21 novembre 2009

La Merveilleuse Visite de Marcel Carné - 1974

vlcsnap_2009_11_21_12h35m14s48Comme je trouve que la plupart des films d'avant-guerre de Carné sont sur-estimés, je me suis dit comme ça que j'allais faire un tour dans ses oeuvres tardives, voir si des fois il n'y aurait pas quelques qualités dans ces films que tout le monde s'accorde à trouver nazes. Ah... ben non, c'est naze. La Merveilleuse Visite est le dernier film de son auteur, et comme souvent chez les cinéastes de cette époque, le chant du cygne correspond à peu près au pire de sa production. La thématique est relativement proche de celle des Visiteurs du Soir, mais comme inversée : dans la Bretagne rurale contemporaine, un ange tombé du ciel est retrouvé sur la plage ; sa présence parmi les villageois va semer le désordre, le gars déclenchant par sa naïveté la zizanie dans tous les coins : et vas-y qu'il fait craquer les filles, qu'il ne s'accorde pas avec les musiciens du coin ou qu'il lâche les animaux dans les rues par amour de la liberté. Le message, proto-punk vous en conviendrez : on ne sait plus accepter la bonté et l'innocence dans notre monde barbare. Notre ange sera pourchassé telle la créature de Frankenstein par des villageois bas du front (menés par Jean-Pierre Castaldi, c'est vous dire l'épaisseur) avant de se transformer en mouette au son d'une harpe céleste.

vlcsnap_2009_11_21_09h57m42s250Ca peut passer à la rigueur pour un public de tout-petits encore facilement convaincables, ou lors d'une soirée de Noël vintage en hommage à l'ORTF. En-dehors, c'est un film d'une laideur terrible, complètement exsangue et niais, qui manque de talent à tous les niveaux : le rythme est cahotique, la musique inécoutable, le scénario cousu de fil blanc, la mise en scène inexistante, et l'interprétation honteuse. Dans le rôle de l'ange, Gilles Kohler (qui, renseignements pris sur Wikipedia, a fait aussi "certains films", comme L'Arme Fatale) : pour lui, jouer un ange, c'est opter pour un regard extatique, légèrement christique (thème d'ailleurs très présent dans le film), une sorte de débilité légère nimbant chacun de ses gestes et chacune de ses paroles. On comprend que Carné voudrait que l'innocence ressemble à ça : une jeunesse blonde idiote à force d'être cucul ; on vous conseillera plutôt la lecture de L'Idiot de Dostoïevski pour avoir un autre portrait de Christ moderne un peu plus fouillé. Carné accumule les images d'Epinal (le gars qui ressucite une colombe, au vlcsnap_2009_11_21_17h34m10s208secours) avec un premier degré qui devient effrayant tant il semble sincère. On peut voir aussi là-dedans une déclaration d'amour aux hippies, là aussi cités dans la scène où l'ange repeint en couleurs fluos la façade des maisons grises du village, ou dans celle où il contemple la mer sur fond de musique new-age ; mais à part citer son époque, Carné n'engage aucune réflexion, aucun discours, se contentant d'une poésie surrannée d'une ringardise absolue. La Merveilleuse Visite sent le sapin; idéal donc pour les fêtes de Noël.

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27 septembre 2009

Juliette ou La Clef des Songes de Marcel Carné - 1950

vlcsnap_2009_09_27_09h28m01s202Juliette ou La Clef des Songes rassemble en 90 minutes à peu près tout ce que le cinéma "vieille école française" a de pire, tout ce à quoi la Nouvelle Vague s'est salutairement opposée à l'époque. En ce sens, c'est un film intéressant, qui représente toute une époque, disons, et permettra dans quelques siècles de vérifier ce que le cinéma était devenu avant que Truffaut et Godard ne décident de faire table rase.

Ce film n'est intéressant qu'à ce titre historique. Pour tout le reste, il est infâme. Même les talents habituels de Carné (réunir un bon casting, manier un romantisme désuet qui parfois touche, rassembler sur un même projet l'élite des techniciens) sont ici oubliés. Les acteurs n'ont rien à jouer, et errent à la recherche de leurs dialogues décousus. Même Gérard Philipe en fait des tonnes dans son emploi usé de jeune premier naïf : ses gros plans sur son regard pur, ses minauderies de voix et de poses, son vieux jeu théâtral, sont ici ridicules, alors qu'ils fonctionnaient sur d'autres films. Comme à son habitude, Carné a deux mains gauches quand il s'agit de monter la bobine, vlcsnap_2009_09_27_09h36m05s174découpant allègrement n'importe où, sans aucun sens du rythme ; c'est poussif et laborieux en diable, curieusement allangui dans son tempo général alors qu'on aurait bien vu là-dedans un romantisme exalté plus assumé. Quant aux techniciens, ils sont trop dans leurs marques, trop persuadés de leur génie, pour ne pas fatiguer : Trauner nous fait le coup des intérieurs gigantesques mégalos, Georges Neveux signe des dialogues sur-écrits parfaitement ringards, Kosma crée une musique des années 30... C'est affreux.

