Petites Coupures (2003) de Pascal Bonitzer
"On est plus dans le vaudeville que dans le drame", dit en substance une Kristin Scott Thomas relativement lucide sur les ressorts de cette histoire; il est clair également qu'au niveau de la crédibilité des situations et de leur enchaînement, Bonitzer a tout l'air de s'en foutre comme de sa première chaussette, semblant uniquement se concentrer sur le marivaudage du gars Auteuil qui s'en donne véritablement à coeur joie : ce dernier passe de la sérieuse et politisée Emmanuelle Devos - sa femme - à la chtite Ludivine Sagnier dans le rôle d'une greluche (qui lui va comme un gant), avant de papillonner avec la fantasque Kristin Scott Thomas et de tenter un flirt (risqué) avec Pascale Bussière... Auteuil n'a pas vraiment l'air de toujours comprendre ce vers quoi tout cela va déboucher (nous non plus d'ailleurs), mais endosse ce rôle de serial-lover avec une évidente fougue. Ces femmes vampirisent littéralement notre pauvre Daniel - l'idée du rouge à lèvres, leitmotiv d'une donzelle l'autre; le sang des multiples petites coupures d'Auteuil qui attire ces créatures féminines presque malgré lui; ou encore la demeure dans une brume draculesque d'une Kristin Scott Thomas en tentatrice dangereuse - qui finit par ne plus toujours savoir où donner de la tête; il n'a de cesse de vouloir donner la bague de sa femme à chaque rencontre comme un "gage d'infidélité" et multiplie les déclarations d'amour sans trop y croire lui-même.
Même si sa préférence semble aller vers Kristin, cette dernière est tellement fantasque et cyclothymique - elle n'a de cesse de souffler le chaud et le froid - qu'il finit, le pauvre garçon, par être totalement désarçonné... Reconnaissons en passant que la partition de cette dernière est, au niveau de l'écriture, d'une belle fantaisie, et la Kristin de pouvoir faire montre pour une fois de tout son talent d'actrice de comédie. Les acteurs semblent d'ailleurs ceux qui s'amusent le plus dans ce scénar qui part tellement en quéquette qu'on se demande si Blier n'a pas mis la main à la pâte, notamment lors de ce final abracadabrant... Pour peu qu'on prenne chaque situation (vécue par Auteuil) comme elle vient, l'histoire peut paraître gentiment originale, voire même assez osée par ce petit côté "bout de ficelle, selle de cheval" qui défie parfois toute logique rationnelle; si on commence néanmoins à sérieusement approfondir la valeur psychologique ou esthétique de la chose (l'histoire finissant quand même par tourner diablement en rond), on se mettra forcément à se mordre un peu les doigts en trouvant l'ensemble aussi superficiel qu'une petite coupure...
Le grand Alibi de Pascal Bonitzer - 2008
Je confirme le message induit par l'affiche, Le grand Alibi a tout de la partie de Cluedo : morne, soporifique, et attendu. Bonitzer est décidément beaucoup plus intéressant quand il bosse pour Rivette que quand il se pique de faire ses propres films. Ici, il choisit d'adapter un roman d'Agatha Christie (on connaît plus excitant, déjà), et de s'amuser avec une galerie de personnages bien entendu tous suspects du meurtre. Du coup, il réunit plein de comédiens sympathiques, il écrit quelques lignes qui les relient tous d'une façon ou d'une autre (une telle a été la maîtresse d'un tel, qui aime telle autre, mariée à tel autre, etc.), et emballé c'est pesé. Non, c'est pesant.
On a droit à un vague téléfim de dimanche soir (autre rapport avec le Cluedo), inconséquent comme c'est pas permis et passable à tous les postes. Les acteurs semblent avoir été privés de répétitions, ça doit être une méthode, et sont complètement empotés dans l'espace, ne sachant jamais trop quel geste faire, quelle intonation prendre. Miou-Miou
notamment, dans un rôle caricatural à l'excès, est très manche et complètement perdue. Seuls les vieux de la vieille s'en tirent, en sortant leurs bonnes vieilles panoplies pleines de ficelles (Arditi en bougon fatigué ou Wilson en homme à femmes bourgeois). Les autres ont bien du mal à se dépétrer de ces caractères taillés à la serpette, entre l'alcoolo (Demy) et la chieuse (Agathe Bonitzer), entre la fille malheureuse et incomprise (Bruni-Tedeschi) et la vamp fatale (Caterina Murino). Privés ainsi d'épaisseur, les personnages ne parviennent pas à nous intéresser, on se fout comme de l'an 12 de leurs déboires sexuello-policiers, et on s'ennuie ferme. Côté trame policière, c'est également l'ennui total, et ça n'intéresse d'ailleurs pas plus Bonitzer que nous, puisqu'il délaisse tout ça avec évidence.
Les quelques clins d'oeil hitchcockiens sont bienvenus pour nous sortir du marasme, mais là aussi déception :
ils ne sont là que pour tenter d'inscrire désespérément le film dans une lignée, et sont totalement vidés de sens. Le meurtre sous la douche, les plans éloignés sur une voiture le long d'un canal, le final sur les toits, ne font que sourire quand on reconnaît leurs provenances hitchcockiennes, mais n'apportent rien de plus qu'un joli décorum. Ce n'est pas en appelant son film comme celui d'Hitch qu'on dit quelque chose. Pour le reste, c'est tout juste propre, jamais élégant, jamais vénéneux. On dirait plus, en fait, un film de Chabrol sous tranxène, prenez ça comme une réserve. C'est la fête du cinéma en ce moment, et c'est vrai : Bonitzer lui fait sa fête. (Gols 29/06/08)
Respect pour l'ami Gols d'avoir pondu trois paragraphes sur ce film dont la vacuité rejoint la chute scénaristique. Que peut-on en retenir? Ben, dommage pour Arditi, Demy en alcoolo convainquant, Bruni Tedeschi et Caterina Murino belle à croquer. Une chronique en forme de pépin qu'on expulse nonchalamment. (Shang 20/12/08)



