04 mars 2012

Le Traître du Texas (Horizons West) (1952) de Budd Boetticher

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L'ami Gols ayant été emballé par les westerns du gars Boetticher, c'est en toute confiance que j'abordai cet Horizons West qui bénéficie de la présence de Robert Ryan et de Rock Hudson. Bien m'en a pris puisque l'on a, sous les atours d'un western, une trame qui n'a rien à envier à celle d'un film noir : le retour de la guerre (celle de Sécession, of course) de deux frères : l'un (Hudson) qui n'aspire qu'au calme du ranch familial avec pôpa et môman, l'autre qui a les dents tellement longues qu'il en rayerait la selle de son cheval (Ryan) ; il y a bien sûr une incontournable femme fatale (Julie Adams, sensuelle jusqu'au bout de ses lèvres rouge-sang) qui va rendre encore plus berzingue le Ryan, si besoin il en était. Des décors texans technicolorisés qui fournissent un bel écrin aux séquences de vols de troupeau (le moyen dont va user le Ryan, avec une poignée de desperados, pour s'enrichir) et aux diverses bastons, une histoire classique d'ascension sociale pour un gars estimant qu'il n'a rien à perdre (il veut la thune, il l'aura en usant de procédés po très glorieux ; il veut le pouvoir, il l'aura en tentant de corrompre à tour de bras les responsables locaux ; il veut la femme, il l'aura après avoir tué son mari) et des antagonismes au sein de la famille qui finissent par éclater : Boetticher nous fournit tout cela en à peine quatre-vingt minutes et difficile de ne pas y trouver son dû.

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Dès que Ryan aperçoit la belle Julie Adams, coquette madame, dans sa carriole, on sent qu'il n'a plus qu'une idée en tête : moi vouloir être son homme. Seulement voilà, la chafouine est déjà prise et pas par le dernier des rigolos : elle est mariée au richissime Raymond Burr qui n'est pas vraiment du genre à plaisanter. Ryan parvient à être invité à l'une de ses petites parties de poker, et après avoir voulu flamber (la partie de trop), se retrouve éjecté comme un malpropre par cet homme d'affaires nordiste. La vengeance s'annonce terrible... Le Ryan, sans scrupules - mais en faut-il pour réussir ? Ça, ma bonne dame... - parviendra à amasser un petit magot ; il va tout faire alors pour aider les siens : financièrement - il rembourse les dettes du pôpa - et "physiquement" (quand le frérot est pris à parti et proprement torturé par Burr, il vient avec ses hommes de main le secourir... Pas de bol, Burr est tué dans la bagarre mais le Ryan (légitime défense, ok) se sort de l'histoire blanc comme neige). Il a le pouvoir, la force, la femme... le problème c'est que le Robert en veut toujours plus... Il fait pression sur les petits fermiers locaux pour obtenir de plus en plus de terres et, quand ceux-ci résistent, il sait comment s'y prendre pour les faire plier (violence + justice corrompue, no problem). Rien ne pourra l'arrêter ? C'est sans compter sur son pater et son brother qui, droits dans leurs bottes, voient bien que le Robert déconne. Parviendront-ils à lui faire entendre raison et à le ramener dans le giron familial ? Plutôt mort que vif...

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Bien aimé ce combat entre pourris (Ryan contre Burr) qui montre qu'il est bien difficile d'accéder à la richesse sans user de la violence ou sans faire quelques écarts à la morale... La chtite Julie Adams s'en sort, elle, comme une belle anguille - "Je pensais que la thune faisait le bonheur mais nan... Mon mari est un gros con, viens me sauver Robert... surtout quand tu seras riche" - et livre un portrait de femme vénale opportuniste finalement assez finaud (elle fait dès le départ des œillades de la mort au Robert pour qu'il vienne la "délivrer", refusant presque toute responsabilité dans son mariage avec le gars Burr). Rooh, perfide. Le final est également captivant dans ce conflit entre hommes (les puissants vs les fermiers pauvres) qui tourne au règlement de compte familial - Bob, il est temps de revenir dans le droit chemin... Bon petit film du gars Budd qui donne en effet envie de découvrir le reste de la filmo.