On continue de soupirer d'ennui à la découverte de la trame elle-même : Michel est un prisonnier, mais rêve chaque nuit de Juliette, la femme qu'il n'a pas pu aimer. Son rêve le mène dans un village où tous les habitants sont dépourvus de mémoire, oubliant d'une minute à l'autre ce qu'ils viennent de vivre. Il y retrouve Juliette, qui lui appartiendra enfin puisqu'ils se libèreront ensemble de leur lourd passé. C'est la théorie de Rousseau sur "l'imbécile heureux", ramenée à la société d'immédiate après-guerre : pour être heureux, il faut vivre dans l'ignorance du passé et du monde réel. On le voit : c'est l'archétype de la "pensée" carnéesque : la réalité est laide, vive vlcsnap_2009_09_27_09h04m28s150l'imagination et l'évasion. Comme engagement politique en 1950, on peut rêver mieux. Carné se replie soigneusement sur son passé, fait de petits personnages mignons et gentils, d'airs d'accordéon et de crétins, oubliant qu'il y a un présent autour de lui. Quand Michel décide au final de s'enfoncer définitivement dans le monde des rêves et de l'oubli, on sent que Carné a envie de parler de la mort, qui serait comme une sorte d'oubli total de tout ce qui fait l'horreur de la vie ; moi, si la mort ressemble à ce monde complètement ringard, mélange de contes de fées cheap et de jeunes filles en fleurs simplettes, je préfère rester dans la vie. Un pauvre film de grand-père dépassé, simpliste et mal tenu.

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06 septembre 2009

Le Jour se Lève de Marcel Carné - 1939

vlcsnap_2009_09_06_18h22m38s114Dans mon lointain souvenir, Le Jour se Lève était le seul vrai bon film de Carné. Ce que je confirme aujourd'hui à la revoyure. Je ne sais pas ce qui s'est passé dans la vie de Marcel en cette année 1939, mais le bougre avait dû manger du metteur en scène au petit-déjeuner : il nous sert un film bouleversant, d'une noirceur totale, enfin ancré dans le monde et enfin pensé en termes de mise en scène.

La plus grande partie du film est pourtant purement "carnéesque", c'est-à-dire assez fonctionnelle et dévouée à la trame. Trame très simple d'ailleurs : un prolo aime une fleuriste, mais ne supporte pas le passé amoureux de celle-ci avec un artiste de cirque immonde ; la spirale de la jalousie va le rattraper jusqu'au meurtre. Longues scènes dialoguées, peinture mignonette du Paris ouvrier, petites ruelles populaires par nuit d'été, on reconnaît le Carné habituel, jusque dans les décors de Trauner et dans les dialogues de Prévert qui sont comme d'habitude admiratifs du Grrrrannnd Cinémâââ de papa. C'est donc la partie la moins intéressante, même si on sent de la part de Carné un vrai effort pour sortir de ses schéms habituels. Si certaines scènes de conversations sont comme toujours très platement montées (le dialogue dans le bistrot, vlcsnap_2009_09_06_17h53m12s116poussiéreux), certaines montrent une volonté de casser le schéma classique des champs/contre-champs, par l'utilisation des miroirs qui évitent la coupe systématique, par des mouvements de caméra assez virtuoses dans ces petits lieux confinés, qui circulent d'un personnage à l'autre sans montage superflu. Il y a quelques splendides plans qui vont dans ce sens, comme ce dialogue amoureux dans une serre, où le cadre est tout tordu pour mieux attraper la donzelle et son jules en face-à-face dans le même plan. L'histoire est simple, mais c'est justement cette simplicité qui touche : des petits personnages sans histoire qui vont se retrouver en pleine tragédie.

Il faut dire aussi que côté acteurs, c'est plus que de la perfection : Arletty assagit son jeu de prolo parisienne par un vrai travail sur le masque, par une façon d'être triste sans le montrer, et elle est très touchante ; Jules Berry est dans son emploi d'ordure complète, mais fait exploser le texte de Prévert avec un génie incroyable : vlcsnap_2009_09_06_18h10m01s220avec lui, les phrases semblent naturelles, alors même que son jeu est théâtral en diable ; et puis il y a Jean Gabin, absolument prodigieux aussi bien dans ses scènes de gouaille joyeuses ("T'es jolie avec ton bouquet, on dirait un p'tit arbre !") que dans ses errances solitaires dans son appartement, jeu fermé, pathétique, obsessionnel : il fait l'essentiel du film, et on ne peut franchement pas rester de marbre devant cette extraordinaire sensibilité.

