06 juin 2008
Possédée (Possessed) (1947) de Curtis Bernhardt
Voilà du noir de la bonne époque avec Joan Crawford dans un rôle de femme fatale à moitié starbée. Après une séquence d'ouverture relativement flippante et dotée d'une atmosphère glaçante, on pourrait un peu regretter que Curtis Bernhardt ait tendance à s'effacer un peu derrières ses acteurs ou ces magnifiques décors de demeures immenses et inquiétantes. Si l'intrigue est relativement forte, certains passages manquent un poil de péchouille, endormant un peu le spectateur dans un déroulement parfois assez convenu... mais ne faisons point la fine bouche.
Une femme, la Crawford, erre, complètement hagarde, interrogeant tous les passants pour savoir s'il ne s'appelle pas David... Elle ne tardera point à se faire interner en état de choc, avant de se mettre à raconter les raisons de ses tourments. On la retrouve en infirmière auprès d'une femme complètement schizo. Elle est
folle amoureuse de Van Heflin (le futur gros lourdaud de Charles dans le Bovary de Minnelli), personnage antipathique au possible, qui ne tarde point à l'envoyer sur les roses. La Joan est désespérée, la nuit même de cette rupture on retrouve la femme schizo "suicidée" dans l'eau (hmm hmm), et notre gâte de finir par rester au service du type pour lequel elle bossait, comme une bouée de sauvetage... Elle s'accroche à l'idée de pouvoir revoir un jour le Van Heflin, mais lorsqu'il se recroise, ce dernier continue de l'envoyer paître. De dépit, elle se marie avec son boss, un vieux gars po méchant, mais ne tarde point à être victime à son tour d'étranges hallucinations... La folie (amoureuse ou réelle?) la guette furieusement, et on se dit qu'elle est bien partie pour filer un mauvais coton. Joan Crawford tient le film sur ses épaules, ses regards tourmentés succédant à de petits sourires vengeurs, et reste parfaitement crédible dans ce personnage de femme tour à tour d'une belle prestance puis défaite par l'émotion. Le film n'est peut-être pas du niveau des grands chefs d'oeuvre du genre mais offre tout de même un portrait féminin d'une grande profondeur... L'amour, la mort, fatalement, reste à savoir lequel des personnages se fera le plus "posséder" par ses illusions...
