L'Homme de Fer (Iron Man) (1931) de Tod Browning
Petite incursion de Browning dans le monde de la boxe, avec un scénar terriblement attendu et des acteurs, les bras ballants, qui ne sont pas toujours au top de leur forme. A noter la présence tout de même de Jean Harlow, qui est non seulement infidèle mais également diablement vulgos... Enfin bon, elle n'était point encore une star et pouvait laisser totalement libre court à sa gouaille canaille. Pour le reste c'est du classique : un tout jeune boxeur est comme une chique depuis qu'il est avec Rose (notre Jean). Son manager le met devant le fait accompli : soit il reprend le droit chemin, sous sa coupe, et devient un champion, soit sa carrière est morte. Exit la Rose. Le manager reprend donc les choses en main et fait du kid le roi du monde - un beau parcours pas même entaché de corruption, du nickel. Mais Rose is back. Notre kid recraque et c'est reparti pour les conneries : il prend un melon çacomme, un appart grand comme le Ritz et la Rose de rouler le kid dans la farine en se baladant, sous son nez, avec son amant - le kid est aussi aveugle qu'une prune. Son manager veut lui ouvrir les mirettes, mais se voit débarqué par la Rose, qui a en plus le toupet de filer au kid son amant comme manager... Le kid est sur la mauvaise pente et devra finir par choisir entre la Rose et son manager.
C'est un peu plan-plan, les scènes où Jean flirte avec son amant sont du vaudeville à deux boules, le pauvre kid est complètement à la ramasse et prend un caisson en acier trempé à la hauteur de sa stupidité (un ptit jeune d'un bloc), quant au manager, il se met à picoler à défaut d'avoir son poulain (bel esprit)... Une petite phrase revient comme un leitmotiv, "Habille-toi, sinon tu vas attraper la grippe A", qui montre à quel point le petit couple manager/boxeur est beaucoup moins destructeur et plus sain que celui Rose/boxeur... Pas vraiment un film féministe, clair. Deux trois combats de boxe vite expédiés (se battent comme des chiffonniers sur ce ring !) mais qui pourraient avoir leur place dans une anthologie du genre. Voilà, on quitte le Tod par la petite porte, le reste de ses films visibles se trouvant dans les caves de cinémathèque... So long Tod.
Le Club des trois (The Unholy three) (1925) de Tod Browning
Intéressant de voir à quel point on retrouve dans cette histoire une foule de situations, de personnages, de rebondissements que Browning réutilisera ou recyclera dans les oeuvres à venir - ou qui a déjà servi par le passé. Un concentré de Tod en quelque sorte. La trame de base demeure basique : une association de malfaiteurs qui monte tout un bazar pour dérober un riche bourgeois. Après le coup, qui ne se passe pas super bien - le vol est émaillé d'un meurtre -, nos compères se cachent dans une cabane... L'heure des règlements de compte, des trahisons ou du repentir finira par sonner. Lon Chaney endosse cette fois-ci le rôle d'un ventriloque ce qui est tout de même vachement facile à faire dans un film muet (fallait oser, oui). On le découvre lors d'une foire - scène d'exposition classique chez Browning - entouré d'individus au physique "particulier" - une femme énorme, un Hercule, un nain super énervé (qui fout un coup de saton (excellent!) dans la tronche d'un enfant qui se moque de lui... po un drôle et on reconnaît au passage l'acteur craquant de Freaks), ces deux derniers étant les futurs associés de Lon - ouais un trio pas vraiment catholique d'où le titre. Dans la foule, l'associée de Lon, Rosie, qui, comme dans The Wicked Darling réalisé six ans auparavant, est une pickpocket.
