21 février 2012

Fin de Concession de Pierre Carles - 2010

VIDEO-Fin-de-concession-Pierre-Carles-contre-TF1-qu-en-pensent-les-critiques_image_article_paysage_newDernier (?) volet de la trilogie carlesque consacrée aux médias, Fin de Concession est un étrange objet malade et bancal, passionnant par endroits, un peu gênant à d'autres. Mais comme il porte en lui sa propre critique, c'est difficile de charger le bon Pierre Carles : le film est une sorte de constat de défaite, un bilan complètement désenchanté de 15 ans de combat anti-télé commencé avec Pas vu Pas pris, et qui se termine ici dans une amertume prégnante. Le projet initial : retourner une nouvelle fois au front pour dénoncer le renouvellement automatique de la concession de TF1 depuis sa création. On part d'un film montrant l'audition de Bouygues, Tapie et consorts pour obtenir la concession (avec promesses de chaîne culturelle parfaite, opéras, théâtre, création française), et on suit tout le cursus des concessions (au second sens du terme) que l'état et les instances audiovisuelles ont accepté pour que TF1 devienne l'empire inattaquable d'aujourd'hui. Ça, c'est donc le projet de départ. Mais, fidèle à son style "work-in-progress", Carles regarde peu à peu le film lui échapper, et on assiste en direct au naufrage de ce projet. Le responsable : lui-même. Carles est devenu trop connu, la télé sait maintenant parfaitement gérer les critiques, sait même faire entrer ses trublions directement dans son système, et le résultat est cinglant : à chaque fois que Carles attaque, il est au mieux ridicule (une salve d'insultes de collégiens lancée à un Franz-Olivier Giesbert complètement indifférent), au pire récupéré : Cavada, Pulvar ou Lucet connaissent leur Carles sur le bout des doigts et le manipulent à loisir, usant du charme et de la flatterie en maîtres. Le film, finalement raconte ça : le renoncement, la nécessité de changer les angles d'attaque, et l'impossibilité de rester un rebelle dans le monde hyper-cadré de la célébrité.

arton10917-ef015Le cinéaste s'en met honnêtement plein la gueule, allant jusqu'à filmer sa productrice désespérée par le résultat, regardant dans la longueur ses pitoyables tentatives de faire son rebelle. Attaquer une petite chaîne câblée en Uruguay, s'en prendre à un Mougeotte malade et vieillissant, tenter par tous les moyens de rencontrer Chancel dans l'unique but de l'éreinter, c'est pas très glorieux, et le gars ne cache pas ces combats de pacotille. Il s'interroge même plus profondément et plus intelligemment sur sa fascination pour les célébrités, sur le sens de sa colère, sur le vrai but de son cinéma. Du coup, Fin de Concession a un aspect presque mélancolique, malgré son humour, ça sent la fin de quelque chose, et le montage entre le premier film de Carles et celui-ci n'est pas vraiment à la gloire du dernier. Revenu de tout, le gars réalise une dernière demi-heure gênante, et de ce fait intéressante : puisque désormais il ne peut plus s'attaquer aux acteurs de la télé par le biais du piège rhétorique et de la discussion, il prend ni plus ni moins le maquis, et devient un vrai militant révolutionnaire. Il va faire des repérages devant le siège du "Dîner du siècle", rassemblement de journalistes, de politiques et de dirigeants, pour en perturber le déroulement avec de vraies manifs ; il arrête les présentateurs de télé directement dans le hall de la chaîne ; ou, acte ultime et ridicule, il repeint le scooter de Pujadas en or, dans un moment dérangeant à mort, entre provocation à deux balles et vrai vandalisme punk. Le film est rempli d'images d'archives délicieusement caustiques (Sarko jeune qui défend TF1, Tapie qui donne des cours de com à Bouygues...), et d'interviews virulentes (Mélenchon, Montebourg), mais c'est une tristesse sourde qui reste en tête après ces deux heures d'auto-critique. Où Carles va-t-il aller maintenant ? Je dirais soit en dépression, soit dans le maquis.

