23 novembre 2007
Les Valseuses (1974) de Bertrand Blier
"Y'a pas d'erreur possible, on est bien en France" s'exclame Depardieu dès que les voisins, tous à leur balcon, se proposent d'appeler les flics. 33 ans plus tard, le réflexe du sarkozien de base ne devrait guère différer.
Moins jubilatoire que Préparez vos Mouchoirs, Les Valseuses, définitivement le film de toute une époque et un méga pavé dans la mare (Miou-Miou aussi, par deux fois), demeure le film phare du triolisme. Jean-Claude et Pierrot (et ouais les prénoms de Depardieu et Dewaere) se tapent quand même successivement et dans différentes positions, Miou-Miou, Brigitte Fossey, Jeanne Moreau et Isabelle Huppert et "couvrent" ainsi une bonne période du cinéma français. Ce n'est jamais ensuite que l'histoire de deux petits branquignoles pas méchants qui n'ont pas envie, comme le rappelle Jean-Claude au bowling, "de se gaspiller, la vie est trop courte". Un grand vent de liberté, quoi, qu'étoufferont rapidement les Années 80-90-00... Ben ouais on file quand même un mauvais coton depuis. Le film démarre comme d'hab au quart de tour et touche un peu le fond dans ce très tristoune passage avec Jeanne Moreau - sortant de prison, ses deux anges gardiens réalisent tous ses voeux : Monoprix, croissants, bord de mer, resto de fruits de mer, nuit à trois - dont le suicide dans la foulée fait froid dans le dos (après ça, elle a tout connu du bonheur...? Diantre). Miou-Miou en peine à jouir et Brigitte Fossey dont les seins ne sont point des jeux interdits ne donnent pas non plus un portrait très exaltant de la condition féminine (toujours le même dilemme chez Blier, grand amoureux des femmes et grand machiste); heureusement pour une fois le film repart sur la fin avec la fameuse Jacqueline et ses parents en parfaits représentants de la France de papa. L'ultime trio final, décontracté du gland, reste un grand moment de complicité et de dialogues à la coule.
Si finalement peu de séquences sont aussi bien écrites sur la longueur que dans les films ultérieurs de Blier (diable, je pourrais pas faire cours demain sur ce film... Un peu trop de cul en plus), quelques répliques qui valent leur poids de coucougnètes... Allez juste pour le plaisir "Y'a bien un cul qui nous attend quelque part. Le problème c'est d'établir la liaison sans donner l'alarme", et pis cette spéciale dédicace auvergnate: "- Pas mauvaise cette potée! / - Ouais pas de quoi écrire une thèse..." Certes le film n'a plus ce parfum de scandale (et de découverte surtout) de notre bien (belle?) jeunesse mais demeure un pilier de ces années-là, quoiqu'en en dise.
16 novembre 2007
Préparez vos Mouchoirs (1978) de Bertrand Blier
Film culte du Blier des années 70, un couple Depardieu/Dewaere incandescent, des dialogues aux petits oignons qui fusent, du très grand Blier quoi, enfin comme d'habitude pendant les premières 45 minutes (je dis comme d'habitude en pensant à Buffet Froid, aux Valseuses, à Tenue de Soirée, à Notre Histoire... Blier ne sait jamais comment finir ou trouver un second souffle à son histoire et cela commence à se sentir dès la moitié du film - on a moins de problèmes, certes avec les films récents qui n'ont pas même de premier souffle). Bien, après cette petite réserve pour la route - toute la seconde partie du film avec le gamin tête à claque de 13 ans en colo qui découvre sa sexualité est profondément ennuyante - , on assiste quand même pendant une petite heure à un festival de répliques cultes (et là je pèse mes mots, le mot n'est point galvaudé, po chez moi en tout cas).
Les dix premières minutes dans le bar, avec Depardieu qui offre sa femme à Dewaere, simple client venu dans cette brasserie manger des moules, est d'une richesse époustouflante. Le phrasé de Depardieu fait mouche, l'air ahuri de Dewaere est un bonheur, ça sent nos années 70 sur le fond ("On est en 1978, bientôt en l'an 2000, dégagés, modernes, fini les duels"), ça sentirait presque la poésie sur la forme ("Moi je suis désintéressé comme mec. Ce que je veux c'est le bonheur de ma femme. Qu'elle s'épanouisse! Alors je m'efface, c'est pas sympa?, je te laisse la place!"), Blier jongle avec les mots, enfonçant constamment le clou ("Elle mange pas: elle picore, elle grignote, elle se force..."; "On s'encroûte, on s'asphyxie, faut s'aérer"...). C'était la bien belle époque où Blier se faisait grand dialoguiste, ou la magie rythmique de ses phrases faisait passer les 120 vulgarités à la minute. Lorsqu'il compare le corps d'une femme endormie à une petite usine assoupie, le texte coule de source et on regarde la bouche béate.
