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15 décembre 2007

Le Destin d'un Homme (Sudba cheloveka) (1959) de Sergei Bondarchuk

L'école russe de l'après-guerre n'en finira jamais d'étonner. Propagandiste certes dans cette glorification à la patrie, avec en conclusion du film les mots-mêmes de Sokolov, l'écrivain à la base de ce récit, qui exhortent à la défense de la patrie (un mot sur la paix nous aurait suffit...) mais surtout remarquable dans sa facture, cette œuvre cinématographique sur les horreurs de la guerre a sa place parmi les plus grandes. Sans jamais tomber dans la facilité (Bondarchuk évite de montrer autant que faire se peut la mort d'un homme, se limitant à un bruit de mitraillette ou un souffle étouffé), on peut lire dès le départ dans les yeux de son héros revenu de tout la détresse et l'extrême fatigue proche de l'anéantissement; bon faut dire qu'en termes de destin le pauvre gars a po été gâté...

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Parti dans les années 20 pour cause de famine dans une autre région que la sienne, il découvre à son retour que toute sa famille est morte... Notre type ne baisse pas les bras et se marie avec une chtite, blonde comme les blés et avec des yeux bleus comme la Volga (c'est en noir et blanc, il faut juste un peu d'imagination). 17 ans qui filent comme Pénélope pendant lesquels il aura un fils et deux filles. Un court bonheur. Car la guerre guette et notre homme de partir sur le front... On ne peut pas dire qu'il sera particulièrement épargné : conducteur, son camion passe à travers les bombes... sauf une... Fait prisonnier, il va de camps en camps, de carrière de pierre en carrière de pierre et finit par connaître presque plus l'Allemagne que son propre pays; il échappe toujours à la mort d'un poil, notamment lorsqu'il est convoqué par le capo de son camp et qu'en buvant trois verres de schnapps sans rechigner, il s'attire les félicitations du type et non la balle qui lui était promise (picoler peut avoir ses avantages, en temps de troubles certes): cette séquence nourrie d'une tension exacerbée est impressionnante dans la façon avec laquelle Sokolov est prêt à accepter la mort comme une véritable délivrance; notre Sokolov, après une tentative d'évasion qui s'est finie dans la gueule d'un berger allemand, réussit l'exploit, au volant d'une voiture, de passer en sens inverse les lignes ennemies et de rejoindre son propre camp... Héros d'un jour, il regagne son village... où sa maison s'est prise une méchante bombe... Ne reste plus qu'un cratère et uniquement son fils qui était à ce moment-là à l'usine... Ce dernier s'est engagé dans l'artillerie et ne tardera point non plus à y passer juste avant la victoire... Notre homme en a plein les chaussettes, on le comprend, mais s'accrochera à la vie en faisant croire à un gamin abandonné qu'il est son vrai père: même si le gamin n'est pas vraiment dupe, l'essentiel semble d'avoir un compagnon "de route", faisant ainsi écho à l'une des premières phrases du film "fumer tout seul, c'est comme mourir en solitaire" (ma traduction du russe est libre...).

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A l'instar d'un Kalatozov ou d'un Chukhrai, Bondarchuk n'est pas avare de plans aériens éblouissants (l'attaque par les avions allemands du convoi russe ou le plan de folie sur Sokolov étendu dans les champs  après sa fuite avec la caméra qui part en arrière jusqu'au premier cumulo-nimbus), d'innovations techniques bluffantes (dans sa fuite, l'homme semble avoir la caméra en micro cravate... ça pesait pourtant bien deux tonnes à l'époque non?), de panoramiques de la mort (on commence avec un gentil petit plan à 360 degrés) et de prouesses  de montage (tous ces plans qui s'évaporent dans la fumée, dans la buée ou avec une petite note de cymbales glaçante). Bondarchuk qui interprète Sokolov n'est pas sans ressembler physiquement à Jack Bauer (non je suis point encore ivre), ou, tout du moins, il est comme lui passé maître dans l'art de serrer des dents ou des fesses dans les situations les plus dramatiques. Véritable miraculé qui voit les gens tomber autour de lui comme des mouches, on comprend qu'il soit psychologiquement autant en morceaux que le disque qu'il fracasse à son retour de la guerre... Sa petite musique à lui est complètement pétée et seule la détresse d'un gamin aussi perdu que lui pourra lui filer la force de continuer. Film puissant sur la guerre, cette première oeuvre de Bondarchuk laisse pantois d'émotion.

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Posté par Shangols à 12:19 - BONDARCHUK Sergei - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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