Nos trois hommes vont monter un plan pas piqué des hannetons; Lon endosse les habits d'une grand-mère (Lionel Barrymore les renfilera dans The Devil-Doll) et tient un magasin de perroquets. Rosie joue sa fille, le nain se déguise en bambin - qu'il fait vraiment bien sauf quand il fume le cigare - et l'homme fort, ben lui il a pas de couverture, on n'a pas dû trouver de déguisement à sa taille. Dans le magasin, il y a un assistant qui
a l'air tout quiche et qui pourra toujours servir de bouc-émissaire si cela tourne mal. Le plan, accrochez-vous, c'est : primo, il faut vendre des perroquets à des gens riches (Lon, étant ventriloque, c'est lui qui parle à leur place pour amadouer le client (!!!!!)); ensuite, le client se plaint que le perroquet parle plus, forcément, du coup cela permet à Lon avec le nain/bambin de partir en repérage sur les lieux; et enfin, il s'agit de dérober le bourgeois... Oui, il y a de grosses lacunes dans le plan, mais on ne cherche pas vraiment à comprendre les finesses. La veille de Noël, nos trois larrons projettent de faire un coup mais Lon, déguisé en grand-mère, reste finalement auprès de Rosie, jaloux comme un pou de leur quiche d'employé qui fait les yeux doux à sa promise. La brute et le nain dérobent le butin, mais butent le proprio au grand dam de Lon; comme la police commence à fureter dans leur magasin (Lon se trouvait sur les lieux le jour même), ils décident de faire retomber tous les soupçons sur l'employé et partent se cacher dans une cabane au fond des bois... Problème : Rosie est vraiment tombée amoureuse de la quiche et propose un deal à Lon : il sauve la quiche, jugée pour meurtre, et elle restera toute sa vie avec Lon. Pendant la planque dans la cabane (on repense en particulier à White Tiger), les esprits s'échauffent, le nain ou la brute tentant des alliances pour supprimer l'un des partenaires et avoir une plus grosse part du butin. La situation se règlera en partie grâce... à un chimpanzé géant (!?) qui fera, comme dans Where East is East, un carnage... Quant au final, comme d'hab pourrait-on presque dire, ce tordu de Lon fera amende honorable et se révèlera grand-seigneur pour préserver une histoire d'amour...
Quelques séquences bien troussées : au niveau esthétique (les ombres immenses, du trio qui complote, qui se projettent sur un mur...), au niveau suspense (les bijoux cachés dans un mini éléphant, jouet du gamin, et dont se saisit l'inspecteur - une séquence également reprise dans The Devil-Doll), au niveau comique (le nain en bambin, au pied du sapin de Noël avec un casque de pompier sur la tête, qui est à deux doigts d'oublier qu'il a une clope au bec quand l'inspecteur se pointe...), au niveau bonne pâte (Lon, individu menaçant et grimaçant, qui sait se faire humble dans la séquence finale). "Des larmes et des rires" comme se plaît à le répéter Lon lorsqu'il interprète son personnage de ventriloque, Echo le bien-nommé, pour une oeuvre bien menée et circulaire - la boucle est bouclée, Echo reprenant son taff initial avec un peu plus de plomb dans la cervelle. Un film presque en forme de matrix de l'univers de Browning qu'il saura varier, avec plus ou moins de brio, par la suite.
Gentleman Gangster / Les Révoltés (Outside the Law) (1930) de Tod Browning
Remake donc de Browning, en parlant, de son propre film éponyme réalisé en 1920 avec le méchant microbe Edward G. Robinson à la place de Lon Chaney (et pourquoi, me direz-vous, il avait pas une bonne voix ? Ah non, il est tout simplement mort cette année même). Au niveau de l'intrigue, c'est encore presque plus épuré que la première mouture : un type qui s'amuse à faire l'automate, de jour, dans une banque, est contacté par Cobra (Robinson (rires), je l'aurais plutôt surnommé Orvet mais passons); le type préfère faire le coup en solo ou, plus précisément, uniquement avec la collaboration de sa compagne, Marie Nolan. Ils se cachent ensuite, le coup fait et réussi, pendant une grande partie du film, dans un appart où seul le gamin du voisin (un policier, aïe!) vient les divertir (même idée que dans la version de 1920 : le gars est attendri par le bambin mais pas la chtite Marie qui résiste... avant de succomber - seule nouveauté, le type part acheter une radio tellement ils s'emmerdent; certes une radio dans un film muet, ça le fait moins). Ils finissent par remettre en question leur vie "outside the law" (l'ombre d'un cerf-volant sur la moquette (une croix, oui, je sais que vous êtes po idiot) qui vient les rappeler à la raison, mouais) mais hésite finalement à se rendre. Il faudra un petit coup du sort (le policier blessé par Cobra) pour qu'ils rentrent dans le droit chemin.
