Shangols

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02 juillet 2008

La Vie comme ça (1978) de Jean-Claude Brisseau

Voilà pas le film le plus gai, mais sûrement le plus radical de Brisseau : violence des grands ensembles, indifférence généralisée, aliénation, suicides en pack de 12, pression et harcèlement sexuel au taff, il est clair que le constat est amer et ne donne pas forcément très envie de pénétrer plus en avant dans la vie extraordinaire des banlieusards de Bagnolet. Avant De Bruit et de Fureur, Brisseau frappe là où ça fait mal pour constater le vide moral intersidéral de notre bonne vieille contrée.

Agnès quitte le bahut -faut dire c'est le souk intégral- pour emménager avec son amie, avec laquelle elle a, comme qui dirait, des accointances, dans une superbe tour HLM. Dès le premier jour, tout commence sous coffretbrisseaude bonnes augures avec le suicide du 17ème d'une jeune femme; il s'agit du second en sept mois, ce qui fait dire un poil ironiquement à l'un des voisins qu'il va bientôt falloir prendre un parapluie pour sortir de l'immeuble - c'est diablement cruel, mais bon la vie est comme ça, le titre nous a prévenus. Confrontée constamment à la violence dans la résidence - mamie égorgée pour lui piquer sa maigre retraite, quidam poignardé dans la rue... - Agnès n'a guère plus de chance dans son taff : lorsqu'elle décide de devenir responsable syndicale, elle ne va point tarder à subir les pires pressions de ses supérieurs : insultes, mise à l'écart dans un bureau qui ressemble à un placard, surveillance, boulot débile, tout y passe et on serait presque contents de retourner sereinement bosser lundi... Diable que c'est noir, avec, cerise sur le gâteau, les accusations de son amie d'avoir couché avec son père (c'est po faux certes, mais le père la quitte encore plus lâchement) : la pauvre chtite Agnès n'a plus que les yeux pour pleurer et le final, dans une mare de sang, est aussi joyeux que le commencement.

Âpre, c'est le mot consacré pour qualifier cet univers d'une optimisme noir... Pas sûr que Brisseau se soit fait beaucoup d'amis pour avoir osé mettre à jour ce cauchemar quotidien. Ce qui rassure c'est que trente ans plus tard, la situation s'est super améliorée - ah ben ouais, quitte à faire dans le cynisme... Un premier film coup de massue, à voir l'esprit léger. Mais que fait le gouver... pardon.

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02 mai 2007

Un Jeu Brutal (1983) de Jean-Claude Brisseau

jeubrutal_130Les parcours croisés d'une jeune fille infirme, et son évolution de la fureur à la sérénité, et d'un biologiste autoritaire, solitaire et parano (Cremer qui trouve toujours chez Brisseau des rôles à sa juste valeur). Isabelle est révoltée et on peut la comprendre, paralysée des jambes depuis sa naissance et abandonnée par sa mère puis par son père qui décide soudain de "reprendre en main" son éducation; plutôt favorable à des méthodes spartiates, il impose un programme à sa fille, du lever à 6h30 aux différentes "leçons de vie" (études de poèmes et des sciences naturelles surtout) données par une jeune institutrice; si cela ne se fait point sans une certaine rebellion au départ, Isabelle va peu à peu s'ouvrir aux autres et trouver en elle-même les ressources pour affronter cette vie brutale - on sent chez Brisseau le côté prof dans l'étude des poèmes de Prévert ("La Place du Carroussel") et de Baudelaire ("La Musique") où l'analyse d'un poème ouvre sur une meilleure compréhension du monde - l'expression de la compassion d'une part, et le rôle de l'art (qui peut réveiller en soi des blessures mais qui aide aussi à les comprendre) d'autre part. Elle est aussi aidée en cela par la découverte de son corps, de l'amour et de la déception amoureuse, comme toute adolescente qui se respecte. Cremer, de son côté, obnubilé par un sentiment d'espionnite, se lance dans une série de meurtres dont l'on comprend peu à peu les tenants et les aboutissants: il est définitivement givré - il cite Hamsun me semble-t-il, à un moment, lorsqu'il parle de "la capacité à déchiffrer des signes invisibles" (une auto-justification qui ne repose sur pas grand-chose: Dieu ne s'est pas opposé à ses meurtres donc il a raison..., ben voyons) - et il ne parviendra à quelques secondes de lucidité qu'au seuil de sa mort.

