27 mars 2008

Battle for Haditha (2007) de Nick Broomfield

18886539Broomfield revient sur le 19 Novembre 2005 lorsque quatre Marines, suite à l'explosion d'une bombe tuant un des leurs et en blessant deux, massacrèrent vingt-trois innocents, en grande partie des enfants et des femmes, qui se trouvaient malencontreusement dans l'entourage. Broomfield, comme dans Ghosts, filme au plus prêt ses acteurs dans un style documentaire ultra-réaliste : Marines qui se comportent comme des enfants qu'ils sont, population irakienne qui tente de vivre aussi normalement que possible, personnes mises au ban de la société pour avoir fait partie de l'ex-armée irakienne, il n'y a aucun manichéisme, aucune volonté de juger les réactions des uns et des autres. Ce qu'il parvient tout bonnement à démontrer, c'est que les vrais responsables de ce massacre ne sont pas les "acteurs" eux-mêmes sur le terrain, mais les Bush ou les types planqués dans leur Q.G., aussi prompts à filer des médailles qu'à juger pour meurtre ces Marines, dès lors que l'histoire s'étale dans la presse. Que les Marines pètent littéralement les plombs sur le coup, il n'y a là absolument rien d'excusable en soi, le seul problème étant que totalement livrés à eux-mêmes, gonflés à bloc, sans aucun soutien psychologique même lorsqu'ils en expriment le besoin, on voit mal comment une telle tragédie 18886531était évitable. Rien de bien nouveau sous le soleil, certes, mais le film, malgré quelques petites faiblesses (les personnages, notamment l'un des deux poseurs de bombe, prennent un peu trop soin de commenter leurs actes, pour qu'on comprenne bien...) demeure un témoignage très cru d'une journée presque finalement comme une autre dans ce pays sacrifié. On aimerait que Bush, tout comme le Marine incriminé, soit incapable, un jour, de se regarder en face. Po de justice ma bonne dame.

Posté par Shangols à 15:26 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]


16 mai 2007

Ghosts (2006) de Nick Broomfield

ghosts_posterAffreux, affreux, affreux...

Je ne m'attendais pas certes à la vie de Cendrillon ou à un récit de vacances mais ce film-docu plus vrai que nature (énoooorme travail de mise en scène dans la reconstitution et dans le jeu des acteurs, franchement) qui retrace le parcours d'une immigrante chinoise illégale en Angleterre vous laissera la gorge nouée et po vraiment fier d'être européen...

Après un petit trajet en bus (et à pied pour traverser certaines frontières) de Fuzhou (Sud-est de la Chine), faisant traverser toute la Chine puis le Kazakhstan jusqu'à Moscou, puis direction Belgrade, puis Calais pour finir cloué dans un camion comme dans un cercueil pour faire la traversée en ferry jusqu'à Londres (j'ai compté ça fait plusieurs millions de km, une petite ballade de santé qui prend 6 mois et la modique somme de 25.000 dollars), welcome in England où le travailleur clandestin - en corrompant certaines agences pour l'emploi - aura la chance de bosser 40h par semaine dans des usines d'alimentation ou dans des champs à ramasser des oignons ou des pommes, payé royalement 100 livres la semaine (et ouais, il y Ghostsa les taxes comme l'explique gentiment le type de l'agence) - c'est clair que c'est à cause d'eux qu'il y a du chômage comme dirait l'autre con de borgne. Vivant à quinze dans des apparts pourris, jamais à l'abri d'une provocation raciste ou d'un contrôle de police, c'est po vraiment la fête du slip ni l'ambiance dragonnesque du Nouvel an chinois; je vous rassure l'étranger est beaucoup mieux traité de ce côté-ci du globe, n'envoyez pas vos dons. Allant de calvaire en calvaire - d'autant que leur famille est constamment menacée de mort pour finir le paiement - notre petit groupe de Chinois finit sur la plage de Morecambe Bay pour aller ramasser des coques - chassés violemment par les autochtones, ils ne peuvent s'y rendre que par mauvais temps et c'est là qu'aura lieu le drame (puisque c'est adapté du récit d'une survivante qui joue son propre rôle dans le film) du 5 Février 2004 où 23 Chinois périront à cause d'une brusque montée de la marée, certain périssant noyés, ghosts460d'autres s'enfonçant dans les sables mouvants. Le rêve européen, la gentillesse désintéressée de nos gentils compagnons humains européens qui utilisent cette main d'oeuvre bon marché (appelés "fantômes" par notre groupe d'immigrés) et chinois (les passeurs appelés ironiquement ici les têtes de serpents) éclatent dans toute leur splendeur. Un récit qui fait froid dans le dos, d'autant, ultime cauchemar, que les familles de ces immigrants payent encore pour les morts.

Affreux disais-je. Sale conte de la folie ordinaire.

Posté par Shangols à 18:49 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
  1