24 septembre 2009

Viens avec moi (Come Live with me) (1941) de Clarence Brown

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James Stewart et Hedy Lamarr qui partagent l'affiche sous la direction de Clarence Brown, c'est forcément tentant. Et cette petite comédie romantique est en effet pleine de peps même si on voit venir de loin la trame, grosse comme un château de Disneyland. Chaque apparition de Hedy Lamarr arrache des petits ouah d'amourachement, James Stewart joue avec bonheur le gars plus godiche qu'un gamin de 12 ans qui n'ose embrasser son premier flirt, et quelques petites situations cocasses, du romantico-poétique au sexuellement "lourd" de symbolisme finissent par rendre l'invite du titre relativement plaisante.

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Barton Hendrick, un éditeur, laisse sa femme faire ce qu'elle veut de ses soirées : il est notamment le premier à lui appeler un taxi pour qu'elle sorte avec l'un de ses potes. Barton est ultra gentleman, prône le mariage libre, est moderne, "plus de duel"... Tu parles Charles, lui, ses soirées, il court les passer avec la sublime Hedy, et à partir de là on comprend qu'il passe à sa femme tout ce qu'elle veut... Mais Hedy a un problème : elle a quitté son pays vlcsnap_929646natal, l'Autriche (ça, c'est vrai), enfin ce qui était avant l'Autriche (1941, clair, bon timing encore) et elle est illégale (ça, c'est le scénar). Comme elle a la chance de ne pas habiter Calais et d'être dans un pays civilisé, elle a une semaine pour régulariser sa situation : le responsable de l'immigration lui donne une astuce, se marier. Hedy prend l'air et va "par le plus grand des hasards" (oh ben ça alors) tomber sur Stewart (elle a du bol, c'est pas VGE), écrivain sans le sou. Pas farouche, elle se laisse inviter chez lui pour lui faire une proposition : le jet d'eau qui sort à ce moment du radiateur du taxi est, soit dit en passant, super classe, juste après l'oeillade du chauffeur du taxi en direction de ce jeune couple... Stewart pense que Dieu lui envoie un ange mais, après qu'il se soit mangé une superbe baffe, Hedy met rapidement les choses au clair : il se marie avec elle, ils vivent chacun de leur côté et, en échange, elle lui file 17.80$ par semaine pour couvrir ses dépenses. James est un gars bien, il accepte sans demander son reste et cela lui donne de l'inspiration pour un roman subtilement intitulé "Without Love".

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Bon, c'est un peu le calme plat jusqu'à ce que le Barton, éditeur donc, lise le début du roman du James (il l'a envoyé à plusieurs maisons) et le convoque, ce qui va donner une jolie séquence où la fiction rejoint la réalité : les deux défendent leur personnage respectif dans le roman tout en niant, forcément, qu'il s'agit d'eux-mêmes. James va parvenir à toucher le jackpot avec une avance de folie sur la suite du roman et va s'empresser d'aller trouver Hedy qui, peu de temps avant, a demandé le divorce pour se marier avec l'éditeur qui veut se libérer enfin de son propre mariage; l'argument choc de James : on peut se marier avec un inconnu mais pas divorcer avec une personne qu'on ne connaît pas... Il lui fait le coup de l'emmener à la campagne chez la grand-mère pleine d'expérience et de sagesse (la maison bourrée de dictons à deux balles, le cauchemar... hum), ce qui devrait remuer le coeur de l'Hedy. C'est du pain béni (le genre "séduction" par procuration, c'est pratique quand on est un peu benêt), une jolie historiette sur les lucioles en prime (réutilisée de façon mignonne dans la suite du scénar) et un poème de Marlowe finissant d'emballer le tout - et l'Hedy. Dans ces périodes sombres, rien ne vaut un bon happy end. C'est carré, quelques bonnes répliques entre les deux stars fusent, c'est aussi bougrement attendu mais le charisme des deux héros finit par donner sa petite dose de charme à ce petit conte de fée... Le sans papier peut avoir de l'espoir, sauf s'il est afghan et en France... Oups. 

