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25 janvier 2009

Le Trou de Jacques Becker - 1960

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Dans le monde du cinéma français vieille école, il y a comme ça des films fondamentaux. Toujours eu beaucoup d'admiration pour Becker, lui reconnaissant d'avoir planté les bases de le Nouvelle Vague, mais avec Le Trou, il pulvérise tout ce qu'on pouvait attendre du cinoche de papa de l'époque : c'est un chef-d'oeuvre renversant d'audace, qui n'a pas pris l'ombre d'une ride en 50 ans, et qui pourrait en remontrer à n'importe quel tenancier de la modernité actuel.

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C'est pourtant un sujet éminemment "à l'ancienne" : un groupe de prisonniers forcément virils tentent de s'évader. La première chose qui frappe, c'est que Becker s'arrête là ; il ne cherchera pas à dessiner ses personnages, à leur construire un passé ou un caractère qui seraient artificiels. Il les filme uniquement dans la préparation de leur coup, chaque geste se suffisant à lui-même. Cet aspect quasi-documentaire, hyper-réaliste en tout cas, bluffe complètement. Il n'y a pas de scénario dans Le Trou, seulement l'enregistrement objectif d'actes et de corps qui travaillent. A ce titre, les rares incursions d'une maigre trame dans le processus apparaissent presque en trop : la scène de parloir semble être le seul exemple d'un moment inutile dans le film ; elle fait sortir de ce but unique (s'évader) en apportant des éléments biographiques à un personnage bien plus intéressant quand il reste opaque.

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A part cette petite parenthèse, le film est extraordinaire de radicalité. On suit pas à pas toutes les astuces des gusses pour s'évader, depuis la fabrication d'une brosse à dents-périscope jusqu'à celle d'un sablier, depuis la destruction d'un mur de ciment jusqu'à la confection d'un mannequin. On sent toute la somme de recherches à laquelle ont dû se livrer les scénaristes : rien n'est laissé au hasard, le tout ayant été fait visiblement sous le surveillance aigue de José Giovanni, dont il semblerait que ce soit la vraie histoire. La précision de ce qui est montré est si maniaque que tout le reste passe au second plan : jeu des acteurs, mise en scène, trame, tout est tendu vers les seuls "faits" : comment percer une muraille, comment dégonder une porte, comment voler un flacon ? Becker filme tout dans la durée : scier un barreau prend dix minutes de gros plan, défoncer un sol 10 autres minutes, etc. C'est cette profonde attention à la durée des plans qui renverse le plus : ces longues séquences de vide (juste un pic qui attaque patiemment un bloc de ciment), non seulement créent une tension totale, non seulement témoignent d'un réalisme radical, mais aussi font verser le film dans une sorte d'abstraction presque poétique qui tranche avec le vérisme de ce qui est montré. A force, ces murs nus attaqués par les outils deviennent une pure surface, ces gestes pointilleux deviennent de purs actes privés de signification. On est complètement happés dans l'aventure de ces gars, plongés à leur côté dans cette atmosphère étouffante, anxieux comme eux dans l'attente de l'évasion et de l'air pur.

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Becker ôte tout ce qui pourrait nous détourner de cette profonde concentration : pas de musique, pas ou peu de personnages secondaires, pas de trame parallèle, pas de numéro d'acteur. Le Trou pourrait être austère et ennuyeux : il est passionnant, radical et extraordinairement tenu. Pas un poil de gras dans cette histoire minuscule et grandiose à la fois, c'est du travail d'orfèvre, d'une modernité éclatante.

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07 septembre 2007

Falbalas (1945) de Jacques Becker

1378Encore et toujours un trio amoureux avec la Micheline Presle à la pointe du triangle isocèle. Que dire de plus sinon que cela se passe dans les milieux de la mode parisienne (Rochas, ouais - à part la première robe "imitation coq" qui passerait sûrement très bien dans les tribunes du match France-Argentine de ce soir mais qui dans le film est d'un ridicule évident) et que le Raymond Rouleau (qui a surtout une tête à jouer Tintin, un Tintin pas sympa) se fera bourreau avant d'être la victime. Et oui parce que quand l'on se fait jeter certaines décident de prendre des somnifères alors que d'autres choisissent de se jeter par la fenêtre. Alors oui Presle est rayonnantefalbalas -Becker soigne ses gros plans- et même si le rythme est assez enlevé pour nous faire suivre la vie trépidante d'un grand couturier parisien (moulinois, c'est plus rare), l'intrigue reste cousue de fil blanc (même si c'était pas vrai, je l'aurais placé de toute façon). Bref beaucoup moins réussi qu'un Goupi mains rouges, moins tendu et passionnant que Le Trou. Vieilli quoi.