Guère plus captivant que la première version sur le même thème; bien aimé quand même le geste de dépit de Marie Nolan quand Robinson, telle une couleuvre sûre de son charme, vient lui caresser la clavicule et que celle-ci se dégage brusquement avant de s'asperger avec une grosse bouteille de parfum qui se trouve sur son bureau - roooh le rateau de ta mère Edward ! Quelques séquences, ici ou là, commencent par de gros plans sur un élément de la scène avant de s'élargir (et?... ben, je sais pas, c'est un style...) sauf à la fin où, lors de leur procès, Browning, inspiré, ne cadre que les deux mains de ses deux héros se réconfortant : ils vont aller en prison mais cette petite chaleur humaine va leur permettre de traverser l'épreuve. C'est mignon comme tout...
Fast Workers (1933) de Tod Browning
Tod Browning laisse de côté l'exotisme et l'étrange pour la comédie de moeurs contemporaine et le résultat est... dramatique. Franchement, malgré trois acteurs qui tentent d'y croire (charmeur et bagarreur John Gilbert, bourru et naïf Robert Armstrong qui ne s'est pas encore remis de sa rencontre avec King-Kong, mignonnette Mae Clarke en fille "légère") et une première séquence relativement bien faite et impressionnante puisque nos deux gars travaillent en haut de gratte-ciel, le reste demeure d'un plan-plan terrible. John et Robert se tirent la bourre en dehors du boulot : l'un tente toujours de mettre l'autre dans une situation "ridicule" avec une gonzesse, juste pour le fun (lancer une pièce au passage d'une gonzesse pour qu'elle mette une baffe à
celui qui se trouve le plus près (forcément non coupable) pendant que le jeteur de pièce se fend finement la pipe, persuader l'un d'aborder une fille, apparemment seule, quand le compagnon de celle-ci vient de s'absenter : quand le compagnon revient, c'est baston assurée et le rire gras de l'autre qui avait vu le coup venir...). C'est déjà un peu lourdaud au départ. Arrive le plat principal : un jour, Robert tombe amoureux de Mae; ce qu'il ne sait pas c'est que cette dernière fricote avec tout le monde (notamment John) et qu'elle n'attend que le bon pigeon pour se marier. John, qui veut aider son pote (ah, l'amitié virile de l'ouvrier) prend des photos compromettantes de lui-même avec Mae pour que son pote se rende compte de sa boulette. Seulement quand il lui file les photos, l'autre est déjà marié... Oups. Robert est super vénère (on le comprend) et bien décidé à faire la peau de John sur leur lieu de travail - plus dangereux que s'ils étaient profs, forcément. En dehors du fait que c'est filmé tout platement, qu'on devine le scénar presque avant que le film commence et qu'on se demande le véritable intérêt de Browning de réaliser un tel film, la morale de la fin - dans le genre "faut se méfier des gonzesses qui bien souvent sourient à tout le monde pour se caser, heureusement que les hommes se serrent les coudes" - est un peu minable. Avec ce genre de film, on comprendrait presque pourquoi Browning a fini sa carrière dans l'oubli... Bien terne et convenu.
