14 septembre 2008
Diva de Jean-Jacques Beineix - 1981
Rhôô que ça fait plaisir de revoir ce film mythique 25 ans après, surtout quand a priori on craint de tomber sur un truc complètement dépassé et ringard. C'est étrange, mais Diva n'a pas trop vieilli, malgré l'esthétique hyper-80's et les poses d'artiste maudit du bon vieux Beineix. Bien sûr, c'est souvent à la limite du ridicule, vu avec les yeux d'aujourd'hui : décors dignes d'un clip de Jean-Pierre Mader, musique au synthétiseur absolument inaudible, personnage de salaud interprété d'un bloc par Jacques Fabbri (qui est à lui seul le comble du ringard, un peu comme si Beineix avait choisi Pierre Mondy)... Beineix se la joue à mort, avec ses personnages légèrement décalés (Bohringer qui épluche les oignons avec un tuba, Pinon en tueur à l'oreillette, Thuy An Luu (qui ça ?) en petite fille fashion et sexy) et ses inspirations romantico-rock'n roll (les plans sur les décors de phare dans la dernière partie sont des avant-goûts de 37°2 le Matin). On sent qu'il cherche absolument à rentrer dans la légende, alors qu'il ne filme qu'un vague polar très classique à la Jacques Deray.
Mais le fait est que ça tient la route, peut-être justement par ce style hyper-voyant et très fier de lui. Les détails de mise en scène sont souvent inventifs : la jeune nana qui sillonne un loft avec des patins à roulettes, le couple de tueurs caricatural mais très fun, le puzzle de Bohringer, le motif de la vague qui revient sans arrêt, jusqu'à cette idée quand même barrée de faire d'un facteur mélomane le personnage principal du film. Si Beineix reste au plus près de sa trame policière, il se laisse joliment aller à des digressions sensibles, comme ces travellings aériens sur les personnages à chaque apparition de cet air d'opéra effectivement magique. Diva est un film dédié à la musique, dont le point de départ est la fascination d'un jeune gars pour une chanteuse dont la voix le transporte, et tout est fait pour que le rythme très lent de cette musique imprègne le film. Il y gagne un aspect épuré, alors même que la réalisation est crâneuse à mort. Ce
hiatus entre sensibilité toute simple et mégalomanie d'artiste est troublant et vraiment agréable. Pour ces quelques moments hors du temps, on pardonne à Beineix toutes les ringardises du monde (une poursuite en mobylette hilarante, des personnages secondaires nullards). Finalement, le film réussit le pari de passer la barre des fatales années 80, et devient un objet intemporel plus qu'un témoin de son époque. Une sorte d'anti-Subway, somme toute.
23 juillet 2008
La Lune dans le Caniveau de Jean-Jacques Beineix - 1983
Ah voilà l'occasion de vérifier que les amours de jeunesse prennent quelques rides avec le temps. Sûrement trop ébloui par 37°2 le Matin, j'avais fait à l'époque de ce précédent opus beineixien un objet de vénération ne souffrant aucune réserve. Ca va, on peut se tromper.
La Lune dans le Caniveau est proche de l'infâme. Mais il est intéressant en ce qu'il montre comment un cinéaste tout-puissant, à qui on laisse les coudées franches, peut se laisser totalement déborder par sa mégalomanie. Beineix joue donc au petit malin, et invente une esthétique aux confins du mauvais goût. Pas avare en couleurs primaires, son film dégouline par tous les bords de rouge carmin, de bleu électrique et de jaune canari, si bien qu'on a un peu l'impression de se trouver devant un patissier shanghaien : les yeux sont au bord du vomissement, si je peux me permettre cette accrobatie improbable. Chaque plan de La Lune dans le Caniveau est surchargé de ces couleurs jusqu'à l'écoeurement. Si ça fonctionne parfois, notamment sur les plans larges qui donnent à deviner une belle conception du décor de studio, c'est insupportable la plupart du temps. Malgré les efforts évidents de Philippe Rousselot pour rester digne au milieu de ce sachet Haribo fondu, l'esthétique pubesque prend le dessus, et on a bien le sentiment d'être dans le point de non-retour de ces néfastes années 80.