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24 juin 2009

Intrigues (A Woman of Affairs) (1928) de Clarence Brown

Clarence Brown nous régale du début à la fin en assurant à la fois le spectacle - une bagnole qui fonce à toute blinde passant miraculeusement au dessus d'ouvriers dans des tranchées jusqu'à cette bagnole, la même,... qui, dans l'utlime séquence, roule beaucoup moins vite - mais surtout en déclinant avec brio toute une grammaire du cinoche à grand renfort d'angles originaux de prise de vue (une plongée qui écrase notre pauvre Greta dominée par le père de l'homme qu'elle aime), de jeu avec la profondeur de champ (les retrouvailles entre Garbo et son amant, avec la femme de ce dernier, en arrière-fond, qui pète un peu l'ambiance), ou de multiples mouvements de caméra (travelling arrière alors que le personnage se dirige, chancelant, vers son destin; travelling latéral sur les jambes de la Greta qui fait les cent pas alors qu'elle sent que son avenir se joue...), parfois d'une superbe amplitude - cette caméra qui balaie littéralement le décor avant de venir se poser en douceur sur l'un des personnages. Cette diversité dans les approches crée une vraie dynamique dans le film alors même que la trame déroule inexorablement sa petite mécanique destructrice.

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Rien de bien nouveau au niveau du scénar : Greta, petite fille friquée, et Neville, d'une bonne famille, Annex___Garbo__Greta__A_Woman_of_Affairs__06monsieur, de celles qui ont le sens de l'honneur depuis 34 générations, s'aiment depuis tout petits. Seul problème : le père du Neville (Hobart Bosworth, du genre à rire quand il se brûle)  voit d'un mauvais oeil l'union de son fils avec cette gonzesse qui, pour lui, ne vaut pas tripette. Bref, il va tout faire pour que son fils se barre bien loin - en Egypte - pour mettre fin à cette romance de jeunesse... Ca va créer beaucoup de malheur, ma bonne dame. Greta, tout légère et pétillante au départ, se console du départ du gars Neville dans les bras de son autre pote d'enfance, David; le mariage ne va cependant pas faire long feu, le David se défenestrant en un geste très gracieux qui laisse la Greta baba... Tout le monde pense que ce suicide est dû à la sale influence d'une Greta volage, alors que pas du tout, vous vous mettez complètement le doigt dans l'oeil, alors là complètement... Greta, en fait, sauve la réputation de ce fameux David (la clé de l'énigme en fin de film...) et préfère passer aux yeux de tous comme une méchante fille plutôt que de trahir ce lourd secret. Le Neville va également finir par se marier avec un chtit bout qui fait pas de bruit mais, forcément, on voit bien que la Greta et le Neville sont, chacun de leur côté, malheureux comme des pierres et on croise les doigts pour qu'avant la fin du film, la voie de la raison triomphe... Je vous conseille de croiser les doigts bien fort.

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Greta passe de la lumière - ses petites mimiques au départ et son grand sourire ravageur - à l'ombre d'elle-même, semblant flotter comme un fantôme dans son grand manteau. Elle pense que le manque de courage initial du gars Neville, manipulé par son père, finira par n'être, un jour, qu'un mauvais souvenir, seulement il est impossible de rattraper la passé - j'ai essayé bien des fois, et je peux vous assurer que c'est peine perdue... Il y a de magnifiques confrontations entre Greta et son frère starbé, Greta et Neville, ou encore Greta et le père de Neville (magnifique séquence avec la Greta clope au bec) qui sont d'une remarquable tension... alors qu'une multitude d'anges passent (normal vous allez me dire, dans un film muet, vous êtes bêtes, ce que je veux dire c'est qu'aucune parole est échangée, ils s'observent, face à face, attendant déespérément que le courant finisse par passer...). Il y a pleins de petites trouvailles narratives (notamment le journaliste qui nous montre des photos prises dans les archives de ces sept dernières années, ce qui nous permet d'avoir un parfait résumé de la vie dissolue de la Greta depuis la mort de son mari), des décors toujours parfaits (l'hôpital où se meurt Greta, l'immense chambre de Neville aussi nue que sa vie dépourvue de sens...) et une véritable élégance dans la mise en scène qui font du film une parfaite réussite alors même que le muet vit ses derniers jours... Vraiment bien, ma foi - pour faire dans le lyrisme...   