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07 juin 2011

La Chute d'un Caïd (The Rise and Fall of Legs Diamond) de Budd Boetticher - 1960

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Encore une fois du monde aux manettes dans ce bon vieux film de mafieux au taquet : Boetticher range ses Stetson pour se consacrer aux guêtres et autres armes de poing, avec cette saga scorsesienne retraçant le parcours de Jack Diamond, petite frappe pleine d'ambition qui va devenir un des magnats de la pègre pendant la Prohibition. Plusieurs cordes à son arc : le culot d'abord, qui lui permet de défier ouvertement les parrains en place sur leur propre terrain ; l'invulnérabilité ensuite, puisqu'il se ramasse tour à tour une bonne dizaine de balles dans le buffet en en ressortant toujours indemne ; les femmes enfin, véritable arme de destruction massive, le gars usant de son charme pour utiliser au mieux les possibilités des demoiselles : tu peux me trouver un job pour me faire sortir de tôle ? tiens, un patin ; tu es la poule du caïd du coin ? tiens, une galoche... Mais dans toute bonne saga, il faut LA femme au milieu des autres : ce sera la grande Karen Steele, actrice fêtiche de Boetticher, que personnellement je kiffe grave, qui interprète ici un personnage étonnant de bécasse bébête et alcoolo, et qui malgré ça parvient à être fatale. C'est l'anti-héroïne par excellence, il suffit de la voir dans les scènes où elle accompagne son voyou de mari au cinéma en Europe : même assise, elle titube, ouvre de grands yeux de biche sur les actualités sans en comprendre une goutte et hoquette bruyamment. Ajoutez à ça son physique très étrange, entre la girafe et le poussin, et vous comprendrez pourquoi ma demande en mariage ne saurait tarder (las, la dame est décédée à 58 ans, y a pas de justice).

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Passons : outre le charme du personnage féminin, il y a là tout le savoir-faire de Budd, qui sait comme personne raconter avec modestie mais non sans esprit une histoire. Le film commence bon enfant, avec ce héros un peu espiègle et sans gène qui rêve d'arriver, puis aborde sans qu'on ne l'ait vu venir un versant beaucoup plus sombre et violent. Dans la deuxième moitié de la chose, il y a des plans qui étonnent par leur modernité : le couple de gangsters tranquillement installé sur des marches, et une grenade qui roule entre eux ; ce visage de femme torturée, rendu d'autant plus glaçant qu'il fait succéder à une séquence très douce le cri de douleur et le geste brutal (on tire les cheveux de la femme qui a trahi) ; la lente dégradation du héros, qui du sommet va tomber dans la honte et le ridicule ; ce frère malade (Warren Oates, déjà immense à cette époque) sacrifié à l'autel de l'ambition. Je vous dis : il y a tout pour faire un grand Scorsese ou un grand Hawks, la classe, la force des personnages, le sens des situations, un certain goût pour le baroque (ici dissimulé derrière l'éternelle modestie du metteur en scène, mais pourtant bien présent dans "l'excès" de certaines scènes), des pointes d'humour au sein de la tension, une histoire forte, des acteurs impeccables. Même si ça sent un peu le manque de budget, dans les décors ou dans des ellipses qui semblent un peu "forcées" par la pauvreté, ce film est élégant, intéressant et personnel. C'est un très bon exemple, pour le coup, du côté "sentimental", en tout cas intime, de Boetticher, qui, même dans un film de genre (que ce soit le western ou le film de gangsters), préfère toujours aborder la narration par l'humain, par le potentiel psychologique et émotionnel de ses personnages : on s'intéresse ici beaucoup moins aux actes concrets de Legs Diamond qu'à son comportement, à son rapport avec sa femme ou son frère, à sa soif obsessionnelle de grimper les échelons, à ses doutes ou à sa morgue. Même si le film n'oublie pas d'être quand même plein de suspense et d'aventures (précision de la scène de cambriolage dans la bijouterie, qui prend tout son temps, qui laisse monter la sauce), il est au plus près des sentiments. Un pré-Casino, sans aucun doute, reconnaissez que c'est un beau compliment.

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10 mai 2011

Le Courrier de l'Or (Westbound) de Budd Boetticher - 1959

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Déception assez nette face à ce Boetticher-Scott-movie qui ne retrouve jamais la saveur des grands westerns passés (ou à venir, d’ailleurs) du duo. La faute à beaucoup de facteurs absents qui font toute la sève ordinaire de Boetticher : personnages secondaires fades, scénario sans intérêt, et pas même une petite pointe de plan décadré dont le gars a le secret quand il s’agit de prouver qu’il sait être autre chose qu’un simple fabricant de divertissement. Pas qu’on s’ennuie non plus complètement, non, mais il manque à Westbound une sérieuse dose de glamour pour vraiment captiver.