La treizième Chaise (The thirteenth Chair) (1929) de Tod Browning
Nous sommes au tout début du parlant et c'est bien la seule excuse de ce drame ultra théâtral (au pire sens du terme) qui se déroule autour d'une seule idée : une séance de spiritisme durant laquelle une vieille medium est censée permettre la révélation du nom de la criminelle - premier contretemps, il y a sa propre fille dans la pièce et la vieille est fébrile; deuxième contretemps, la personne qui a monté la séance et doit donner le nom du meurtrier est assassinée à ce moment-là... Argh. Comme on est dans le noir, ça complique le bazar même si on sait qu'au final, de toute façon, la criminelle finira par être celle que personne n'accuse. C'est poussif en diable et même si Tod change parfois l'angle de sa caméra, les acteurs ont pratiquement l'air de jouer le micro à la main... Heureusement la vieille médium, Madame Rosalie La Grange (Margaret Wicherly), se glisse dans cette vieille peau de spirite/détective avec un certain talent, et puis il y a Bela Lugosi en inspecteur, plus tordant que vraiment bon, pour être honnête; je passe sur l'accent trrrrrrès prrrrrononcé du gars, le plus craquant étant son air perpétuellement en colère, le sourcil questionneur en permanence, comme s'il allait mordre chaque témoin qu'il avait sous la main. Pas la peine de passer une audition pour jouer Dracula, on peut lui filer tout de suite après cette interprétation d'inspecteur inquisiteur (en plus, il ne sert pas à grand-chose (ses raisonnements logiques lui prennent des plombes, notamment lorsqu'il répète douze fois "Il y a deux Helen" - Ben ouais, vas-y accouche Lugo...), heureusement que la vieille est pleine de ressources...). La seule véritable bonne idée du film est les trois séances de spiritisme totalement dans le noir où tout repose sur la voix inspirée de la vieille et les cris d'angoisse des participants : Tod Browning réinvente la radio avec brio! Mouais, sérieusement, dans une salle de cinoche cela doit être sûrement un peu plus impressionnant, même si l'histoire n'a quand même absolument rien de vraiment intriguant. On retrouve en tout cas la volonté de Browing de démontrer que tout s'explique (les deux coups (pour dire "non") entendus par la vieille, toute seule, alors qu'elle questionne les esprits - et l'inspecteur d'entrer en trombe en se plaignant d'avoir frappé deux fois à la porte : mignon), que le surnaturel n'est jamais qu'une question de mise en scène (ah bon!?). Dommage qu'ici la sienne manque terriblement de feeling.
Miracles à Vendre (Miracles for Sale) (1939) de Tod Browning
Ultime film du Tod avec cette gentillette histoire de magiciens sur fond d'intrigue policière (ou vice versa). Un héros (Robert Young, un gars qui ne peut s'empêcher de sourire) qui est maître dans l'art de l'illusion (un parallèle à faire avec Tod... Bah, si vous voulez) se fait un devoir de tirer au clair des meurtres plutôt étranges et mise en scène de façon po très catholique... Comment se fait-il que le type soit mort alors que la chaîne de la porte était tirée à l'intérieur ? (énigme pour 5-6 ans); comment cet homme que l'on a croisé il y a trois heures a pu mourir étranglé il y a quatre heures ? (énigme pour ado si l'on ne remet pas en cause la précision du médecin légiste qui m'a tout l'air de dire n'importe quoi); comment se fait-il que notre héros n'embrasse point la petite blonde (Florence Rice, pimpante) alors qu'elle se jette dans ses bras constamment? (énigme pour adulte, vous allez au lit maintenant les enfants (le nombre de fins de films que je n'ai jamais eu la chance de voir, soit dit en passant...)).
Cela a un petit air de Cluedo qui ne mange pas de pain, avec en prime un humour bas du front (le père du héros qui critique New-York et sort des blagues à deux balles - s'adressant à une tête de squelette qui bouge la mâchoire : "Elle sait qu'elle est morte et elle parle encore, cela ne peut-être qu'une femme!" - lol), des tours de magie avec des effets spéciaux plus ou moins réussis (affreux le double coup de la sucrière, plus poétique l'apparition du mort "convoqué" par la médium) et d'incessants rebondissements en a peine une heure. Tod Browning quitte la (mise en) scène, reste à espérer qu'il gagne le ciel comme le père du héros dans l'ultime séquence, en véritable ange de l'étrange...