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17 avril 2009

La Chair et le Diable (Flesh and the Devil) (1926) de Clarence Brown

Annex_20__20Garbo__20Greta_20_Flesh_20and_20the_20Devil__NRFPT_04La Garbo se plaît à jouer les briseuses d'amitié diabolique dans ce Jules et Jim à l'ancienne. Elle pourrait passer pour la pire des garces - ce qu'elle est - mais chacune de ses apparitions est tellement divine qu'on comprend à quel point nos deux héros demeurent tout troublés. Emmené par une musique valsante et possédant de somptueux décor, le film possède encore et toujours un vrai charme et bénéficie de quelques séquences terriblement marquantes; la sensualité et la malignité de la Greta, la tension lors des duels, l'amitié mise à mal, autant de thèmes et d'émotions qui emportent le morceau.

Leo et Ulrich sont deux potes depuis leur petite enfance. Ils ont célé, encore tout gamin, un pacte de sang sur leur Ile de l'Amitié et se retrouvent à l'armée pour faire ensemble les 400 coups. Mais cela, jusqu'à ce que Leo croise le regard de la Greta - Felicitas, po facile à porter tout de même comme nom - une première fois sur le quai d'une gare puis lors d'un bal. Il s'approche d'elle pour l'inviter à danser et à la façon dont la Greta colle son visage et son corps contre lui, on comprend qu'il est immédiatement ensorcelé. Il faut reconnaître que la Garbo est flesh_and_the_devilterriblement sexy : difficile de ne point fondre quand on la voit porter à ses lèvres une cigarette ou un verre. Leo et Greta après avoir justement partagé une cigarette et leur premier baiser (il gratte une allumette qui éclaire leur visage comme une lampe torche de 2000 W, elle souffle dessus, c'est un signe qu'elle veut qu'il l'embrasse, il ne se fait point prier) se retrouvent élardés sur un divan dans la demeure de celle-ci à se rouler des pelles - bah si, quasiment. Ce que le Leo n'avait po vraiment prévu, c'était l'arrivée d'un homme sur ces entrefaits, un homme qui se présente tout bonnement... comme le mari. Il est soufflé, l'autre lui balance un gant dans la tronche pour la forme : le rendez-vous pour le duel est pris (pour préserver l'honneur du dit mari, ils préfèrent évoquer une partie de cartes qui aurait mal tourné... Ca devait être tendu les parties de tarot à l'époque...). Brown plante sa caméra à 200 mètres du duel, les deux gaziers s'éloignent l'un de l'autre jusqu'à sortir du cadre, on aperçoit juste la fumée des flingues en bas de l'écran. L'image est magnifique d'autant que dans le plan suivant, on voit la Greta super concentrée à choisir un chapeau noir : on comprend immédiatement qu'elle n'a pas l'air vraiment déçue d'être veuve, la bougresse. Notre Leo se voit conseillé par l'armée d'aller se faire oublier en Afrique, il confie la veuve au soin de son ami Ulrich, on voit le sale plan venir gros comme une maison - il aurait pu dire "Pas celle-là, Ulrich, pas celle-là" mais, déjà, c'est dans un autre film et, en plus, cela n'a servi à rien.