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17 mars 2006

Rendez-vous de Juillet (1949) de Jacques Becker

_1949_20rendez_vous_20de_20juillet_20_fra__1_Ce qui est le plus étonnant dans ce film de 1949 c'est qu'il n'a pas vieilli (moins que l'affiche en tout cas). Comme le dit la bande annonce d'une voix cruciale et qui fout les boules "portrait de la jeunesse méconnue et décriée" dans des "temps âpres et difficiles", Rendez vous de Juillet est avant tout la volonté de montrer "nos amis les jeunes" de l'époque. Et l'on pense aux Cousins, non pas tant, au final, dans le fond car ici on est en pleine bourre optimiste (Daniel Gelin, le héros, passe quand même tout le film à préparer une expédition au Congo pour filmer les pygmées) mais plutôt dans la forme car 10 ans avant le début de la Nouvelle Vague, il y a une  fraîcheur dans ce film vraiment étonnante.

On suit donc une bande de jeunes qui en chient un peu -le CPE n'existait pas encore- la plupart ayant fait des études artistiques (en ciné et théâtre) mais chacun vivant d'excipients, on joue de la trompette, on répart des postes de TSF. Beaucoup de plans en extérieur dans ce Paris qui semble pas mal se porter et cela nous vaut une très jolie scène où "nos amies les jeunes" traversent la scène dans une voiture amphibie américaine. Une Amérique dont on sent forcément déjà l'influence avec l'ap1949_20rendez_vous_20de_20juillet_20_foto__2003_1_parition du Jazz et de danses très Rock'n'Roll. Yeah. Mais le discours de Daniel Gélin, figure charismatique de la bande parmi tous ces apprentis acteurs, qui exhorte tout le monde à aller jusqu'au bout de ses ambitions, de ses rêves est le véritable symbole de cette génération: "la plupart de nos aînés sont dans le trou, on ne va pas aussi s'enterrer" ; même si en amour il connaît sa première désillusion (normal il est amoureux d'une blonde, une vraie oie) on sent dans son regard, s'envolant pour l'Afrique, qu'il aura sa revanche - dans La Vie est un long Fleuve Tranquille on verra bien que lui aussi en est revenu.

Prix Louis Delluc en 1949 qui, comme bien souvent, n'est pas volé.

Posté par Shangols à 07:52 - BECKER Jacques - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

05 mars 2006

Goupi Mains Rouges (1943) de Jacques Becker

Drame policier goupi_rouges_1_1familial campagnard, Goupi Mains Rouges fleure bon le sympathique vieux cinéma de chez nous, avec une intrigue pas piquée des hannetons, des premiers et des seconds rôles en veux-tu en voilà, des dialogues finement ciselés qui rappellent mon enfance ("J'va changer d'stratégie" "Où vont-y?" - c'est pour ça que des fois je fais des fautes) et des changements d'angles de caméra super (moi aussi je peux parler technique si je veux).

Dans la famille Goupi, il y a Goupi-L'Empereur, 106 ans, qui ne jure que parit_happened_at_the_inn_1_ l'Empereur et qui a caché le magot dans la pendule -ça, il faut pas le dire mais c'est pas grave non plus-, il y a Goupi Mains Rouges, Lech Walesa en brun, qui a les mains rouges mais comme c'est en noir et blanc et qu'on sait pas pourquoi, ça casse un peu l'ambiance, il y a Goupi-Monsieur, le fils qui vient de Paris et dont tout le monde se fout de la gueule, il y a Goupi-Muguet, la jeune fille, il y a Goupi-Tonkin qui a fait l'indo et qui n'en est toujours pas vraiment revenu, il y a Goupi-La loi, ancien gendarme... Une histoire de Goupi entre Goupi... Sans parler d'un meurtre avec du suspens jusqu'au bout pour connaître le meurtrier, d'un magot - mais là j'ai un peu pété le suspens-, de fausses accusations, d'un mariage qui se fera, se fera pas, bah bah bah bah bah et puis plein d'autres trucs qui me font dire que décidément Jacques Becker c'était pas un manchot... Mention spéciale pour Robert Le Vigan qui a été une nouvelle fois oublié des Césars cette année.         

Posté par Shangols à 17:47 - BECKER Jacques - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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