21 février 2009
The Strangers de Bryan Bertino - 2009
Bien longtemps que je n'avais vu un aussi vibrant nanar, ça fait toujours du bien. The Strangers vient de bénéficier d'une sortie directement en DVD, ce qui n'est jamais bon signe : c'est encore trop pour cette panouille insensée, qui aurait mérité de rester dans l'inconscient de son auteur.
C'est tout de même très intéressant, dans le sens où, en regardant ça, on se dit qu'on pourrait être cinéaste. A chaque plan, à chaque "idée", Bertino se trompe, ne choisit jamais le bon angle, le bon rythme. L'oeil du spectateur lambda rectifie immédiatement l'erreur de mise en scène, et c'est très gratifiant. Le film tente de jouer sur une peur indescriptible, sans nom, se référant autant à l'abstraction d'un Halloween qu'à la brutalité sans sens de Funny Games. Mais, totalement dépourvu d'imagination ou du moindre sens artistique, Bertino n'a strictement rien à sortir de son chapeau. Il se contente donc pendant 1h20 de tout poser sur les épaules de ses bruiteurs, talentueux il faut le reconnaître : leur palette de grincements, bruits
sourds et autres crissements de lame de couteau est variée, ils meublent le vide avec un bel effort. A l'écran, strictement rien : une Liv Tyler qui hurle tout du long, des inconnus masqués qui font des apparitions tous les quart-d'heure pour disparaître aussitôt, et un acteur de seconde main (Scott Speedman, moi aussi j'aurais pris un pseudo) qu'on recouvre d'ecchymoses sans qu'on sache ce qui lui est arrivé. Au bout de ces 80 minutes somnifères, on a droit à une vague scène de meurtre très frileuse, et on plie bagage. Terrassant.
En fait, la plus grosse boulette réside justement dans le jeu auquel se livrent les tortionnaires du film. Bertino les fait systématiquement apparaître derrière les héros, sans que ceux-ci ne les voient. Petit à petit, on voit l'erreur : les assassins ne semblent être là que pour faire peur au spectateur, et non aux personnages, ce qui est bien illogique. Impossible dans ces conditions de se projeter dans ce couple en proie à l'horreur. D'autant que les méchants le sont bien peu : ils passent leur temps à
rentrer puis sortir de la maison sans rien faire, pas de quoi être terrorisé... Pour le reste, c'est clichés sur clichés, filmés par une caméra jamais à la bonne place, comme dans cette scène où le héros descend malencontreusement son meilleur pote en croyant tuer ses tortionnaires : le montage est tellement maladroit, le point de vue si mal pensé, le rythme si grossier, qu'on ne ressent rien du tout. Une panouille exsangue, à projeter sans conteste dans toutes les écoles de cinéma, histoire de constater comment on peut complètement foirer un film.