Monde cruel que celui que nous laisse à voir Brisseau, dans lequel il n'est pas toujours facile de comprendre le sens de la vie (oui, s'il donnait des réponses, promis, je partagerai); les deux destins croisés (relations père/fille, bourreau/élève...) - l'un tendu vers la chute, l'autre vers les sommets (Isabelle finit par gravir d'elle-même une montagne) permettent tout de même d'illustrer la difficulté à appréhender ce monde, que le jeu au départ soit bon (Cremer, le savant fou, qui vendange sa partie) ou mauvais (Isabelle, l'infirme ado, sur la voie de la rédemption, tentant au final de tirer profit de chacun de ses atouts).

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29 avril 2007

De Bruit et de Fureur (1988) de Jean-Claude Brisseau

debruitetdeterreur88_jjvBrisseau est l'un des premiers à se pencher sur les banlieues françaises et livre un film qui 20 ans plus tard garde toute sa rage et son désespoir.

Lorsque son fils met le feu aux paillassons, Cremer (extraordinaire en fou furieux) accueille le gardien et les voisins à grands coups de poings dans le ventre; pour l'assistance sociale ça vire à la menace sous pistolet; sinon, au mieux il s'entraîne avec son oncle à faire des cartons à la Winchester dans son couloir... Si l'aîné, malgré la pression de son père qui se fait un petit pactole de fric dans divers trafics, tente de s'en sortir en rentrant dans les rangs (travail stable, petite amie de "bonne famille"), le plus jeune, jaloux de ce frère et du manque d'attention du père part en gueunille vegra; comme rien ne l'arrête et qu'il est prêt à tout pour épater le gang du coin et son camarade de classe, plus jeune, qu'il entraîne dans ses délires, s'en suit une longue descente en enfer, avec coktails molotov balancés sur des voitures, attaque au couteau et viol. Fort de son expérience de prof dans les banlieues, défiant tout pouvoir politique ou médiatique, Brisseau signe le film que personne à l'époque n'a envie de voir: une triste réalité devant laquelle tout le monde se voile la face - ce n'est pas en évitant de parler des problèmes de front/fond qu'on peut espérer un jour les résoudre. Le film porté par un tonitruant François Négret n'a rien perdu de sa hargne et son énergie, et peu de films des années 80 peuvent encore prétendre à un tel statut. Il y a en parallèle la vie de ce jeune camarade qui se réfugie dans un monde de fantasme et de rêve et qui devant une telle violence finira par choisir -en se tirant une balle- de rejoindre son autre monde. On assiste également déjà à un portrait de ces classes en difficulté et de ces profs qui bossent dans des conditions de fou, sans recevoir un quelconque soutien de leur supérieur qui préfère souvent étouffer les problèmes.

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Brisseau frappe là où ça fait mal et signe un film "prise de conscience"... Qu'a-t-on véritablement changé depuis...- c'était il y a 20 ans et maintenant? C'est pire....? Un grand chantier politique, non?

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20 mars 2007

Les Anges exterminateurs (2006) de Jean-Claude Brisseau

5f2990acfd568874de462842a27b8699_1_On comprend rapidement le projet de Brisseau de montrer toute sa bonne foi "d'artiste" sans faire l'impasse sur sa grande naïveté: demander à des filles de faire des essais en couchant ensemble pour parvenir à "capter le plaisir", certes, pourquoi pas me direz-vous... Le seul problème au final c'est que si cela plaide en sa faveur (ah po touché le Jean-Claude, juste filmé et encouragé, avant de se faire déborder...) cela ne suffit pas à faire un film; l'intrigue est bien mince -le montage de son projet et la jalousie de certaines de ses actrices- et surtout, on se demande bien où il veut vraiment en venir; le personnage du réalisateur (un peu tendre quand même...) conclue lui-même qu'il n'a pas vraiment mis le doigt sur quoi que ce soit (comprendre le plaisir physique et le désir sexuel... un peu vaste jeune homme) sinon s'attirer de grosses emmerdes. La fin où l'une de ses actrices avoue qu'elle était follement amoureuse de lui et qu'il est resté aveugle en général aux sentiments qu'il avait déclenché chez ses actrices est même un peu complaisante (formidable, j'ai du charme sans m'en rendre compte) et n'apporte surtout rien à l'ensemble du projet; d'autant que les scènes érotiques (sans atteindre la froideur triste d'une Breillat, restons sportifs) tombent un peu à plat: qu'elle soient jouées par des actrices débutantes ou des reines du porno, m'est avis que le spectateur reste voyeur et toute la discussion sur "l'innocence, la montée du désir, les interdits..." au départ du projet passe très vite à l'arrière plan. Bref, pas été passionné ni dans la forme ni encore moins dans le fond...

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