La Marque du Vampire (Mark of the Vampire) (1935) de Tod Browning
Browning se remake himself, puisqu'il s'agit de la version parlante de London after Midnight. Bien qu'il ne subsiste que des petits bouts de ce dernier, les décors gothiques et la présence de Lon Chaney plongeaient l'ensemble dans une bien troublante atmosphère fantastique. Je dois avouer que j'ai eu par contre beaucoup de mal à rentrer dans cette version : il y a certes la présence (assez fugace) de Bela Lugosi avec un bel impact de balle à la tempe, de Luna son assistante qui sort direct de la maison Adams, aussi en forme que si elle était coachée par Domenech, de Lionel Barrymore qui conduit l'investigation (il est pas vraiment servi par son entourage, au niveau des acteurs...) ainsi qu'une bien jolie photo très contastée. Au rayon des animaux qui font peur, on retrouve un hibou, des chauve-souris, un nuage de pitits cafards, toujours la fameuse grosse araignée en plastoc et une chauve-souris de studio qui bat joliment des ailes; plus surprenant la présence d'une grosse fouine au museau menaçant et surtout d'un lévrier afghan qui passe dans le cimetière - un squelette avec de longs poils, c'est pas idiot, faut reconnaître. Je trouve ceci dit que l'ensemble est quand même bien poussif, sans invention aucune au niveau de la mise en scène, certains acteurs (le jeune couple Irena/Fedor...) ont un jeu à faire peur pour le coup, et, malgré le petit twist final, l'enchaînement de l'intrigue est terriblement pataud et dénué totalement de rythme. Bref, c'est court, mais j'avoue qu'à mes yeux ce Dracula-là est loin d'être le meilleur des films de vampire (admirez le chiasme antinomique... mouais)
Révoltée (Outside the Law) (1920) de Tod Browning
Lon Chaney nous fait comme d'hab son numéro double (son spécial) en interprétant le saloupiot de bandit Black Mike Sylva - super vicieux avec sa mèche rebelle sur la fin - et le gentil coolie Ah Wing, Lan n'ayant point hésité pour l'occase à se brider les yeux comme un malade (c'est un peu grotesque mais cela ajoute un nouveau personnage à son palmarès). On retrouve une intrigue relativement commune chez Tod : un couple de voleurs se cache après son larcin et décide de faire ensuite son mea culpa. Si les règlements de compte au début du film - des coups de feu qui partent dans tous les coins d'une rue - ainsi que lors de la scène
finale (massacre dans un magasin de porcelaine chinoise avec un décor qui en tremble encore, cascades, bagarres de fous furieux...) bénéficient sans exagérer (mouais?) d'un montage à la Eisenstein - superbe sens du tempo, en passant en une micro seconde d'un personnage à l'autre -, le reste du film est tout de même beaucoup plus plan-plan. La rédemption de notre couple passe par la visite quotidienne d'un blondinet de gamin qui habite dans l'appart d'à côté : outre le fait qu'il regarde un max de fois la caméra, il parvient à attendrir facilement d'abord l'homme puis la femme, Priscilla Dean (beaucoup plus distante), en leur mettant les bras autour du cou... Plus gnangnan, je vois po... Cela va tout de même permettre à nos deux tourtereaux de rentrer dans le droit chemin et ce malgré une ultime apparition diabolique de Lon alors que le couple s'apprêtait à rendre les bijoux volés. Le Lon tente d'enfumer proprement nos deux petits jeunes mais après moult menaces de flingues et poings dans ta face, le Lon devra s'avouer vaincu - même s'avouer mort, c'est dire. Situé au départ dans le quartier chinois de San Francisco, il y a cette bien belle parole de Confucius en intro : "Si un pays est dirigé 100 ans par des hommes bons, le crime n'existera plus et la peine de mort sera abolie..." Je me demande qui lit encore aujourd'hui Confucius en Chine ?... Enfin, bientôt le 60ème anniversaire de la RPC, prions déjà pour qu'ils ne coupent définitivement internet, ami Confucius... Browning réalisera dix ans plus tard un remake parlant de cette oeuvre moyenne avec le nain Edward G. Robinson à la place de Chaney - pas sûr qu'on y gagne.
