11 juin 2011

Daddy’s gone a-Hunting (1925) de Frank Borzage

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L'odyssée borzargienne vit ses dernières heures et on touche avec Daddy's gone a-Hunting à l'absolue rareté (grosse révérence à l'équipe de KG qui dégotte des trésors). Un muet d'une heure amputé d'à peine deux minutes (au bout d'un quart d'heure, mais rien de bien grave) et même si la qualité de l'image ojRobdemeure relativement limite, on prend un grand plaisir à suivre cette histoire d'amour qui part en quenouille - on est dans le grand mélo borzargien avec éventuelle rédemption sentimentale in fine (suspense...). Il faut reconnaître en plus que même si l'essentiel des séquences se passe en intérieur, le film se joue sur un excellent rythme (très beau sens du montage avec une grande variation des plans sur chacun des personnages se trouvant dans une même pièce) et passe comme une fleur. Deux trois belles idées d'angle de prise de vue dès le départ (Julian (Percy Marmont), notre héros, retrouve Edith (Alice Joyce) après des années : lisant son journal, seul à une table, il fait dans celui-ci un trou avec son cigare ; le visage "enflammé" d'Edith (symbole, moi je dis) apparaît et nos deux jeunes gens de décider de ne plus se quitter ; Borzage fait un plan, ensuite, uniquement sur les pieds d'Edith soulevée de terre alors que Julian l'embrasse passionnément et fait une mignonne transition en filmant les pieds de leur petite fille dans la même posture, trois ans plus tard) et un récit qui part sur les chapeaux de roue : Julian, peintre, passe son temps à dessiner pour des magazines ; il rêve d'aller outre-Atlantique, comme certains de ses pairs, pour retrouver la foi et l'inspiration. Sa femme toute dévouée lui propose de partir, seul, à Paris et notre homme de sauter sur l'occase... Elle ne sait point encore dans quel état (d'esprit), la pauvrette, il va lui revenir... Ah Paris, lieu de perdition...

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Notre Julian prend son pied à peindre des modèles à demi-nues et surtout à fréquenter des lupanars parisiens - où il fume sa race et fricote sa mère (ah la délicieuse Olga...) Seulement mon pépère, il va falloir un jour rentrer. Sa femme (qui s'est faite courtisée entre-temps - en pure perte - par un gentil fifils à sa môman - un certain Mr Lester) et sa fille l'attendent impatiemment... Mais leur déception est immense : le pater les retrouve sans faire preuve du moindre enthousiasme et débarque dans l'appart avec un pote opportuniste et une sauterelle parisienne ! Il paraît totalement dégoutté de la life. Sa femme ne veut point baisser les bras et décide de le reconquérir en le rendant jaloux (ah les femmes, toujours à tricoter une idée maline) : sachant qu'il va franchir le seuil de sa porte, elle demande à Lester de feindre de l'embrasser - cela devrait lui donner une bonne petite leçon d'amour propre ! Eh ben nan, l'autre, il s'en tape grave, il l'aurait vu avec Georges Tron lui suçant les pieds qu'il n'aurait pas plus réagi. Sa femme est écœurée et décide de se barrer chez Lester. Quand Lester vient chez Julian pour embarquer la chtite on pense que cela va barder... Rien de rien, l'autre laisse son enfant se barrer sans mot dire. Julian, qu'on a un peu de mal à suivre quand même, s'adonne à sa peinture et... rencontre finalement le succès ; il a alors ces mots qui sonnent comme un commandement divin : "J'ai dû tuer l'amour pour me trouver moi-même". Diable, ça c'est balancé, je méditerai dessus cette nuit.

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On est chez Borzage, donc devinez ce qui va se passer ? Mouais, je vois bien que vous lisez mes chroniques en travers ; la petite fille va être victime d'un accident idiot (elle se fait écraser par une branche ! - me demande bien d'ailleurs ce que ce quidam faisait dans le parc à scier une branche ? Po vraiment tout compris) et la voilà... SUR UN LIT D’HÔPITAL. On pense que ce sera l'occasion pour Julian et Joyce de se retrouver l’œil mouillé au dessus du lit de leur fille, on se fout un crayon de couleur dans l’œil jusqu'au coude... Je ne vous dis rien mais on aura droit à notre lot de tragédie, le genre de coup du sort qui vous laisse bouche bée, un truc à laisser son dentier se fracasser sur le carrelage - si vous en avez un. Une fin qui vous cueille proprement et qui finit par placer cette rareté parmi les très bons mélodrames muets du sieur. De l'amour, de l'art, des liens de sang, du désespoir, les histoires d'amour de notre homme sont définitivement fantasques et tortines...