 

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Scott interprète, tiens donc, un cow-boy solitaire et poli. Cette fois, il est chargé de réaliser un parcours pour acheminer en diligence de l’or à travers le pays. Le souci, c’est qu’on est en pleine guerre de Sécession, et que les Sudistes vont se dresser contre ce Nordiste qui se pique de ravitailler son camp en richesses. Il est fort heureusement épaulé par un gentil cow-boy manchot et par sa bombasse à caractère (Virginia Mayo, déjà vue chez Boetticher, et qui fait décidément très bien les bombasses à caractère), et n’aura à faire qu’à des méchants très épais et pas fute-fute. Bon. On sent bien que le réalisateur aimerait bien réaliser un peu plus que ça, chargeant son héros d’un passé sentimental douloureux, faisant apparaître en filigrane une rivalité amoureuse, flirtant une nouvelle fois avec les archétypes de la virilité (le manchot clairement impuissant, qui tente de combler son vide « physique » par tout un attirail de mec qui en a, domptage de cheval fou, maniement de la gâchette avec une seule main, etc). Mais il a bien du mal, cette fois, à trouver cet équilibre magique entre western de base et psychologie, entre finesse et grosses bagarres de gars burnés. Pour tout dire, il ne se passe pas grand-chose là-dedans, à part quelques moments mollement dotés en suspense (une gifle de Mayo contre un mec dix fois plus carré qu’elle) et un final qui tient ses promesses. L’essentiel du film reste inintéressant, on ne comprend même plus tellement les enjeux de la mission de Scott au fur et à mesure, et on se contente d’enquiller quelques fades fusillades avec des scènes de provocation même pas dangereuses. Comme je le disais, els deux méchants du film ne sont pas assez fouillés : d’un côté, un de ces politiques despotes qui tiennent la ville d’une main de fer, personnage assez fréquent chez Budd, mais ici joué un peu en retrait par Andrew Duggan, qui n’a pas les épaules (et ça peut être un avantage, j’y reviens) ; de l’autre son bras droit, censé être une brute sanguinaire et affreuse, mais qui ne fait même pas peur, même quand il tue sans scrupule une petite fille dans une diligence : son costume sombre et ses gants noirs sont les seuls indices réels de sa dangerosité, son jeu quant à lui restant caricatural et à deux doigts du comique. Quant à Scott, qui n’a jamais été l’acteur du siècle, il est ici de plus en pus embaumé, et livre une composition empruntée, factice (regardez-le quand il se retourne, comme tout est calculé pour montrer le bon profil).

 

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Reste que le méchant principal, avec son sentimentalisme de bébé, amène la seule piste intéressante du film, celle qui surgit à la toute fin, celle du cocu frustré qui a préféré balancer aux orties toutes ses convictions plutôt que d’affronter le désamour de sa femme. C’est un de ces personnages tout en faiblesse qu’aime à développer Boetticher, un « faux viril » qui devient attachant par ses faiblesses et sa douleur. Très marrant de voir, par exemple, que le final se réduit à un combat de méchants « entre eux », Scott contemplant le carnage sans presque rien faire. Duggan, avec son petit jeu enfantin, parvient in extremis à toucher et apparaît finalement comme le vrai gentil du film, celui qui se rend compte de ses erreurs et résout l’intrigue de lui-même. Heureusement qu’il y a ce dernier quart d’heure, car sinon Westbound aurait eu droit à l’appellation sans appel de « transparent ».

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04 février 2011

Behind locked Doors (1948) de Budd Boetticher

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L'ami Gols me tannant (c'est un plaisir, bien sûr, je me fais taquin ce matin) depuis quelques semaines avec les westerns de Budd Boetticher, je décidai enfin de découvrir le bonhomme à l'époque où il s'appelait Oscar (encore avant c'était même Oscar Jr, pas simple...). Disons-le tout haut, Budd est réac. Nan, je déconne, c'est juste un clin d'oeil à notre petite discussion intime sur Borzage (ainsi soit-il...). Behind Locked Doors, redevenons sérieux, est donc un "petit" film noir d'une durée d'à peine une heure qui se passe pour l'essentiel dans un asile de fous - Budd comme un précurseur de Cromwell (Caged) et de Samuel Fuller (Shock Corridor) même si ces deux oeuvres sont définitivement un peu plus radicales dans le genre. L'histoire est assez simple en soi : une jeune femme reporter demande à un détective de faire sa petite enquête sur un juge, recherché par la police, qui aurait trouvé refuge dans un asile. La femme propose au détective, un peu sceptique au départ, de se faire passer pour fou lui-même pour pouvoir être sur place 24h sur 24. Cela présente forcément quelques risques, d'autant que certains gardiens n'ont pas vraiment l'air d'être là pour plaisanter... Mais le jeune Ross Stewart, totalement sous le charme de sa cliente, semble prêt à tout pour lui plaire...

