15 février 2010

Barking Dogs Never Bite (Flandersui gae) de Bong Joon-Ho - 2000

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Le premier film de Bong montrait déjà avec éclat la profonde originalité du compère. Tout comme pour ses films suivants, on y savoure un étonnant mélange entre comédie, polar, fantastique, études de moeurs, le tout sur fond de Corée contemporaine, avec ce que ça comporte de chronique sociale. Barking Dogs Never Bite est un délicieux moment de poésie et d'étrangeté dont on aura bien du mal à trouver un équivalent dans le cinéma d'aujourd'hui : c'est ce qui le rend précieux. Si les intentions profondes de Bong échappent un peu (mais en a-t-il vraiment, ou le film n'est-il qu'un objet de pur divertissement ?), on goûte chaque scène et chaque personnage avec beaucoup de bonheur. Certes, c'est du coup un peu morcelé, mais il y a aussi un vrai plaisir à assister à cette suite de séquences au ton unique ; on peut prendre chacune d'elles à part, elles sont franchement toutes réussies. C'est la globalité qui grince un peu.

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Je déconseille ce film à mon camarade Shang, qui considère son chien comme un demi-dieu : les "puppets" ne sont pas à la fête là-dedans. Le film démarre sur des aboiements de petit chien, qui énervent prodigieusement notre héros, vague homme "sans qualité" confronté à une épouse autoritaire, à des difficultés financières, et à une ambition freinée par la corruption (il veut devenir prof, mais pour ce faire doit graisser la patte à qui de droit, ce qui n'est pas simple). Tombant sur le chien dans un couloir, il l'éxécute sans autre forme de procès (catalogue des différentes façons de se débarasser d'un chien : on lejette du haut du toit ? on le pend ? on l'enferme dans l'armoire ?). Parallèlement, une jeune fille en mal d'héroïsme et de gloire télévisée part sur les traces de ce serial-dog-killer (oui, il y aura d'autres victimes), et un gardien d'immeuble se mitonne des petits ragoûts à base de chien. Le tout sous le regard d'un SDF fantômatique qui vit dans la cave de l'immeuble.

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Tout ça est un peu brumeux dans son ensemble, comme je disais, mais le fait est que le film est drôle, énergique, étrange et original : les acteurs parfaits, le sens des situations, cette façon de toujours nous surprendre à chaque nouvelle scène, les bonnes idées de mise en scène, tout ça fait de Barking Dogs Never Bite un joyeux moment léger. Bong essaye tous les styles, et réussit quelques séquences plus que bien : la digression faite d'un récit sur les fantômes, très bien rythmée, qui happe l'attention et fait sortir le film de ses rails ; la course-poursuite dans les couloirs du bâtiment, véritable film d'aventure au sein du plus petit quotidien ; l'idée barrée du papier-toilette servant à mesurer la distance jusqu'au drugstore (il faut le voir, je le concède), archétype du jusqu'au-boutisme de Bong dans les situations ; ou encore cette très belle dernière partie, mélancolique et touchante. Bong a le don d'inventer des détails savoureux dans les personnages (cette mémé qui crache toutes les trois secondes, cette épouse frustrée qui dévore des noix), et se tient toujours où on ne l'attend pas. Voilà décidément un cinéaste passionnant. A déconseiller toutefois aux amoureux des caniches.

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01 février 2010

Mother (Madeo) de Bong Joon-Ho - 2009

mother_bong_joon_hoTrès joli retour à l'intimisme pour le talentueux Bong Joon-Ho : après The Host, il aurait pu rester sur cette vague de succès en renchérissant dans le même genre. Il préfère revenir à ses premières amours, le polar, et livre une sorte de prolongation au grand Memories of a Murder, mais en lui adjoignant quelques portraits psychologiques vraiment beaux. Beaucoup plus modeste, et beaucoup plus touchant que quand il sort ses gros monstres, il nous offre un petit bijou de finesse et d'originalité, en retrait sûrement, mais toujours aussi impeccable à tous les postes.

On retrouve les éléments de Memories of a Murder : goût pour la campagne, dérision envers la police, sens de la trame et du suspense, belle construction de récit. Mais cette fois, c'est moins la résolution du crime qui importe à Bong que la vérité des personnages. Tous sont parfaits, de la petite frappe ambigüe au flic tortionnaire, du couple de lycéennes aux figurants, en allant bien sûr jusqu'aux deux principaux : un jeune gars un peu attardé accusé d'un meurtre, et qui doit fouiller dans sa mémoire défaillante pour découvrir s'il l'a vraiment commis ; et surtout sa mère, grandiose Pieta douloureuse en même temps que femme-Saturne et foldingue obsessionnelle, en même temps que furie et matrice ultime. Persuadée que son enfant ne peut qu'être innocent, puisque c'est son enfant, elle va mener l'enquête elle-même... et, dirais-je, jusqu'au bout, sans vouloir dévoiler aucun des rebondissements de l'intrigue. Bong excelle à pousser le bouchon de la dévotion maternelle le plus loin possible : il faut voir cette pauvre femme observer son grand fiston en train de pisser tout en lui administrant son remède (le long regard sur le sexe de son fils, suivi dmother_4e ce plan incroyable qui relie la soupe absorbée à la flaque d'urine) ; il faut la voir cavaler comme une diablesse derrière les gens qui veulent du mal à son fils ; il faut voir aussi comment Bong pratique une ambiguité subtile sur leurs vrais rapports (inceste ou pas ?) lors de cette scène magnifique où fils et mère partagent le même lit : l'épure de leurs gestes, l'immense tendresse qui émane de cette image, vont de paire avec une frontalité très audacieuse. La résolution de cette énigme sur leurs rapports se conclue dans ce plan par un fondu-enchaîné qui laisse toutes les pistes ouvertes, parfait.