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A l'aborzage, c'est

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17 mai 2011

Ma Rencontre avec Caruso (The Day I met Caruso) de Frank Borzage - 1955

vlcsnap_2010_12_06_23h34m46s151Comme je grille le Shang avec cette rareté borzagienne ! Je m'en excuse, cela dit, et reconnais l'indéniable supériorité de la connaissance de mon camarade sur l’œuvre du Frank. The Day I met Caruso est un film assez fin, qui compense sa complète transparence formelle par une finauderie de scénario intéressante : c'est une petite tranche de vie qui nous montre une petite fille quaker rencontrant par hasard, le temps d'un voyage en train, son idole : le chanteur Caruso. Ce qui est intéressant là-dedans, c'est qu'on assiste presque à un parcours initiatique et moral "à l'envers". Dans un premier temps, on croit que la fillette va édifier le bon chanteur : elle le regarde avec peine bisouter ses nombreuses fans, arborer un manteau doublé en fourrure et rire aux éclats sur le quai de la gare ; quand la conversation s'engage, c'est à une gronderie dans les formes que se livre la gamine : Caruso n'a pas le droit de gâcher le don de Dieu (sa voix) par des futilités pareilles. On s'apprête donc à assister à une prise de conscience de la part du chanteur, et on s'attend à la voir tomber à genoux tôt ou tard pour prier Dieu et le supplier de lui pardonner ses péchés. Or, c'est tout le contraire qui se passe : au fur et à mesure du trajet, Caruso charme littéralement la fillette, qui va pour quelques heures oublier son Dieu et ses poses austères pour écouter la musique et apprendre à jouer aux cartes. A l'arrivée, ce n'est pas Caruso qui a changé, mais la gamine, qui a eu un aperçu de la liberté et de la joie. C'est bien joli et assez inattendu.

Copie_de_vlcsnap_2010_12_06_23h23m18s183Cette ode au divertissement et à l'art se double d'un petit ton grave, puisque cette anecdote se déroule en pleine guerre. Le train de Caruso en croise un autre, qui emmène les soldats au front : pendant quelques secondes, la voix du chanteur plongera les troufions dans la béatitude, comme un dernier bonheur avant que le train ne redémarre pour les conduire à la mort. Belle idée là aussi, mais qui reste au niveau de l'écriture ; car, point de vue mise en scène, on n'a rien de bien croustillant à se mettre sous la dent : c'est filmé au minimum, pour qu'on comprenne l'histoire et pis c'est tout, et on ne trouve aucune invention formelle, ni même aucune vraie idée. Tout sent le déjà-vu. On sent toutefois derrière ce petit film la modestie de l'artisan, comme dirait Jean-Pierre Pernault, et c'est mignon quand même. (Gols 07/12/10)

 


 

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L'ami Gols m'a devancé, mais comment lui en vouloir vu son parfait angle d'attaque (on n'arrête pas de se jeter des fleurs en ce moment, on se croirait à Hawaï - vivement un Herzog pour qu'on échange des ptites épines). La mini Quaker pensait en effet ramener sur la Terre le Caruso avec ses grands airs, mais c'est l'ogre qui a fini par la croquer (dans le sens de faire un croquis, je vous fais un dessin ?). L'acteur est une tanche en play-back - trahi qui plus est par les craquements du 33 tours de l'enregistrement du real Caruso - mais comment résister au charme du bonhomme qui lui sort tout son répertoire ? Pour souligner l'analyse de Gols, il devient son Dieu le temps du voyage (subtile image (hum) du visage de la gamine sur fond de ciel nuageux) et lui ouvre à la fois les portes de la fantaisie (un peu d'extravagance dans la tenue ne peut nuire, ma chère enfant) et de l'extraversion - le mot existe, oui, malheureusement - (avec en bouquet final, ce père que l'on pensait si froid qui, séduit lui-même par le bonhomme, embrasse sa gamine - réalisant ainsi, comme par magie, un vœu cher à la gamine). Formellement, il est clair qu'on est dans le "plan-plan ultra télévisuel" - po de gros budget sur cette série, clair - mais le Frank parvient tout de même à se sortir de l'exercice avec les honneurs grâce à son humanisme forcené. Il m'est arrivé, pour ma part, dans ma jeunesse, de prendre un Paris-Lille avec Patrick Fiori et, vous pouvez me croire sur parole, cela n'a eu absolument aucun intérêt - maintenant ce que lui raconte, oui, on est d'accord... Que les fans borzargiens se rassure, il me reste à découvrir encore un muet - en version allemande, ach - dans sa si riche filmographie, ceci n'est point le dernier voyage de cette odyssée... (Shang 17/05/11)