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Le film part sur un ton des plus badins, le jeune détective faisant, d'entrée de jeu, grave du rentre-dedans à la mutine Kathy Lawrence venue lui proposer son premier taff. Est-il vraiment détective ou un jeune adulte en rut ? Heureusement la Kathy n'est pas vraiment une midinette et ne s'offusque point. Elle lui propose même, pour faciliter l'internement de Ross dans l'asile, de passer pour mari et femme (Ross se prend pour le loup de Tex Avery). Une fois la petite supercherie mise en place - il est admis comme maniaco-dépressif -, il saura saisir la première occase pour l'embrasser (elle le gronde du bout des lèvres, la coquine)... Rapidement, tout de même, il va moins faire le malin, devant non seulement parvenir à trouver l'endroit où le juge se terre (apparemment dans un quartier sous "haute surveillance" où sont enfermés les individus les plus violents) mais surtout éviter de se faire fracasser par les gardiens - il y a notamment un certain Larson qui, derrière ses petites lunettes sérieuses, est plutôt du genre vachard ; comme le prévient l'un des internés qui a l'habitude de se prendre des baffes : "You came to be cured and you are likely to be killed" - ça ne met en confiance, dis donc, on se croirait presque dans une maison de retraite en France. Ross va tenter de la jouer super finaude (bien vu le coup des allumettes filées au pyromane de service pour créer un instant de panique) mais va finalement tomber sur un os ; le juge, terriblement suspicieux, aidé par les responsables de l'établissement, ne tarde point à découvrir la couverture de Ross : celui-ci se retrouve enfermé avec un fou furieux, un ancien catcheur (que je soupçonne fortement d'être La Chose des 4 fantastiques qui a fini par péter un plomb). Une fois assommé, il a déjà moins tendance à la ramener...

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Bah, on est dans de la bonne vieille série B, sans faire preuve de condescendance. Le ton léger et le petit marivaudage entre nos deux jeunes héros, au début, tranchent avec l'atmosphère glaçante et violente de l'asile, et cette petite tension qui monte est assez bien amenée. Le plus effrayant, ce ne sont point finalement les internés eux-mêmes (un type qui hurle pendant la nuit (Gols a l'habitude...), une grosse masse qui dès qu'il écoute un bruit se croit sur un ring...) mais le sadisme de cet enfoiré de gardien - tu hurles, tu te manges une baffe, tu fais ta petite crise, tu te fais défoncer la pommette, tu ne parviens plus à te controler au moindre bruit, on va jouer cruellement avec toi en tapant sur les barreaux de ta porte... Dès lors que Ross devient gênant, le Larson est le premier à jouir en pensant à sa mort... Ca donne décidément guère envie de devenir fou, les gardiens semblant plus sauvages que dans une prison... Mais tous les gardiens, 'tention, ne sont heureusement pas tous faits sur le même moule, Dieu soit loué... Un ptite heure qui passe bien, tranquille, avec sa chtite dose de suspense sur la fin, mais une oeuvre apparemment un niveau en-dessous de celles (les westerns) de la maturité.

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23 janvier 2011

A Feu et à Sang (The Cimarron Kid) de Budd Boetticher - 1952

vlcsnap_2011_01_23_20h40m26s17Avant de découvrir l'épure avec ses films des années 57-60, Boetticher s'exerçait déjà à la simplicité de style avec ce western solide et tenu. Comme toujours, il sait s'entourer de toute une équipe de vieux briscards à qui on n'apprendra pas à faire la grimace, tant au scénario, infaillible, qu'à la lumière (très jolies ambiances nocturnes) ou à la musique, avec ce thème de générique hermannien qui n'est pas sans rappeler celui de North by Northwest. Hitchcock, tiens, pas mauvaise référence pour aborder cette histoire d'innocent pourchassé : Bill est un jeune gars libéré sur parole après avoir fricotté avec les Dalton ; pas sitôt monté dans le train qui doit l'emmener vers une vie sans crime, le voilà embringué dans un hold-up manigancé par son ancienne bande. Bien entendu, l'amalgame est vite fait, et notre pauvre gars se voit accusé de revenir à ses amours criminelles. La comparaison avec Hith s'arrête là (la scène d'évasion du poste de shériff est très proche de celle de Young and Innocent cela dit), puisque pour s'en sortir, le Kid adopte une solution radicale : redevenir criminel, comme ça au moins on ne le traquera pas pour rien. Intéressant retournement de situation psychologique, qui rend le personnage attachant (le coupable malgré lui, la société pourrie, etc.)

