Take out (2004) de Sean Baker et Shih-Ching Tsou
Bonne petite surprise que ce film réalisé "caméra au poing" dans le Chinatown new-yorkais. Même si le caméraman abuse un tantinet du zoom, on est toujours dans le feu de l'action pour suivre la véritable journée de m.... de ce delivery boy. Une énorme dose de courage, une immense frustration et un petit rayon de solidarité bienvenu, voilà ce qui pourrait résumer simplement ce film de très bonne tenue. Tout commence plutôt mal pour notre héros Ming Ding qui a eu la malencontreuse idée d'emprunter de l'argent à des Chinois locaux (un ptit intérêt de 30%) pour rembourser au plus tôt ses parents. Un bien beau geste qui le fout dans une panade noire : sorti du lit par deux petites teignes qui, pour lui rappeler l'échéance (il doit 800$ avant la fin du jour), lui assènent un méchant coup de marteau dans le dos. Notre homme récupère 500 proutouies chez une amie, emprunte 150 dolls à son pote collègue, lui reste, c'est ça, 150 $ qu'il doit trouver à la force du poignet : il ne peut compter que sur le bon vouloir des clients qu'il livre - autrement dit les pourboires - pour avoir une chance de voir le bout du tunnel. Son collègue lui laisse donc toutes les livraisons, un cadeau un peu empoisonné vu qu'il pleut des cordes... Y'a des jours comme ça...
Et c'est parti dans le sillage de Ming Ding qui caracole sur son petit vélo comme un fou pour livrer au plus vite les innombrables clients du jour : y'a les types cool, y'a les chieurs, y'a les auvergnats... Une véritable plongée dans le monde cosmopolite new-yorkais, la caméra n'ayant jamais trop de temps à perdre pour coller aux basques de notre homme : c'est certes un peu répétitif mais son taff ne l'est pas moins. Si, dans la cuisine, ça turbine à donf, Ming Ding n'a pas non plus le temps de chômer pour faire face à tous les aléas de ce job de ouf (vous serez forcément plus cool avec le type qui sonne à votre porte après avoir maté ce film... surtout les jours de pluie): clients qui chipotent sur la commande et t'envoient paître ta mère, vélo qui crève forcément le jour où il faut po, trombe d'eau qui s'abat sur ta face... On se prend vite au jeu, plein d'empathie pour notre coursier qui ne parle pas un mot d'anglais et qui se demande bien pourquoi il a laissé en Chine femme et enfant... Allez plus que quatre ans à ce rythme de malade et il pourra peut-être souffler un peu s'il lui reste des forces. Les deux cinéastes parviennent tout de même à glisser quelques parenthèses dans le rythme trépidant du récit : en particulier, cette séquence drolatique où le collègue tente d'apprendre à Ming Ding à dire "thank you very much" avec le sourire... Notre homme se force à donf mais les muscles de son visage résistent. On attend forcément sa première tentative pour gagner les faveurs du client, elle ne viendra point... L'homme est trop timide, peut-être, ou simplement trop tendu. La fin de journée s'annonce, le contrat semble rempli, mais y'a des jours où décidément...
On finit par s'habituer à cette caméra un peu folle constamment brinquebalée dans tous les sens et on ne peut que tirer un coup de chapeau devant cette petite oeuvre qui tient parfaitement la route sur la longueur. Un film hautement (re)commandé à se faire livrer d'urgence en garniture d'une éventuelle chinoiserie alimentaire.


