Shangols

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07 août 2008

Zardoz de John Boorman - 1974

f13_15_82On est sans arrêt partagé entre la franche rigolade et la totale consternation à la découverte de ce film de série Z', naviguant le cul entre deux chaises : est-ce une grosse farce à prendre au 8ème degré, comme semble l'indiquer le prologue taquin ? Ou est-ce un infâme essai de SF fauché et kitsch qui se prend pour 1984 ? Pour ma part, j'ai choisi la première option, celle du bidonnage, et j'avoue que j'ai été servi.

Le scénario est proprement inrésumable, et accumule tous les poncifs de la SF grande école : en gros, une brutasse couillue (Sean Connery) découvre que le Dieu en lequel il croyait f13_15_42(Zardoz) est en fait un leurre dirigé par une élite intellectuelle pour asservir le peuple, cette élite se trouvant elle-même manipulée par une boule de cristal qui parle. Vous me suivez ? Moi non plus, et ce n'est que le début d'une histoire impossible : on dirait que Boorman a voulu résumer en 1h40 tous les romans de science-fiction des années 50-60, ce qui fait beaucoup. En fait, on a plus l'impression que c'est le dealer de Boorman qui lui a directement inspiré ce film, tant tout est résolument barré. On passe de consternation en affliction, à la découverte des aventures d'un Sean Connery enfermé dans un monde psychédélique que n'auraient pas refusé les Pink Floyd en fin de soirée.

Finalement, c'est plus au niveau de l'esthétique que le film est intéressant. Attention, c'est d'une laideur f13_15_9insigne, d'un mauvais goût poussé à l'extrème, mais c'est aussi un beau résumé des motifs hippies de l'époque : libération sexuelle (nombreux plans sur des poitrines plantureuses), émancipation de la femme (Charlotte Rampling en harpie SM), retour à la religion (bon, là, on a foi en Zardoz, contraction de Wizard of Oz, c'est pas très sérieux), et surtout goût pour l'hallucination collective et les mondes parallèles. Constamment sous acide, Zardoz semble être le résultat d'une de ces expériences mystico-nazes des années 70. Il faut de toute façon être bien attaqué pour supporter le personnage de Connery : short rouge, poitrine velue, les jambes constamment écartées pour laisser la place à son appendice viril de toute évidence très développé, un air ahuri, on a mal pour lui mais on rigole bien. Il a l'air absolument affligé devant l'indigence de la plupart de ses scènes (parler à un bout de verre, s'enfuir dans une pièce recouverte de miroirs, tirer une charette en émettant des borborygmes... si on se souvient que ce mec a fait aussi un Hitchcock, on pleure un peu), et on est un peu comme lui : une fois qu'on a compris qu'on n'est pas dans un film des Monty Pythons, on souffre en attendant la fin. Zardoz est de toute façon à voir, ne serait-ce que pour y croire.

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28 juin 2008

Excalibur de John Boorman - 1981

KornuelsdiedDans Excalibur, l'important, c'est le "ex". Ben oui, parce que, il faut bien reconnaître que 27 ans plus tard, cette histoire de chevalerie a pris pas mal de rides, et qu'on a aujourd'hui plus tendance à afficher un sourire ironique qu'à trembler pour les mésaventures d'Arthur et de ses potes. Finalement, les créateurs de Sacré Graal ou de Kaamelot, on s'en rend compte, ont à peine forcé le trait pour se moquer de ce genre de productions : difficile d'éviter le ridicule achevé en montrant des gusses engoncés dans des armures et combattant des hordes de méchants (il y a au moins 12 figurants, impressionnant) au cri de "Pour le Roiii, yyyyargh !" avec des accents de dandys. Boorman y tombe souvent, dans le ridicule, mais on se dit que c'est sûrement parce que le film a vieilli ; il y a quand même de belles tentatives de style à mettre dans sa colonne "réussites". Le film est beaucoup moins ridicule que Le Seigneur des Anneaux, par exemple.