L'Oiseau noir (The Blackbird) (1926) de Tod Browning
Lon Chaney au top de sa forme avec ce film qui lui donne l'occase de jouer deux rôles : celui d'un voleur gouailleur antipathique (et raciste, sus au Chinois...) au possible (Lon dit "Dan"), et celui d'un prêtre au bon coeur plus handicapé qu'une béquille cassée. La cerise sur le gâteau c'est qu'il s'agit bien dans le film du même homme, ce qui va nous donner certaines séquences relativement savoureuses (lorsque, derrière une porte, il joue un dialogue entre les deux frères pour tromper son monde, s'en donnant, physiquement, à coeur
joie comme pour régaler le spectateur (il est à deux doigts de s'étrangler tout seul le bougre, pris dans son jeu...)). On pense que l'on va assister à un genre de Robin des Bois qui a trouvé la parfaite couverture en jouant au docteur Jekill et Mr Hyde, et bien ma foi, on se trompe. Rapidement, le gars Dan va tomber amoureux fou de Fifi Lorraine (Renée Adorée (!), une chtite lilloise, parfaitement monsieur (ah, ce n'est pas la même région pourtant...), qui a fait carrière à Hollyvoude) qui se donne en spectacle dans le cabaret du coin. Sa spécialité, c'est surtout montrer ses fines gambettes, ce qu'elle fait volontiers (son petit numéro "théâtral" de guignolette est également très croquignolet). Le gros problème pour notre Dan, c'est qu'un certain West End Bertie, tout un programme, dandy cambrioleur, est également sur le coup. Et il n'y a pas à dire, Bertie présente mieux... Mais il ne faut pas croire que notre Lon Chaney est une pantoufle au niveau cerveau. Voyant qu'il n'a pas la main sur la Fifi, il va diablement manipuler son monde pour tenter d'avoir sa chance. Comme les deux amoureux, Fifi et Bertie (pfft!), viennent le voir pour se marier, le Lon prêtre leur fait tout un sermon pour que le Bertie rentre dans le droit chemin. Fifi découvre que son homme n'est pas très droit mais cela ne l'effraie pas vraiment (oui mais maintenant, il sera bon - ah, les femmes...), Lon va te monter ensuite un super plan pour que les deux tourtereaux se jettent à la tronche des noms d'oiseaux. Browning aime apparemment particulièrement ces situations où un protagoniste insuffle le doute dans la tronche de deux compères : ceux-ci finissent par se méfier de l'autre comme du choléra et le troisième homme de tenter de rafler la mise derrière... Seulement le Lon la joue cette fois un peu trop serrée et finit par être démasqué...
Si c'est un bonheur de voir le Lon, "en direct", se transformer en handicapé - se déboitant les os du bras et de la jambe comme un malade (on a presque peur qu'il devienne tout vert d'un coup et se transforme en Lou) -, faut reconnaître qu'il ne fait pas toujours dans la dentelle pour interpréter la jalousie, la panique ou l'effroi... Son visage se tord parfois à tel point qu'on dirait un hommage à Sim... Eh oui, le bon temps du muet... Sur la fin, notre homme au mille visages est pris à son propre jeu (à force de faire le con en handicapé, il le devient vraiment) mais notre "Je est un autre" parvient finalement à rassembler son âme sur le fil et peut mourir en tout quiétude. Démonstratif, le Lon, certes, mais parfois capable de séquences terriblement réjouissantes, voire vraiment tordantes ("Je te tiens, sale individu! ah ben non c'est moi, oups"). Un oiseau de mauvaise augure qui s'en va rejoindre tranquillement le ciel en un battement d'aile, si c'est po jouli...
