop, le dégueulasse, je voudrais qu'il crève". On sent bien que notre écrivain n'est pas le seul à nourrir quelque rancune à l'égard de ce garagiste dont la pourriture suinte par toutes les pores. Le face à face entre Duchaussoy, toujours terriblement calme, et Yanne, toujours sur le qui-vive, hargneux comme un animal blessé, est tendu comme une voile de navire : lequel des deux tombera le premier à l'eau?

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Même si la fin est plus tortine que prévue (avec l'inspecteur Maurice Pialat, messieurs, s'il vous plaît : plus débonnaire et futé tu meurs), la trame ultra linéaire demeure relativement plan-plan. Mais bon, ce portrait d'une véritable ordure est tellement crédible, cette bourgeoisie provinciale tellement pathétique, qu'on finit par pardonner à Chabrol (bah, on l'aime bien, finalement, le bougre) les petits coups de mou du récit et le manque d'audace, en général, dans la mise en scène.               

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10 juin 2008

L'Enfer (1994) de Claude Chabrol

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En 1994, Chabrol reprend un scénario original d’Henri-Georges Clouzot. Ce dernier n’a pu achever 30 ans auparavant le tournage de ce film, avec Romy Schneider et Serge Reggiani, étant victime d’une crise cardiaque. L’enfer du titre c’est tout à la fois le cercle vicieux de la jalousie dans lequel s’enferme Paul Prieur (François Cluzet) mais aussi la vie tumultueuse qu’il finit par faire mener à sa compagne, Nelly (Emmanuelle Béart). Chabrol construit son intrigue avec la mécanique d’un film policier et l’on ressent constamment l’influence de l’univers de Clouzot dans cette histoire de folie douce, teintée d’un sentiment de conspiration qui frôle la paranoïa. Victime de ses propres démons, Paul descend progressivement dans l’enfer du doute, s’enfermant peu à peu dans un monde où il se laisse bercer par des représentations trompeuses.
                                                                                                

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Chabrol fait preuve d’un grand sens du rythme dans le premier quart d’heure du film : en quelques séquences, il parvient à nous montrer la rencontre entre Paul et Nelly, leur mariage et les premiers pas de leur enfant. En quelques vignettes, il brosse le portrait très classique d’un jeune couple qui ne devrait pas tarder à s’installer rapidement dans un gentil petit confort bourgeois. Seulement sur ce petit coin de paradis qui semble retiré du monde, une ombre ne tarde point à planer : dès lors où Paul se met à ne plus faire confiance à sa femme, il va s’enfoncer dans le pire des cauchemars, celui de la jalousie. On évoquait en introduction l’univers des films policiers et l’on retrouve ici la plupart de ces éléments : filatures – Paul prend une sorte de malin plaisir à suivre Nelly comme s’il espérait la prendre en flagrant délit -, rassemblement de preuves – Paul vérifie constamment les dires de Nelly et accumule les petits mensonges qu’il met sur le compte de sa trahison -, déduction « logique » - Paul ne tarde pas à échafauder toute une théorie délirante dès lors que sa femme disparaît de sa vue…

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Aux rayons de soleil du début du film qui venait souligner ce petit bonheur radieux succèdent rapidement les séquences tournées de nuit qui font écho au caractère ombrageux de Paul. Tout comme ce pédalo pris par Paul et Nelly le jour de leur mariage qui partait à l’envers au début du film, Paul ne va pas tarder à régresser mentalement : après avoir simplement accusé sa femme de flirter avec le garagiste du coin, la folie de la jalousie va se faire de plus en plus dévastatrice, destructrice, envahissant le moindre recoin de son cerveau ; chaque petite suspicion devient un drame en soi, Paul se met à se parler à lui-même à haute voix (alors même qu’une petite voix intérieure diabolique échauffe ses tourments), comme un enfant qui tenterait de se rassurer dans le noir : mais plutôt que de traduire des éclairs de lucidité, cela symbolise au grand jour l’évolution de cette maladie mentale qui le ronge peu à peu.