Jouant les intellos avec roublardise, Beineix met son point d'honneur à ralentir tous les évènements de la trame, pour laisser voir sûrement le génie de son oeil (beuark), mais aussi pour exprimer un mystère qu'il voudrait bien ineffable. Chaque séquence se voudrait mythique, dans le travail sur le son, dans celui sur les couleurs, dans ces lignes de dialogues solennelles et beaucoup trop démonstratives, dans le jeu des acteurs déifiés sans raison. Mais le résultat est d'une lourdeur affligeante. Si pendant une demi-heure ça fonctionne, tant qu'on reste dans la découverte des personnages, on tombe très vite dans un pathétique travail de crâneur convaincu de son génie. Le scénario se délite doucement, et le style avec lui, tombant allègrement dans le grand-guignol total : il faut voir Depardieu s'écroulant comme une masse, une Vierge lumineuse à la main ; il faut voir Kinski prendre ses poses de femme fatale ; il faut voir le jeu surligné de Dominique Pinon ; tout est affligeant de volonté arty. Quand on se souvient qu'à la même époque naissaient les premiers films de Carax, on se rend compte de l'ampleur du désastre.
Perdus dans ce chamallow visuel et scénaristique, les acteurs tentent de sauver les meubles. A ce jeu, c'est depardieu qui s'en tire le mieux. Il utilise merveilleusement son corps, ses yeux tristes et sa voix douce, et parvient à tirer de la catastrophe quelques scènes casse-gueule. En roue libre, il semble pourtant souvent plus attrsité par ce qu'il a à jouer que par les malheurs de son personnage. A l'autre bout du spectre, Victoria Abril est nulle, mais ne lui jetons pas la pierre : elle a les répliques les plus nazes, rien à garder là-dedans. Les autres sont rduits à des stéréotypes, Beineix étant visiblement bien trop occupé à régler la lumière qui va tomber sur eux pour leur accorder la moindre attention. Le pire est atteint avec ces deux grognasses de bas-quartier à la voix stridente, qui font définitivement tomber La Lune dans la Caniveau dans l'indigence totale. L'argent public s'en va dans les méandres de la grosse tête d'un faux génie, on ressort consterné devant la plupart des idées. Un film pour rien, qui aurait sa place dans un musée sur les années 80 à côté de Birdy ou de Top Gun. Oh mon bateau !
18 avril 2006
37°2 le Matin de Jean-Jacques Beineix - 1986
De l’impact de 37°2 le matin sur nos humbles vies : conversation internationale concernant les 20 ans du film qui a forgé notre cinéphilie. On avait 15 ans, faut dire.
Je me souviens…
Shang : - De la musique de Gabriel Yared que je mettais constamment en musique de fond certains étés sur une plage de Contis.
Gols : - Oui, un bon moyen de draguer, cette musique.
- De la scène où Zorg casse son balai en essayant de déplier le canapé, scène pendant laquelle je me suis définitivement identifié au personnage.
- Que j’avais trouvé ce prénom, Zorg, improbable, mais nécessaire. Plus tard, eu envie d’appeler mon chien comme ça, mais c’était une chienne, alors…
- De la scène d’ouverture –mon premier vrai travelling avant- qui m’a fait couler de grosses gouttes de sueur sur mon visage non-acnéen.
- De la Joconde qui regarde tout ça en souriant, de l’audace et de la douceur de filmer un couple qui baise, comme plus tard le plan où Betty embrasse le sexe d’Anglade. Eu envie de devenir comédien là, moi…
- Du « petit cul » de Consuelo de Haviland en partie responsable de ma recherche pendant de longues années du petit cul perdu (remarque d’ordre purement esthétique).
- Et des cravates sexy d’Eddy, de ses petites blouses « 100% silk » (« Ils font les mêmes pour hommes ? »)
- De la scène des olives qui fait que je ne peux plus regarder une olive sans me fendre.
- Elle est dans la version longue, pour laquelle j’étais dubitatif au début, et qui gagne à la revoyure. Depuis cette scène, je suis devenu LE spécialiste de la tequila rapido, jusqu’au fétichisme (trouver le même torchon)
- De Vincent Lindon chantant « prendre un enfant par la main » qui m’a fait aimer Yves Duteil pendant 1 minute de ma vie.
- Et de son saut périlleux devant l’église de Marvejols. Je ne peux plus passer devant sans y penser. Chacun son culte.
- De la bâtisse au bord d’un lac dans un petit coin de Lozère, éclairée de façon foudroyante, lieu sur lequel nous sommes revenus en pèlerinage avec mon comparse Bibice pendant l’été 2004.
- Je considère toujours ce coin comme m’appartenant. Envie d’une grosse voiture jaune pour y aller.