Avec lui, la partie la plus intéressante du film confine au génie : après le meurtre, Gabin est enfermé dans sa chambre et tourne en rond. Là, on plonge très clairement dans une atmosphère de film noir, et Carné, enfin condamné à filmer un décor simple, à oublier l'éclat, se montre un grand maître dans les tout petits détails. Les objets deviennent symboliques sans lourdeur (un réveil, un miroir, un ours en peluche), le rythme ralentit jusqu'à l'arrêt complet (les derniers plans sur Gabin ont une force renversante), la tragédie est palpable sans fioritures. On sent que le film est né dans une ambiance de guerre, uniquement par cette façon de désespérer de la beauté du monde à vlcsnap_2009_09_06_18h42m13s93travers un seul destin brisé. Quand Gabin hurle à sa fenêtre : "Les assassins courent les rues, alors foutez-moi la paix", on voit du coup à peu près de quoi le film parle : non pas d'une histoire de cocu un peu vaine, mais d'un vrai abandon de la joie, de la fin d'une époque (celle du prolo gentil et de l'amour éternel), et les larmes ne sont pas loin. Ne se refusant aucun sentimentalisme (le jeu d'Arletty à la fin), Le Jour se Lève est un film d'une beauté sombre et simple qui en fait une pure merveille.

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04 septembre 2009

Hôtel du Nord de Marcel Carné - 1938

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On traite souvent Carné avec dédain dans ce blog, alors autant reconnaître également quand il réussit ses films. Hôtel du Nord est vraiment charmant, de ce bon vieux charme surrané qui gave la plupart du temps et qui ici fonctionne bien. Encore une fois, c'est presque contre Carné lui-même que le film se bat : on dirait que le gars tente par tous les moyens de couler son film, mais que tout lui résiste. Parce que côté mise en scène, c'est comme toujours d'une indigence rare. Ras le bol de ces films de studio bourgeois sur-subventionnés, pourvu à tous les postes de détenteurs d'un savoir-faire lisse et sans esprit : tout est propre là-dedans, jusqu'aux trottoirs de Paris, jusqu'aux prisons, jusqu'aux costumes des putes miteuses. Carné est décidément un cinéaste qui a peur de l'extérieur et du monde réel ; ça pourrait être touchant, si on ne sentait derrière cette timidité un aveuglement gênant. Tourné en 1938, Hôtel du Nord met son point d'honneur à éviter le sujet du jour (un dessin ?) : mis à part pour quelques détails (un enfant orphelin qui tressaille à chaque coup de tonnerre), on reste dans la sage évasion romantique, enfermé dans des studios gigantesques au lieu d'affronter la vie comme elle est. C'est d'autant plus dommage que, dans les rares plans de transition où Carné sort un peu prendre l'air dans le VRAI Paris, pas celui fantasmé par Trauner, on sent un vrai regard sur les gens : un clochard endormi sur un banc, une rivière aux berges populeuses... Peut-être que Carné, avec un peu plus de glaouis, aurait pu être un vrai cinéaste d'extérieurs, finalement. En l'état, il reste bien planqué loin du monde.

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Mise en scène à peu près nulle donc, ce que confirment les faux raccords devenus figures de style dans le cinéma de Carné. Les champs/contre-champs dans la plupart des dialogues sont montés vraiment en dépit du bon sens, avec un sommet dans la rencontre nocturne entre Annabella et Jouvet : obeservez la disposition de la lumière, on a presque l'impression de voir le technicien se démener comme un diable pour courir d'un personnage à l'autre. C'est un grand n'importe quoi technique, Carné se reposant comme d'hab bien confortablement sur le talent de ses acteurs et sur la finesse de son scénario, plutôt que de tenter le moindre effort de son côté.

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Mais voilà : cette fois-ci, il a bien raison de faire confiance à ceux-ci et à celui-là. Côté acteurs en effet, c'est vraiment un plaisir total. Le film est chargé de nombreux caractères tous savoureux, et auxquels la trame laisse toute la place : depuis les rôles importants (Annabella, dans un emploi de jeune première casse-gueule qu'elle dope haut la main ; Jouvet en petite frappe grandiose, une diction admirable, et une construction de personnage à la Stanislavski avec cette silhouette main dans la poche et chapeau glamour sur la tête) jusqu'aux plus petits (la palme sans conteste à Bernard Blier, immense en cocu minable, qui a une scène de pleurs historique ; mais Perrier en homo subtil, Aumont en tueur romantique ou la toujours bouleversante Jane Marken en patronne maternelle sont également parfaits), on a une vraie sensation de troupe, d'osmose entre les acteurs. La pile électrique du groupe, c'est Arletty, la gouaille bien en place, un accent impayable, une boule d'énergie en roue libre parfaitement hilarante : à elle seule, elle amène le drame vers la comédie, genre qui sied définitivement plus à Carné que ses pâlottes histoires romantiques à la Quai des Brumes. Le plaisir est là, presque sans que Carné ne puisse intervenir dans la chose : dans cette note juste entre les protagonistes, dans cette sensation de vie ébouriffante qui circule là-dedans.