vlcsnap_2011_01_23_22h41m18s88Attachante aussi, toute la petite bande qui gravite autour de lui. On le sait : le méchant, chez Boetticher, ne l'est jamais vraiment, a toujours des circonstances atténuantes, est toujours peint avec nuances. The Cimarron Kid ne déroge pas à la règle : tous les personnages secondaires ont leur beauté, des plus nobles (grand personnage féminin encore une fois, tout en ambiguité, qui prend visiblement un grand plaisir à préparer les hold-up tout en rêvant de vie meilleure) au plus immondes (le gars Red, physiquement et moralement, est une grande pourriture, habité par une jalousie puérile qui lui fait perdre tout contrôle). Nos gars dévalisent des banques comme des enfants (2 banques en même temps, juste pour la beauté du geste), braquent des trains avec subtilité et toujours dans un seul but, toujours le même chez Boetticher : avoir sa propre "land", son ranch perdu loin de tout. C'est très joli, ces scènes entre deux séquences d'action, où les gusses discutent, rêvent, rigolent : Boetticher réussit parfaitement les scènes habituellement "pauvres" du genre, celles où des hommes attendent, montrent leur fragilité et leurs rêves au coin du feu. Il n'est pas en reste dans les scène plus mouvementées, avec ce savoir-faire de montage toujours impeccablement sobre et intelligent, qui nous resitue toujours dans l'espace, nous permet toujours la lecture la plus claire possible des évènements de l'action. Du glamour, de la bagarre, du beau cheval et des sentiments nobles : de la belle ouvrage qui n'atteint pas encore la beauté des derniers westerns du Budd, mais qui porte indéniablement la marque d'un style.

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09 janvier 2011

Sept Hommes à abattre (Seven Men from now) de Budd Boetticher - 1956

vlcsnap_2011_01_09_11h55m21s68Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise, voilà encore un très grand film à inscrire sur l'ardoise de Budd, et c'est décidément un mystère de voir un tel maître aussi peu connu aujourd'hui. Seven Men from now ressemble trait pour trait à tous les autres westerns de Boetticher de la même époque, et c'est presque ça qui le rend si attachant : c'est un condensé des thématiques du gars. Le couple de bandits trouble, la solitude du héros, le rapport ardu avec les femmes, la vengeance, le groupe disparate d'individus perdu dans le désert, chacun avec sa mission à remplir, et toujours ce thème du courage, de la virilité, et de la lâcheté. Tout y est, bein en place, inséré dans cette mise en scène toujours extraordinaire : sèche et modeste, certes, mais strictement toujours au bon endroit, toujours juste, et toujours attentive aux personnages. Chaque personnage, jusqu'au plus petit, a son steak à défendre, a sa part de beauté et de tristesse. Si Scott est toujours dans ce registre de cow-boy solitaire qui a tout abandonné de ses amours et de sa vie au profit de la seule vengeance obsessionelle, la galerie des personnages secondaires est magnifique : un couple de jeunes mariés, lui gentil garçon un peu collant, elle femme perdue entre l'amour pour son mari et un soupçon de manque de virilité de sa part ; le duo de bandits (dont Lee Marvin, excellent), bien entendu vénal et sans délicatesse, mais dôté d'une vlcsnap_2011_01_09_12h47m56s131fragilité, d'un sens de l'honneur, qui le rend presque sympathique ; les Indiens (ici déguisés comme les gars de MGMT) qui mangent des poneys au petit déjeuner ; et tous les autres méchants du film, méchants presque pour rire, méchants parce que la vie les a posés du mauvais côté de la barrière, méchants avec nuance.

Toute cette équipe tourne autour d'un magot piqué après un hold-up. Les sept auteur du méfait ont tué la femme de Scott au passage, et celui-ci n'a plus qu'une idée en tête : exploser leur mère. Il rencontre en cours de route le couple en route pour le bonheur en Californie, et les deux cailleras, bien intéressés par le magot. La trame est très proche de Ride Lonesome, jusqu'à en reprendre texto quelques scènes (les méthodes de drague des voyous, ou la politesse sèche de Scott) ; et cette impression de "ni tout à fait un autre ni tout à fait le même" est délicieuse : on est à la maison, sur un terrain connu, presque en famille avec ces cow-boys qu'on commence à bien connaître. En plus, le film regorge de petits détails géniaux : Marvin qui allume sa clope avec celle de son pote qu'il vient de descendre (la petite fumée comme symbole du dernier souffle de vie), la vlcsnap_2011_01_09_12h28m16s99main qui se crispe une dernière fois sur le coffre-fort convoité avant de retomber morte, un dialogue amoureux filmé comme une scène de lit (Scott est couché sous le chariot de la femme, mais le champ/contre-champ simple brouille l'espace et donne l'impression qu'ils sont couchés ensemble), le cow-boy qui saute sur son cheval avec la caméra placée presque sous le cul de l'animal... Toutes ces petites inventions sont justes et inspirées. Ecriture des dialogues au taquet, acteurs irréprochables, sens de l'espace et de la narration, beauté de la lumière et des paysages, on est dans le très grand western classique.