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Chabrol approche de plus en plus sa caméra du visage de Paul qui s’enferme dans le labyrinthe dérangé de son espace mental, tout en filmant en parallèle des espaces de plus en plus immenses (le lac sur lequel Nelly fait du ski nautique, les longs couloirs vides de l’hôtel…) qui sont autant d’endroits cauchemardesques pour Paul : il peuple ses lieux de ses propres démons, imaginant que sur l’île ou derrière chaque porte d’hôtel, Nelly se complaît à le tromper. Sa volonté à prouver coûte que coûte que Nelly lui ment, plutôt que de chercher à se rassurer par les preuves d’amour de Nelly, traduit le plaisir sadomasochiste (il attache même Nelly sur son lit…) de cette quête absurde… Les accès de violence et les hallucinations deviennent si forts, qu’ils finissent par surprendre Paul lui-même, incapable de se souvenir de ses propres actes : Chabrol filme un être complètement fragmenté, schizophrénique (plus il aime sa femme, plus il cherche à se prouver qu’il a tort – un dangereux tiraillement) dans les multiples miroirs et vitres de l’hôtel. Dans une interview à propos du film, Emmanuelle Béart faisait le commentaire suivant : « Chabrol m’a mise dans une situation telle que je n’ai jamais vraiment su si je jouais une prostituée ou une vierge. (…) Tout ce qui séduit Paul chez cette femme — son côté faible, léger, sensuel, désirable, exhibitionniste, passionné — c’est justement ce qui va le rendre fou. «Il a pris un hôtel trop grand pour lui, une fille trop jolie pour lui», me disait Chabrol.». La jalousie, véritable folie humaine « grandeur nature » entraîne Paul dans une chute infernale sans fond, sans fin… Une bonne cuvée chabrolienne.

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13 février 2008

La Fille coupée en deux de Claude Chabrol - 2007

photo_La_Fille_coupee_en_deux_2006_7Chabrol est un nom, ça va de soi, ce qui semble l'autoriser depuis maintenant une quinzaine d'années à se vautrer sur ses lauriers et sur son appartenance douteuse à la Nouvelle Vague. Il pond désespérément des films bâclés et paresseux, mais qu'est-ce que vous voulez c'est Chabrol, alors respects... Ben non, j'en ai marre, et je l'affirme haut et fort : Chabrol est mauvais, le sait, mais tant que la critique ne le lui fera pas remarquer, il continuera à s'inscrire au rang des partisans du moindre effort et à nous servir son style lourd comme un dimanche soir.

La Fille coupée en deux n'est pas pire que ses autres films récents : énormes traits de stabylo sur les personnages, dialogues sur-écrits et injouables, montage à la truelle, acteurs hébétés devant l'absence totale de 18787854_w434_h_q80direction, c'est un naufrage en bonne et due forme. L'histoire en gros : une jeune fille ambitieuse prise entre son amour pour un écrivain légèrement libertin et un dandy romantique. Chabrol n'ayant visiblement pas été présent pendant le tournage, Sagnier, Berléand et Magimel (on est d'accord, c'est pas Brando) branchent le pilotage automatique et surjouent tranquillement et fièrement les caricatures qu'ils sont censés représenter : Berléand est dans ses rails de bourgeois désabusé et pervers ; Magimel (le pire) tente de mettre un brin de folie dans son rôle mockyesque de rentier hautain ; Sagnier est sans épaisseur et attendue. Montrer l'ambition en écrivant un personnage de présentatrice météo de chaîne cablée laisse rêveur. A l'image de cette "idée", on a l'impression que Chabrol s'est systématiquement arrêté aux premiers jets lors de l'écriture. Sincèrement, il a dû travailler là-dessus 2 heures à tout casser. Seule Mathilda May essaye de bosser un peu, mais n'ayant rien à jouer, elle abandonne bien vite.

la_fille_coupee_en_deux_de_claude_chabrol_referenceMais la roublardise du pépère fait merveille encore une fois : sous prétexte de servir une satire de la bourgeoisie provinciale (thème qui commence à fatiguer), il se donne le droit de lâcher complètement son film, arguant du fait que c'est pour rire. OK, mais c'est surtout l'aveu d'une faiblesse d'inspiration totale. La farce n'autorise pas le n'importe quoi, et là on est complètement dedans. Le montage surtout est effrayant, le film étant parsemé de grossières erreurs de découpage qui évoque (encore une fois) un Mocky dans ses meilleurs jours de je-m'en-foutisme aigü (les coupes à l'intérieur des gros plans, les champs/contre-champs illisibles). Pire que tout : en fond de cette aberration artistique se cache une sorte de fascination pour le cinéma sur-scénarisé d'antan, avec ses fameux rapports amoureux troubles, ses revirements sentimentaux improbables, et sa finesse d'expression si précieuse. La Femme coupée en deux épatera sûrement le lecteur de Télérama ; il enterre en tout cas définitivement Chabrol, qui passe définitivement dans la catégorie des réalisateurs de téléfilms, reniant tristement son passé de cinéphile audacieux. Je sais, c'est dur, mais c'est à la hauteur du désastre. 

Posté par Shangols à 21:15 - - Commentaires [2] - Rétroliens [0]


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