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Et puis il faut reconnaître que Jeanson, aux dialogues, est un autre maître que Prévert. Certes, c'est encore une fois un scénario qui déifié bêtement le bon mot au détriment de la vérité des dialogues ; mais les formules de Jeanson sont vraiment bien écrites. On ne compte plus les grands moments, les grandes phrases, surtout prononcées par des interprètes aussi grandioses (Jouvet qui sussure, tout ballot : "Faut-y que j't'aime pour qu'tu m'obliges à t'le dire"). C'est du bonheur facile, à bon compte, mais ma foi pourquoi bouder son plaisir ? Bref, ça m'arrache un bras de l'avouer, mais j'ai passé 1h30 dans la douceur et l'admiration, en versant ma petite larme là où il faut et en me tapant sur les cuisses aux bons moments : une sucrerie vintage qu'on aurait tort de bouder.

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25 juillet 2009

Les Visiteurs du Soir de Marcel Carné - 1942

1200898_1564890Je sens que les Amis de Marcel Carné esquissent une grimace, tant leur idôle n'a pas tellement la côte habituellement dans les colonnes de Shangols. Eh bien, qu'ils se rassurent : Les Visiteurs du Soir fait partie des films du Marcel qui restent regardables aujourd'hui, et je dirais même que j'ai passé un fameux moment hors du temps avec cette fable d'un autre âge. Il est vrai que ce qui m'a plu ne faisait peut-être pas partie du cahier des charges de Carné, mais le fait est.

Oui, parce que moi, je me suis bien marré en voyant Les Visiteurs du Soir. C'était pas le but, mais tant pis. Le film est d'une naïveté qui fait vraiment du bien, affichant sa croyance en l'amour éternel et en la supériorité du bonheur sur la haine comme des étendards, et habillant tout ça sous des costumes ORTF absolument charmants. C'est kitchounet (regardez surtout les chaussures, impayables), ça véhicule une vision de la vie que n'oseraient pas les Télétubbies, c'est complètement dépassé, mais fait avec une telle confiance qu'on ne peut qu'avoir le coeur tout chafouiné devant cette historiette mignone comme tout. Deux émissaires du diable sont envoyés sur terre pour semer le trouble amoureux partout où ils passent, un peu comme l'ange de Teorema de Pasolini. Ils sont tellement beaux, leur musique est tellement ensorcelante, qu'ils n'ont aucun mal à foutre la zone au sein des ménages les plus établis, du veuf inconsolable aux nobliaux mal mariés. Mais l'amour sera plus fort que le cynisme du diable, et cette fois Mephisto ne fera pas le poids face au noble sentiment.

81u6bmoAu milieu d'un univers visiblement fauché (la technique crie à l'aide à tous les postes, décors, costumes, montage, musique), Carné parvient à livrer un film à l'atmosphère très étrange, une sorte de Cocteau du pauvre, ouaté, lent. Tout se fait dans un style presque japonais à force d'être épuré : la longue rêverie des deux couples d'amoureux a vraiment quelque chose qui tient à la texture des rêves, avec ces figurants figés, ces rares personnages placés au sein du vide, ces nains monstrueux qui font la ronde, cette façon qu'ont les acteurs de rester complètement immobiles pour laisser toute la place aux dialogues précieux de Prévert. Quand spectacle il y a, et il est rare, c'est toujours très doucement amené, sans bruit, sans esbroufe. Tous les tours de magie de nos deux diablotins sont systématiquement amenés presque logiquement, très joliment (un homme qui montre une chaîne en se plaignant d'avoir perdu son ours, et hop, doucement, la chaîne qui se tend et un ours au bout ; un petit travelling sur les jambes d'Arletty habillée en homme et hop, une robe qui tombe sur elles pour montrer sa métamorphose...). Manque de moyens ou vraie volonté, je ne sais pas, mais en tout cas le film est fantastique sans effet, à l'image de ce diable qui se dédouble et s'observe simplement en train de parler dans un autre lieu.

visiteurs_du_soir_1942_06_gEn plus, Carné ose la préciosité la plus totale, avec ces dialogues infâmes de mièvrerie et qui passent pourtant très bien, avec cette actrice (Marie Déa) qui surjoue la jeune première et parvient pourtant à toucher, avec ces chansons sucrées qui s'inscrivent pourtant très bien dans l'ambiance générale. C'est vrai que l'arrivée de Jules Berry, bondissant et cabotin, dans cet univers austérissime, fait du bien, et que le film est peut-être trop sérieux, trop janséniste. Mais il faut quand même du courage à Carné pour prendre le risque d'être aussi anachronique, aussi désuet. Tout comme est courageux le choix d'Alain Cuny pour interpréter le romantique diable amoureux : il est tellement en décalage qu'il finit par être émouvant. Voilà le seul acteur qui parle sans jamais ouvrir la bouche, qui balance une expression par heure environ, qui est de plus dôté d'une voix de fillette et d'une absence totale de traits sur le visage, et qui parvient pourtant à créer un personnage franchement bluffant. On ne sait pas trop si on doit rire ou avoir peur de lui : moi, j'ai choisi la première option, et j'ai bien fait. Il est vraiment drôle.

