Shangols

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26 avril 2009

De la Guerre (2008) de Bertrand Bonello

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Bonello est un cinéaste à part et on aurait tort de s'en plaindre. Rares sont les films dans lesquels on entre avec une telle facilité, sans savoir absolument vers quoi ils vont nous mener. L'ouverture de cette oeuvre est en cela exemplaire : Mathieu Amalric - dit Bertrand, forcément serait-on presque tenté de dire - est un réalisateur que l'on sent dès le départ "fatigué" - le prononcer avec l'accent de Renaud époque "pré-formolisé" - qui décide de passer la nuit dans un magasin d'articles funéraires. Tenté par un cercueil, il s'y allonge mais forcément le couvercle se rabat violemment, piégeant notre homme. Il se réveille le lendemain tout hirsute mais comme touché par une sorte d'état de grâce, "sublime", c'est le mot qu'il emploie. Il y retourne un soir alors que le magasin est fermé et Guillaume Depardieu qui trainait par là avec un énorme trousseau de clés - dans le genre passeur pour un autre monde, difficile de trouver mieux... - le fait pénétrer dans le dit-magasin avant de le convier dans un étrange château à l'écart du monde... Pendant 15 jours, notre Mathieu qui veut laisser derrière lui ce monde de paperasseries et d'institutions formatées (il n'a même plus courage d'aller à la Poste, po mieux...), est sommé de se reposer et de se laisser aller aux différentes activités proposées au sein de cette communauté "libérée".

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Redécouverte de son corps au moyen d'exercices pseudo-militaires magnifiquement filmés - ces corps qui pénètrent subitement dans le cadre au ras du sol - ou encore de danses libératrices sans acide - un vrai moment de folie très douce - comme pour partir en guerre à la recherche du plaisir perdu. Léa Drucker lui propose même gentiment de faire l'amour, il refuse, moi j'aurais dit oui mais cela est une autre histoire... On ne sait pas trop toujours, finalement, où Bonello veut vraiment nous mener et à mesure que le fil narratif se désintègre, on perd un peu pied, gagné par un certain état de somnolence... Certains passages où les personnes s'ébattent dans tous les sens, sur une musique électrique un peu gonflante, font penser aux pires moments de Pola X (c'est un des souvenirs que j'en garde, mais il commence à dater, j'avoue) et le sérieux des personnes au sein de la communauté finirait presque par faire un peu peur - se reposer et se libérer, certes, mais c'est un peu la chienlit, nan ? Heureusement, le trublion Amalric (épatant pour éviter le ressassé "énorme") apporte toujours une pointe d'humour, d'originalité et de décalage à ce voyage sur une autre planète (ou "au coeur des ténèbres", ouais, allusion il y a) et sauve résolument ce scénario qui se perd un peu dans des méandres po toujours évidents à suivre... Il en ressortira comme un autre homme, apaisé dans un certain sens, et il le mérite amplement. On sortira, pour notre part, de ce film formellement très soigné avec un peu plus de doutes, comme s'il n'était point tout à fait... abouti. Mais il a su nous déstabiliser de nos ternes habitudes de spectateurs de film français et c'est déjà pas si mal.   

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Posté par Shangols à 10:35 - BONELLO Bertrand - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

01 juillet 2007

Tiresia de Bertrand Bonello

Film âpre et difficile que ce Tiresia, qui ferait passer les films de Dreyer pour des clips disco. Agacé oudoc_486 fasciné, je ne sais pas encore très bien où me placer vis-à-vis de ce cinéma expérimental, opaque, issu d'une école de l'austérité et de l'exigence. En reprenant le mythe de Tiresias, et en l'adaptant de façon vraiment intelligente, Bonello convainc pleinement : du trouble sexuel du héros jusqu'à sa révélation en oracle, le film se partage en deux parties clairement délimitées. La première est la plus rude, la plus violente : Laurent Lucas, dans le rôle d'un prêtre fasciné par la transsexualité d'une prostituée brésilienne, la retient prisonnière dans sa maison de campagne, puis finit par lui crever les yeux. Le film opère alors un virage radical, et la deuxième partie, apaisée, proche d'une nature certes spartiate mais très bien observée, montre Tiresia développant ses dons de voyance auprès des gens du cru. Jusqu'à sa mort sèche.

doc_488L'ambition du cinéaste éclate à tous les plans, malgré l'apparente épure esthétique de l'ensemble : le rythme lent du film est parfois brusquement cassé par des élans de sentiments, à l'image de ces plans sur de la lave en fusion aux sons de la 7ème de Beethoven, ou de ces cirs stridents et effrayés poussés par l'otage. La nature est filmée en maître, franchement, on sent l'influence dreyero-pialatesque (vous me suivez ?) dans cet amour d'un paysage rude, sans éclat, sans sentimentalité. Et puis Bonello ne fait strictement aucune concession par rapport à son sujet, développant ses thèmes abstraits (l'ambiguité masculin/féminin, la foi, le destin) dans une forme toujours homogène, du début à la fin.

Mais le film n'évite pas toujours une certaine pose arty qui énerve. Dans la symbolique (un hérisson en bouledoc_487 pour exprimer les refoulements de Lucas, un tableau de Modigliani pour montrer la cécité "érotique" de Tiresia), dans sa volonté trop volontaire de brouiller les pistes du récit, dans quelques décadrages malvenus, dans l'opacité légèrement crâneuse de son scénario, on voit apparaître un cinéaste qui se regarde parfois filmer, ce qui casse le charme vénéneux de ce film pourtant courageux. A voir, définitivement, et à repenser, sûrement.

Posté par Shangols à 19:32 - BONELLO Bertrand - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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