Il y a bien sûr, parmi les autres séquences incontournables, la fabuleuse collection complète des livres de Poche de Dewaere qui connaît chaque titre et chaque auteur à partir d'un numéro (spécial dédicace pour Sylvain), la scène sublime et fabuleuse que je me suis passée en boucle sur Gervase de Brumaire, le plus grand clarinettiste du monde, et sur le "petit père Mozart", mort à 35 ans parce qu'à l'époque "on claquait pour un rien". Il est difficile à chaque fois de ne pas faire le parallèle avec le petit père Dewaere qui illumine de sa présence chacun de ses film. On se dit que ce type ne serait jamais devenu comme le gros Depardieu qui cachetonne dans la plupart de ses dernières apparitions. Enfin bon, on gardera de ce film cette image qui est la seule à avoir un rapport avec le titre, lorsque Dewaere sort un mouchoir pour sécher les pleurs de Carole Laure et finit par essuyer les larmes de Depardieu - on imagine un grondement d'éclats de rire dans les secondes qui ont suivi le mot "coupez". Toute une époque.
30 juin 2007
Beau-Père de Bertrand Blier - 1981
J'ai beau être, comme mon compère shanghaien, un admirateur des premiers Blier, il faut bien reconnaître que ses films ont vieilli, ce qui est le lot de la plus grande partie du cinéma français des années 80. Nostalgie ou expérience, je ne sais pas, mais je me suis réjoui de revoir ce Beau-Père particulier dans l'oeuvre du gars... et lui aussi a pris pas mal de rides.
Rien de honteux pourtant : le film garde beaucoup de son souffre, même 25 ans plus tard, et on est assez bluffé par l'audace du sujet, en se demandant même si un tel brûlot pourrait sortir aujourd'hui. En filmant assez frontalement les amours illicites entre un homme malheureux et sa belle-fille de 14 ans, Blier frappait fort, même si son film est en fin de compte assez "innocent", se résumant somme toute à une histoire d'amour impossible comme ont su en pondre les grands romantiques. Car, sous ses aspects de froideur de laboratoire, Beau-Père est bel et bien romantique, histoire d'amour fou réprouvé et de ce fait condamné d'avance. En traitan
t son sujet à égalité avec les autres histoires d'amour plus classiques, Blier trouve la distance juste. Dewaere porte très bien cette simplicité de ton au milieu de la provocation la plus limite : il est l'homme malheureux par excellence, tout en finesse quand il s'agit de jouer la dépression, la peur, l'amour frustré. la mise en scène de Blier est au diapason, laissant pour une fois tomber la virtuosité un peu roublarde de ses comédies : sa caméra se fait élégante, très mobile sans ostentation, dans les scènes de dialogues notamment, où l'incessant recadrage des personnages en travellings lents laisse apparaître des rapports nouveaux, des angles de regard chargés de sens. Pudique n'est pas le mot, tant le gars aborde son sujet frontalement et sereinement ; on devrait plutôt parler de justesse, loin des éclats rigolards habituels.
Ceci dit, là où Beau-Père accuse son âge, c'est dans tout le reste : la distribution (mis à part Dewaere, donc) est bien fade, y compris Baye ou Ronnet qui surjouent des rôles déjà très caricaturaux ; la musique est too much, morceaux d
e classique sclérosants et donnant trop de sens là où l'ellipse aurait été mieux vue ; les dialogues abusent des bons mots, gâchant la subtilité du film ; nombre de scènes sont râtées à cause d'une volonté de tout dire qui plombe l'ensemble (le dernier plan, une petite fille qui devient ado en 10 secondes est trop explicite ; les regards caméra de Dewaere sentent trop l'effort) ; Blier utilise trop de fil blanc, et le film réserve finalement peu de suprises une fois le sujet principal dévoilé... Reste un film courageux et témoin d'une époque, ce qui n'est déjà pas si mal.
28 avril 2006
Combien tu m'aimes (2005) de Bertrand Blier
C'est vrai, Blier est bel et bien mort. Un type qui m'a donné m'a première érection avec Les Valseuses à 2 ans, m'a fait mourir de rire à 7 ans avec Buffet Froid, m'a fait croire qu'Alain Delon dit Robert Avranche, garagiste, était la réincarnation de mon père dans Notre Histoire à 12 ans, et m'a fait tomber amoureux de Michel Blanc dans Tenue de Soirée à 14...
Qu'est-ce qui se passe? J'avais lu quelque part que Combien tu m'aimes? signait son retour en grâce après de multiples bouses... Que nenni. Je n'ai rien contre la grossiereté ou la vulgarité mais constamment, pas une ligne sans "merde, couille ou pute" ça fatigue à la longue surtout quand le scènario est aussi vide qu'une pensée de Lelouch. On voit en plus qu'il essaie de retrouver des vieilles recettes (des réparties foudroyantes, des situations incongrues (le groupe de collégues qui débarquent chez Campan)) mais cela tombe invariablement dans le pathétique. Il ne crée absolument plus rien, aucun souffle, et certains acteurs dont je ne citerai pas le nom, parce que je les aime beaucoup, cachetonnent à mort. Non, il ne me reste qu'un truc à faire: envoyer ce film à Phiphi, il sera content d'y voir la Bellucci sous toutes les coutures... Les plus beaux seins du cinéma français; ça ne suffit pas pour faire un film.