73cwww9Voilà, pour le reste, c'est très plaisant, même si encore une fois la vision de l'amour par Carné est sidérante de candeur. Malgré la mièvrerie, le film ose parfois un beau cynisme (le personnage d'Arletty est vraiment bon, amer, perfide, et l'actrice pour cette fois l'endosse très bien : elle est belle et presque poignante, grâce à ce sourire faussement naïf qu'elle s'est trouvé et qui marque des points) ; et il est permis aussi, à mon avis, de voir dans cette histoire une allégorie de l'occupation allemande de l'époque, le diable équivalent à l'Allemand, et le petit coeur de nos amants continuant de battre sous la menace. Pour cette fois, donc, je laisse mon armement anti-Carné dans ma poche.

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25 juin 2009

Thérèse Raquin (1953) de Marcel Carné

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Savourant l'effort de l'ami Gols à revoir certaines oeuvres de l'ami Marcel avec un intérêt relativement mou, je décidai de mettre la main à la pâte en me repenchant sur Thérèse Raquin (cela s'appelle faire preuve de solidarité). Le constat est amer, le film ayant la même dynamique qu'une chaise empaillée remisée dans un sous-sol. De la mise en scène plate comme un dessus de lit chez grand-mère (il doit y avoir des croix au sol pour que les acteurs restent plantés et permettent sans trop se prendre la tête les champs/contrechamps; deux options : le plan en pied enchainé malicieusement avec un plan américain ou bien le plan américain enchaîné avec espèglierie avec un gros plan - sorti de là, il n'y a guère de variations, à tel point que quand la caméra se met soudainement à tenter une manoeuvre sur 28 cm, on tremble) au jeu des acteurs terriblement figé (Raf Vallone bâti comme un canapé en cuir de vachette mais aussi expressif que celle-ci, Jacques Duby en petit mecton maître-chanteur aussi charismatique qu'un parasol en terrasse de café, quant à la pauvre Simone Signoret - que j'aime beaucoup, sinon - à laquelle on demande simplement de tirer une tronche de deux pieds de long, elle le tient super bien sur les 100 minutes), dur de ne pas avoir la terrible impression d'assister à une oeuvre cinématographique d'un autre siècle - en voyant ce film (réalisé six ans avant A Bout de Souffle et non soixante), on peut comprendre à quel point les cinéastes de la Nouvelle Vague avaient des fourmis dans les jambes... Seule véritable satisfaction, le superbe noir et blanc joliment contrasté signé Roger Hubert qui fait la part belle à ces noirs profonds comme de l'encre d'un poulpe en colère.

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Récit d'un adultère qui tourne au vinaigre mais qui manque justement diablement de passion. La Thérèse vit donc avec ce triste Camille fragile comme un roseau et couvé comme un oeuf dur par sa mère. La Thérèse croise le regard du canapé Laurent (ah, Raf, tes pectoraux saillants) et les deux d'être comme des statues de sel - Carné filme super bien ces statues de sel, on sent bien d'ailleurs son attirance pour tout ce qui reste fixe. Les scènes de baisers (fi d'une certaine sensualité bien présente dans les pages du gars Zola...) bénéficient du même traitement : on se regarde - on a pas grand-chose à se dire apparemment - et hop c'est le baiser de cinéma en attendant patiemment le fondu qui, heureusement, ne tarde  point à venir.  Un voyage en train, on pense subrepticement à La Bête Humaine mais on ne fait justement qu'y penser. Raf, sur un coup de grisou, de balancer comme un sac de patates le Camille hors du train et c'est le drame... Cela dit, on ne s'attendait pas vraiment à ce que le Raf réfléchisse vu la finesse psychologique dont il avait fait preuve jusqu'ici (il a tout de même l'art, j'avoue, de se cacher derrière une porte ultra incognito : si je penche la tête vers la porte, elle pourra po me voir, malin!). Nos deux amants n'osent plus rien faire - cool, cela évite une autre scène d'action - et attendent patiemment leur heure et la fin du film avec nous. Un petit-maître chanteur, donc, pour la route, histoire de relancer ce couple à nouveau uni dans l'adversité avant que le destin s'acharne - une seconde scène d'action, bravo! (Raf Vallone portant secours à un blessé, une séquence à montrer dans toutes les écoles... de secouristes, pour illustrer ce qu'il ne faut pas faire - comme quoi, il y a toujours quelque chose à garder dans un film). Bref, le Marcel me laisse, avec ce film, terriblement dubitatif alors que je reste persuadé que, moi aussi, dans le temps, il m'a parfois fait rêver. Sûrement po avec Thérèse, cela dit...   