Comme toujours, Bong a le sens de la surprise, pas tant ici dans l'intrigue policière (moins convaincante que dans Memories) que dans la mise en scène, dans la construction de son récit. On est sans cesse confonté à vlcsnap_2010_01_17_19h24m02s231des scènes "étrangement" filmées, comme cette scène d'ouverture qui montre la mère danser doucement dans un champ de blé, ou comme ces brusques insertions de flashs-back dans le récit, sans coupure, ou encore comme ces beaux "hiatus" de raccords qui font passer d'une ambiance à une autre en une fraction de seconde. Le film flirte avec plein de style (comédie, polar, mélodrame), et trouve le sien propre par ce ton inimitable que Bong développe de film en film. Il semblerait bien que le bougre soit en train de construire une oeuvre vraiment intéressante. (Gols - 17/01/10)


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L'ami Gols et le lapidaire commentaire de Xavier m'avaient mis l'eau à la bouche, et faut reconnaître que Bong fait encore preuve d'une maîtrise formelle absolue (il nous happe dès la scène d'ouverture - la mère fait preuve d'un sens du timing absolu -, sait distiller ses séquences d'action avec virtuosité, parvient à nous faire croire corps et âmes à ses personnages). Rarement les relations entre une mère et un fils, cet amour maternel indestructible, n'ont été évoquées avec autant de finesse : même si le fils vit "dans son monde", qu'il est difficile pour cette mère de communiquer avec lui (la multiplication des séquences où ils se retrouvent "séparés" - par une route, une vitre, la foule...), son attachement est indéfectible et la pousse à commettre les actes les plus incroyables : ses face-à-face avec cette étudiante - l'amie de la fille assassinée - , la mère de celle-ci, ce vieil homme clodo, l'ami de son fils (somptueuse séquence de la flaque d'eau en effet), ou encore les deux étudiants dans cette scène inoubliable entre terre et ciel, sont toujours merveilleusement construits et totalement imprévisibles. C'est à ce niveau-là que Bong nous cueille le plus, jouant du mystère tout en prenant soin d'éclaircir l'air de rien (la présence de la fille sur le toit...) les dessous de son intrigue. Comme il sait tout autant doser l'humour malgré un récit au fond macabre, et ces ambiances pluvieuses et oppressantes de véritables déluges qui s'abattent, notamment, sur ce fabuleux personnage de mère pugnace, difficile de ne pas louer son indéniable talent de cinéaste loin des sentiers battus. Un vrai satisfecit en ce début d'année. (Shang - 01/02/10)   

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27 janvier 2008

Memories of Murder (Salinui chueok) de Joon-Ho Bong - 2003

18379662_w434_h_q80Avant le sympathique The Host, Bong nous livrait un magnifique polar dans la très grande tradition du genre. Impeccable, hyper-pro, haletant, passionnant, Memories of Murder renoue avec une histoire du cinéma décidément très attachante : celle de la bonne vieille trame policière à l'ancienne ; une histoire, une enquête, des personnages bien dessinés, et ça suffit. Le scénario est simplissime : un serial-killer officie dans l'arrière-pays de Séoul, une poignée de flics sont placés sur l'affaire. Point barre. Fausses pistes, indices retors, intuitions, hasards : tout y est pour faire un suspense qui se suit les yeux grands ouverts. Un peu comme le récent Zodiac de Fincher, on est dans la modestie des effets, dans la linéarité la plus simple, dans le savoir-faire de vieux briscard (alors que Memories of Murder est un premier film réalisé par un mec de 34 ans).

Pourtant, Bong sait parsemer sa mise en scène de petites choses décalées qui font déjà la marque de son style : personnages souvent minables virant au grotesque, humour amené par petites touches, nombreuses 18379661_w434_h_q80surprises, et utilisation de procédés inattendus (des ralentis, une musique planante, des ambiances nocturnes très "studio", une vision de la nature personnelle et inhabituelle dans le cinéma coréen). Les personnages ne sont jamais d'un bloc, sont toujours épaissis par des tares, ou des revirements qu'on n'attendait pas. Au départ, c'est le simple conflit entre les flics du cru, aux méthodes discutables (prêts à tout pour trouver un coupable, ils torturent les suspects et tordent la réalité) et le gars de la ville rompu aux nouvelles méthodes d'investigation (intuition, psychologie). Les premiers sont prêts à demander l'aide d'une chamane pour résoudre l'enquête, le second s'appuie sur les sciences, sur les faits. Mais bientôt, cette dualité se trouble, surtout parce que, comme on nous le rappelle très souvent, on est en Corée, pas aux Etats-Unis, et qu'on n'a pas les moyens de jouer au FBI. De même que les méthodes policières semblent évoluer (le commissaire condamne les tortures), Bong enregistre également les écarts qui existent entre la police locale et les nouvelles méthodes d'investigation.