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02 janvier 2011

La Chevauchée de la Vengeance (Ride Lonesome) de Budd Boetticher - 1959

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Le bilan de ce coffret Budd Boetticher/Randolph Scott est plus que positif, et ce Ride Lonesome est complètement à la hauteur des 4 autres films : simple, droit, raconté sans emphase et sans graisse, avec en plus un petit ton très personnel qui remporte complètement le morceau et le fait sortir du tout-venant. Boetticher sait magnifiquement s'entourer, aussi bien au niveau de ses scénaristes, qui inventent là une splendide histoire de vengeance come on les aime, que de ses acteurs, tous attachants ; mais il ajoute à cette sauce déjà très réussie sa patte personnelle, faite de découpage au taquet, de sensibilité de personnages, et de modestie toute en noblesse. Résultat : il faudra peut-être se décider dans ce blog à qualifier de chefs-d'oeuvre les films de Boetticher. Ce que je fais ici.

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Ca commence comme tous ses autres films : un homme seul dans le désert, à cheval, venu d'on ne sait où, allant on ne sait où. Il vient en fait mettre la main sur un jeune meurtrier qu'il doit ramener en ville pour qu'il y soit pendu. Il va rencontrer en chemin deux petites frappes qui aimeraient bien mettre la main sur le prisonnier, la femme du chef de gare, bombasse comme il se doit, et le frère du meurtrier, bien décidé à empêcher son brother d'être pendu. Et justement, c'est peut-être ce dernier que notre héros recherche vraiment... A partir de la scène inaugurale, simple comme tout (superbe disposition des corps dans l'écran, ce qui semblera être le mot d'ordre de tout le film), le scénario se complexifie de plus en plus, déclinant toute une gamme de rapports entre les individus : désir sexuel, amour, soif de vengeance, désir de rachat, admiration, amitié virile, voire rapports homosexuels latents. Il y a comme toujours dans le couple de bandits des relations très ambigües que Boetticher cache à peine : certes, ils sont attirés l'un et l'autre par la blonde héroïne ; mais il faut voir leur séance de rasage, l'un tenant le miroir pour l'autre et tâtant sa joue amoureuement, ou écouter ce dialogue tordant où le chef fait une déclaration d'amour à son sbire. A ce jeu, les deux acteurs, Pernell Roberts et James Coburn, s'en donnent à coeur joie, et construisent les cow-boys les plus attachants du monde : à la fois rudes et fragiles, dangereux et drôles, en soif de rédemption, ils représentent toute la beauté des cow-boys de Boetticher ; il y a toujours une part de poésie enfouie, d'enfance, de bonté, dans ses hors-la-loi. D'ailleurs, même le grand vilain du film (Lee Van Cleef) a cette sorte de tristesse assagie qui le rend si touchant. Scott, du coup, passe un peu au second plan face à cette galerie de personnages parfaitement dessinés (auxquels il faut ajouter la femme, splendide pieta farouhe et courageuse, et Billy Boy, auquel James Best donne une folie à Nicholson qui donne une belle touche d'humour au film).

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Cette douceur et cette tristesse font qu'on reconnaît un film de Boetticher à trois kilomètres. Mais ce film-là, qui est sûrement son meilleur (dit-il après en avoir vu 5 sur 70), atteint vraiment au grandiose dans la mise en scène elle-même : les scènes a priori banales de dialogues sont découpées avec une grande virtuosité, énormément de plans d'une seconde montés sec pour développer les relations entre les personnages, et toujours les situer dans l'espace. Il y a notamment une scène où le prisonnier tente de s'échapper en menaçant Scott d'un fusil : l'alternance du plan sur eux avec deux autres (les deux gangsters qui s'en amusent, et la femme qui regarde tour à tour les deux duos) se fait avec une précision géniale, si bien qu'on sait toujours exactement où sont les personnages, qui a peur pour qui, qui doute, qui jubile... C'est pas grand-chose, juste un savoir-faire dans la construction d'une séquence qui fait les grands. La grande noblesse des scènes finales, qui montre une foi en l'Homme et en la bonté inébranlable, ajoute encore à la grandeur de ce film, qui a en plus la politesse de passer pour un petit film de genre. Boetticher mériterait une odyssée sur ce blog, je n'attends que l'aval de mon camarade.