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13 juin 2009

Le Quai des Brumes de Marcel Carné - 1938

vlcsnap_421356C'est bien joli, ce Quai des Brumes, mais ça ne fait que confirmer une nouvelle fois la chose : Carné est désormais plus attachant par la nostalgie qui émane de ses films (l'effet "aaah le cinéma d'avant, quand même, on a beau dire...") que par les films eux-mêmes, souvent maladroits et assez plats. Ce serait méchant de parler comme ça de cette romance dramatique de belle facture, mais on ne peut s'empêcher de sourire gentiment aux tentatives de tragédie timidement proposées ici : Carné n'est pas un tragique, et jamais il ne parvient à la puissance d'un Renoir dans ce film qui se voudrait pourtant aussi social et noir que La Bête Humaine.

Tout est bien fait là-dedans, mais rien n'est génial : les acteurs sont très bien, malgré un Gabin qui en fait quand même suffisamment dans la première moitié dans son rôle de parigo dépressif (ses accents et sa gouaille sonnent un peu faux pour une fois, et Dieu sait pourtant que j'aime ce comédien). Les autres sont impeccables, Michèle Morgan en jeune première légèrement quiche éclairée en biais, Michel Simon en vieux jaloux moche, Pierre Brasseur en petite gouape lâche, et surtout Le Vigan génial en suicidaire au grand coeur (il a les meilleures répliques). Mais toutes ces stars sont quand même cantonnés à leur répertoire habituel, et on leur en vlcsnap_394775voudrait de ne pas être bons quand il s'agit de rejouer éternellement la même chose. La photo aussi est jolie, un noir et blanc élégant qui rend bien l'ambiance brouillardeuse des décors de trauner (Le Havre, ses docks, ses bars de la Marine), mais elle est aussi très datée, un peu comme ces portraits de photographes des années 30 qui trouvaient toujours la bonne lumière pour éclairer un regard ; elle finit par créer un univers un peu lisse, peu crédible, trop glamour, là où on aurait pu espérer un peu de crasse. Les dialogues de Prévert sont bien entendu finauds et bien balancés ("mieux vaut avoir ma tête que pas de tête du tout", dit par un Michel Simon mochissime, c'est drôle), mais là aussi ancrés dans une tradition du bon mot qui paraît un peu soûlante à force. Tout est bien, mais tout est lissé, trop joli, trop bourgeois finalement.

Là où par contre je continue à douter réellement du talent de Carné, c'est dans la mise en scène, et surtout ici dans le montage. On ne compte plus les faux raccords qui font sortir complètement de situations qui méritaient pourtant le plus de précision (les dialogues Gabin-Morgan, au cours desquels on ne comprend vlcsnap_341528jamais comment les deux acteurs sont placés, au cours desquels ils ne se regardent jamais réellement, sauf dans la très belle séquence du "T'as d'beaux zyeux"). Par ailleurs Carné ne sait absolument pas gérer les actions simultanées : le final où il doit monter en parallèle le départ de Gabin pour le Venezuela et une dispute entre Michel Simon et Morgan est absurdement amené, sans rythme, sans mouvement. C'est très maladroit, filmé à la va-vite et sans personnalité. On fermera les yeux en reconnaissant qu'on passe un moment diablement romantique à suivre les déboires gentillets de ce couple d'une nuit, et par respect pour le vieux Carné qui fait tout ce qu'il peut pour donner du bonheur aux spectateurs français en des temps troublés...

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10 avril 2009

Drôle de Drame de Marcel Carné - 1937

vlcsnap_48649Comme j'adore me faire conspuer par nos lecteurs outragés, encore un petit détour vers le cinéma de Marcel Carné, histoire de chercher la petite bête. Bon, là, ça sera sûrement plus calme : j'ai bien aimé Drôle de Drame. Pas tant grâce à Carné, remarquez : le film est absurdement monté, plein de trous de récits absolument incompréhensibles, construit franchement à la va-vite. Difficile de suivre les personnages dans leurs aventures, les caractères se métamorphosant sans logique au cours du film. Mais baste : c'est aussi ça qui fait le charme bon-enfant du film. Carné et sa petite bande se foutent joyeusement de faire un grand film ; ils veulent faire rire, et la psychologie, la logique ou même l'histoire sont totalement sacrifiées au pur goût du gag.

