24 janvier 2012

Il était une Fois en Anatolie (Bir zamanlar Anadolu'da) (2011) de Nuri Bilge Ceylan

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Nuri Bilge Ceylan fait vraiment partie des grands cinéastes contemporains et il le prouve une nouvelle fois avec ce film : une grande fresque, à en croire le titre ? Pas vraiment si on ne se fie qu'à la trame, étalée sur moins de 24 heures : un homme a été arrêté, on recherche le cadavre qu'il a enterré, on l'exhume, on l'autopsie... Dit comme ça, cela a toutes les allures du film le moins passionnant du siècle... Si on s'intéresse de plus près aux personnages principaux, aux secrets qu'ils cachent (le "présumé" assassin, le procureur, le commissaire, le docteur...) alors là oui, mes amis, il s'agit d'une véritable fresque des émotions humaines, qu'il s'agisse d'évoquer les douleurs, les doutes, les regrets (...) auxquels chacun est confronté. Il serait un peu dur de résumer ce film en disant qu'il s'agit d'une œuvre à clé : certes rien n'est jamais explicitement dit de but en blanc, mais toutes les pièces permettant de décrypter chacun des personnages sont livrées progressivement, chacun se confiant à demi-mot, au gré d'une nuit anatolienne, à la personne dont il se sent le plus proche, chaque pièce du puzzle finissant par s'assembler pour que l'on cerne les troubles qui rongent chacun de ces individus. Le rythme est lent à la mesure du temps qu'il faut pour connaître les gens, les cadres sont toujours sublimes sans que l'esthétisme ne vienne jamais prendre le pas sur le fond, la gravité de la situation est pesante mais toujours relevée par de petites pointes d'humour qui rendent ce film finalement si... humain.

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Sans vouloir dévoiler le fin mot de l'histoire, ou plus exactement le fin mot des histoires de chaque personnage, disons simplement qu'il y a toujours à la base de troublantes et troublées situations familiales : un meurtrier confronté à son passé (jamais bon d'avoir pour maîtresse la femme d'un pote...), un procureur élucidant le "mystère" de la mort d'une femme "sublime" dont il était (très) proche (trois petits points), un commissaire reconnaissant les difficultés de son couple et de leur enfant, un docteur divorcé (superbe utilisation des photos qui en quelques secondes retracent sa vie) qui se fait un devoir de cacher une vérité trop sordide... sûrement pour ne pas ajouter aux blessures du seul enfant de l'histoire, les enfants, d'après ses propres mots, se retrouvant toujours "punis par le péché des adultes"... L'ambiance n'a po l'air très gaie, me direz-vous, mais l'humour à froid sait ici ou là pointer le bout de son nez pour alléger - à défaut de détendre complètement - l'atmosphère : un commissaire obsédé par le yaourt de buffle, un procureur qui se rappelle la lointaine époque où on le surnommait Clarke Gable (point étonnant qu'il compare le cadavre à la star, quelque chose étant définitivement mort en lui), un chauffeur courant constamment après la bouffe, un médecin qui pique sa petite crise de jalousie perso juste avant d'ouvrir un homme de haut en bas, un soldat toujours au taquet pour donner des précisions bien souvent fastidieuses... Autant d'instants de douce ironie qui donnent au film, disais-je, une réelle humanité.

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On pourrait également évoquer en prime la tranquille amitié, la confiance qui se nouent entre le docteur et le procureur, cette séquence à couper le souffle avec la jeune fille du maire, véritable instant suspendu et lumineux dans la nuit, qui permet à chacun de se confronter à ses propres tourments avec les femmes, ce grand chien noir fidèle à son maître qui nous permet d'établir un lien entre la scène d'ouverture et la découverte du mort, ce visage buté de l'enfant qui lance une pierre à l'homme (...) qui a gâché sa vie, ce plan kiarostiamesque extraordinaire sur cette pomme qui dévale la pente, descend le long de la rivière - à l'image de la chute (?) de chacun de ces individus - et qui s'arrête finalement dans un tournant de la rivière - comme si le temps était venu pour chacun, au cours de cette nuit, de faire le propre bilan de sa vie, de ses échecs... Bref encore un Grand prix du Jury cannois donné à un film qui méritait haut la main la Palme... 