Dracula (1931) de Tod Browning
Difficile de ne pas reconnaître à quel point Browning a inspiré le film de genre en signant cette première version parlante du comte Dracula. Outre l'interprétation mythique, pour ne pas dire vampirique, de Bela Lugosi - bien aimé les deux petits points de lumière éternellement dirigé sur son regard (effet garanti dans le
noirrrrrr); beau concours également de roulements de "r" avec Van Helsing (Edward van Sloan - aucun lien de parenté avec Peter) -, Browning gère à merveille l'atmosphère dans le château du comte en Transylvanie - belle idée que ces deux... tatous qui sortent de nulle part comme des cafards géants; bon, les araignées et les chauves-souris en plastoc ont plus vieilli, certes - ainsi que les fabuleux décors dans son abbaye londonienne - ce gigantesque escalier est absolument dantesque. Les décors montagnards de la scène d'ouverture, la scène d'une véritable grâce où les trois femmes-servantes de Dracula s'approchent de Renfield évanoui, le bateau totalement "assiégé" par les eaux, les brouillards londoniens, le plan en plongée vertigineuse sur les chirurgiens penchés sur le corps de Lucy, ou celui sublimement aérien sur l'entrée du sanatorium du Docteur Seward... tout cela demeure irréprochable et constitue un vrai régal, visuellement parlant. Plus de 75 ans quand même, le bazar, et une santé de jeune homme.
Alors oui, c'est vrai que si on voulait être un petit peu caustique, on pourrait parfois reconnaître que le jeu est un peu figé et que certains acteurs, comme le couple formé par le soupe au lait John Harker (David Manners) et Mina Harker, ne sont pas tout le temps au taquet. Si Van Helsing avec ses verres en cul de bouteille est dramatique à souhait et sérieux comme un Pape lorsqu'il explique au Dr Seward et à Harker de quoi sont capables les vampires - "Bon, ben non seulement, ils ont po de reflet, en plus ils supportent pas la vue d'une croix ou d'une ramille d'aconit (ah!?) mais le pire, accrochez-vous, c'est qu'ils peuvent se transformer en chauve-souris, voire en gros chien-loup", damned! et en belette? Nan pas en belette... -, l'incrédulité de ses deux acolytes, figés comme des pierres, finit presque par faire plus rire que foutre les jetons (oui, je respecte rien, pardon). Van Helsing, d'ailleurs, dans la foulée, balance cette réplique (il m'a semblé sur le coup qu'il m'a regardé de travers), "La force du vampire c'est que les gens ne veulent pas y croire!". Et ça, si c'est pas balancé. De là à faire constamment joujou avec une ramille d'aconit (de?) ou avec une mini croix, uniquement pour rendre ultra vénère Dracula (le coup de latte que ce dernier met sur la boîte avec le petit miroir, terrifiant!), on dirait parfois que c'est presque du vice...
Bela Lugosi, en tout cas, ne se laisse point démonter par tous ces petits sortilèges de grand-mère et continue jusqu'au bout, à chacune de ses apparitions fantomatiques, par nous foutre les boules avec sa prestance inouïe. C'est seulement lorsqu'il est dans sa boîte qu'il arrête de faire le malin - le cri déchirant du Dracule à l'heure où le pieu s'enfonce, terrible. Bref, un classique, comme on dit, signé Browning qui a laissé "pour toujours" ("Drrrracula is dead forrrr everrrr", voilà!) sa marque, son empreinte, ses petites dents, c'est comme vous voulez, sur le genre.



