vlcsnap_41064Ca pourrait d'ailleurs être un naufrage sans nom de ce côté-là : Drôle de Drame est une comédie de boulevard pas toujours très fine (Louis Jouvet en kilt, ouarf ouarf ouarf), bête comme tout. Mais les comédiens sont tellement extraordinaires que tous ces gags lourdosses passent avec une magie renversante. Voir Michel Simon chanter "Dormez, dormez, petits pigeons", Louis Jouvet jouer les gardiens de la morale ou Jean-Louis Barrault disserter sur l'importance de tuer les bouchers, on a beau dire, c'est très drôle. Le film ménage à ces comédiens toute la place qu'il leur faut, faisant se succéder des situations de comédie taquines qui leur permettent de donner libre cours à leur talent. La palme, c'est bien entendu Michel Simon : on connaissait son génie, mais là il est plus qu'éblouissant. Il lui suffit de prononcer le mot "mimosa" pour qu'on éclate de rire (faut le voir), et Carné s'attarde d'ailleurs très souvent en gros plans sur lui. Il a bien raison : la construction de son vlcsnap_80343personnage est géniale, alors même qu'il a l'air de traiter ça par-dessus la jambe. Mélange de cabotinage total et de vérité intérieure, son petit personnage est immortel, et Simon sait y ajouter de tous petits détails hilarants (sa façon de terminer ses phrases par des "voui, voui" tout timides, son jeu de mains et de regards, sa démesure parfois). Avec un tel acteur, on se fout complètement de l'histoire : on s'incline avec respect. Françoise Rosay en rombière n'est pas en reste, ni Jean-Pierre Aumont en laitier dans un rôle moins directement drôle et auquel il arrive à donner une belle fantaisie.

Ajoutons que pour cette fois, les dialogues de Prévert sont charmants (les monolovlcsnap_67841gues du commissaire de Scotland Yard, très drôles), et que la transparence de la mise en scène habituelle de Carné se transforme ici en sobriété, ce qui n'est pas dommage. Il s'éloigne de ses lourdes reconstitutions (Les Enfants du Paradis) pour se consacrer uniquement au plaisir de la comédie, et il y est plus à sa place. Et il est un peu plus inspiré quant à ses mouvements de caméra : les champs/contre-champs lors de la confrontation Jouvet/Simon ("Bizarre, bizarre...") sont assez joliment montés. Bref, un vrai plaisir sans conséquence, un film d'acteurs enlevé et bon-enfant, rien à dire, c'est du beau travail.

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07 mars 2009

Les Enfants du Paradis de Marcel Carné - 1945

vlcsnap_24065Il est comme ça des mythes dont on s'est mis en tête depuis toujours que leur réputation était justifiée, sans prendre la peine de revenir dessus. Mais bon, histoire de vérifier, je viens de revoir cette légende du cinéma français. Le constat est dur : Les Enfants du Paradis, c'est pas terrible. On comprend bien pourquoi ce film a fait le tour du monde, s'attirant de plus en plus de fans : c'est joli tout plein, rempli de sentiments purs, ça donne une image de Paris et des Français toute désuète et gentillette, et c'est en plus écrit par Prévert. Tout pour plaire au plus grand nombre, donc. Mais si on regarde ça avec des yeux d'aujourd'hui, on ne peut que soupirer.

3 heures de bons mots ("Paris est tout petit pour des gens qui s'aiment comme nous d'un si grand amour", c'est si génial que ça ?) distillés par des comédiens au jeu dépassé, on a beau dire, ça fait un peu mal. On s'ennuie comme un rat mort devant ces péripéties attendues d'une poignée de vlcsnap_300238personnages tourmentés par l'amour précieux, et si à chaque poste on trouve du beau monde (Trauner au décor, Kosma à la musique, Barrault, Brasseur, Arletty et toute la clique des acteurs de l'époque à l'interprétation), jamais on ne sort de ce cinéma de papa poussiéreux et finalement bien fade. La faute surtout à Carné lui-même, qui se comporte souvent comme un simple enfant émerveillé devant la splendeur de ses décors ou la réputation de ses comédiens : le film n'est pas dirigé, mis en scène au plus court, toujours au service du seul scénario alors qu'on attendait un vrai regard. J'ai eu beau ouvrir les yeux, je n'ai pas trouvé un seul parti pris dans cette mise en scène sans caractère : de plats champs/contre-champs, des lumières complètement dans la veine de l'époque (ces rais de lumière qui tombent sur les regards, c'est joli, mais tout le monde le fait dans les années 40), des scènes de foule habituelles, et surtout toutes ces séquences au théâtre filmées comme des clichés (un acteur sur scène, le public qui réagit, et on continue dans cette mise en scène binaire pour chacune de ces séquences).