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29 décembre 2010

L'Homme de l'Arizona (The Tall T) de Budd Boetticher - 1957

vlcsnap_2010_12_29_12h02m13s1344001ème texte de ce blog : il me fallait du beau, et j'en ai. Boetticher ne cesse de me suprendre, de western en western, et si The Tall T est peut-être un chouille en-dessous, il n'en reste pas moins un grand moment d'originalité. C'est comme toujours Randolph Scott qui est en charge d'endosser le cow-boy de service, et comme toujours il porte un personnage assez inédit : rangé des voitures, il cultive une solitude misanthropique dans sa ferme ; il va se trouver embringué par hasard dans l'enlèvement d'une riche héritière, et va découvrir, je ne trahis rien, la petitesse de la gente masculine et l'amour de celle féminine. Il est souvent question de dignité chez Boetticher, dignité qu'il oppose à la lâcheté, au manque d'honneur, et qu'il relie souvent aux valeurs viriles de base. Ici, c'est le mari de la captive qui endosse tout le poids de la misère morale : il est prêt à vendre sa femme pour sauver sa peau, et pour Boetticher, ne pas être disposé à mourir pour rester digne, c'est punissable de mort. Ce ne sont pas les vrais méchants qui sont les pires de l'histoire, mais cette société bien-pensante et lâche que les westerns du Budd ne cessent de fustiger ; belle idée, et qui justifie la sauvagerie sombre de Randolph Scott. La galerie des personnages secondaires est parfaite, comme d'hab : le chef du gang, viellissante figure rêvant de quitter le circuit pour cultiver son jardin, empreint des vieilles valeurs du duel (très belle séquence où il s'enfuit en tournant le dos à Scott pour ne pas se faire tirer dessus, puisqu'on ne tire pas dans le dos d'un homme) ; ses deux sbires, petites frappes juvéniles auxquelles le scénrio ménage moult circonstances atténuantes (la société responsable de ses vices, thème récurrent) ; la femme enfin, consciente d'avoir épousé un lâche mais trop terrorisée par la solitude et par un père autoritaire...

vlcsnap_2010_12_29_10h47m25s63Tout ou presque se déroule dans un lieu unique : le milieu de nulle part, une cabane antique balayée par les tempêtes de sable, et la tragédie qui se déroule en plein soleil. Pour contrebalancer la pesanteur de sa trame, Boetticher ménage 20 minutes d'introduction joyeuses et gamines : on y voit Scott faire du rodéo sur un taureau (yeepii-yooo !, font les cow-boys), et sauter dans une mangeoire pleine d'eau pour échapper à celui-ci (ouarf ouarf ouarf, font les cow-boys) avant qu'il ne balanche une grosse mandale dans le plus moqueur d'entre eux (yeepi-doddle-diii). De vrais gosses, je vous dis, ce qui rappelle que Boetticher excelle à "fragiliser" ses personnages, à les rendre très humains en montrant leurs petites pointes d'innocence, de féminité ou de puérilité. Une fois le personnage principal aussi bien nuancé, la trame peut se développer, on est accroché par le héros. Du bien beau travail, encore une fois personnel et modeste, sensible et aride.

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21 décembre 2010

Comanche Station de Budd Boetticher - 1960

vlcsnap_2010_12_21_09h50m30s37Bien belle découverte décidément que celle de Budd Boetticher, le réalisateur de western sentimental. Comanche Station est encore une fois d'un etrès belle tenue, et manie toujours cette poésie sensible très étrange, absolument en porte-à-faux avec l'univers viril des cow-boys. Ce western-là aborde presque fontalement les arcanes sentimentaux des différents personnages, et il est beaucoup plus question ici de "qui aime qui" que de pseudo-combats avec les Comanches, qui sont uniquement des alibis pour que le tout ressemble quand même à du western.

vlcsnap_2010_12_21_09h35m55s240Notre bon Randolph Scott joue cette fois-ci Cody, un mercenaire solitaire qui va libérer une jeune otage des griffes des Comanches : c'est bouclé dans les 5 premières minutes, sans coup de feu, avec juste deux-trois gestes vagues et une Winchester échangée dans une séquence d'intro absolument géniale, muette, épurée au maximum, quasi-abstraite dans son mutisme et son opacité (qui est qui ? d'où sort cette femme ? Que veut ce cow-boy ?). On apprend que la gonzesse est recherchée depuis longtemps par son mari, qui a promis une récompense à qui la lui ramènerait. Morte ou vivante, a-t-il ballotement ajouté, ce qui va déclencher plus d'un plan machiavélique chez la petite troupe de brigands que notre couple croise sur son chemin. Complots, trahisons, et grands sentiments, ça va tempêter sous les crânes.