Artur_wifeOn ne sait d'ailleurs jamais trop si Boorman n'est pas parfaitement conscient de la kitcherie de son entreprise : difficile de prendre au sérieux le personnage de Merlin, notamment, joué avec taquinerie par Nicol Williamson. Le gars utilise sa voix avec une telle artificialité ("you tlyyyyy to kiiiillllll the dlagon, my soooon"), il est confiné dans un costume si minable, son dialogue est si balisé, qu'on se dit que Boorman a voulu en faire un personnage comique, distancé. Il finit enfermé dans une sorte de prison de glace qui a dû pulvériser le budget carton-pâte du film, on rigole bien. Excalibur est fauché d'ailleurs, ce q2ui le rend beaucoup plus attachant que les centaines de conneries d'heroic-fantasy qui sortent de nos jours ; Boorman, de ce fait, hésite à balancer la purée, et ne tente que très rarement la solennité. Quand il essaye de monter la musique de Carl Orff sur des scènes de combat, il tient le coup 30 secondes, avant de se calmer devant le peu de puissance du résultat. Il a bien raison  : ces scènes sont beaucoup plus jolies sans dopage. Quand on a deux figurants et des costumes loués à "Tout pour la Fête", on fait pas trop le malin à essayer d'imiter Spielberg.

roundTableDu coup, le film est étonnamment sobre dans sa plus grande partie préférant travailler sur une certaine animalité de sa forme (les montages parallèles entre mort et jouissance sexuelle, les nombreux plans érotiques, les symboles coquins (l'épée plantée dans le rocher, aaah !)). Il filme très joliment les décors naturels, forêts, petits lacs, plaines envahies par le brouillard, ainsi que les corps souvent nus de ses personnages. Beaucoup de scènes sont comme des prémisses de ce qu'obtiendra Chéreau avec La Reine Margot : 1des corps pleins de sang qui se rentrent les uns dans les autres en hurlant. Ceci dit, on se calme, il n'est pas encore à cette hauteur là, et a du mal à se débarrasser de l'imagerie éternelle des films de chevalerie, dans toutes les scènes fantastiques notamment, ou dans ces décors d'intérieur parfaitement ratés. Finalement, il apparaît que Boorman est un beau peintre de la nature, mais un piètre créateur de formes. Les acteurs, eux aussi, sont souvent de simples pantins trop sérieux, qui semblent ne pas jouer dans ce film-là, mais dans un truc beaucoup plus gros. Excalibur est un tout petit film, c'est ce qui le rend attachant, mais c'est aussi ce qui le rend euh tout petit.

Posté par Shangols à 16:29 - BOORMAN John - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

26 décembre 2006

Le Point de non retour (Point Blank) (1967) de John Boorman

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Lee Marvin (dit the Rock -forcément ça se passe à Alcatraz, facile - qui a aussi survécu à un film de Boisset, 3 ans certes, c'est déjà bien) est vraiment po content (son pote avec qui il a monté un coup l'a abattu froidement et s'est barré avec sa femme et sa thune) et quand il plonge avec deux bastos dans le bide dans les courants traîtres qui entourent la prison d'Alcatraz, on donne pas cher de sa peau. Mais plus résistant que le Marvin, à part Jack Bauer, je vois pas.

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Il va remonter un à un les différents échelons de la mystérieuse "Organisation" (grosses bastons, voiture pilée entre deux piliers pour que son passager lâche des infos, éjection du 6ème étage de son pote, le traître, qui s'écrase tout nu sous le regard affolé des badauds (des effets spéciaux à la Vertigo...), tireur embusqué qui se trompe de cible dans un décor à la 24h...) pour récupérer nom de Zeus ses 93 000 dollars;  il croisera en route sa femme désolée qui se suicidera aux somnifères et la magnifique Angie Dickinson; il aura avec celle-ci une brêve liaison après une baston où elle lui a filé 3452 baffes (un Rock, clair). Ces histoires de vengeance à la Eastwood ça va bien 5 minutes et on attend gentiment le dénouement à mesure que les cadavres s'empilent. C'est certes très carré, on est dans les sixties (les robes courtes existent uniquement en jaune, violet ou gris-métallisé) et cela nous vaut une scène hallucinante où l'Angie en colère met en branle tous les appareils ménagers d'une luxueuse villa - on se croirait dans Les Choses de Pérec! On est en plein dans ce bon vieux monde de consommation et de biens matériels et le Marvin stoïque d'éteindre tous les appareils un à un; cette scène qui n'apporte aucune information est à l'image du dénouement où il semblerait que Marvin se rende compte de l'absurdité de sa quête -on ne sait même pas s'il va prendre la peine de récupérer sa thune qui l'attend paisiblement dans la cour d'Alcatraz- manipulé qu'il a été depuis le début par un membre de cette même Organisation. On l'imagine très bien se passer la main dans ses cheveux grisonnants avant d'aller s'acheter les éditions complètes de Beckett et de goûter un repos bien mérité.

Posté par Shangols à 07:21 - BOORMAN John - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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