13 février 2011

The Tillman Story (2010) d'Amir Bar-Lev

The_Tillman_Story_Movie_Poster_On nous cache tout, on nous dit rien, chantait l'autre, et pire on nous raconte parfois n'importe quoi... Même ce grand pays démocratique que sont les Etats-Unis ? Oui, bon ça va, c'est po nouveau mais il vrai que cette histoire du gars Tillman représente tout de même un gros pavé dans la mare (le marasme) des hauts responsables de l'Armée américaine. Pour la faire courte, Tillman était un jeune joueur professionnel de football américain, prometteur et apparemment populaire. Il décide un jour (par pur patriotisme, pour se battre au nom de la "Liberté", pour se faire une idée personnelle de la situation, pour suivre le chemin de certains membres de sa famille ?... sa motivation profonde reste encore floue) de s'engager dans l'armée au côté de son frère. Après une mission en Iraq, il part en Afghanistan où il sera tué... Comment ?, that is the first question. La première version officielle (...) annonce qu'il a été tué par l'ennemi lors d'une embuscade : il aurait tenté de faire diversion pour que l'autre partie du convoi, où se trouvait son frère, ait la possibilité d'échapper à l'attaque. Grand héros, Silver Star, sous vos applaudissements. Seulement, peu de de temps après, suite à quelques "fuites", est donnée une seconde version officielle : il a en fait été tué par l'un des siens (un convoi de l'armée américaine s'étant séparé en deux) qui l'aurait pris pour un ennemi (sans même qu'il y ait d'attaque ennemie à ce moment-là, apparemment, même si certains témoins ne sont pas à 100% affirmatifs sur ce fait). Sa famille, et en particulier sa mère, n'aura de cesse de chercher à savoir quelle(s) personne(s) a/ont pris la décision de couvrir en premier lieu la vérité, de se servir d'une certain façon de la mort de son fils pour faire de la propagande (po d'autres mots), parvenant à faire remonter l'affaire jusqu'au Congrés... Les plus hauts responsables de l'armée au côté de Donald Rumsfeld, Secrétaire de la Défense au moment des faits, auront alors l'opportunité de dire quand ils furent réellement mis au courant de la seconde version officielle... Leur réponse devant le Congrés est une "parodie de football" comme dirait l'autre ("m'en souviens po précisément", réponse collégiale...) qui laisse franchement pantois, pour ne pas dire sans voix... Bar-Lev présente la personnalité originale de ce Patrick Tillman (loin d'être un grand naïf, un va-t-en-guerre ou un illuminé... bien au contraire) et le combat de cette famille pour tenter de connaître la vérité, toute la vérité. C'est au premier abord assez sidérant, pour ne pas dire effrayant, de voir la façon dont l'armée a cherché à récupérer la situation et l'on comprend le "parti pris" du documentariste de se mettre totalement du côté de la famille pour dévoiler sa version des faits. On aurait pu souhaiter tout de même, sans se faire l'avocat du Diable, entendre des avis contradictoires (sans se faire d'illusion, la Grande Muette étant un terme qui pourrait s'appliquer à toutes les armées du Monde) pour clarifier certains points - témoignages des soldats à l'origine des tirs, façon dont l'information à été vraiment diffusée auprès des hauts-gradés... A Tillman Story II (?), pourquoi pas dans quelques années pour faire toute la lumière sur la responsabilité des uns et des autres dans cette tragédie et surtout dans cette affreuse récupération. Ce docu reste tout de même, sur de nombreux points, assez édifiant et mérite, franchement, d'être découvert en tant que tel.                        

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24 mars 2008

My Kid could paint that (2007) d'Amir Bar-Lev

mykidcouldpaintthat_l200708091149C'est presque un peu au début comme un gag pour l'ami Gols qui, lorsqu'on lui dit sur l'art abstrait "ma fille aurait pu le peindre" répond simplement : nan. Bon ben là on a une gamine de 4 ans qui vend des tableaux des milliers de dollars et à propos de laquelle certains grands critiques d'art parlent de petit génie. On regarde cela à l'aise dans ses baskets surtout lorsqu'on est comme moi une bille dans le domaine de la peinture contemporaine. Ouais, ça veut vraiment rien dire, s'exclame-t-on dans son fond intérieur. Seulement le reportage prend une tournure inattendue lorsque le reportage d'une télé américaine met en cause la réelle "paternité" des tableaux; il semblerait que le père, peintre lui-même, abuse de certaines directives lorsque son enfant peint, voire mette lui-même la main à la pâte. Oups, c'est le marasme, plus personne n'achète de tableau, les parents sont consternés d'une telle suspicion - enfin, surtout la mère, parce que le père fait de plus en plus de rictus, qui ne respirent pas l'honnêteté totale. Les parents réalisent alors un dvd filmé en temps réel pour prouver que c'est bien la gamine qui peint; seulement le résultat n'est pas aussi concluant que certaines de ses autres oeuvres... Notre documentariste, tout en avouant que ce scandale est une véritable aubaine pour son film, aimerait bien, quand même, en avoir le coeur net, d'autant que lorsqu'il filme lui-même la chtite en train de peindre, c'est loin d'être concluant. Il questionne frontalement les parents à ce sujet et si la mère fond en larmes, consternée, le pater se dandine de plus en plus sur son sofa... "Ah ben si on avait su que cela provoquerait une telle suspicion et une telle animosité, on aurait po laissé les journalistes rentrer chez nous"... Font-ils amende honorable ou super semblant, d'autant que la chtite, deux ans plus tard, continue ses expos... et de rameuter de la thune à foison. Amir Bar-Lev, conscient que même son documentaire n'est jamais qu'une vision personnelle et non LA Vérité, nous laisse finalement avht_sickteeth_071004_ssvec plus de questions que de réponses. Les parents sont-ils des manipulateurs de grande classe qui exploitent le filon, sont-ils de bonnes âmes (ouais gros doute sur le père quand même)? Et si finalement là n'était pas vraiment le problème, comme si tout cela nous permettait simplement de nous faire réfléchir à quelques questions: les tableaux d'un artiste sont-ils bons par eux-mêmes, ne s'agirait-il pas aussi de la petite histoire cachée, derrière un tableau, qui lui donne sa "valeur", chacun n'a-t-il pas le droit de croire ce qu'il veut lorsqu'il aime une oeuvre?... Autant de petites questions qui titillent l'esprit avec, en fond de débat, les rapports entre l'Art, le marketing, la thune, la fierté parentale, la manipulation ou la légende de l'enfant prodige... C'est beaucoup plus tordu qu'il n'y paraît, surtout que, si l'on demande dans dix ans à la chtite si c'est elle qui a peint tout ça, elle s'en souviendra ptêtre même pas. Entre l'histoire et la légende, on ne gardera peut-être que la légende; au pire, le père restera le premier à avoir eu l'idée d'une telle supercherie - donc c'est de l'Art, nan? 

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