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à l'aborzage ! clique

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16 mai 2011

Au Temps des Tulipes (The vanishing Virginian) (1941) de Frank Borzage

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Beaucoup d'attente avant de pouvoir découvrir ce film (et un nombre incroyable de fins limiers payés pour mettre la main sur le film, morts sur le champ de bataille - rien que deux hier encore en Hollande) et comme c'est malheureusement bien souvent le cas, une vision qui s'avère... soyons franc de chez franc... bien décevante. Roh, The vanishing Virginian n'est pas un film bien méchant, un chtit truc gentillet quoi, où les bons sentiments transpirent par tous les pores et... je m'arrête là mais je crois que le gars Gols, un soir d'orage, aurait sûrement la main encore plus lourde. C'est grosso modo aussi bon enfant que Les Quatre Filles du Docteur March (oups), sauf qu'il y a cinq gamins, que ce ne sont pas toutes des filles et que le pater est procureur et sénateur - ah oui, il y a quand même des nuances, attention. Cela part plutôt bien avec cette belle scène d'ouverture toute en mouvement où l'on suit les traces de la mère de la famille Yancey qui va croiser tour à tour, dans cette immense demeure, toute sa progéniture et son moustachu de mari qu'elle appellera respectueusement tout du long Monsieur Yancey. C'est pas vraiment ce qu'on pourrait appeler une famille de punks, voyez, les deux plus grandes jeunes filles pouvant paraître "en révolte" parce que l'une fait du piano et voudrait faire du droit et l'autre de la peinture mais préférerait chanter - nan, ça sent pas le cocktail Molotov. Tous ces Virginiens sont entourés de serviteurs noirs mais attention, tous nos personnages cohabitent dans le plus grand des respects (le père Yancey est un homme tolérant et généreux, qu'on se le dise, et il choisira notamment de faire le clown lors d'un procès - et passera d'ailleurs pour la peine la nuit en prison - pour que les juges soient plus cléments avec un accusé black). Trop mignon, trop bon...

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On reprend un peu espoir à la chose lorsque le père Yancey fait visiter sa casa à un jeune avocat, le fils d'un ancien amour de jeunesse. Alors qu'il loue le sérieux de chacun des membres de la famille, la situation part méchamment en vrille - chute de toit, incendies, panique à tous les étages ; une petite partie de comédie sympathiquement rythmée qui aère un peu l'ensemble, mais c'est bien l'une des seules séquences vlcsnap_2011_05_16_20h14m53s66qui nous sortira un tant soit peu de notre torpeur. On suivra sinon, d'un œil morne, les petites jalousies de la mater envers son mari (moins porté sur la chose que DSK, m'est avis), les tergiversations du chef de famille pour se lancer dans un septième mandat, les flirts ultra légers des deux donzelles, quelques morceaux musicaux nous faisant apprécier la voix de Rebecca (Kathryn Grayson), la charge d'un taureau contre deux gamins - ça c'est de l'effet spécial ! - avec un employé (noir, on est d'accord) prêt à donner sa vie pour sauver les deux bambins - on pense qu'il s'agit de son dernier souffle, nan ce sera l'avant dernier, et un final, seize ans plus tard, limite abrutissant, tout mielleux, avec toute la petite famille (78 éléments à vue de nez, ça pond en Virginie) réuni autour du vieux Yancey (il n'est po réélu lors de son onzième mandat, il était temps de toute façon, il était liquide). On s'aime, on s'amuse, on se respecte, on s'apprécie, c'est l'île aux enfants en état sudiste. C'était grand temps qu'il vanishe, le Virginien, on aurait presque fini par se croire dans le meilleur des Mondes... Un pitit Borzage, pour les amoureux des tulipes, surtout, et des films à voir "en famille" ; rarement notre tasse de thé, ici, à Shangols, site récompensé par la palme d'or du monde, rappelons le modestement.

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A l'aborzage

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14 mai 2011

Day is done (1955) de Frank Borzage

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Si vous aimez la trompette et êtes fan de films de guerre, ce film ne devrait pas tarder à devenir votre film de chevet. Hein ? Ah oui, non, pour les autres, ils peuvent autant passer leur chemin. Bah rien de bien méchant dans cette petite chronique amicale autour d'un clairon pendant la guerre de Corée : la toute jeune recrue Zane (Bobby Driscoll) va sympathiser avec le brave Sergent Sam Norris (dit l'oncle Sam, oh oh oh) en discutaillant de leur instrument de prédilection. Chaque soir ils se jouent les plus grands airs classiques du clairon ("le réveil qui fout un gros mal de crâne", "la charge à cheval derrière des Indiens qui font wouhwouh", "l'hommage aux morts qui fout tout le monde dépressif" - sauriez-vous reconnaître les airs derrières ces titres simplistes ?) avant de s'endormir dans les bras l'un de l'autre, la trompette collée au bec... Non, j'invente, c'est beaucoup moins passionnant en fait. Ils jouent des airs pour booster le moral des troupes et surtout pour leur donner du cœur au ventre, quand elles hésitent à charger : un coup de clairon, et hop, t'es prêt à te prendre un coup de canon. Grâce à cette musique si galvanisante, nos soldats te font une gelée d'algue de ces Coréens mais, oups, oh putain le drame... Naaaaan... le Sergent meurt dans l'assaut. Sauriez-vous deviner quel air le Soldat Zane va jouer pour la paix de son âme ? Ben sinon vous êtes des manches. Un bien joli noir et blanc qui permet de faire coquettement ressortir le blanc des yeux au milieu de ces visages noircis de guerriers, c'est bien tout ce que trouverai à dire pour finir sur une note positive - cette odyssée borzargienne commence à avoir sacrément du plomb dans l'aile et, allez, encore deux ptites perles que je vais sortir de mon chapeau magique et on pourra mourir tranquille.