untitledDu coup, l'enquête avance à la va-comme-je-te-pousse, entre amateurisme total (les bagnoles tombent en panne), coups de bol et coups de bluff. C'est cet amateurisme qui rend les personnages si crédibles, si proches, un peu comme si on menait l'enquête en même temps qu'eux. On suit tout ça bouche bée, en prenant note quand même de l'audace de certaines scènes : on parle de sperme et de perversion avec une belle liberté, on aime aussi montrer que les "bons" sont souvent les plus sombres (un des flics devient de plus en plus violent au cours du film). Et puis, coup de génie ultime, la "résolution" de l'énigme est absolument inattendue, d'un courage total, une affirmation artistique qu'aucun cinéaste américain n'aurait osé. Scénario, filmage, photo, acteurs, tout est impeccable dans Memories of Murder, chapeau bas.

ci-dessous l'affiche coréenne, pour que le gars Shang puisse trouver le DVD dans les bacs :
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07 décembre 2006

The Host (Gwoemul) (2006) de Joon-Ho Bong

host4Franchement, je ne comprends pas trop pourquoi les critiques françaises hurlent quasiment au génie sur The Host. Qu'on soit bien d'accord : c'est un film très agréable, assez taquin, drôle, et bluffant... mais c'est très loin du génie. La grande force de Bong, c'est de travailler sur le film de genre (ici, le film d'horreur), et d'en réinventer les formes tout en en respectant les codes. Un peu comme si Sergio Leone avait réalisé Godzilla, si vous voulez.

Soit donc un monstre marin, mutant et visqueux, vivant dans un fleuve en plein centre de Séoul. Un jour, un poil affamé, il sort du fleuve, dévore une trentaine de personnes et embarque une fillette. La famille de ladite gamine va tout faire pour la retrouver. Pour l'instant, on est en terrain connu : la critique du laisser-aller écologique qui mène à des catastrophes (la bête est née de la négligence d'un hôpital qui a deversé des produits chimiques dans le fleuve). Mais Bong va tirer sur ce fil au maximum, allant jusqu'aux manifestations écolos, jusqu'aux mensonges des américains sur la menace d'un virus (le SRAS de Bush est carrément cité), jusqu'aux expériences de trépannement (comme ça qu'on dit ?) sur l'homme qu'on croit atteint de la même mutation génétique. Tout ça est assez osé et malpoli pour être intéressant et drôle.

L'autre grande force du film, c'est les personnages, tous anti-héros et très bien dessinés : le père de lahost1 fillette, idiot léger qui dort tout le temps ; sa soeur, championne de tir à l'arc, mais trop lente pour la médaille d'or ; son frère, alcoolo bagarreur et fan de cocktails molotov (jolies allusions aux révoltes étudiantes) ; son père, digne patriarche. L'équipe fonctionne très bien, notamment dans cette scène de douleur du début, surjouée comme seuls les asiatiques savent le faire, et très impressionnante. Et puis host2la résolution finale, jouissive dans ses enchaînements, où la famille se reconstitue alors qu'on la croyait détruite. La bestiole est assez convaincante par ailleurs, le film parfois effrayant (le monstre qui vomit une tonne d'ossements humains, très class), le tout est joliment mis en scène et adopte un ton décalé tout à fait (im)pertinent. Voilà... Maintenant, ça reste un pur divertissement là où Bong aurait pu tenter le film politique et l'allégorie plus profondément. Encore une certaine frilosité dans le propos, mais on sent que ça vient.   (Gols - 27/11/06)


m0010021hostcannes0011dx2ie_1_Tout pareil que mon éminent collègue, une agréable série B, mais vraiment pas de quoi sauter au plafond; après une première partie assez poilante grâce aux personnages qui tirent tous des tronches d'ahuris et les quelques piquouses anti-américaines de base, on reste vraiment sur notre faim - pas de quoi vomir non plus des monceaux d'os comme la bête, mais rien de vraiment captivant ou de vraiment nouveau sur la planète frisson-coréenne. On tombe parfois même dans une certaine facilité (ce monstre, fusil, ils ont repris des plans d'Alien, non?) ce qui peut permettre d'expliquer un tel succès au box-office national. Bien déçu ma foi. (pour la petite histoire, c'est grâce à la photo de l'affiche coréenne dans l'article du Bibice que j'ai pu trouver le film chez mon vendeur; ben ouais, après on croit que c'est juste pour faire le kakou, point du tout!!!)   (Shang - 07/12/06)

Posté par Shangols à 17:41 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]


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