vlcsnap_164399Quant aux acteurs, il sont certes attachants, mais comme témoins d'un type de jeu qu'on n'ose plus imaginer : si Brasseur est vraiment drôle en cabotin à panache, les autres semblent sortis d'un catalogue de clichés (sûrement parce que leurs personnages manquent de profondeur, sont souvent d'un bloc) : Barrault en mime forcément rêveur, Casarès en amoureuse mélodramatique, Herrand en criminel dandy grand crin, ou Modot en faux aveugle sorti du théâtre de Brecht, on a l'impression de les avoir déjà tous vus ailleurs, comme des caractères de comedia que Carné n'arrive pas à renouveler. Peut-être est-ce pour montrer que le monde est un théâtre peuplé des mêmes marionnettes que sur scène, mais ça ne marche pas, ça déshumanise ces personnages. Les acteurs en font trop, leurs dialogues sont trop écrits, trop à l'esbroufe. Quant à Arletty, elle semble figée dans ce personnage un peu plus intéressant de fille du peuple désabusée : son visage a l'air de cire, elle manque totalement d'expression (surtout face à ses partenaires très cabots). C'est une époque, je le reconnais, et c'est vrai que Les Enfants du Paradis est intéressant dans son côté documentaire : comment jouait-on en 1945 en France ? Mais quand on pense qu'à la même époque, Renoir avait déjà signé maints chefs-d'oeuvre, on soupire devant ce vieux vieux vieux cinéma académique.

Bon, je reconnais que le film peut amuser et captiver quand il s'attvlcsnap_18864aque au sujet purement historique du théâtre : il enregistre avec malice la métamorphose du spectacle à l'époque, l'invention d'un théâtre moderne, et surtout les difficiles relations du théâtre populaire et du théâtre littéraire. On sent bien l'effervescence qui régnait sur les boulevards parisiens en ce début de XIXème siècle, et l'importance que revêtait la création d'un nouveau spectacle pour l'ensemble de la population. Comme théâtreux, c'est vrai que c'est un beau témoignage de la puissance de la scène sur le peuple. Mais à part ça, et c'est complètement subjectif (n'allez pas encore une fois vous offusquer dans les commentaires), Les Enfants du Paradis m'est tombé des yeux.

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05 février 2009

L'Air de Paris de Marcel Carné - 1954

lairdeparis14Mon estime pour le Marcel Carné d'avant-guerre n'est déjà guère mirobolante, mais alors je confirme ce que pense le plus grand nombre : ses productions d'après-guerre sont carrément mauvaises. Dans un bon jour sûrement, j'ai voulu donner une chance à L'Air de Paris, que je ne connaissais pas. Je m'en mords les doigts. Pourtant, à l'affiche, un de ces couples mythiques dont on se dit que même dans un mauvais film ils ne peuvent être que bons (Arletty et Gabin), et une histoire de boxe, sport pour lequel je confesse un intérêt coupable. Le résultat est d'une paresse sans égale, une interminable histoire d'amitié/amour languissante et poussive, et un aveu de fin de carrière assez triste.

air3Carné veut donc reconstituer ce duo d'acteurs de grande mémoire (le même que dans le beau Le Jour se lève), et imagine même une astucieuse histoire de passation de pouvoir entre générations : Gabin est un entraîneur de boxe qui prend sous son aile un jeune ouvrier parigo, et on ne peut s'empêcher de vois là-dedans un ancien grand acteur passer le relais à la jeune génération. Manque de bol, le jeune en question est un acteur très mauvais, et du coup le message ne passe pas. Avec tous ses tics d'acteur qui n'a plus rien à prouver, Gabin est dix fois plus charismatique que ce fade blondinet sans présence. On se raccroche aux rares scènes avec Arletty (figée), dans lesquelles les dialogues sont enfin un peu mignons, dans lesquelles la complicité éclate enfin. A part ces quelques passages, le film se traîne, jamais sur le bon rythme, jamais intéressant, toujours attendu.

lairdeparis13Le titre annonçait au moins un portrait de Paris, et on attendait Carné sur ce sujet : mais de Paris, point, à part quelques accents argotiques exagérés et une reconstitution folklorique d'un quartier populo en studio. Carné préfère se concentrer sur cette amitié virile (à la limite du crypto-gay, dirais-je), et a tort : les plans sont trop longs, les personnages caricaturaux (surtout les riches), et la mise en scène transparente. Carné n'a jamais dû entendre parler de l'ellipse, et filme sagement TOUT, sans jamais faire confiance au cinéma : si le téléphone sonne, on a droit à un bon vieux gros plan sur ce téléphone, pendant 16 minutes (estimation personnelle) ; si un personnage quitte une pièce, la caméra le suit jusqu'au bout du bout du fermage de porte. On n'est pas des idiots, non plus, Marcel, on peut imaginer les choses. Quant aux matchs de boxe, ils ont le mérite d'être assez réalistes, mais Carné ne coupe jamais, laissant se dérouler les combats pendant toute la durée des rounds ; comme on est dans une boxe très à l'ancienne (400000 coups de poings/seconde), c'est terrassant d'ennui. Bref, une horreur quasi-totale, juste rattrapée par une tendresse entre les deux vieux acteurs.

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