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15 février 2012

Guérilla française de Pierre Carles et George Minangoy - 2011

19553926_jpeg_preview_mediumL'assassin revenant toujours sur les lieux de son crime, voici Pierre Carles qui retravaille son film Ni Vieux ni Traîtres consacré à la lutte des membres d'Action directe dans les années 80. Nouveau montage, nouvelles images, débat plus large. Le sujet n'est pas lisse, c'est le moins qu'on puisse dire, puisque, à travers les portraits de ces anars aujourd'hui vieillissants, le film pose la question de la légitimité de la violence dans la lutte révolutionnaire, allant jusqu'à interroger la justification de l'assassinat de Georges Besse, patron de Renault, en 1986. Carles se tient prudemment en retrait de son propre film, laissant les différents protagonistes s'exprimer dans la longueur, et il fait bien : écouter les souvenirs de ces radicaux, qui racontent en rigolant les braquages de banque et autres actes dans le genre, suffit largement à déclencher les questions, sans qu'il soit nécessaire d'en rajouter. C'est la grande qualité du film : montrer, écouter, et nous laisser le soin de réagir à ce qu'on entend. Sur un sujet aussi brûlant, on apprécie ce maniement de pincettes.

1Sans vouloir prendre le parti de l'un ou l'autre camp (celui des victimes, celui des terroristes), force est de reconnaître que l'absence de concessions totale de la part des gusses de l'époque force le respect. Les témoignages ont beau parfois frôler la rigolade pure, on sent l'intransigence qui a habité et habite encore ces combattants, tout aussi indignés aujourd'hui qu'à l'époque par le système capitaliste, le patronnat sans pitié et les injustices en tous genres. Le témoignage du "cerveau du groupe", Jean-Marc Rouillan, en prison jusqu'à la fin de sa vie, est extraordinaire de tension : il ne se renie jamais, reste un pur et dur, alors que ses conditions de détention frôlent le délire (9 ans enfermé seul sans voir personne, diable). Sa voie d'outre-tombe fait vraiment froid dans le dos, et sa fidélité à ses idées de jeunesse ne peut que déclencher une certaine admiration. Il est d'ailleurs beaucoup question de jeunesse et de sincérité tout au long de ce doc : les compères qu'on voit à l'écran, qui passent tantôt pour de gentils potaches, tantôt pour des anarchistes assez effrayants, évoquent le passé avec nostalgie, racontent leur conviction avec bonhommie ; mais quand l'interview pousse un peu plus profond, le film est vraiment politique, humain, assez vaste. On écoute ces discours politiques avec fascination, et on constate en même temps le vieillissement des corps, qui évoque une certaine perte des idéaux, un certain assagissement 19554056_jpeg_preview_mediumde la société toute entière (la très belle interview de cette ancienne d'Action Directe mise en face de ses actes, et qui est entre conviction et larmes). C'est vrai que Carles ne donne pas la parole aux victimes, comme le fait remarquer un spectateur du film (Carles inclue les réactions à la projection dans le film lui-même), et que du coup Guérilla Française apparaît presque comme une adhésion hagiographique aux actes d'Action directe. Mais après tout, attendre de Carles de l'objectivité serait passer à côté de son cinéma. Ce qui importe, c'est de voir ainsi un groupe de révoltés maintenir leur colère à travers temps, et affirmer haut et fort leurs convictions (et leurs actes excessifs) de jeunesse. C'est forcément discutable, mais c'est aussi touchant, effrayant, glaçant, culpabilisant, révoltant et captivant. Oui, j'ai aimé, donc...

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14 février 2012

Choron Dernière de Pierre Carles - 2008

G17795_468734972Le trublion Pierre Carles s'efface pour une fois derrière son sujet, et il faut dire que le sujet prend suffisamment de place : le professeur Choron, sa vie son œuvre, ses blagues de cul salaces, ses provocations parfois incontrôlées et ses vrais-faux amis de Charlie Hebdo. Vrai plaisir que de re-voyager un petit coup le long de l’œuvre du vieil anar, vrai punk comme on n'en fait plus : c'est l'occasion de vérifier que la plupart des vannes du gars ne pourraient absolument plus passer aujourd'hui, que ce soit en presse ou à la télé. C'est raciste, misogyne, anti-handicapés, anti-bon goût, pour tout dire révoltant, et de ce fait délicieux, mais les mœurs ont bien changé depuis Hara-Kiri, aucun doute. En tout cas, on se tape franchement sur les cuisses à la découverte des inventions du gars, qui vont des meilleures (le cul-coquetier, amis de la poésie bonsoir, c'est pas mal) aux pires (ses provocations gratuites et gênantes contre Act-Up et les malades du sida). On sent bien sûr Carles jubiler à se plonger ainsi dans les archives de son compagnon d'esprit, et le film est sincère, réellement plein d'admiration.

