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09 juillet 2008

La Secte sans Nom (Los Sin nombre) de Jaume Balaguerò - 1999

00843734Après avoir vu tous les films du sieur Balaguerò, je crois être en droit de dresser un bilan de sa carrière : pas d'idées, pas de fond, mais une vidéothèque très fournie qui lui permet de recycler allègrement chaque motif efficace des films d'horreur. C'est à la rigueur excusable pour ce premier film, ça le sera moins par la suite.

Une fois de plus, donc, Los Sin Nombre est une compilation de tout ce qu'on connaît déjà, un film sans style, mis à part celui des dizaines d'autres oeuvres qu'on croise à l'écran. Je ne vous ferai pas la list00843736e, on les a tous vus ; oui, parce qu'en plus, Balaguerò ne va pas fouiller dans les fonds des bacs de série Z, non non, lui il copie directement Le Silence des Agneaux ou L'Exorciste. Tant qu'à faire, autant copier des succès. Il en résulte une médiocre bouillie visuelle, qui emprunte surtout à la pub (les premiers à avoir installé des ampoules bleues dans un film d'horreur doivent être milliardaires aujourd'hui), mais aussi au clip le plus clicheteux. Le scénario est proprement nul, mélangeant au petit bonheur philosophie nazie, expériences occultes et rapts d'enfants. On en a vite marre de suivre cette mère à la recherche de sa fille, et on attend avec impatience le moment où le sang va gicler. Mais quand il gicle enfin (à 1h34, le film durant 1h35), Balaguerò est terrorisé et fuit dans l'autre sens. En gros, on attend du gore pendant tout le film, et on n'en aura pas.

Comme le gars sent bien5656565xu0rz8 qu'il ne va rien avoir à montrer avant les 5 dernières minutes, il tente de meubler en inventant des personnages soit-disant déviants (un gars au visage cramé, une bonne soeur austère, et surtout un psychopathe hilarant) ou en saturant son film de bruits tordus (on ouvre un frigo, ça fait un son de moissonneuse-batteuse rouillée, faut le faire réviser). Il s'essaie à planter des ambiances trop chelou à n'importe quel endroit (une piscine, brrr... ah ben non, c'est juste une piscine), pose des rictus inspirés sur la tronche de ses acteurs, et baille vaguement en attendant le résultat des entrées du premier mercredi. Pas plus. Ah si, il essaie autre chose aussi : entre les séquences, il monte des plans saccadés qui n'ont rien à voir avec l'histoire (une petite fille, une araignée, et d'autres trucs illisibles), comme des images subliminales, qui font trop sursauter sa mère dans son fauteuil. C'est complètement con, quoi. On n'est jamais impressionné, jamais intéressé, jamais surpris, on a déjà vu le film 30 fois, c'est du tout petit cinéma de recyclage sans idée et et sans esprit.

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20 avril 2008

Rec de Jaume Balaguerò et Paco Plaza - 2008

18837368_w434_h_q80Ca va finir par devenir un genre en soi : le film d'horreur pris en caméra vidéo de l'intérieur. Après Blair Witch, après Cloverfield, voici donc Rec, sur le même principe exactement. Une équipe télé qui fait un reportage sur les pompiers, se trouve emmenée pour une urgence dans un bâtiment ; là, ça va être une orgie de zombies hurlants, qui vont mettre leur point d'honneur à décimer tout le monde sans aucune hygiène. Le tout bien sûr filmé en caméra subjective par le cadreur, qui comme d'hab tient à tout filmer jusqu'au bout pour servir de témoin blabla.