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A l'aborzage

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13 mai 2011

A Ticket for Thaddeus (1956) de Frank Borzage

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Petit hommage plein de bons sentiments à cette Amérique, pays des libertés, si accueillante et sans camp de concentration... L'ami Thaddeus, polonais récemment émigré aux States ayant connu les camps de la mort et vivant avec sa polonaise, cauchemarde encore à propos des rafles nazies. Sa femme a beau tenter de le rassurer en lui disant qu'il vit désormais dans un pays libre où il ne doit avoir la trouille de quelconque gars en uniforme, rien y fait : il vit dans la peur permanente de la boulette et de se faire arrêter... Et ce qui devait arriver arriva... Le bon bougre, qui conduit paisiblement sa camionnette, va avoir le malheur de croiser une bagnole de sport roulant à toute blinde : c'est l'accident et tout de suite le type imagine le pire : 1) il est coupable 2) on va le renvoyer de ce beau pays... Il se pointe au tribunal tout penaud et pathétique avec sa valise. Il n'a point encore compris qu'il vit dans un pays où la vérité finit toujours par triompher...

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Bon, soyons honnête, ce court réalisé dans le cadre de l'émission Screen Director playhouse est terriblement prévisible (on voit venir la fin grosse comme une maison blanche). On pourra tout de même s'amuser au passage de l'accent à couper à la faucille de notre couple de Polonais (Edmond O'Brien et Narda Onyx (Qué ?)) et s'émouvoir de cette petite conclusion où l'on fut à deux doigts de verser une gentille larmette de molle compassion quand la valise pleines de fringues de notre gars s'ouvre sous les yeux du juge et de sa femme... C'est fffffffffacile en diable et d'un optimisme forcené envers cette wonderful terre d'accueil. Mais bon, après avoir vu 35462 film de Borzage, cela m'aura au moins permis d'apprendre que son nom se prononce "Borzagui". Mais ouais, faut toujours positiver dans la vie, dit-il la mort dans l'âme.

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A l'aborzaguie

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16 avril 2011

The Nth Commandment (1923) de Frank Borzage

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J'ai dû me contenter de seulement vingt petites minutes (sur les 80 minutes) de cette œuvre muette de Borzage qui part sur de bonnes bases. Une femme (Colleen Moore) se retrouve courtisée par deux hommes, le fluet et dévoué Harry Smith et le sémillant dragueur Jimmie Fitzgibbons. On va suivre notre trio - dans cette version tronquée - dans trois endroits : un grand magasin où travaillent Colleen et Harry, une patinoire où aura lieu un combat de coqs - relativement déséquilibré - entre les deux hommes (le gros morceau) et enfin, un restaurant (où l'on retrouve uniquement Colleen et Jimmie, Harry se retrouvant tout seul et penaud dans un parc). Même si la qualité, en terme d'images, de ce "bout de film" laisse à désirer (faut être un fan invétéré du Frank, j'en conviens), on prend un certain plaisir à suivre ces séquences sur la glace où notre gauche Harry, la belle à son bras, tente tant bien que mal de progresser avant que ce gros lourd de Jimmie, qui patine comme Candeloro mais a aussi peu de neurones (je te prends quand tu veux au ping-pong), le déséquilibre : le pauvre se gaufre avec sa douce, et le Jimmie de venir offrir son bras à la donzelle tout en envoyant paître le Harry. Les deux hommes finiront par s'expliquer - toujours sur la glace -, le Jimmie prenant notre Harry à bras le corps... Il lui piquera sa gonzesse et Harry, qui avait prévu le soir même d'offrir une bague à Colleen, de ronger son frein sur un banc.

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Beaucoup de vivacité et de fluidité dans ces scènes de glace, notamment lorsque les patineurs défilent comme des bombes autour d'un Harry piteusement au sol. Borzage nous gratifie également, pour la peine, d'un poétique ralenti et d'une séquence en accéléré sur ces mêmes patineurs (vus par le regard d'un troisième larron, Max Plute, apparemment ivre)... Voilà, voilà... On reste forcément frustré de ne point pouvoir découvrir la suite (Harry et Colleen finiront malgré tout par se marier et devront faire face, à cause des problèmes de santé de Harry, à certaines difficultés financières (dans l'adversité, on peut compter sur le dévouement de la femme borzargienne...)) mais c'est, dit-il en bon fan fataliste, toujours mieux que rien...

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A l'aborzage !   