wolinskyL'admiration, cette fois-ci, va presque jusqu'à un certain angélisme de la part de Pierre Carles, bien étonnant de sa part... Le dernier tiers du film par exemple, est franchement niais : on y voit Choron dans ses derniers jours revenir dans le village de son enfance et se livrer à une série de souvenirs larmoyants qui font perdre toute crédibilité à la première heure : consensuel, légèrement sénile, il apparaît comme un gentil pépé, et on le préfère franchement en punk. On veut bien lui concéder des choses la vieillesse aidant, mais pourquoi consacrer tant de bobine à cette pénible image du provocateur ? Et puis on préfère aussi quand Carles est plus polémiste, cède moins aux facilités. Ici, à part quelques attaques bien senties contre les anciens amis (Wolinski, Cabu et consorts en ressortent bien peu glorieusement, les gars sont vraiment gênés, ou même dédaigneux, quand il s'agit de réfléchir aux raisons pour lesquelles ils ont abandonné leur pote de jeunesse), à part une très belle séquence où Cavanna reconnaît qu'il a été un peu léger en suivant le troupeau et en coupant les ponts avec Choron, Carles ne dit rien. Il ne fait que réaliser un portrait, certes plaisant, du gars. On apprécie de voir Philippe Val et sa bande monter glorieusement les marches de Cannes, sur lesquelles Choron aurait sans doute pissé copieusement, et on frémit de voir combien le système a miné toutes ces anciennes figures de la contestation "bête et méchante" des débuts, mais on aurait aimé que le film aille les titiller plus en profondeur, les fasse "rendre gorge" comme sait le faire Carles parfois. On aurait aimé aussi qu'il prolonge le portrait jusqu'à l'après-Choron, qu'il s'en prenne aux nouveaux "provocateurs" en regard de ce que fut Choron, et qu'il réalise plus d'images à lui plutôt que de s'en remettre aux archives. Du coup, le doc est légèrement passéiste, un peu compassé, et se laisse bouffer par son sujet. Intéressant, mais pas du Pierre Carles.

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29 mars 2008

Attention Danger Travail de Pierre Carles, Christophe Coello & Stéphane Goxe - 2003

aff_danger_travailVoilà un film bien subversif, et qui fera grincer des dents à n'importe quel sujet de sa Majesté asservi aux règles de notre bonne vieille société de croissance et de profit. En s'attaquant au monde des chômeurs, Carles réussit son meilleur film, choisissant pour la première fois de s'extraire de la mise en scène : ses propres opinions, même si elles apparaissent avec éclat dans ce montage habile et insolent, passent au second plan, et il décide de réaliser un "vrai" documentaire, de façon en tout cas beaucoup plus objective que pour ses autres films.

Attention Danger Travail est une merveille d'impolitesse et d'engagement, et de plus un film captivant et très varié. Carles monte en parallèle des témoignages de chômeurs heureux, ayant fait de leur refus de travailler une philosophie de vie, et des bouts de films montrant les horreurs du monde du travail : "clips" sur le travail à la chaîne, publicités propagandistes mettant en valeur le sens du sacrifice des travailleurs (dont une à la Société Générale, où on vante les petits Kerviel de l'époque, très drôle), ou reportages dans des boîtes de lavage de cerveaux : Domino's Pizza ou une entreprise de vente par téléphone. Il y a aussi un petit film sur des chômeurs qui piquent de la bouffe chez Leclerc (grand moment révolutionnaire) et une conférence d'un sociologue qui met en lumière le danger du discours habituel du "travailler pour être heureux".

Carles jette sa petite pierre dans l'immensité de l'océan mondialiste, mais cette petite pierre est plus que nécessaire. La mise en miroir de tous ces petits films finit par imprimer une marque rageuse dans le cerveau : et si, effectivement, la société nous mentait en mettant en place le culte du travail ? Et si il était possible de vivre sans bosser, et non seulement possible mais souhaitable ? Une fois de plus, le cinéaste va à l'encontre de la pensée de masse, et fait merveille. Les témoignages sont si pertinents, les protagonistes si lucides par rapport au monde, qu'on finit par être d'accord avec eux, et on ressort de ce film avec une petite vibration révolutionnaire à l'intérieur. Le wcqutsociologue n'hésite d'ailleurs pas à comparer la lutte pour l'émancipation par rapport aux valeurs économiques avec la prise de la Bastille, pas moins. La révolte est tranquille, mais bel et bien là, et sans les postures de chien fou parfois gavantes chez Pierre Carles. Pour une fois, il se calme, filme posément, monte avec professionnalisme et intelligence, réalise un vrai brûlot d'autant plus fascinant qu'il est rigoureux. Bien sûr, c'est sa marque, le film est subjectif, grinçant, agressif ; mais comment faire entendre un tel discours sans en passer par là ?