Des trois films, Rec est peut-être le moins bon, parce qu'il arrive après, mais pas seulement. La faute au manque de confiance total de Balaguerò vis-à-vis de la croyance de ses spectateurs. Persuadé que ses images heurtées et documentaires ne suffiront pas à impressionner son public, il charge son film d'effets trop prévisibles (peut-être parce qu'ils ont déjà été tentés dans les deux autres films) : la caméra qui tombe mais continue à tourner quand même, la torche qui tombe en panne puis G161111191816727se rallume pile sur le monstre hurlant, des "cuts" à la serpette, le cadre qui se brouille totalement pour montrer la peur du cameraman, les flous, pour finir sur un dénouement en "vision nocturne" (pour le coup assez effrayante)... C'est trop, on sent trop la réflexion là-dedans, pas assez l'urgence. A trop mettre en scène son film, Balaguerò perd en véracité. Les gusses de Blair Witch avaient compris, eux, que l'imagination du spectateur est bien plus puissante que tous les effets du monde. Nul besoin de "vouloir nous faire peur" avec un tel labeur, ça marchait sans ça. Les acteurs, comme toujours dans ce genre de production, sont en-dessous de tout, et on ne peut pas s'attacher à cette journaliste hurlante et hystérique. On rêve de la voir enfin se faire écharper par les zombies. Dommage, car les scénaristes l'avaient chargé d'une sorte de stupidité, d'inculture crasse, qui correspondait bien avec son rôle de journaliste people médiocre.

1En plus, Balaguerò n'arrive pas à se départir de ce sacro-saint scénario, qui handicapait déjà ses films précédents : il lui faut absolument nous expliquer les causes de l'horreur, quitte à faire n'importe quoi (et là, on est vraiment dedans avec cette explication finale crétine). Il lui faut un début, un milieu et une fin, sinon il ne peut pas dormir. Encore une fois, on peut préférer le "non-sens" de Cloverfield, qui est d'autant plus effrayant que le danger vient sans justification (l'équivalent des attaques d'oiseaux hitchcockiennes, disons).

2Les qualités maintenant, qui sont nombreuses : le film est vraiment flippant. Il y a une sorte de crudité dans les attaques des zombies qui fait son effet, une brutalité sèche qui fout les jetons comme rarement. Il y a une petite fille, notamment, qui dévore de façon peu accorte le visage de sa môman, ou une petite vieille dépenaillée qui pousse des rugissements horribles, personnages frontaux très effrayants. Certains cadres, comme volés, montrent subitement un détail affreux, des brutes enragées qui se ruent dans un escalier, ou une forme fantômatique juste entrevue (beau monstre final). Le son, très travaillé quitte à être illogique dans le souci de réalisme du film, entretient une magnifique tension, du début à la fin. Bref, on n'est pas tranquilles, on grimace parfois par anticipation, et c'est bien rigolo d'avoir peur de temps en temps. Un film pour le plaisir, si on n'est pas trop regardant.

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26 janvier 2007

Darkness de Jaume Balagueró - 2003

darkness01Autant j'avais été assez convaincu par Fragile, film intéressant justement par son travail sur les mécanismes du cinéma d'horreur, autant, pour le coup, Darkness s'enfonce trop profondément dans les clichés du genre pour convaincre. On connaît toutes les ficelles employées par Balagueró : les ombres qui passent au premier plan dans un trait strident de violon, le plan subjectif du petit garçon qui regarde les ténèbres sous son lit, la main ensanglantée qui raye une vitre, les visions étranges, la maison envoûtante, la folie des personnages... On peut penser que, oui, pourquoi pas, on peut se permettre de faire une variation sur ces codes, en essayant de déceler s'ils sont toujours efficaces. Mais le fait est qu'on en vient à tout savoir de ce qui va nous arriver dans ce film ennuyeux et bâclé.