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05 avril 2011

Young as you feel (1931) de Frank Borzage

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Au-delà du fait que ce film soit une rareté à dénicher et qu'on soit donc point peu fier de l'avoir vu, il faut reconnaître qu'on est pas non plus vraiment devant la merveille absolue... Sympathoche comédie, très légère, avec le pimpant Will Rogers qui m'a, personnellement, toujours fait penser à Jean-Paul Belmondo vieux - euh, Jean-Paul Belmondo tout court, oui. Notre homme est depuis des années réglé comme une pendule, emprisonné dans sa petite routine de chef d'entreprise. Il a pour associés et pour fils deux jeunes branle-manette plus intéressés par l'art ou le golf que par l'entreprise familiale, et l'ami Will aimerait bien les voir rentrer dans les rangs - taffer sérieusement et se marier... Lors d'une soirée que les jeunots organisent dans la demeure du pater, celui-ci va faire la connaissance de la pétillante Fifi d'Orsay qui va réveiller le vieux lion... Il se met à faire la bombe au grand dam de ses deux fils qui se retrouvent non seulement en première ligne au boulot mais qui redoutent, surtout, que leur vieux se fasse rouler dans la farine par la Fifi - va-t-elle le faire chanter et lui piquer tout son pognon, voire se marier avec le pôpa (ciel !) ; mais ce n'est pas à un vieux singe qu'on apprend à faire la grimace et le vieux Will, qui, à cinquante balais, a retrouvé une seconde jeunesse, va leur prouver qu'il a su, malgré tout, garder les deux pieds sur terre... On ne peut pas vraiment dire que le Frank fasse vraiment des efforts au niveau de la mise en scène, laissant le Will faire son petit numéro de comédien gouailleur - d'ailleurs, même quand ce dernier s'emmêle dans son texte à deux trois reprises, le Frank se contente de laisser filer son plan séquence en caméra fixe (allez hop c'est dans la boîte, next). On sourit gentiment lors de la rencontre de la Fifi et Will - lui, faisant sa gym dans ses appartements, elle, en petite tenue, se changeant avant d'aller rejoindre la soirée et de pousser la chansonnette -, la chtite Canadienne parvenant même à faire rougir le Rogers quand elle lui demande de fermer sa robe (mais bon, comme c'est en noir et blanc et que ma copie est méchamment pâle, on ne se rend po non plus vraiment compte...). Je ne sais point si Lucky Star est le meilleur Borzage - pour répondre un poil tardivement à l'ami Gols (il est en tout cas dans le top 3) -, mais il est clair que ce Young as you feel est loin de faire partie de ses chefs-d'oeuvre. Sans rancune Fifi.

A l'aborzage, c'est !

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29 mars 2011

Doctor’s Wives (1931) de Frank Borzage

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On connaît dorénavant (après en avoir vu 128) la passion de Borzage pour le corps médical et surtout pour les malades. Le fan de Borzage sera donc ravi de voir que le film s'ouvre avec un vieil homme sur son lit de mort et se clôt avec l'opération du meilleur pote du couple-phare : l'occasion pour le Dr Judson Penning de rencontrer sa future femme (la pétillante Joan Bennett, petit bout de femme très borzagienne), puis de se réconcilier avec elle. Il faut se résoudre à l'évidence, les personnages des films du Frank sont bons : il y a la femme dévouée (pas facile d'être mariée à un homme toujours occupé, d'autant que la plupart de ses patientes lui donne des "rendez-vous" médicaux pour flirter avec lui...) qui même lorsqu'elle soupçonne son mari de pousser un peu trop loin ses flirts, ne peut l'oublier, il y a le mari passionné par son taff... et parfois ses clientes, qui même lorsqu'il sait que son meilleur pote a, auparavant, craqué pour sa femme, est toujours prêt à lui sauver la vie (avant de l'opérer, il joue quand même dangereusement avec un couteau mais on ne tremble pas plus qu'une feuille sur la lune), et enfin le meilleur pote prêt à tous les sacrifices pour la science qui aurait enfin l'opportunité de penser à son propre bonheur, mais non, bon sang, il y a des principes auxquels il ne faut pas déroger : le couple borzagien est intouchable malgré les aléas de l'existence. Morale bien pensante me direz-vous, c'est oublier que chez notre cinéaste l'amour triomphe toujours, même post mortem...

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Drôle d'endroit pour une rencontre - une jeune femme tout d'un coup monte dans votre taxi sans vous remarquer, presse le chauffeur de trouver un docteur et coup de bol : vous êtes docteur (prof, ça marche moins, c'est clair) - et drôles de circonstances : la mort d'un être cher. La jeune Joan sous le coup de l'émotion a tôt fait de se retrouver dans les bras de ce docteur tant convoité ; il mettra le temps à lui fixer un rencart, mais leur destin est déjà écrit : ils se marient et on trouve touchants tous ces petits baisers qu'ils échangent et surtout la façon dont le Docteur ne peut s'empêcher de décoiffer sauvagement sa jeune épouse (ben mon brushing, on est filmés quand même...) - cela n'a l'air de rien mais cela apporte indéniablement une chtite touche de spontanéité et de légèreté à l'ensemble... Il est vrai qu'on voit venir la suite de loin : l'épouse délaissée, le mari qui semble mettre un peu trop d'ardeur à écouter les battements du coeur d'une hyponcadriaque (comprendre "malade d'amour" pour lui) - petite scène au passage d'un dos nu féminin malicieusement sensuelle...

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La pauvre Joan ne tarde pas à confier son chagrin au meilleur ami de son mari - un véritable rat de laboratoire - rapidement prêt à vendre tous ses fromages... par amour pour elle (mais c'est mal, alors le gars va, littéralement, "se tuer" au travail). Comme le dit une femme expérimentée : "The man who doesn't think of women doesn't live, or if he does he's not well" - pas mieux. Le Docteur et la Joan se séparent mais pour mieux se retrouver - tintintin... - celle-ci se montrant encore plus... dévouée : "va rejoindre tes patientes, my love, je comprends" (l'ami Gols aurait sûrement glissé un ptit "réac" au passage, je n'ose, par pur respect, même si, hum hum...)

