09 juin 2011

La Mort n’était pas au Rendez-vous (Conflict) (1945) de Curtis Bernhardt

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Ça faisait un bail qu'en enchaînant ces derniers temps les films, je n'avais point croisé la route du Père Bogart. Bogie est boiteux but is back dans ce film de Bernhardt dont la petite mécanique scénaristique est magnifiquement troussée. On passe son temps à croire qu'on a tout compris, tous les quarts d'heure on échafaude de nouveaux plans en se disant, ah ouais d'accord c'est ça, et puis on se fait méchamment moucher sur la ligne. "Ah ouais mais pourtant moi aussi, ça, je l'avais remarqué", ben ouais mais tu t'es cru comme Bogie, plus malin que tout le monde, et te voilà bien eu mon vieux, pas la peine de la ramener maintenant... Curtis Bernhardt, aidé par une musique de Hollaender qui n'a de cesse de chercher à nous influencer (la bonne vieille montée de violons quand l'instant devient dramatique et pis... ah ben nan ptête po en fait), nous mène par le petit bout du nez dans cette enquête, qui plus est, superbement interprétée.

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Dès les cinq premières minutes, on comprend le pitch : Bogart et sa femme Kathryn (Rose Hobart, déjà toute revêche avant même d'avoir perdu toutes ses plumes) vont fêter leurs cinq ans de mariage. La gâte Kathryn tire la tronche et lâche une bombe : mon vieux Bogie, tu es amoureux d'Evelyn (Alexis Smith, forcément plus sexy...), ma plus jeune soeur, il ne sert à rien de le nier. Bogie la regarde et avoue en effet qu'il est amoureux d'elle - nous on sait qu'il pouvait être direct, notre héros, mais sa femme, elle a du mal à encaisser la pconflict-4auvrette... Ils gardent gentiment la face pendant toute la soirée (Bogart buvant en effet les paroles d'Evelyn a un point que c'en est presque agaçant) et sur la route du retour, alors qu'ils sont tous les trois et que Bogie mate la plus jeune des soeurs dans son rétro... Boum, c'est l'accident... Qui meurt ? Ben personne, dis-donc, Bogie se fracturant juste une patte. Immobile, il a du temps pour cogiter le bougre, et va échafauder un plan de la mort pour justement tuer sa femme. Genre le crime parfait, vu que personne ne pense qu'il puisse bouger - et l'accident de sa femme est beau avec chute de bagnole dans ravin et pas moins de 28 stères de bois qui s'écrasent dessus. Bogie est fort marri de voir que sa femme a disparu (sacré Bog'), il peut heureusement compter sur l'amitié du grand ami du couple, le psychologue Mark Hamilton (excellent Sydney Greenstreet plus finaud qu'un Saint-Bernard) et sur le soutien... de la chtite Evelyn. Grâce à sa présence, en quelques jours il gambade et semble vachement moins meurtri par rapport à la disparition de sa femme (tu parles, on se fend la pêche avec lui rien que d'y penser... Avant qu'on soulève 27 des 28 stères, il y a une sacrée marge...). Seulement voilà, un truc complètement dingue, Bogie retrouve des trucs qu'elle avait sur elle lors de l'accident... Puis deux, puis trois, puis quatre... Nom de Dieu. On repense au titre français en se disant, merde, quand même 28 stères !, et puis on se dit que c'est ptêtre une fausse piste que ce serait alors un coup de... mouais, mais pourquoi ?... à moins que Bogie perde la boule à force d'être dans le déni permanent... Hum, hum...