Les références deviennent vite étouffantes dans Darkness : la plus évidente semble être, à nouveau,dark Shining, à travers ce personnage de paternel qui pète les plombs sous l'emprise maléfique de sa maison. Mais Nicholson (ou Sam Neill dans les Carpenter) avait compris qu'une vraie terreur naît d'un subtil mélange entre fureur et burlesque, chose que ce pâle acteur n'a pas compris. Du coup, son personnage n'est jamais effrayant, il se débat seulement dans le filet d'un rôle trop caricatural. A ses côtés, les autres acteurs suivent le mouvement : le gamin-victime (figure décidément inévitable du cinéma d'horreur, ça finit par lasser) joue le gamin-victime, point barre, éternellement de la même façon que les autres ; l'ado concernée, gavante de sérieux, et son petit copain qui mène une enquête à la Columbo en trois coups de cuillère à pot, sont crédibles comme je suis cul-de-jatte ; le sombre personnage-autour-dark3duquel-tout-tourne (ici, un architecte à la con) est comme d'hab boiteux, solitaire, poussiéreux et austère... Bref, que du déjà vu, y compris dans les effets horrifiques, tellement balisés qu'ils en deviennent innocents. On sait toujours quand le gars va nous balancer une vision horrible (dans le miroir de l'armoire, derrière la fenêtre là-bas au fond, sous l'escalier...) et on bâille en attendant le coup de théâtre final, qui arrive d'ailleurs mollement. Balagueró ne sait absolument pas quoi filmer en attendant la chute, et se contente de nous dévoiler toutes les 10 minutes (pour coller aux coupures de pub de la télé ricaine ?) un peu plus son monstre et son scénario. Trop vu. Déjà dépassé. Très naze.

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02 novembre 2006

Fragile de Jaume Balagueró - 2005

18608566Un p'tit tour du côté du film d'horreur espagnol, ma foi, pourquoi pas ? D'autant que celui-ci est d'assez bonne tenue. Sans hurler au génie, je remarque quand même que, malgré des effets archi-vus et revus ailleurs, et malgré des références un peu sclérosantes, Balaguero est arrivé à foutre les jetons à l'auteur (certes fragilisé par la fatigue) de cet article.

Pourtant, rien ne laisse présager un succès. Dès les premiers plans, on sent planer la présence de Shining, définitivement la plus grande référence du cinéma d'horreur : même plan en plongée sur la voiture qui file sur la route (j'ai vu ce plan reproduit dans 48347 films), quasi-même personnage de black qui accueille la future victime (et qui porte la même doudoune ou presque), mêmes couloirs inquiétants, mêmes ascenseurs défaillants... On se dit que le père Jaume met la barre un peu haut. Ensuite, lesimage références s'accumulent : Dark Water pour ces histoires d'enfants-fantômes, Scream pour cet amusement avec les conventions de mises en scène (attention ! le miroir qui s'ouvre et se referme va dévoiler bientôt une horreur), The Kingdom pour l'étrangeté des couloirs d'hôpital, The Thing pour les formes bizarres sous les draps... Que des bonnes références, me direz-vous... certes. On assiste donc à une suite d'effets rebattus, et l'amateur de ce genre de films que je suis les voit venir à 3 kilomètres. On a droit à tous les vieux trucs (portes qui grincent, ombres qui passent, crétins qui y passent aussi, petite fille inquiétante, femme seule et névrosée, grenier désaffecté, photo-de-1959-qui-dévoile-le-secret-inavouable, etc.).

18447392Et pourtant, ça marche. Peut-être parce que Balaguero est (déjà) un vieux briscard, qu'il sait qu'on ne nous la fait pas, et qu'il utilise ces conventions pour les retourner assez habilement. Non, le fantôme n'apparaîtra pas pile poil sur la stridence de violon ; non, le monstre ne surgira pas dans le reflet du miroir ; non, la chute du film ne préparera pas un Fragile II... Tranquillement, la mise en scène utilise ses effets en léger décalé par rapport à nos références habituelles (pas toujours, hein, parfois ça tombe dans la facilité), ce qui crée une inquiétude lancinante. D'autant que le gars n'est pas avare en scènes flippantes : peu de séquences sont purement informatives, on sent Balaguero avide de nous foutre les chocottes. De plus, et c'est assez rare pour le18447385 constater, il ne met pas de côté les autres aspects de son film, notamment la direction d'acteurs : non pas tant les rôles principaux, assez fadasses, mais les enfants, qui sont absolument bien dirigés. La première scène, où un chtiot bambin se fait ballotement casser les deux fémurs par le méchant fantôme, est assez impressionnante grâce à la très bonne interprétation dudit môme.

On est très loin de l'originalité d'un Nakata, mais Fragile est un joli essai. Reste à Balaguero à se débarrasser de ses maîtres, et à trouver sa vraie voie. A suivre.

Posté par Shangols à 23:25 - BALAGUERO Jaume - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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