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On est loin des sommets de l'oeuvre du cinéaste, faut en convenir, devant se contenter pour l'heure et pour l'oeuvre de quelques petites saynètes croquignolettes (une première soirée en amoureux où la donzelle donne la permission à l'homme de l'embrasser dans la pénombre, une ptite balade à cheval durant laquelle notre couple, tout à son bonheur, se bécote sous les yeux d'un policier soupçonneux...), l'ombre de l'adultère planant sans jamais pouvoir en sortir vainqueur (perfide patiente prête à tout pour attirer le bon docteur dans son antre... mais ne te soumets point à la tentation et... oui, bon, ça va, ça va...). On retiendra les petites mines chagrines de la belle Joan toute peinée quand son mari doit s'échapper en urgence ou littéralement abattue quand elle constate qu'il la néglige pour une autre (mignonette petite scène sur le canapé où il allume la clope de l'invité tournant le dos à sa belle qui attend les mêmes attentions, en vain... bouh...). Ah oui, femme de docteur est un véritable sacerdoce, surtout à une époque où les femmes pouvaient prétendre, au mieux, dans le domaine, au métier d'infirmière. De la dévotion (l'un à son taff - et, par la suite (tout de même), à son épouse -, l'autre toute à son mari) en borzagie.

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25 mars 2011

L'Isolé (Lucky Star) (1929) de Frank Borzage

Borzage a tout de même le don pour filmer ces petits moments pleins de légèreté où une jeune femme et un jeune homme tombent amoureux l'un de l'autre sans en avoir l'air. Toutes les scènes centrales entre la môme Janet Gaynor et le menhir brisé Charles Farrell sur son fauteuil (Borzage, Gaynor, Farrell, un beau triptyque pour cette troisième et dernière collaboration tous ensemble, sauf erreur) possèdent un charme dingue. On retrouve cette fois-ci, comme barrière à leur amour, le poids de la famille de la donzelle - méchannteeu mèrreu - qui considère cet handicapé comme un homme perdu. Certes la chtite Janet à un peu de mal à passer outre dans un premier temps mais rapidement son personnage au coeur tout boulversifié prouvera encore une fois que l'amour peut être miraculeux, dit-il en essuyant un reliquat de larme.

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Janet endosse cette fois-ci le rôle de la pauvrette de la campagne complètement sous le joug de sa mère. Elle livre le lait à une bande de gars qui bossent pour Amérique Telecom et ne tardent pas à déclencher une esclandre entre le boss qui se la pète et notre Charles qui répare les fils. Rapidement c'est le combat tout en haut des poteaux, une scène peu banale et résolument casse-gueule. On sent que la chtite prend un certain plaisir à faire monter la tension - jeu de mot -et à voir ces deux hommes se battre sous ses yeux - enfin, plutôt au-dessus, d'ailleurs. La baston tourne court, car notre Charles capte un message urgent annonçant que la guerre est déclarée. Nos deux hommes partent au front en France et la Janet se fend d'une petite lettre pour les deux hommes; on se rend compte rapidement que le boss est un gros branleur qui roule des mécaniques alors que le Charles est le type qui a bon fond avec un coeur ça comme. Mais ça manque po, c'est ce dernier qui est blessé gravement aux jambes alors que le second revient en plastronnant, gardant sa tenue militaire, alors même qu'il a été viré de l'armée. La chtite Janet ne tarde point à sympathiser avec le gars Charles auquel elle rend visite à la moindre occase : certes notre gars est sur un fauteuil mais il lui prouve qu'il peut se dépatouiller tout seul grâce à son ingéniosité. Il va peu à peu faire éclore la Janet, un tantinet souillon, de sa chrysalide lors d'une séquence d'anthologie : le shampoing aux oeufs - pas du Dop, attention -, mais une douzaine d'oeufs qu'il va gentiment exploser sur la tête de la Janet parce qu'elle le vaut bien. C'est mimi comme tout et il entreprend même, dans un second temps, de lui faire entièrement sa toilette; il lui demande son âge, la Janet répond "presqu'dix-huit ans" et ça coupe notre Charles dans son élan alors qu'il s'attaquait déjà au dos de la blouse. Il pousse un oups tellement fort qu'il résonne à la ronde ce qui est assez étonnant pour un film muet.

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Charles lui offre des ptits cadeaux, elle rayonne, mais le hic survient lorsqu'elle décide d'aller au bal. Elle part toute pimpante laissant notre gars les fesses sur son fauteuil; ce dernier en son absence fait des efforts surhumains pour tenter de la rejoindre sur des béquilles : malheureusement il s'explose la tronche méchamment isole05sur les lattes de sa baraque - j'ai senti comme un creux dans le bide à ce moment-là, compatissant. Bien sûr, c'était écrit, la Janet croise le boss au bal, ce dernier se jette sur elle, la soulève du sol pour la faire valser, c'est un véritable enlèvement moral, on a presque envie de foutre des baffes au gars si on avait pas peur de casser l'écran. Le boss soudoie la mère pour marier la fille et alors qu'il l'embarque à l'église lors d'une tempête de neige qui ferait passer la fin des Parapluies de Cherbourg pour un lancer de confettis, notre Charles part à leurs trousses : il marche à l'arrache dans ces petits chemins enneigés, grâce à une volonté surhumaine qui ferait passer mes 20 derniers kilomètres au marathon pour du trampoline. A la fin il est debout, tenant la Janet solidement sur son poitrail, on a les jambes coupées. "I thought I was making you over and... you've made me over. Good as new". On comprend par forcément l'anglais mais on sent bien que l'instant est magique. Plus fondant qu'une boîte de caramels oubliée sur le poêle.   (Shang - 24/03/09)