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01 février 2010

Kasaba (1997) de Nuri Bilge Ceylan

nbc_retro_bilgi_kasabaC'est vrai que le cinéaste turc fait partie de ceux qui aiment à prendre leur temps, semblant donner plus d'importance à la création d'une ambiance (photo noir et blanc déjà magnifique, travail impeccable sur la bande sonore qui rend compte de chaque frémissement de la nature) qu'à la progression de son scénar. Dédiée à ses parents, on ressent indéniablement, dans cette oeuvre, la volonté de se pencher sur le monde de son enfance se focalisant, en particulier, sur trois longues séquences : une classe d'école entourée de neige, une ballade en forêt effectuée par deux bambins, et une longue discussion au coin du feu entre les différents membres de la famille. Il prend son temps donc pour nous montrer ce temps qui s'écoule aussi tranquillement que l'eau d'une rivière  - dernière image assez évocatrice -, s'attachant avec poésie à une plume qui s'immisce dans cette classe d'enfants, aux miaulement d'un chat derrière la vitre, aux larmes de cette petite fille touchée au coeur par une réflexion de l'instit, à une tortue retournée sur le dos - enfance, temps des découvertes mais aussi de la cruauté, moui -, évoquant également avec précision les différents destins de ces trois générations d'hommes : le grand-père aventurier malgré lui qui a parcouru le monde en étant exploité, le père qui est parvenu à faire des études universitaires à la force du poignet, son neveu qui cherche encore sa voie dans ce petit village au milieu de nulle part. Des discussions qui s'emballent sous l'oeil à moitié endormi des deux bambins entre rêve et réalité, comme de lointains souvenirs que le cinéaste tenterait de reproduire avec fidélité. Premier long-métrage du gars Ceylan qui impose déjà sa marque de fabrique, même si les côtés un peu lâches de son histoire, les incontournables longueurs, laissent sans doute un peu sur sa faim. Suffisamment de belles choses néanmoins, dans cette indéniable capacité à capter ces vies simples, pour avoir envie de découvrir sa seconde oeuvre Nuages de Mai.   

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02 février 2009

Les trois Singes (Üç maymun) (2008) de Nuri Bilge Ceylan

Esthétiquement parlant, on ne peut définitivement rien reprocher au gars Nuri : immense sens du cadre, de la lumière, du plan-séquence. Certes au niveau du rythme, le cinéaste porte bien son nom mais cela permet également de se sentir au plus près de ses personnages, de sentir leurs longs moments d'introspection (les plans au ralenti avec juste leur souffle légèrement amplifié), de pénétrer leur conscience, leurs doutes. Ceylan réalise peut-être un nouvel opus encore plus dépouillé, moins ironique qu'un Uzak notamment (si ce n'est la sonnerie de téléphone de l'héroïne (une chanson d'amour turque déchirante, imaginez...) qui tombe toujours à point nommé) mais toujours aussi troublant et juste.

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Un homme politique, à la veille d'une élection, écrase un type avec sa bagnole. Sans hésiter une seconde, il téléphone à son chauffeur, Eyüp (c'est son prénom et non une onomatopée turque), pour lui demander de porter le chapeau : un an de prison contre une somme rondelette : notre client moustachu accepte. Pendant qu'il tire sa peine, c'est po la fête chez lui : son fils ado file un mauvais coton et promet à sa mère de rentrer dans les rangs, de trouver un taff, s'il a une bagnole. La mère (excellente Hatice Haslan, la classe faite femme) se met sur son trente-et-un pour demander une avance à l'homme politique : elle obtiendra en prime une histoire d'amour... Seulement le fils veille, découvre le pot aux roses et le mari qui sort de prison ne tarde point à flairer le blème. Ca commence à sentir le roussi. Dans la vie, il y a les gens qui sont fatalistes, ceux qui ont de l'humour et pis les Turcs (je plaisante). Chronique d'un drame annoncé ou une histoire qui se répète...