- Des bungalows de Gruissan, lieu sur lequel nous sommes revenus en pèlerinage avec mon comparse Bibice en ???, voyage qui restera à jamais marqué dans ma mémoire pour une rencontre acharnée de baby « hockey sur glace ». (fallait y être… pour se rendre compte)
- Un de mes plus grands souvenirs, camarade. La mer qui monte contre la voiture au matin, le calme de tout ça, ce hockey que je n’ai jamais retrouvé nulle part, nos regards interrogateurs sur le lieu (où est le manège ?), le retour à la Sailor et Lula. (fallait y être)
- De la « moue boudeuse » de Béatrice Dalle plus célèbre que celle de la Joconde (présente d’ailleurs dès la première scène).
- De Dalle tout court : « Dis donc, t’as arraché une page de Play-Boy ?». Chaque fois que je revois Béatrice Dalle dans un film, je l’associe toujours à 37°2, à son regard de folle furieuse à travers le carreau cassé. De « Putain, mais t’es vaccinée à la merde aujourd’hui ».
- Du chili con carne, plat incontournable pour étancher les cuites.
- Le seul plat depuis que je sais cuisiner à la perfection. Le seul plat de cinéphile. Moi, le chili, par n’importe quelle chaleur…
- De la petite robe bleu-clair de Béatrice Dalle qui me fait toujours sentir tout chose.
- Et du costume blanc du proprio qui porte pas de slip (« ça m’irrite ») et qui humecte la mouture.
- Du fou rire d’Eddie et Zorg dans la voiture sur le genre du roman écrit par ce dernier qui m’a presque valu un arrêt cardiaque.
- Seule scène que j’ai trouvée pas très bien jouée par Anglade à l’époque ! Comme celle du cassoulet par Dalle.
- De la chute de Zorg qui se tient au rideau pendant la veillée de la mère d’Eddie qui fait que depuis je ne peux m’empêcher d’avoir un léger rictus aux enterrements…
- Pas mieux. Même sentiment. Djiannesque à mort.
- Du sang de Betty dans le lavabo aussi insoutenable à supporter que la vue de mon propre sang.
- Et du chat dans la scène finale, belle idée.
- De Zorg tapant quelques notes au piano rapidement rejoint par Betty qui m’a fait sentir musicien pendant quelques secondes.
- Voulu apprendre le piano à cause de ça. Peux pas m’empêcher de me dire qu’un marchand de pianos, à Marvejols, ça marcherait moyen. Le magasin de pianos, c’est une Caisse d’Epargne, la magie du cinéma.
- De la « Pizza Stromboli, la Pizza d’Eddie », cri de guerre personnel.
- Le mien étant : « Tu devrais repeindre les gens aussi » et « Un p’tit coup de… et c’est comme neuf ».
- De « j’ai eu une petite panne d’oreiller mais maintenant on va bosser, ça va usiner » que je me répète chaque matin que Dieu fait.
- Pas mieux, et j’avais oublié que ça venait de ce film.
- De Béatrice Dalle faisant le ménage dans le bungalow de façon expéditive et musclée avant d’y mettre le feu avec une lueur diabolique dans les yeux. Tous les 4 ans minimum, je tente de l’imiter.
- « Et mon disque de Gershwin. Oh ben dis donc ça va être zen chez toi. »
- Du gâteau d’anniversaire déjà allumé que Zorg sort du coffre pour l’anniversaire de Betty qui fait de Beinex un demi-Dieu – avant qu’il se perde et se damne dans une forêt… IP5, fusil…
- Et Roselyne et les Lions que j’ai voulu trouver beau à tout prix. Cette scène, oui : « A tes 20 ans, mon
amour »… Tu m’étonnes qu’on soit restés de fichus romantiques manquant de maturité. 37°2 a créé des armées de gamins.
- De ma vision de la version intégrale sur les Champs Elysées avec le souvenir de cette petite vitrine avec des éléments du décor. Merci les petits gars.
- De ma vision de la version intégrale au Rio, pendant 2 séances d’affilée, et rebelote le lendemain. De mes 15 visions minimum du film.
- De la promesse jamais tenue par Beinex de réaliser un jour Maudit Manège. Dans son état actuel, mieux vaut peut-être que cela reste indéfiniment un projet…
- De ma ruée sur l’intégrale des Djian durant l’année 86. Et toujours depuis…
- Et pis et pis et pis…
- Ouais, et pis on le reverra dans 20 ans. Tu reprends une Suntory ?