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Bogie nous fait vraiment marrer au départ avec son faciès qui ne montre pas une trace de chagrin ni de remord, donnant simplement l'impression à son entourage d'une terrible morgue... Seulement son masque va s'effriter, ses nerfs vont se tendre, à mesure que les preuves de l'existence de sa femme s'accumulent. Des fêlures causées par le doute ombrent sa face, et de soudaines petites montées de colère l'assaillent, notamment lorsqu'il cherche à faire dire à Evelyn qu'elle est bien amoureuse de lui ; Bogart prend son débit de mitraillette pour la noyer sous ses paroles et l'autre de commencer à se demander s'il n'aurait pas un ptit grain... Ben oui, et puis il y a quand même entre eux deux Kathryn, qu'elle soit morte ou vivante - Bogie est vénère, surtout après tout le mal qu'il s'est donné pour être avec elle... Il commencerait presque à craquer (la mauvaise conscience raskolnikovienne ferait-elle enfin son travail de sape ?...) et finit par voir son pote psy pour qu'il tente de le rassurer : est-ce qu'il hallucine ?... Mais qui fait le malin et fait tomber dans le ravin, ben ouais... on connaît la suite, bien qu'il s'agisse ici d'une variante... Bernhardt, dont la mise en scène est d'une très grande fluidité, nous sert quelques plans biscornus sur notre héros à mesure que le doute l'étreint. On est également à 100% dans l'ambiance noire lorsque l'on suit ces trajets sur de petites routes de montagne noyées dans la brumasse (le réveil de Bogie après son accident avec ces gros plans qui se surimpressionnent sur un tourbillon et ces ombres démesurées qui s'agitent dans la salle d'hôpital est aussi pur jus), une séquence que l'on va retrouver lors d'un final trépidant... Du solide. comme on dit. Avec un très bon Bogie en prime.

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Noir c'est noir, c'est

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06 juin 2008

Possédée (Possessed) (1947) de Curtis Bernhardt

Voilà du noir de la bonne époque avec Joan Crawford dans un rôle de femme fatale à moitié starbée. Après une séquence d'ouverture relativement flippante et dotée d'une atmosphère glaçante, on pourrait un peu regretter que Curtis Bernhardt ait tendance à s'effacer un peu derrières ses acteurs ou ces magnifiques décors de demeures immenses et inquiétantes. Si l'intrigue est relativement forte, certains passages manquent un poil de péchouille, endormant un peu le spectateur dans un déroulement parfois assez convenu... mais ne faisons point la fine bouche.

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Une femme, la Crawford, erre, complètement hagarde, interrogeant tous les passants pour savoir s'il ne s'appelle pas David... Elle ne tardera point à se faire interner en état de choc, avant de se mettre à raconter les raisons de ses tourments. On la retrouve en infirmière auprès d'une femme complètement schizo. Elle est cover_possessed_the_joan_crawford_collection_dvd_review_150folle amoureuse de Van Heflin (le futur gros lourdaud de Charles dans le Bovary de Minnelli), personnage antipathique au possible, qui ne tarde point à l'envoyer sur les roses. La Joan est désespérée, la nuit même de cette rupture on retrouve la femme schizo "suicidée" dans l'eau (hmm hmm), et notre gâte de finir par rester au service du type pour lequel elle bossait, comme une bouée de sauvetage... Elle s'accroche à l'idée de pouvoir revoir un jour le Van Heflin, mais lorsqu'il se recroise, ce dernier continue de l'envoyer paître. De dépit, elle se marie avec son boss, un vieux gars po méchant, mais ne tarde point à être victime à son tour d'étranges hallucinations... La folie (amoureuse ou réelle?) la guette furieusement, et on se dit qu'elle est bien partie pour filer un mauvais coton. Joan Crawford tient le film sur ses épaules, ses regards tourmentés succédant à de petits sourires vengeurs, et reste parfaitement crédible dans ce personnage de femme tour à tour d'une belle prestance puis défaite par l'émotion. Le film n'est peut-être pas du niveau des grands chefs d'oeuvre du genre mais offre tout de même un portrait féminin d'une grande profondeur... L'amour, la mort, fatalement, reste à savoir lequel des personnages se fera le plus "posséder" par ses illusions... 

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