21 septembre 2009
Vincere (2009) de Marco Bellocchio
Mussolini vu par le petit bout de sa maîtresse (Ida Dalser, interprétée par une Giovanna Mezzorgiorno totalement habitée), et c'est franchement guère plus réjouissant que le vrai, historique, dominant, aveugle... On peut aisément découper le film en deux parties, la première faisant la part belle à la rencontre passionnée de nos deux tourtereaux, la seconde étant beaucoup moins romantique puisque Ida va se retrouver internée dans un hôpital psychiatrique, à son insu : le Benito étant devenu en route Il Duce, cette "liaison" (où il y a eu mariage (nié par la suite) et naissance d'un fils - Benito, poreil) ne faisant pas vraiment sérieux vis-à-vis de l'Eglise, vu qu'il était déjà marié à une autre... Bellocchio pour évoquer son sujet laisse une grande place aux "images", qu'elles soient d'archive ou extraits de film. Il y a derrière cette thématique de la "représentation", de la "projection" (ce qu'il est facile de voir, de suivre et ce que l'on veut cacher derrière), une façon de traduire l'aveuglement dont a été victime Ida - puisque tout tend à la faire disparaître et à la faire passer pour folle - qui va de paire avec celle du peuple italien à porter au pouvoir cet illuminé mégalomane. L'image au début du film, un peu facile, de ce groupe de jeunes aveugles s'enfonçant dans la nuit sous la conduite de Pères de l'Eglise (Mussolini reconnu plus tard par l'Eglise et Ida étant entre les mains de Soeurs) annonçant d'une certaine façon ce destin funeste - de l'Italie et surtout ici de la pauvre Ida.
Une première partie donc sous le signe de la passion, celle d'un Mussolini anti-catho, socialiste dans un premier temps avant de retourner sa veste, ou sa chemise, dont le revers était noir. Un être vitupérant, fustigeant ces adversaires (les cathos comme ceux de son propre camp qui sont pour la neutralité de l'Italie lors de la première guerre mondiale) avec hargne et conviction, une personne fougueuse qui va conquérir immédiatement la jeune Ida. Leurs ébats sont volcaniques (le Marco B. tout de même) et la jeune femme de ne point tarder à vendre tout ce qu'elle possède pour aider le jeune Musso (pas de lien de parenté avec le non-écrivain) à monter son journal "Il Popolo". Ida tombe enceinte et alors qu'elle est toute à son bonheur, elle découvre que le Musso était déjà marié... Après son retour de la guerre, le Mussolini montera en grade et n'aura de cesse d'éloigner cette femme jusqu'à la faire interner. Malgré les menaces, les violences, les désillusions (son fils lui est rapidement retiré sans pouvoir rentrer en contact avec elle), les humiliations, les recommandations de se tenir à carreau, elle clamera jusqu'au bout, en gardant sa dignité et sa fierté de femme, ses relations avec le Duce... Mais à l'exception d'une ou deux personnes, la plupart des gens prouveront qu'il est plus facile, à certaine période, de faire la sourde oreille.
De la scène de crucifixion (Christus, 1916, Giulo Antamoro, merci le générique de fin) que Mussolini visionne alors qu'il est blessé - son martyr au nom de l'Italie lui servira pour sa propre ascension... - au Kid de Chaplin qu'Ida découvre les larmes aux yeux dans l'hôpital en pensant à son fils - comme s'il y avait toujours un espoir possible de réunion -, Bellocchio ne cesse d'utiliser des images, de films et surtout d'archives, pour tenter de montrer leur pouvoir d'attraction. C'est peut-être la partie la plus intéressante du récit, l'utilisation notamment de toutes ses images d'époque, que les gens regardent avec le même ébahissement que les interventions futures du Duce (plus charismatique et orateur énervé tu meurs). Derrière cette façade "éructante" qui parle de "vincere" - vaincre -, il n'y a que du mou (ou que des mots, comme ses belles promesses de jeunesse à Ida) et le parallèle avec le combat pour la vérité d'Ida, que personne ne veut entendre, s'impose de lui-même. Bellocchio par l'intermédiaire de cette femme courageuse, seule contre tous, fait le portrait de toute une époque qui le fut peut-être moins. La seconde partie est parfois un peu longuette, l'utilisation systématique de cette musique répétitive - un soupçon de Glass, ouais - un peu gavante, mais certaines "images" (superbe photo en général), pour le coup, force le respect (Ida accrochée aux immenses barreaux de l'hôpital et balançant, en pure perte, ses lettres d'appel au secours "effacées" et balayées par la neige); de même, coup de chapeau à l'interprétation de Mezzorgiorno en femme abattue mais jamais vaincue - les imitations faites du Duce par son propre fils, sur la fin du film, sont également terriblement impressionnantes dans leur puissance et leur folie douce (Filippo Timi jouant le Duce adulte et plus tard son fils, qui a fini fou, justement)... Peut-être pas un film "coup de poing" mais une bonne cuvée à 70 ans du Marco qui prouve qu'il a encore sous le pied un fond de "révolte" contre les trop belles apparences et promesses... - toute ressemblance... tutti quanti...
20 juin 2006
Les poings dans les poches (1965) (I pugni in tasca) de Marco Bellocchio
Le moins que l'on puisse dire, c'est que le Marco il y va pas avec le dos de la petite cuillère à café dans sa critique de la famille bourgeoise provinciale catholique, il ferait même passer Les 400 coups pour le monde des Télétubies...
Autour de la table à manger la soupe avec des grands slurpppppp, Augusto, bellâtre moyen typique de la moyenne classe qui n'aspire qu'à se marier rapidement avec la blonde Lucia pour vivre une vie moyenne. Giula qui n'a d'yeux que pour lui a l'air pas mal tourmenté, jalouse à écrire des lettres anonymes pour essayer de garder Alessandro dans son giron... Le plus jeune frère, Leone, est retardé de plusieurs heures et la Mama est aveugle... (Le père est mort... suicide?!?!?!?!?)... Reste enfin Alessandro, joué par le Marlon Brando colombien Lou Castel -énorme- qui n'a d'yeux, lui, que pour sa soeur et qui va faire imploser de l'intérieur toute la petite famille... Sous prétexte de donner à son frère la possibilité d'avoir une vie normale, il fera le malin et poussera la Mama dans le ravin, noiera le Leone dans la douche et finira par crever d'une attaque sous les yeux de sa soeur qu'il a failli étouffer avec son oreiller quelques minutes avant...
La Nouvelle Vague italienne est en marche et il est clair que Bellocchio apparaît comme l'enfant terrible de cette mouvance. Certes, si dans le futur ses films auront toujours un peu de mal à convaincre, comme si une grande partie de sa colère et de sa rebellion avait déjà été exprimée dans ce film, il frappe pour son coup d'essai très fort, notamment dans la direction de ses acteurs qui font froid dans le dos. Avant qu'il soit dans le corps, le diable était dans la famille...