Véritable ode au bonheur et à la liberté, Attention Danger Travail est plus que nécessaire. Si tout le monde voyait ce film, nos gouvernants se sentiraient légèrement en danger. Primordial, engagé, punk, joyeux, et inratable.

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28 janvier 2008

Enfin Pris ? de Pierre Carles - 2002

235A la suite de Pas Vu Pas Pris, Pierre Carles vient titiller son ex-compagnon de route Daniel Schneidermann, qu'il accuse d'avoir méchament retourné sa veste de polémiqueur acerbe en construisant son émission "Arrêt sur Images". Une fois encore, l'attaque est à l'arme lourde, Carles montant en parallèle des interviews sirupeuses et polies de Jean-Marie Meissier par Schneidermann et de virulents entretiens de jeunesse du journaliste (une gênante provocation à l'encontre de Sege July dans "Apostrophes" notamment).

Cette fois, ça ne fonctionne pas très bien : Enfin Pris ? vire très vite au pugilat personnel, pour des raisons aussi minables que le refus de Schneidermann de consacrer une émission à Pierre Bourdieu, dont Pierre Carles est un admirateur. Sous prétexte de démontrer que le vrai discours critique est impossible à la télé (et il n'a sûrement pas tort sur ce point), Carles démonte son camarade avec une rage et un parti-pris qui agacent. Petit à petit se dessine là aussi un autoportrait de Carles, mais cette fois guère à son avantage : le cinéma n'est pas le lieu pour régler ses bagarres de cour de récréation. Enfin Pris ? ne résoud rien, n'a pas de vrai discours, mis à part le fait qu'effectivement l'exposition médiatique peut mener à un renoncement de ses convictions d'antan. Le film est assez emmerdant, parce qu'il est mal monté, mal rythmé, mais surtout parce qu'il devient vite une simple insulte à Schneidermann, sans devenir un manifeste sur la fidélité morale, ou un document sur le renoncement, ce dont il semble bien avoir l'ambition. 

bourdieu2Restent certes des passages assez captivants : la parole de Bourdieu, immensément mégalo mais d'une intelligence et d'une simplicité totales (sa petite déclaration d'amour aux "bêtises des adolescents d'aujourd'hui" est très émouvante) ; une séance chez le psy, au cours de laquelle Carles voudrait dresser le portrait psychologique de Schneidermann et se retrouve à se poser des questions sur lui-même (énorme personnage que ce psy érudit et barjot dispensant ses pensées sybillines avec l'air de ne pas y toucher) ; et des extraits d'un film inachevé de Carles sur une garden-party à l'Elysée, vrai moment d'insolence celui-là. A part ça, trop de parti pris qui tue la thèse, et un film dispensable parce que muet.

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Pas Vu Pas Pris de Pierre Carles - 1998

arton2489Le voilà enfin, le fameux brûlot légendaire, le serpent de mer circulant sous le manteau, le film "pas vu à la télé" devenu célèbre justement par le fait que toutes les chaînes ont refisé de le diffuser (à part la RTBF, apprend-on dans le film). Il faut reconnaître que Pierre Carles est plus habile dans le maniement du tomahawk que dans celui de la cuillère à thé : il livre avec Pas Vu Pas Pris un documentaire honteusement subjectif, une sorte de skud dans la face des décideurs de la télé, des plus lisses (Villeneuve, Benyamin, Chancel) aux soi-disants plus libres (Karl Zéro, Field ou de Greef).

Partant d'un document volé montrant Mougeotte copiner avec François Léotard, il décide de questionner les rapports entre pouvoir politique et médias, et notamment les liens éventuellement amicaux qui relient les uns aux autres. En creux, on devine que c'est la question de l'objectivité journalistique qui l'intéresse. Armé de son petit magnétoscope, il va à la rencontre des "stars" du journalisme, leur montre ce petit film, et les interroge sur les raisons pour lesquelles celui-ci n'a jamais été diffusé, sur l'auto-censure, sur les tabous à la télé. Cette partie-là de Pas Vu Pas Pris est certainement la moins passionnante : le document de base est somme toute peu intéressant, et on sent Carles un peu mal à l'aise dans sa volonté butée de le faire parler coûte que coûte. Il démarre son film avec une thèse, et fait tout pour que les personnes interviewés corroborent cette thèse. Or, il se trouve qu'eux aussi sont moyennement captivés par la question, et il apparaît clairement que le projet de base est raté, comme le disent les patrons de Canal+ qui avaient commandé le reportage.