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Ce film m'était resté comme un éblouissement quand je l'avais vu dans mes années adolescentes. Eh bien, comme mon camarade, je le confirme : on touche là à la magie pure, et on sent bien qu'on a affaire à un cinéma qui vous rentre directement dans le coeur, sans passer d'ailleurs forcément par le cerveau, et vous reste dans l'oeil à jamais. Je vais laisser dès maintenant mon lyrisme de Monoprix de côté pour inscrire la seule réserve que je verrais là-dedans : j'ai un peu de mal avec les personnages de Borzage en général, et dans celui-ci en particulier. Pour moi, la naïveté que le réalisateur s'évertue à leur donner est exagérée, et j'ai un peu l'impression de voir des caractères tellement puérils qu'ils sont parfois à la limite du "simple d'esprit". Ici, c'est Gaynor qui me pose problème surtout : elle est censée avoir 18 ans, et elle se comporte comme une enfant de 4 ou 5 ans au mieux (toujours eu du mal avec les femmes-enfants, hein, c'est peut-être moi, aussi) : si le gars Farrel tourne sur sa chaise roulante, la gamine se marre comme une clé à mollette ; si on lui présente une jolie robe, elle ouvre ses grands yeux de biche comme si on lui montrait une sucette géante ; quant au sexe, grands dieux, elle ne semble même pas en avoir entendu parler. Cette propension à puériliser (?) ses héros, qui était déjà présente dans Seventh Heaven mais côté masculin, gâche pas mal de la beauté des personnages. Fin de la réserve : ici, on peut admettre qu'elle est justifiée, tant le film joue habilement sur la dualité entre l'innocence perdue (l'Eden représenté par le couple croquignolet) et le Mal qui rôde (qui commence par le handicap du héros, et se poursuit avec la guerre et ce méchant prétendant odieux). Farrell et Gaynor = Adam et Eve, ou Paul et Virginie : on peut comprendre qu'ils soient un peu rudimentaires.

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Pour tout le reste, il faut reconnaître que le film assoit. La splendeur des décors, exemple de la grande époque des studios avec ces pans entiers de nature reconstitués avec un mélange de précision et d'artifice de conte de fées ; l'écriture impeccable du scénario, qui privilégie effectivement les tout petits moments de rien du tout à une quelconque trame (finalement presque absente) ; la variété des tons, entre la comédie et la tragédie, entre les éléments de mélodrame que sont la mère ou les scènes de guerre et le comique de situation ; même le moralisme vieille école de l'histoire, qui confine parfois au réactionnaire (ça, ça énerve Shang, mais que voulez-vous ?), moralisme tellement assumé et sincère qu'il finit par toucher ; et enfin les acteurs, avec une préférence très nette cette fois pour Farrell (ce qu'il fait avec son corps cassé, avec ses mains, et surtout avec ses yeux (le regard qu'il pose sur Gaynor quand elle lui avoue un petit mensonge vis-à-vis de sa mère, excellent)) : tout est grand, beau, inoubliable. Borzage trafique des gros plans sur Gaynor qui rentrent immédiatement dans l'oeil comme des icônes : la scène où elle se métamorphose après son lavage de cheveux, les regards qu'elle pose sur son amoureux, le visage douloureux qu'elle affiche quand elle est rattrapée par la fatalité...

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Et puis les dernières bobines, avec cette tempête de neige qui rehausse encore d'un cran le ravage mélodramatique de la trame, avec cette silhouette de Farrell sur ses béquilles dépassant ses limites pour reconquérir son amour, avec cette cruauté sadique avec laquelle Borzage repousse l'accomplissement des retrouvailles, sont parmi les plus grands moments du cinéma muet (je vous conseille d'ailleurs de couper la musique chiante qui accompagne le film pour contempler ça dans le silence total : le Cinéma avec 14 C majuscules). Le dernier plan, archétype du symbolisme sans façon de Borzage, montre le couple s'embrassant sur un rail de chemin de fer : on l'entrevoit à travers des larmes de bonheur, et on quitte ce film absolument subjugué par cette puissance indéfinissable. Je demande confirmation à mon collègue plus connaisseur que moi en borzagisme : le meilleur Borzage ?   (Gols - 25/03/11)

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à l'aborzage ! clique

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24 mars 2011

Secrets (1924) de Frank Borzage

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Attention les amis, on est dans du très gros collector avec cette première version de Secrets signée Borzage - avec la star du muet Norma Talmadge, toujours aussi expressive, la bougresse -, un film dont il réalisa lui-même un remake neuf ans plus tard avec Mary Pickford. L'histoire reste donc la même dans les grandes lignes (pour ceux qui ont la flemme de cliquer, on suit les périples d'une femme qui a décidé de quitter sa riche famille pour suivre son jeune amant désargenté, John ; on les retrouve dans une baraque de bric et de broc en pleine Far-West alors même qu'ils sont attaqués par un gang de fous furieux ; enfin une poignée d'années plus tard, une jeune femme qui a eu une amourette avec le John vient défier son épouse...) et même s'il manque des bouts, même si la copie dans laquelle j'ai découvert le film a plus de Ray(ures) que de Blue, cela ne demeure que du bonheur.