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Pour ce qui est de la notion de justice, il est clair qu'on sent surtout planer sur l'ensemble comme un gros parfum de corruption... Le tonnerre a beau gronder à chaque fois qu'il y a un drame, la justice divine n'a définitivement rien à voir avec la soi disant justice terrestre.  Mais le vrai drame, malgré tout, se joue surtout au sein de cette famille qui va littéralement imploser. La faute, ou tout du moins l'une des causes premières, étant peut-être au départ dans la mort prématurée de l'un de leur fils qui semble avoir posé comme une chappe de plomb sur cette famille. Chacun paraît totalement se réfugier dans son mutisme, son propre univers : le fils en mal de reconnaissance qui côtoie de petits voyous, le père plus renfermé que derrière ses barreaux et enfin la mère qui faute certes, mais qui semble enfin trouver une sorte d'échappatoire, une ouverture, à sa vie faite de déception. Seulement, dans cet univers éminemment masculin, les apparences semblent plus importantes que ce que peuvent avoir fait ou ressentir les êtres et une tension terrible va s'abattre sur les relations entre les trois individus... L'atmosphère devient quasiment claustrophobique et Ceylan -gommant parfois la frontière entre le rêve et la réalité- parvient à nous faire ressentir parfaitement les états d'âme de ces trois hères. C'est point d'une gaieté folle, j'en conviens, mais la mise en scène demeure relativement fascinante. C'est déjà beaucoup.

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08 janvier 2008

Les Climats (Iklimler) (2007) de Nuri Bilge Ceylan

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La crise d'un couple filmée en plans fixes, sans dialogues ou presque, dans son intériorité la plus intime, ça vous rappelle rien ? A Ceylan aussi, ça lui rappelle Antonioni, modèle qu'il brandit sans complexe tout au long de ce film ardu et pas commode. Le problème, c'est que l'ombre du géant envahit un peu trop Les Climats, et que Ceylan n'en a pas le génie.

Si le film est très beau dans sa radicalité, dans la longueur de ses plans, et dans ses paysages splendides que même la copie pourrie qu'on m'a projetée n'a pas réussi à bousiller, on sent Ceylan plus préoccupé par ce qu'on va dire de lui que par ce qu'il a à dire. Tout ça manque pas mal de sincérité, et la comédienne principale, agaçante de "construction de personnage", n'y est pas pour rien. Certaines idées audacieuses

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sont plus là pour épater, semble-t-il, que par réelle conviction : comme cette scène de viol filmée dans la longueur, plan fixe assez roublard, alors que le plan suivant, beaucoup plus simple, est nettement plus inventif (le couple batailleur qui finit sur la pistache que le gars avait échappée avant, oui je sais, il faut le voir). C'est impressionnant, c'est vrai, mais pas très riche sur le fond. Les personnages, peu épais, sont assez antipathiques : un homme menteur, mutique et rageur, sa femme qui prend des poses, sa maîtresse qui rigole pour un rien, etc. On ne s'attache pas à eux, et le résultat fait que Les Climats devient une pure forme, un exercice de style certes brillant, mais un peu vide et crâneur. Ceylan apparaît comme un témoin inspiré des choses de la nature (le travail sur les sons, respirations, voix, vagues, est bluffant), comme un très bon cadreur, comme un parfait faiseur, mais il lui manque une réelle sensibilité d'écriture. A l'inverse du très beau Uzak, celui-là manque d'humour, de chaleur, de sentiment tout simplement. Un climat hivernal.  (Gols - 25/03/07)

