Une vieille Maîtresse (2007) de Catherine Breillat
Je dois bien avouer que depuis Parfait Amour, film enragé, Catherine Breillat m'avait laissé totalement de marbre, comme si la froideur s'était emparée de son univers à mesure que la chair se faisait de plus en plus triste. Elle retrouve dans Une vieille Maîtresse (grand souvenir du bouquin de Barbey d'Aurevilly) une certaine vigueur, légèrement sur le fil du rasoir; bluffé par le jeu des comédiens (le ton décalé, "border line" de l'Asia, "laideron" (sic) envoûtant et irrésistible et la beauté charismatique de Fu'ad Ait Aattou (ouais certains ont plus de chance à la naissance que Michel Blanc, c'est clair)), peut-être un peu moins fan de certaines scènes un peu figées, d'une mise en scène un peu "blanche", de champs-contrechamps un peu... froids, mais définitivement séduit par cet amour passionné incapable de dire son nom ; du point de vue des dialogues et de l'adaptation littéraire, le travail est assez remarquable, et même si le récit en grande partie en flash-back des aventures entre la Vellini et Marigny est un peu convenu, il suit la logique du roman; film de sang où toutes les éraflures illustrent les blessures amoureuses que nos deux condamnés ne cessent de s'infliger et d'infliger aux autres (film de vampires où les multiples maux/mots entre les amants attisent leur soif d'amour), film où la pureté, la force incontrôlable des sentiments finissent par l'emporter sur la raison, où l'attirance des corps semble plus forte que tout, nos deux amants se retrouvant parfois empêtrés dans des positions faisant passer le kamasutra pour du pilate... Il y a un équilibre souvent limite entre ces séquences un peu trop plan-plan où Sarraute et Lonsdale jouent les chiens de salon, et celles avec un véritable souffle, plus enlevées, à l'éclairage plus tamisé (la scène de duel) ou plus naturel (les scènes de retrouvailles entre Marigny après son mariage et Vellini sur le haut du fort). On sent parfois un peu trop que Breillat tente de donner à ses personnages des postures de tableaux, là où on aurait aimé sentir un peu plus d'incandescence, de texture... mais bon c'est aussi son style (ben ouais), on ne peut guère lui reprocher cette vision parfois un peu trop "clinique" dans sa façon de filmer ses personnages et leur relation. Le drame historique inspire en tout cas nos réalisateurs hexagonaux (après Rohmer et Rivette, toute proportion gardée) qui semblent y trouver une certaine forme d'épure dans le ton (avec des mises en scène plus ou moins théâtrales) et la trame (l'analyse des sentiments amoureux... et ses pitits problèmes)