Par contre, ce qui est réjouissant, et même renversant, c'est la deuxième partie du film : voyant son film refusé partout, Carles se met en tête de faire chier tout le monde : il appelle Karl Zéro pour lui proposer un sujet sur les médias et Chirac, il revend sous la manteau son film à la télé belge, il piège Philippe Dana en enregistrant ses conversations sans le prévenir... Bref, les méthodes sont résolument discutables, etimage donnent donc des résultats magnifiques. C'est là le ton-Pierre Carles : peu importent les moyens, pourvu qu'on ait le petit bout de conversation douteux, le plan sur la goutte de sueur du patron de chaîne, le mot en trop qui étayera son propos. Ca donne notamment un pur scandale, entendu dans la bouche de Zéro : le pourfendeur de la langue de bois y apparaît encore plus véreux que ses collègues, et met sans le vouloir le doigt sur le point crucial du projet de Pas Vu Pas Pris : parler librement à la télé est chose impossible. En véritable électron libre, Carles affirme son indépendance totale, son impolitesse énorme quand il s'agit de traquer la vérité. Les plans sur ses coups de téléphone aux instances dirigeantes sont nombreux, et apparaissent comme une sorte d'auto-portrait d'un homme libre avide de vérité, traquant la faux-culterie comme un vrai chasseur. Son film ne sera jamais vu ? Peu importe : il aura gardé son intégrité d'enquêteur, son regard subjectif et ravageur, se mettant à dos l'ensemble de la profession. Il y a dans ce film un vrai danger, celui de dire sa vérité (ou UNE vérité, je veux bien le reconnaître) en dépit de tout le monde. Ce film est une bombe dans le champ morne du documentaire classique.

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26 mars 2007

Volem rien foutre al païs de Pierre Carles - 2007

18746843Voilà un petit documentaire qui fait chaud au coeur, honteusement d'extrême-gauche, délicieusement foutraque, qui remet à l'ordre du jour des notions aussi importantes que l'auto-gestion, la révolution, le marxisme, la lutte des classes et les toilettes sèches.

Volem rien foutre al païs parle de la consommation à travers des témoignages de gens qui ont décidé de s'opposer à elle, et de refuser le travail. Punks cultivant leurs jardins, collectifs espagnols brandissant des tracts anti-libéraux, communauté devisant de révolution en buvant des alcools douteuses, bricoleurs faisant tourner leur voiture à l'eau de source, journalistes demandant à Alliot-Marie de faire intervenir l'armée pour déloger des RMIstes, squatteurs hilares, voleurs fiers de l'être, tout un petit monde parallèle est filmé par Pierre Carles et ses complices pour démontrer la possibilité d'une économie autre. Et c'est furieusement jouissif. Quelques formules magnifiques : "Je travaille pour payer ma voiture, je paye ma voiture pour aller au travail", "Argent gratuit !", "Ce n'est pas de travail dont j'ai besoin, c'est d'argent", "Je laisse l'Etat dans les chiottes où je l'ai trouvé en entrant"; des images d'archive judicieusement montées (Sarko, Seillière, Pompidou, tous effrayants) ; des extraits du joyeux L'An 01 de Doillon ; des réflexions politiques pointues (les 12 statuts du prolétaire, il faut pas rater ça)... Carles mélange tout pour le meilleur et pour le pire. Certaines séquences sont parfaites de justesse, d'autres ne rajoutent pas grand-chose au schmillblick, d'autres encore auraient mérité un18743711 contrepoint. Peu importe : c'est justement le désordre libertaire du film qui en fait sa qualité, et sa mauvaise foi assumée.

Niveau réalisation, on est là aussi dans l'amateurisme le plus complet, avec des cadres qui partent en sucette (tous les interviewés sont coupés à mi-front, un peu soûlant), mais encore une fois ce côté "pris sur le vif" fonctionne très bien. On n'a qu'une envie en sortant de ce truc nécessaire et anar : faire la Révolution, et s'installer des toilettes sèches. Volem encore !

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