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Est-ce une question d'humeur, d'état d'esprit, de copie (bien jolie ma copie dvd, moi) ou de climat ?... Il n'empêche que ce film minimaliste, où il n'est purement et simplement question que d'une rupture, m'a captivé de bout en bout. On rentre dans ce film doucement (ah c'est clair que c'est pas le truc qui fout forcément la patate) et l'on suit avec douleur et émotion les aléas de nos deux protagonistes. Des idées de mise en scènes très simples émaillent ce récit - ce paysage en ruines au diapason des relations entre nos deux personnages, comme des piliers qui ne soutiennent plus rien; une relation qui meurt à petit feu comme le rêve de l'héroïne qui étouffe sous le sable, son alter ego devenant pour elle de plus en plus flou (magnifique travail sur la mise au point) - jusqu'à cette scène superbe où l'homme, en manque de soleil, contemple un couple sur une plage dans une brochure touristique et se retrouve le plan suivant dans... un véritable blizzard, à l'est de la Turquie, décidant finalement de ne faire un voyage que pour rejoindre sa moitié. Il aura entre temps, malgré tout, tenté de renouer des liens avec la femme avec laquelle il avait trompé sa promise, scène d'amour forcée entre le viol et le combat contre nature: à l'image du rire mécanique de la femme, tant cette relation entre les deux n'a rien de "naturel". La fin elle-même déroute, on pense qu'ils ont fait le plus dur, ils se sont finalement réunis dans cette chambre d'hôtel mais... l'union n'a point lieu... Est-ce parce que l'homme a fait le deuil de leur relation, qu'il pose la  mauvaise question au mauvais moment sans regarder sa femme (elle semble prête à le suivre sur le champ jusqu'à Istanbul mais il lui demande à quelle heure elle doit reprendre son travail dans cette contrée éloignée, sans penser qu'elle a fait un pas définitif vers lui), est-ce qu'il expie son mensonge (il n'a pas voulu avouer qu'il avait revu sa maîtresse après leur rupture)?... De l'équilibre fragile d'un couple qui se joue parfois sur pas grand chose. Alors oui, le ton du film est plutôt grave, de longues plages de silence traduisent leur difficulté à s'avouer l'un l'autre ce qui flanche, il manque en effet l'humour caustique qu'il y avait dans Uzak, mais les doutes qui habitent les deux personnages ne sont pas forcément très olé olé.  C'est lent, oui, mais nourri d'un énorme potentiel émotif (Bilge, impossible de faire un jeu de mot dessus, je l'avoue). Très haut, sur mon thermomètre personnel.   (Shang - 08/01/08)

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22 décembre 2007

Nuages de Mai (Mayis sikintisi) de Nuri Bilge Ceylan - 2000

49912Un cinéaste qui retourne dans sa région natale pour y réaliser son film avec les habitants du coin, ça rappelle quelque chose, et effectivement Ceylan ne cache aucune de ses références : l'ombre de Kiarostami plane sur Nuages de Mai, le Kiarostami de Au Travers des Oliviers surtout. Les thèmes et les choix esthétiques sont les mêmes. On retrouve cette même thématique de la suprématie de la vie sur le cinéma, à travers quelque plans très intelligents qui décadrent légèrement le film en train de se faire pour montrer la nature, le vent dans les arbres, la lumière naturelle qui vient rendre celle, artificielle, bien palotte. On retrouve également, et fort bien menée, cette façon d'isoler chaque personnage dans sa bulle : le père est obsédé par la vente de son bois aux autorités locales, le pote par la perte de son travail et ses rêves de capitale, le petit garçon fantasme sur l'achat d'une montre musicale qui achèverait son bonheur. Le cinéaste, interprété tout en présence/absence par Muzaffer Özdemir, a bien du mal à faire exister son film au milieu de ces cases fermées, et Nuages de Mai finit par démontrer que le regard sur le monde est bien plus fort quand il passe par l'innocence non calculée plutôt que par le cinéma. Joli thème, traité en contemplation amoureuse par un Ceylan qui cite au passage Antonioni (pour la longueur de plans), Ozu (pour le titre, mais aussi pour cette attention à la cellule familiale et pour la thématique de la transmission), voire les cinéastes de la contemplation que sont Kawase ou Weerasethakul.

