La Colère des Dieux (Wrath of the Gods / The Destruction of Sakura-Jima) (1914) de Reginald Barker
Grâce à la présence de Borzage dans le casting, j'ai pu découvrir ce petit film vintage qui, certes sur un plan religieux (la religion catholique plus forte que le bouddhisme ! Ben ouais...) peut faire grincer quelques dents, mais qui, sinon, nous livre, sur fond d'explosion volcanique impressionnante, une bien jolie romance entre ce matelot ricain échoué et cette mimi japonaise au sourire valeriabrunitedeschien. On s'ennuie pas une minute au cours de cette petite heure marine qui est un condensé de déchainement climatique et de catastrophe naturelle - la fameuse colère des Dieux - sans parler de cette foule en colère qui ne va point tarder elle-même à se faire enfumer. Frank Borzage, maquillé comme une drag-queen, va jouer les sauveurs prosélytes sous sa tonsure toute bouclée de jeune homme intrépide.
Yomi-san (ou Valeria-san disons) attend délicieusement sur la plage le marin qui passe. Elle ne tarde point à en attirer un par son charme mais la romance est vite brisée par un prophète tout barbu et chenu qui sort de sa grotte : il met en garde le marin : la famille de Valeria est maudite (...), sacrebleu! Le marin ne demande point son reste et Valeria de s'en retourner toute contrite vers son pater qui lui sort un vieux parchemin; en effet, il est bien écrit, noir sur blanc, que quiconque s'alliera avec un membre de cette famille subira la colère des Dieux. Tu parles d'une tuile. Le père, pas rancunier, décide tout de même d'aller faire une petite prière à Bouddha, mais la Valeria conchie ce Dieu pas cool. Erreur. Il se met soudainement à pleuvoir, littéralement, du foin, et la Valeria de finir ridiculeusement sa scène avec une grossière feuille morte sur la tronche... Et le parjure continue de faire des dégâts puisqu'en mer on assiste à un véritable typhon. Frank Borzage finit en morceaux sur la plage avec son bateau, seul survivant...
Il va lui aussi rapidement succomber au sourire craquant de Valeria et lui demander sa main, là, assis sur un rocher. Valeria-san lui avoue alors la vérité, c'est super dangereux d'être avec elle et cela fait rigoler grave notre Frank qui lui sort de sous sa chemise une croix du Christ : ton Dieu du foin, il est bien gentil, mais le mien est vachement plus fort... Ah ? Il convertit dans la foulée le pater qui n'hésite pas à remplacer ce Bouddha vengeur, gros sac de viande obèse, par une modeste croix en bois beaucoup plus sobre. Frank en profite pour amener Valeria faire un tour chez le curé de la mission en ville, mais le couple ne passe point inaperçu : le mot se répand, le Prophète imagine le pire - déjà les chevaux dévalent la colline et mêmes les escargots partent en courant - et c'est une foule super en colère qui prend d'assaut la Mission - Frank et sa donzelle s'échappent par une fenêtre... Le Prophète se rend alors chez le pater qui oppose une farouche résistance en brandissant sa croix - vade retro ! Mouais, ça fait illusion deux secondes, cette pauvre croix en bois : il se fait massacrer par les hommes. Bien joué Frank.
Et puis, c'est le pompon, poussé par la colère divine, le volcan se réveille : fumerolles dans tous les coins, toute la côte est en feu - ah tiens, une petite maquette sympa - et le prophète de se faire lui-même ensevelir sous trois tonnes de terre. Frank et sa nippone parviennent néanmoins à sauter dans une barque pour aller rejoindre un navire (rame comme une tanche, notre ami) . Mais pensez-vous qu'il perdrait la face le bougre, que dalle; il reconnaît en serrant Valeria dans ses petits bras que son Bouddha en a sous le pied, mais que bon, le Dieu catholique, lui, est vraiment Tout-puissant vu que... euh, ben il les a sauvés, parfaitement - si ça, ce n'est pas une preuve...
Rien à dire sur les effets spéciaux qui font fumer sa mère, Barker ne se moque point du spectateur. On a un peu peur au départ du jeu ultra-dramatique du prophète et du pater - ça en fait du mouliné - mais les passages, après l'arrivée du Frank, dans la cabane du pêcheur, respirent le naturel. On sent bien que les bras du mâle sont là pour protéger cette pauvre petite Valeria toute effarouchée mais c'est de bonne guerre. Difficile en tout cas de trouver d'autres oeuvres de l'époque, avec Borzage acteur, non réalisées par lui-même et on est pas peu fier et jouasse d'avoir pu voir ce petit film exhumé des cendres.