Annex_20__20Garbo__20Greta_20_Flesh_20and_20the_20Devil__NRFPT_03Dès qu'Ulrich, absolument point au fait du micmac entre les deux amants, rencontre la veuve, il oublie que dans la vraie vie il est bon parfois de cligner des yeux; il est comme pétrifié devant elle, alors que cette dernière à la tête appuyée contre une vitre battue par la pluie : le subtil reflet des gouttes sur son visage est plus attendrissant qu'une profiterole qui sort du four... Leo risque d'avoir une mauvaise surprise en revenant après trois ans d'exil, et tenez vous bien, c'est exactement ce qui se passe : il l'a retrouve mariée à son ami, il est désespérément vénère et tente de boycotter les deux gus. Mais la Greta a plus d'un tour dans son sac et le fait fondre comme neige devant un feu de cheminée (ce sont les circonstances, justement, de leur rencontre alors que l'Ulrich est à Munich). C'est reparti pour des promesses pour la vie et la Greta, caparicieuse et calculatrice à souhait, sèmera jusqu'au bout la zizanie entre nos deux gars : un nouveau duel s'annonce à l'horizon.

0039136La Greta n'est pas vraiment à son mieux lorsqu'elle doit jouer le doute qui la terrasse - son jeu de sourcils n'est pas au point - mais elle a une classe terrible, ne serait-ce que dans la façon de mettre son manteau de fourrure fabriqué avec au moins 346 belettes. En parlant de belette, c'en est une vraie et chacun des baisers fougueux qu'elle donne au gars Leo suffirait à retourner une chaussette sans les mains. Les deux statues qui se tiennent la main sur leur Ile de leur Amitié ne tardent point à être séparées par un arbre (le message est clair alors que, tout de même, la Greta vaut mieux qu'un tronc) et on voit mal comment les deux hommes pourraient se réconcilier... Un petit bémol tout de même, au niveau de la forme, quand Leo revient à la vitesse de l'éclair d'Afrique (le visage de Garbo dans le ciel et les lettres FELICITAS qui clignotent sur l'écran, c'est quand même terriblement cucul la praline) mais la séquence finale dans ce magnifique décor enneigé et ce terrible coup du sort (bon ok, je dis rien) font oublier ce petit excès romantique lourdingue. Si Greta est l'incarnation du diable, je réserve de suite une place aux enfers. 

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03 octobre 2007

Sa Femme et sa Dactylo (Wife vs. Secretary) (1936) de Clarence Brown

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Comédie très enlevée avec d'un côté le duo Clarke Gable/Myrna Loy et de l'autre la bouillante Jean Harlow associée au ptit James Stewart, 24 ans, dans l'un de ses premiers rôles d'amoureux transi. Si l'association du charmeur Gable aux cheveux de corbeau avec la blonde platine Harlow a déjà fait ses preuves, cette dernière trouve un rôle beaucoup plus mûr de secrétaire non-opportuniste: s'ils s'entendent comme larrons en foire, Gable n'est prêt en rien à sacrifier son bonheur conjugal avec Myrna (rarement vu un couple aussi amoureusement démonstratif à l'écran) et Harlow ne se fait point garce, bien au contraire même, puisqu'elle sera celle qui jusqu'au bout tentera de réconcilier le couple - bien que son désir pour le beau Clarke la titille à mort. Sur une trame classique - mariage, secrétaire donc adultère - Brown prend le contre-pied -chacun retournant finalement à ses croquettes friskies- sans tomber dans la niaiserie ou la morale. Il existe certes des tentations, une alchimie certaine entre le boss et sa dactylo, toujours à fond dans le taff, une jalousie qui grandit dans le coeur de l'épouse à cause notamment des suspicions malsaines de son entourage mais au final tout rentre dans l'ordre avec une certaine lucidité de chacune des parties.

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Brown a la chance d'avoir une distribution de rêve et s'appuie sur un scénario sans temps mort: il y a bien les scènes obligées (la secrétaire qui reste tard le soir avec son boss, les coups de fil suspicieux de l'épouse, la première soirée en tête-à-tête entre le boss et la secrétaire...) mais il ne s'appesantit jamais; il lui suffit de laisser sa caméra juste quelques secondes sur un regard ou sur un petit geste, il sait le spectateur assez malin pour se faire le reste du film dans sa tête. On est à l'âge d'or de la comédie américaine: un scénario assez trivial sur un rythme trépidant porté par des acteurs au sommet de leur art. Cela semble facile mais peu de films traversent aussi bien les années. 

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