img_cloudsQuelques scènes emportent l'adhésion pour la subtilité de leur traitement : un petit garçon qui refait le monde en observant un vieux derrière une photo (selon qu'il ouvre un oeil ou l'autre, le monde change) ; une escapade dans la nature avec une tortue, archétype du style-Ceylan, tranquille, apaisé ; et toute la partie centrale du film, où on se rend compte, après le départ du cinéaste, que le monde est beaucoup plus fort quand il ne passe pas par le truchement d'une caméra. Pourtant, le film est souvent ennuyeux, et frôle le "cinéma du monde" dans son attachement à une tradition du paysage qui finit par être saoulante. Certes, c'est beau : les ciels de Ceylan sont splendides, ses arbres aussi, et les visages de ses comédiens. Mais il y a beaucoup d'effets arty qui gâchent l'ensemble, comme si Ceylan n'avait pas osé aller au bout de son propos, comme s'il avait bridé l'audace qui apparaît souvent. Le gars cite Tchekhov au générique de fin, et c'est juste : on reconnaît la vision panthéiste de l'auteur de Oncle Vania, mais ça reste aussi dans le domaine du beau, sans parvenir à la profondeur de l'écrivain, à sa mélancolie sourde. Il faudra attendre Uzak pour avoir un vrai grand film de Ceylan.

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27 mars 2006

Uzak de Nuri Bilge Ceylan - 2002

Enfin un film turc qui ne joue pas la carte du passé et de la campagne pauvre, qui ne fait pas turquementuzak10241 un film turc turquisant. Uzak est un film très contemporain, ancré dans le monde, et profondément au jus de ce qui se fait dans le cinéma mondial d'aujourd'hui. Ceylan a vu, a priori, Wong Kar-Wai et Jacques Tati, Alain Cavalier et Ozu. La Turquie, loin des clichés véhiculés d'habitude (et souvent par les cinéastes locaux eux-mêmes) est ici représentée par la seule Istanbul (à part les premiers plans, somptueux). On y roule en Smart, on y est abonné aux 50 chaînes du cable, on y parle avortement et films de boules, bref, ça pourrait se dérouler à Detroit ou à Amsterdam.

Sur un scenario minimaliste magnifiquement joué, le film prend tout son temps (c'est lent) pour regarder. Chaque plan est étiré jusqu'à son maximum, mais un maximum qui paraît tout à fait logique : on laisse tourner jusqu'à ce qu'une minuscule ride apparaisse sur un visage, jusqu'à ce qu'un oiseau ou un bateau traverse le champ, jusqu'à ce qu'une émotion vienne. Le tout repose sur un amour du minuscule vraiment passionnant : une souris prise dans un ruban adhésif (si, si), une femme qui regarde une revue de cinéma, un mobile qui carillonne (si, si), une clope qui se consume. Il y a là un amour de la vie infime, attendrissant et simple, qui fait merveille. Et puis il y a cet humour désenchanté, qui est déclenché par un rien, un geste, un son. Je dis pas que c'est hilarant, mais le film est beaucoup moins sombre que ce dont il a l'air, en tout cas dans sa première moitié. Ensuite, ça s'assombrit nettement, alors que la neige fond sur Istanbul, et on comprend que Ceylan a tout simplement voulu parler de la solitude contemporaine, de la perte des idéaux, de celle des amours et de la légereté.

Il faut être en forme, je reconnais. Mais je l'étais quand je l'ai vu, et Uzak balaye tous les clichés du Cinémââââ du Monde (huhuhu) qu'on voit trop souvent.

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