27 janvier 2008
Memories of Murder (Salinui chueok) de Joon-Ho Bong - 2003
Avant le sympathique The Host, Bong nous livrait un magnifique polar dans la très grande tradition du genre. Impeccable, hyper-pro, haletant, passionnant, Memories of Murder renoue avec une histoire du cinéma décidément très attachante : celle de la bonne vieille trame policière à l'ancienne ; une histoire, une enquête, des personnages bien dessinés, et ça suffit. Le scénario est simplissime : un serial-killer officie dans l'arrière-pays de Séoul, une poignée de flics sont placés sur l'affaire. Point barre. Fausses pistes, indices retors, intuitions, hasards : tout y est pour faire un suspense qui se suit les yeux grands ouverts. Un peu comme le récent Zodiac de Fincher, on est dans la modestie des effets, dans la linéarité la plus simple, dans le savoir-faire de vieux briscard (alors que Memories of Murder est un premier film réalisé par un mec de 34 ans).
Pourtant, Bong sait parsemer sa mise en scène de petites choses décalées qui font déjà la marque de son style : personnages souvent minables virant au grotesque, humour amené par petites touches, nombreuses
surprises, et utilisation de procédés inattendus (des ralentis, une musique planante, des ambiances nocturnes très "studio", une vision de la nature personnelle et inhabituelle dans le cinéma coréen). Les personnages ne sont jamais d'un bloc, sont toujours épaissis par des tares, ou des revirements qu'on n'attendait pas. Au départ, c'est le simple conflit entre les flics du cru, aux méthodes discutables (prêts à tout pour trouver un coupable, ils torturent les suspects et tordent la réalité) et le gars de la ville rompu aux nouvelles méthodes d'investigation (intuition, psychologie). Les premiers sont prêts à demander l'aide d'une chamane pour résoudre l'enquête, le second s'appuie sur les sciences, sur les faits. Mais bientôt, cette dualité se trouble, surtout parce que, comme on nous le rappelle très souvent, on est en Corée, pas aux Etats-Unis, et qu'on n'a pas les moyens de jouer au FBI. De même que les méthodes policières semblent évoluer (le commissaire condamne les tortures), Bong enregistre également les écarts qui existent entre la police locale et les nouvelles méthodes d'investigation.
Du coup, l'enquête avance à la va-comme-je-te-pousse, entre amateurisme total (les bagnoles tombent en panne), coups de bol et coups de bluff. C'est cet amateurisme qui rend les personnages si crédibles, si proches, un peu comme si on menait l'enquête en même temps qu'eux. On suit tout ça bouche bée, en prenant note quand même de l'audace de certaines scènes : on parle de sperme et de perversion avec une belle liberté, on aime aussi montrer que les "bons" sont souvent les plus sombres (un des flics devient de plus en plus violent au cours du film). Et puis, coup de génie ultime, la "résolution" de l'énigme est absolument inattendue, d'un courage total, une affirmation artistique qu'aucun cinéaste américain n'aurait osé. Scénario, filmage, photo, acteurs, tout est impeccable dans Memories of Murder, chapeau bas.
ci-dessous l'affiche coréenne, pour que le gars Shang puisse trouver le DVD dans les bacs :
07 décembre 2006
The Host (Gwoemul) (2006) de Joon-Ho Bong
Franchement, je ne comprends pas trop pourquoi les critiques françaises hurlent quasiment au génie sur The Host. Qu'on soit bien d'accord : c'est un film très agréable, assez taquin, drôle, et bluffant... mais c'est très loin du génie. La grande force de Bong, c'est de travailler sur le film de genre (ici, le film d'horreur), et d'en réinventer les formes tout en en respectant les codes. Un peu comme si Sergio Leone avait réalisé Godzilla, si vous voulez.
Soit donc un monstre marin, mutant et visqueux, vivant dans un fleuve en plein centre de Séoul. Un jour, un poil affamé, il sort du fleuve, dévore une trentaine de personnes et embarque une fillette. La famille de ladite gamine va tout faire pour la retrouver. Pour l'instant, on est en terrain connu : la critique du laisser-aller écologique qui mène à des catastrophes (la bête est née de la négligence d'un hôpital qui a deversé des produits chimiques dans le fleuve). Mais Bong va tirer sur ce fil au maximum, allant jusqu'aux manifestations écolos, jusqu'aux mensonges des américains sur la menace d'un virus (le SRAS de Bush est carrément cité), jusqu'aux expériences de trépannement (comme ça qu'on dit ?) sur l'homme qu'on croit atteint de la même mutation génétique. Tout ça est assez osé et malpoli pour être intéressant et drôle.
L'autre grande force du film, c'est les personnages, tous anti-héros et très bien dessinés : le père de la
fillette, idiot léger qui dort tout le temps ; sa soeur, championne de tir à l'arc, mais trop lente pour la médaille d'or ; son frère, alcoolo bagarreur et fan de cocktails molotov (jolies allusions aux révoltes étudiantes) ; son père, digne patriarche. L'équipe fonctionne très bien, notamment dans cette scène de douleur du début, surjouée comme seuls les asiatiques savent le faire, et très impressionnante. Et puis
la résolution finale, jouissive dans ses enchaînements, où la famille se reconstitue alors qu'on la croyait détruite. La bestiole est assez convaincante par ailleurs, le film parfois effrayant (le monstre qui vomit une tonne d'ossements humains, très class), le tout est joliment mis en scène et adopte un ton décalé tout à fait (im)pertinent. Voilà... Maintenant, ça reste un pur divertissement là où Bong aurait pu tenter le film politique et l'allégorie plus profondément. Encore une certaine frilosité dans le propos, mais on sent que ça vient. (Gols - 27/11/06)
Tout pareil que mon éminent collègue, une agréable série B, mais vraiment pas de quoi sauter au plafond; après une première partie assez poilante grâce aux personnages qui tirent tous des tronches d'ahuris et les quelques piquouses anti-américaines de base, on reste vraiment sur notre faim - pas de quoi vomir non plus des monceaux d'os comme la bête, mais rien de vraiment captivant ou de vraiment nouveau sur la planète frisson-coréenne. On tombe parfois même dans une certaine facilité (ce monstre, fusil, ils ont repris des plans d'Alien, non?) ce qui peut permettre d'expliquer un tel succès au box-office national. Bien déçu ma foi. (pour la petite histoire, c'est grâce à la photo de l'affiche coréenne dans l'article du Bibice que j'ai pu trouver le film chez mon vendeur; ben ouais, après on croit que c'est juste pour faire le kakou, point du tout!!!) (Shang - 07/12/06)