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Ah c'est vrai que cela démarre un peu mollement, j'en conviens, avec notre Norma qui s'habille et qui doit s'enfiler, sur une armature de Tour Eiffel, trois couches de tissus épais comme mes rideaux. Ca dure des plombes mais on finit par être tout ému par la chtite mine de la Norma, véritable petite poupée de chiffon qui s'amuse avec ses deux ultimes accessoires, un bouquet et un mouchoir. Elle doit peser quinze tonnes, aurait aucune chance de passer une douane mais, émerveillée par la transformation, la Norma nous touche par ses petits gestes drolatiques et graciles - eh ouais, je suis super bon public quand je suis d'humeur, parfaitement.

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Mais le drame couve puisque le pater survient et se fait tout vénère : il a appris que sa fille a fricoté avec un de ses employés et il l'enferme dans sa chambre, le fourbe. Notre Norma est toute éplorée mais elle 45sRGpeut heureusement compter sur le soutien de sa tante - "Ne les laisse point ruiner ta vie", lui lance-t-elle - mais ouais. Son amant est loin d'être un rigolo puisqu'il rentre dans sa chambre par le balcon (c'est pas non plus un gros cascadeur, le type, il profite de la présence d'une échelle qui s'était malicieusement glissée dans le décor); "Partons ensemble, en Amérique", "euh... bon ok mais d'abord il faut que je change de robe" - ah les femmes. On a un peu peur de se retaper trente minutes de strip-tease, d'autant que le type est aussi gauche que moi à l'arbalète. Petite séquence coquine avec la Norma qui se laisse dénuder une épaule - le film fut interdit au moins de 32 ans (hum) -, par cet amant qui tente de trouver des excuses faciles - "C'est la première fois que je déshabille une femme..." On le croit, elle aussi. Un peu gêné, tout de même, par sa proposition, il finit par émettre un timide "We'll be poor..." et la Norma, bravache, de lui rétorquer "I'll be rich with your love" - Po, po, po...

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Changement de décors puisqu'on retrouve notre petit couple avec bébé dans une bicoque en bois perdue dans le grand west. Séquence action (avec l'attaque de ce gang) et émotion, et j'en aurais bien profité pour glisser une petite référence au Vent  mais non seulement je l'ai déjà fait en parlant de la version de 1933 (tu te répètes, mon vieux), mais en plus le film de Sjöström date de 1928 ce qui est un peu incongru - petit effet raté, ça arrive... Ça pétarade dans tous les coins, le John défend sa baraque comme un dingue, le feu se déclare, la Norma s'empare du potage pour le jeter à la tronche des assaillants et pis, et pis, rah le terrible et grand moment tragique du film : Norma retourne, dans le feu de l'action, voir son enfant, nous effraie par son regard tétanisé, s'empare du bébé d'une main, d'un miroir de l'autre, souffle dessus - de la buée, normale -, l'essuie, l'approche du bébé, regarde le miroir et là... il n'y a que son visage totalement défiguré par la douleur qui apparaît, un visage d'une netteté absolue qui en dit long sur le sort du gamin... Là, ça m'a scié deux pattes, j'ai cru que j'aurais jamais la force d'aller au bout - d'ailleurs le film lui-même a eu  du mal à s'en remettre vu qu'il manque dans la foulée une demi-douzaine de bobines (j'abuse à peine...)

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Le temps de vider la boîte de Kleenex et nous voilà arrivés au dernier pan de l'histoire (des années plus tard donc...) avec cette mijaurée qui débarque chez Norma. Elle lui fout la honte devant ses parents (qui, devine-t-on, ont pardonné l'escapade) et lui annonce sans prendre de gant que le John est amoureux d'elle. Norma est clouée sur place, prête à abdiquer... Heureusement le John débarque, il rit un peu jaune entre les deux femmes mais trouve la parfaite réplique pour tester la greluche : "J'ai plus d'argent, tu restes ?" Dans le mille, l'autre se casse. On pensait assister à un happy end, on en aura deux pour le prix d'un puisque l'histoire, racontée en flash-back, nous réserve une ultime surprise... De l'amour, du drame, de l'action, de la tragédie, de l'adultère, des larmes de joie : on est au septième ciel, d'autant que, par la grâce de Dieu (et de Karagarga mais dois-je toujours le dire... bah, ça fait po de mal non plus), j'ai encore deux-trois petits Borzage dans l'escarcelle pour compléter cette bien belle odyssée.

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