Ce qui est surtout beau dans ce film, c'est les passions, les sentiments, les amours naissantes et brimées. Dès les premières répliques, quand la jeune femme fait comprendre à demi-mot à Cody qu'elle a été violée par les vlcsnap_2010_12_21_10h42m30s7Comanches, on sent que le vrai challenge va être de déclarer les sentiments, de les assumer. Cody est sûrement amoureux d'elle, accepte sa disgrâce, mais son honneur et son sens de la solitude lui interdisent de déclarer sa flamme. La virilité du mari est mise en cause, bien sûr : pourquoi n'est-il pas allé lui-même chercher sa femme chez les sauvages ? Sur ce postulat supposé de manque de virilité, les cow-oys vont se livrer à un duel de roucoulades et de preuves de courage, alors que très clairement l'homosexualité rôde comme jamais : c'est d'abord un couple de jeunes voyous, copains comme cochons et qui se déclarent un amour éternel ; puis une sorte de fascination/attirance de l'un d'eux pour Cody, qui donne droit à quelques séquences que seuls quelques mots séparent de la déclaration d'amour pure et simple ; pour finir sur un retour en solitude qui manque quelque peu de fougue après ces sentiments naissants qu'on a sentis tout au long du film. La femme n'est presque jamais envisagée pour son potentiel érotique (alors que Nancy Gates est franchement superbe), mais uniquement du vlcsnap_2010_12_21_10h44m26s143point de vue de son apport économique, 5000 dollars sur pattes. Les sentiments sont là, mais ils sont masculins, entre la camaraderie franche et un peu plus que cela. Ce trouble des coeurs donne à Comanche Station un petit air canaille, sensuel, ambigü, qui est vraiment extraordinaire. On est très loin du classicisme, même si le film, esthétiquement, respecte toutes les lois du genre : décors de campagne prolongés par de vastes profondeurs de champs, musique tonitruante, scènes d'action impressionnantes (à quand un Oscar pour les dresseurs de chevaux ?), tout est bien en place, et fort joliment ouvragé. Mais c'est cette patine très personnelle qui fait toute la sève du cinéma de Boetticher : il fait des westerns qu'on pourrait qualifier de féminins. Ils sont en tout cas pleins de douceur, de troubles amoureux et de cow-boys même pas dangereux. J'adore.

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15 décembre 2010

L'Aventurier du Texas (Buchanan rides Alone) de Budd Boetticher - 1958

vlcsnap_2010_12_15_21h53m48s207Décidément bien intrigant, ce Budd Boetticher, qui nous fabrique cette fois encore un très joli western original, servi dans un écrin esthétique impeccable, et qui comporte une dose d'absurde assez inattendue dans ce type de production. On sent tout ce que Leone doit à ce genre de personnage, incarné par un Randolph Scott hilare de bout en bout : comme le futur Eastwood de Pour une Poignée de Dollars, Buchanan est un aventurier plutôt roublard, coincé dans une histoire de fratrie qui s'entretue et qui va en profiter pour faire tranquillement son beurre. Mais tout est innocence chez lui, contrairement à Clint : Scott excelle décidément à féminiser ses vieux cow-boys, à les rendre en tout cas tout mignons et attachants. Après la dépression sentimentale de Decision at Sundown, son personnage est cette fois un bon garçon atterri au mauvais endroit au mauvais moment, et qui s'en sort en rigolant.

vlcsnap_2010_12_15_19h19m12s115Le film est du coup agréablement léger, même s'il comporte son lot de fusillades viriles et de trahisons tragiques. Il flirte même plus souvent qu'à son tour avec un humour burlesque très intéressant : ce pleutre lourdaud qui passe son temps à cavaler de l'un à l'autre de ses frères pour tenter de ramasser un peu de fric, au bord de l'infarctus ; ces incessants allers-retours en prison pour un Buchanan qui n'en perd pas pour autant son hilarité ; et surtout ce superbe personnage secondaire de Texan prêt à trahir ses amis pour aider un autre Texan, et qui adresse des prières ridicules aux compères qu'il vient de dézinguer sans scrupule (une scène purement drôle, qui n'apporte rien au schmillblick et repose sur un dialogue pétillant et un plan quasi-Blake-Edwardsien d'un cadavre perché dans un arbre). Boetticher ne prend visiblement pas cette histoire au sérieux, et même s'il répond présent dans les scènes d'action, on le sent assez déconneur sur ce film-là. Ceci dit, il ne sacrifie rien pour autant : décors magnifiques d'une ville à mi-chemin entre la hutte troglodyte et le western traditionnel, photo lumineuse de Lucien Ballard, vlcsnap_2010_12_15_21h48m04s95attention constante aux rôles secondaires... Dans la fusillade finale, qui tourne autour d'une sacoche remplie de dollars posée sur le sol à la jonction entre les deux camps ennemis, il sait parfaitement monter ses plans pour doper la situation et donner l'impression d'un tas de cadavres qui grandit autour du trésor convoité. La mort est envisagée comme une fatalité un peu embêtante, les gars se déssoudent entre frères sans cas de conscience, le monde est pourri jusqu'à l'os... et Buchanan rigole. Très joli moment, qui confirme que Boetticher est un peu plus que le bon professionnel qu'on a toujours vu en lui.

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